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ISBN : 2213687498
Éditeur : Fayard (17/08/2016)

Note moyenne : 3.39/5 (sur 18 notes)
Résumé :
La confusion a régné un instant à l'hôpital de la Conception à Marseille. Un homme est mort, dont on ignore le nom, mais qu'on présente par erreur à Isabelle Rimbaud comme son frère. Fatiguée de l'avoir veillé les jours précédents, bouleversée, la soeur dévouée se résigne. Elle s'y attendait. Elle n'avait plus d'espoir. Et c'est d'un inconnu qu'elle fait transporter la dépouille pour l'enterrer à Charleville.
Pendant ce temps, déjouant les pronostics des méde... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
latina
  22 février 2017
Rimbaud rangé, embourgeoisé, dirigeant une carrière, prenant femme, et père de famille... ?
Impossible, dites-vous ! Rimbaud est mort à 37 ans, d'une infection ramassée en Afrique, lors de ses pérégrinations marchandes au Harar, notamment.
Rimbaud rangé ? Que nenni ! Cet adolescent au regard clair et à la mèche rebelle ne se rangera jamais dans cette catégorie de gens raisonnables...
Eh bien si ! du moins par la magie de l'imagination de Thierry Beinstingel.
A partir d'un quiproquo autour de sa prétendue mort (on se trompe de cadavre et le directeur de la clinique de Marseille où il gisait ne veut pas que l'affaire s'ébruite), Rimbaud bénéficie d'une seconde vie, cachée. Sa mère et sa soeur Isabelle l'enterrent, enfin, celui qu'on croit être lui. Arthur Rimbaud devient Nicolas Cabanis et surtout, ne veut plus entendre parler de sa vie de poète. Pour lui, c'est du passé. C'est l'Afrique, plutôt, qui l'obsède, du moins son ami Djami qui hante ses nuits.
Amputé d'une jambe, il se reconstruit en retournant vers le Nord.
Nous assistons par petites touches à ses actions raisonnables, quoique...
Nous l'accompagnons dans son autre vie, mêlée à son siècle. Il met son intelligence et son goût des sciences au service du progrès. Et si l'affaire Dreyfus ne le touche guère, la guerre 14-18, elle, l'emmènera là où on ne s'y attend pas.
Nous retrouvons également les écrivains et les écrivaillons (notamment Paterne Berrichon, le mari d'Isabelle Rimbaud) qui se disputent ses écrits, et nous vivons en direct l'émergence de sa gloire à laquelle il ne s'intéresse absolument pas.
Rêves et vérités s'entremêlent dans ce roman un peu long mais tellement bien écrit, parsemé d'allusions aux poèmes ainsi qu'aux écrivains réputés de cette période.
Mélancolie, émotion, sourires, et à certains moments énervement..., c'est ce que j'ai éprouvé à cette lecture.
Rimbaud et ses « Illuminations », Rimbaud et sa « saison en enfer » ...Et s'il avait vécu davantage que 37 ans, aurait-il encore écrit ? « Une saison au paradis », peut-être ?
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hcdahlem
  02 septembre 2016
Ceux qui suivent la carrière de Thierry Beinstingel ne seront pas surpris de voir l'auteur s'emparer de la vie d'Arthur Rimbaud. «Faux Nègres » était un titre emprunté à l'auteur des Illuminations et cette plongée dans les Ardennes était déjà l'occasion pour lui d'évoquer le poète et, sans doute, de poser les jalons de ce roman qui imagine ce qui se serait passé si le jeune homme n'était pas mort à l'hôpital de la Conception de Marseille le 10 novembre 1891 d'une tumeur au genou.
À la suite du fâcheux concours de circonstances, la dépouille d'un pauvre hère est confondue avec celle du poète et sa soeur Isabelle se voit confier le cadavre d'un inconnu qu'elle va accompagner jusqu'à sa dernière demeure.
Pendant ce temps Arthur Rimbaud se remet de sa maladie et voit là l'opportunité de commencer une nouvelle vie. Il s'appellera Nicolas Cabanis et, s'il a une jambe en moins, il a aussi une vie à rattraper.
Il prend la direction du nord, veut se rapprocher de ses terres natales mais rester fidèle à sa promesse de ne plus écrire de poésie. Par étapes, il va devenir un entrepreneur respecté sous le pseudonyme de Nicolas Cabanis. Il seconde d'abord un horloger, avant de s'associer avec l'exploitant d'une carrière de marbre.
De sa vie antérieure, il ne veut rien retenir, si ce n'est une dette envers Djami qui l'a accompagné durant ses expéditions. En se faisant passer pour un ami africain d'Arthur, il va prier sa soeur Isabelle de lui faire parvenir une somme d'argent. Cette dernière sera du reste la seule à connaître le subterfuge et à rendre visite à Nicolas, à partager quelques instants de cette nouvelle vie.
Si elle croise Marie, l'épouse de Nicolas, suivra la naissance de leurs enfants et comprendra la douleur de son frère quand sa jeune épouse mourra, elle mettra davantage d'énergie à faire vivre l'oeuvre du poète. On la voit contacter éditeurs, journalistes, écrivains pour reprendre point par point ce qui se publie. Elle souligne les erreurs, les contresens, argumente, va chercher des informations et corrige. Un acharnement qui ira jusqu'à énerver Verlaine, mais permettra aussi de ne pas oublier les merveilleux textes qu'il a laissés. Son beau-frère, Paterne Berrichon, sera lui aussi un ardent défenseur et illustrateur de sa vie et de son oeuvre, lançant par exemple la souscription au monument à Arthur Rimbaud et rassemblant écrivains et artistes.
Nicolas lui a choisi de tirer un trait sur ce passé. Et si, en parcourant la presse, il découvre ce qu'on dit de lui, il n'en retire qu'amertume et incompréhension. Ses exégètes font tous abstraction des quinze années en Afrique qui l'avaient profondément changé. Il était devenu «un homme courageux qui construisait sa vie dans ces contrées inhospitalières.»
Tout juste peut-il esquisser un sourire en découvrant le texte de son ancien professeur de rhétorique Georges Izambard retraçant les facéties de son élève. Les hommages et même les rééditions de ces textes ne l'intéressent plus. Les poètes sont « maudits car on décide pour eux, on parle en leur nom, mais toujours derrière eux, toujours en retard.»
Il s'intéresse davantage à l'économie, aux progrès des techniques. Il n'a de cesse de développer son entreprise, d'installer des machines, d'associer des compétences.
Pour Thierry Beinstingel, cet engagement total apporte la preuve que l'homme n'a pas changé. Il a déjà été meneur d'hommes en tant que poète, en «traînant à sa suite les rimailleurs hésitants», puis en tant que négociant en Afrique où il a su s'entourer des «caravaniers les plus hardis» et désormais en tant que gérant, en dirigeant «cent métiers».
Mais cette belle carrière va se heurter à la folie des hommes. La Première Guerre mondiale va le plonger de un grand dénuement, victime et témoin, seul et entouré de centaines de morts et de blessés.
Pourtant l'auteur du Bateau Ivre saura une fois encore rebondir et se glisser «avec entrain et sans regret dans sa troisième vie».
S'il apparaît que l'exofiction – un genre littéraire qui crée une fiction à partir d'éléments réels – marque une tendance lourde de cette rentrée littéraire, alors on peut se réjouir. Surtout si tous les romans sont de la veine de celui-ci, à savoir solidement documentés. Car ce n'est qu'ainsi que l'uchronie prend tout son sens, en crédibilisant le scénario imaginé. C'est le cas ici et c'est pourquoi je vous conseille la découverte de cette vie prolongée.
Lien : https://collectiondelivres.w..
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prune42
  26 août 2017
Le 10 novembre 1891, à Marseille, Arthur Rimbaud, amputé d'une jambe et gravement malade suite à ses voyages en Afrique du Nord, décède. Or, il s'agit d'une méprise totale car le véritable Arthur Rimbaud a été confondu avec un autre homme. Rétabli, le poète va choisir l'anonymat et prendre une autre identité, celle de Nicolas Cabanis. Il va se réinventer totalement, devenir horloger puis exploitant de carrières d'ardoise et de marbre dans sa région natale. Seule sa soeur sera au courant de sa véritable existence et conservera le secret toute sa vie. le poète va fonder une famille, devenir riche grâce à son travail opiniâtre mais la guerre gronde en ce début de XXème siècle et Rimbaud n'est pas à l'abri des malheurs...
Je remercie tout d'abord le site sur lequel j'ai gagné ce roman assez dense il y a quelque temps que je n'ai pas lu tout de suite car j'avais d'autres lectures en cours. J'ai profité de l'été pour découvrir ce roman étonnant sur une possible fin de vie inventée du poète et j'ai beaucoup apprécié ce livre.
L'idée de départ est originale, elle a beaucoup stimulé mon imagination et je ne me suis pas ennuyée une seule seconde en lisant ce roman.
Au début, l'écriture de T. Beinstingel m'a laissée sceptique, je ne la trouvais pas très plaisante mais vite les phrases hachées et saccadées ont laissé place à une écriture plus déliée. Les chapitres souvent brefs aussi sont agréables à lire.
J'ai aussi beaucoup aimé la période où se passe l'action du livre, cette fin XIXème siècle- début XXème siècle où on assiste à la naissance des innombrables progrès que nous connaissons aujourd'hui, l'électricité, l'automobile, les avancées médicales... On se rend compte qu'à cette époque, la vie était fragile et très précieuse et que le bonheur familial était une valeur refuge.
J'ai apprécié aussi les nombreuses références faites aux autres arts et notamment aux écrivains de cette période.
Pour terminer, ce roman m'a donné envie de relire les poésies de Rimbaud lues pendant mon adolescence car il y a de nombreuses reprises des poèmes dans le roman et je pense les découvrir ainsi sous un jour nouveau.
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Enell
  06 septembre 2016
Pourquoi vouloir prolonger la vie d'Arthur Rimbaud, lui qui a déjà eu deux vies distinctes et riches ?
Thierry Beinstugel nous donne sa réponse : « Honorer, c'est figer et c'est toujours trahir. Ca commence par les difficultés de la représentation, l'infidélité des arts, mieux vaut l'abstrait, la fiction ou le roman pour imaginer et rendre. »
Il imagine donc une fiction : Rimbaud ayant survécu à sa maladie, vit sous une fausse identité pendant trente ans. Il se marie, a trois enfants, réussit professionnellement. Et grâce à cette histoire, il nous dresse le portrait d'une époque, il nous cite l'oeuvre du poète, il nous raconte sa vie (la vraie), il nous parle de l'acte de créer, il nous décrit une légende qui s'ébauche.
Et tout cela par petites touches, intégré dans l'histoire, dans un style élégant au vocabulaire riche et précis.
En refermant le livre, j'ai eu l'impression de mieux comprendre la complexité d'Arthur Rimbaud dont on a dit tout et son contraire. Les citations, toutes placées habilement en résonnance avec cette troisième vie de Rimbaud m'ont rappelé des lectures d'adolescence, m'ont permis d'entrer dans ces textes pas très faciles, de savourer ces quelques lignes comme des pépites, d'aller me plonger dans les poèmes entiers.
Derrière la fiction, on sent une documentation solide, que ce soit littéraire, historique et sociologique.
J'ai retenu beaucoup de bonnes raisons de lire ce livre :
- L'intrigue qui m'a embarquée sans un moment d'ennui dans les trente ans de la vie de Nicolas/Arthur, maniant avec subtilité le rapport entre fiction et réalité ;
- La biographie documentée et experte qui se construit tout au long du texte ;
- L'oeuvre de Rimbaud, citée à bon escient. Il est inutile d'être un lecteur averti de la poésie de Rimbaud pour apprécier ces citations ;
- L'analyse du rapport de l'artiste à la création. Cette analyse n'est pas exhaustive, mais elle permet à chacun de réfléchir sur la place de la création dans la vie ;
- le plaisir d'un texte bien écrit, jamais pesant malgré des descriptions érudites, bien construit, qui ne m'a pas lâchée au fil des 400 pages.
Le livre s'est autant adressé à ma réflexion qu'à mon émotion. Ou plus exactement, il m'a permis de connaître par l'imagination et les sentiments. Objectif atteint, Monsieur Beinstingel.
Je n'ai pas été bouleversée, j'ai été conquise.
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Felina
  26 septembre 2016
Qui n'a jamais entendu parlé d'Arthur Rimbaud? Comme beaucoup, j'ai appris "Le dormeur du Val" à l'école, je sais également que c'était un très jeune poète, et l'amant de Verlaine. Mais cela s'arrête à peu près là.
En réalité, le jeune poète a eu une vie bien tumultueuse, entre son entrée dans le monde de la littérature, le célèbre "drame de Bruxelles", il se cherche une vocation, d'abord en Europe puis à l'étranger. Il a la bougeotte ce cher Arthur. Après moult péripéties et problèmes de santé, il devient marchand et sillonne l'Afrique. Quand le roman de Thierry Beinstingel s'ouvre, le poète a 37 ans. Il vient a subi une amputation, mais la maladie et la fièvre sont toujours là. Sa soeur Isabelle fatiguée, le croque dans son cahier de dessins, puis s'endort dans une chambre voisine. C'est la dernière fois qu'elle verra son frère, du moins sous cette identité-là. Ce premier chapitre se détache du reste du roman par sa véracité, mais surtout par son style percutant et fascinant. L'incipit en est un exemple marquant (cf. ci-dessus).
L'auteur, fasciné par le personnage d'Arthur Rimbaud, réinvente la vie qu'il aurait pu avoir. Après sa résurrection, Arthur, devenu Nicolas, est un homme taciturne, diminué physiquement, mais absolument pas sur les autres plans. Il ne sait pas bien ce qu'il va devenir, mais il décide de remonter la France en direction de la maison qui l'a vu naître. Ses semelles de vent le conduise un peu partout dans cette direction, jusqu'à ce qu'il finisse par trouver un lieu où s'établir.
Thierry Beinstingel est prolixe en détails, le lecteur sent la passion qui anime l'homme pour le personnage, il veut en extraire la substantifique moelle. Il profite de son postulat de départ avec ivresse, et va au fond des choses. Paradoxalement, le lecteur n'arrive que peu à cerner les pensées de Nicolas Cabanis.
C'est un être secret. D'autres personnages se laissent plus facilement deviner facilement, telle Marie ou Isabelle qui acquièrent rapidement une épaisseur, lui reste en retrait, presque inaccessible, mais toujours très respecté pour ses décisions, ses idées innovantes et son charisme de patron juste et bon.
Vers la fin du roman, lors qu'éclate la première guerre mondiale, le lecteur sent une scission dans la vie de Nicolas. Une nouvelle période de son existence commence. Les êtres sont séparés, les familles déchirées. le lecteur, à travers les souvenirs d'Hortense Cabanis, découvrira l'autre face de cet homme torturé et insatisfait. Il apparaît alors comme un être caractériel et emporté, que l'on ne peut raisonner. Un peu comme ce jeune poète, Arthur Rimbaud, dont on se souvient parfois; et qui défrayait régulièrement les chroniques de la vie littéraire parisienne, par ses frasques et ses emportements. Des longueurs s'installent. Et l'auteur use et abuse de la vie prolongée de Rimbaud avec un peu trop d'excès. le récit s'essouffle, le lecteur sent que c'est la fin, mais Thierry Beinstingel a du mal à raccrocher sa plume et ajoute scène après scène. Il a du mal à laisser partir son personnage et à conclure son histoire.
Tout au long du récit, le lecteur découvre, outre des citations parsemées ça et là des poèmes écrits par Arthur Rimbaud - mais pas que, la vocation de sa soeur, Isabelle, pour faire perdurer l'âme et la notoriété du poète; mais surtout l'époque, brossée à grands traits : La naissance de futurs grands auteurs, l'affaire Dreyfus, la publication de romans qui sont devenus des classiques, les courants artistiques tels que le fauvisme, et puis la guerre qui arrive, et redonne un sursaut au roman avant la fin. (...)
Lien : http://lillyterrature.canalb..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   02 septembre 2016
«Les poètes ne meurent jamais. Il ressuscite donc, Arthur Rimbaud. Au début, c’est une conscience aléatoire, parfois un œil ouvert sur la jeune religieuse qui nettoie la chambre. On met cela sur le compte d’un réflexe, d’un sens encore présent, l’ouïe peut-être. Puis ces éclairs deviennent plus fréquents. Un matin où elle le rase, il ouvre complètement les deux yeux. Le médecin vient, braque la lampe dans la pupille qui cligne par réflexe, puis s’ouvre à nouveau, regard inexpressif. Quelques jours plus tard, on le retrouve en bas du lit. On l’attache. Le médecin revient, regarde les plaies : toujours l’aspect cartonneux, brun, mais comme figé, comme si la tumeur ne progressait plus. Le lendemain, le blessé bouge la bouche, fait mine de parler. La religieuse rapporte le fait, prononce le mot « miracle » à la mère supérieure. Comme vous y allez, ma fille ! Il faut pourtant se rendre à l’évidence. Un jour où la jeune religieuse humecte les lèvres entrouvertes de l’amputé, elle croit entendre « merci ». Elle recommence et il prononce encore le même mot. On appelle le médecin. La jeune religieuse refait le geste, verse cette fois un peu trop d’eau qui déborde sur le drap. On entend distinctement « pardon ». On retire les liens qui l’attachaient. La suite va très vite. Un après-midi, il examine longuement sa main et son bras abîmés, les tourne dans tous les sens. Les progrès sont étonnants. Il arrive à redire « merci » et « pardon » et aussi d’autres mots dans une langue qu’on ne comprend pas. Il parle surtout lorsque la jeune religieuse est là. On la fait venir souvent, la mère supérieure reste parfois derrière elle et aussi le médecin. Encore deux semaines et le voilà assis sur son lit, calé sur des oreillers. La jeune religieuse lui donne à manger de la soupe à la cuillère. Il veut essayer tout seul, mais il renverse l’assiette. Le directeur finit aussi par venir. Il examine à son tour les plaies figées dans une sorte d’attente, recouvertes de cette étrange substance faite de peaux desquamées et de corne brunâtre qui ressemble aux écailles d’un serpent. Extraordinaire ! Il faudrait faire une communication à la société des sciences, lance-t-il au médecin, tout en pensant aux retombées certaines pour sa future rosette. Il l’oubliera vite : le député lui annonce peu après sa nomination prochaine à un plus vaste hôpital.
Rimbaud retrouve assez vite l’usage de la parole. La première chose qu’il demande, c’est de se dresser. On l’aide à se lever, mais c’est difficile. Il lui faut plusieurs jours pour trouver la force de rester en équilibre, échassier tenant d’une main le rebord de la table de nuit, le plat du mur. Un homme debout et la mort s’éloigne, la guérison si inattendue devient possible. La jeune religieuse joint les mains avec ferveur, regarde souvent le ciel : Oui mon Dieu, vous existez ! Une étrange langueur la soulève quand elle regarde l’objet du miracle, le visage émacié, les yeux gris, mobiles, bien vivants. Bien sûr, la jambe en moins, d’accord, l’étrange peau de serpent qui recouvre son côté droit, mais enfin, merveille que cette vie ! Le soir, elle prie longtemps dans la solitude de sa cellule. Ses dévotions sont infinies et douces, ne cessent que lorsque la chandelle vacille. L’amputé ressuscite par sa ferveur, le blessé renaît par sa dévotion, l’homme aux beaux yeux gris guérit par ses extases. Il revit parce qu’elle aime Dieu.
Enfin, vient le jour où il demande où est sa sœur. Le directeur est bien ennuyé. Il redoute depuis longtemps cet instant. Il a compris la méprise et l’enchaînement des circonstances ne lui est pas favorable : il avait déserté son poste pour aller à la chasse. Le médecin en avait profité pour prendre la poudre d’escampette et le seul employé qui restait était cet alcoolique incapable, tout juste bon à larmoyer ses « pauvre homme ! » ou « pauvre femme ! ». Comment annoncer à quelqu’un qu’il est mort et enterré, à la suite d’une négligence, d’une erreur, d’une lamentable substitution avec un cadavre inconnu, réclamé par personne ? »
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latinalatina   22 février 2017
Tous les ressuscités vous le diront : l’amour est le plus important. A l’ultime instant où le cœur s’apprête à vous lâcher définitivement, on réalise combien nous avons joué à l’économie avec lui. Toutes ces hésitations, ces atermoiements, ces tergiversations, ces balancements incessants pour en arriver là, à ces faibles battements qui vont s’éteindre, est un constat navrant.
Mieux aurait valu vivre plus intensément encore, ne pas rejeter l’extase d’une promise, ne pas laisser s’éteindre des feux ardents, ne pas récuser l’inclination vers un ami, ne pas, ne pas, ne pas...
Dernières pulsations du sang, passion, ferveur, adoration s’en vont par une porte dérobée. Ah, si seulement on pouvait refaire sa vie !
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DOMSDOMS   15 juillet 2016
Il dit : Je voudrai me marier...
Elle le regarde, les yeux embués, les mains sur les joues.
...avec vous.
Il y a eu une sorte d'affaissement progressif, son tablier sembla s'évaser, la course lente vers le sol continua, puis Marie bascula du côté du couchant comme une poupée de chiffon, exactement au même endroit qu'Isabelle sept mois plus tôt.
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michel.carlier15michel.carlier15   28 juillet 2016
Posons un postulat : la littérature est dans tout et vice-versa, elle n'est pas en marge , elle ne s'affaisse pas entre les pages d'un livre , elle court , on ne peut la retenir . On la marque un instant - un livre , un article , une thèse - elle s'échappe aussitôt - œuvre en fuite , contradictions , antithèses . L'université est sa prison dorée , ouverte sur l'infini des savoirs , mais la littérature passe outre , passe muraille , passe temps .
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prune42prune42   24 août 2017
Un enfant, et le temps prend une autre dimension. La plupart du temps, on ne s'en aperçoit pas immédiatement, tout dévolu à l'aventure du petit être issu de vous. On ignore la moitié du chemin parcouru, la contribution naturelle à une nouvelle génération se dilue dans l'envie de maternité ou de paternité. On ne pense qu'au bonheur. Celui-ci prend racine dans une profondeur insondable, la part animale, la procréation, la survie de l'espèce, des termes savants et inappropriés à l'enfant qui vous émerveille au quotidien. Il s'est pourtant produit une bascule à l'intérieur de vous, votre horloge biologique a retourné son sablier, le temps prend une autre dimension, il va filer plus vite à partir de maintenant.
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La chronique de Gérard Collard - Vie prolongée d'Arthur Rimbaud
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