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Robert Ruard (Traducteur)
ISBN : 2869309457
Éditeur : Payot et Rivages (01/06/1995)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 98 notes)
Résumé :
A la fin du siècle dernier, sur les plaines du Nebraska recouvertes à l'infini des mêmes herbes rouges, s'implantent de nombreuses familles d'immigrés européens. Russes, Tchèques, Norvégiens se regroupent en communautés sur des terres qui restent à défricher. Jim a dix ans lorsqu'il vient vivre chez ses grands-parents, propriétaires d'une ferme. A quelques kilomètres s'installe la famille d'Antonia, immigrés tchèques partagés entre la nostalgie de l'Europe et l'espo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Lazlo23
  08 novembre 2015
Paru en 1918, ce classique des lettres américaines est un beau roman sur la perte et ce qu'on appellerait aujourd'hui la "résilience". Racontée après coup par Jim Burden, un jeune garçon qui vient de perdre sa mère, l'histoire se passe dans les grandes plaines du Nebraska où il est recueilli par ses grands-parents. Son arrivée coïncide avec celle de la famille Shimerda, immigrants tchèques et catholiques, dont l'une des filles, Ántonia (avec un A accentué) devient bientôt son amie. Le livre raconte comment ces êtres transplantés sur une terre rude et encore peu exploitée parviennent à s'y reconstruire - ou pas, à l'image du père d'Ántonia que la nostalgie du pays perdu pousse au suicide.
Si son style est simple, presque naïf, le regard que porte l'auteur sur cette Amérique de la seconde génération (les terres appartiennent déjà aux premiers colons protestants) ne paraît jamais simpliste. Ce Nouveau monde qui nous est ici dépeint est tout sauf égalitaire : malgré l'attirance qui les pousse l'un vers l'autre, Jim n'épousera pas son amie d'enfance ; il ira à l'université tandis qu'Ántonia mènera la vie beaucoup plus modeste des immigrants de fraîche date.
Une histoire toute simple donc, presque banale, mais que W. Cathers parvient à magnifier en la situant dans le décor grandiose des grandes plaines, que son écriture dépouillée restitue de manière quasi charnelle.
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LiliGalipette
  08 juin 2017
Jim Burden a été élevé par ses grands-parents, dans leur ferme du Nebraska. Non loin, venue de Bohème, la famille Shimerda peine à prospérer face à la rigueur des hivers. Jim apprend l'anglais à la jeune Antonia qui, au fil des années, devient une très bonne amie et aussi son premier amour. « Antonia avait les yeux les plus confiants et les plus expressifs qui soient au monde ; l'amour et la crédulité semblaient vous regarder à visage découvert. » (p. 229) Antonia travaille dur pour aider son frère et sa mère à développer leur ferme, puis elle trouve une place en ville et découvre les bals et les toilettes. Jim grandit, quitte le Nebraska pour diverses universités, mais il n'oublie pas celle qui a marqué son enfance et son adolescence. Des années plus tard, il la retrouve. « Je me suis contenté d'écrire presque tout ce que me rappelle d'elle. Ce n'est pas construit du tout et n'a même pas de titre. » (p. 11)
Nombreuses sont les familles danoises, norvégiennes ou tchèques qui ont tenté leur chance dans la nouvelle Amérique. Leurs enfants, et surtout leurs filles, étaient courageuses et travailleuses pour aider leur famille à prospérer. « Les filles de la campagne étaient considérées comme une menace pour l'ordre social. Leur beauté brillait d'un éclat trop audacieux sur le fond des conventions. » (p. 196) Ce roman simple suit un ordre chronologique qui permet de suivre l'évolution des sentiments des personnages. On y voit grandir une relation profonde et puissante. Il est des amitiés primitives qui sont fondatrices dans une existence.
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hoteldelaplage
  27 janvier 2018
Mon Antonia est un chef d'oeuvre car c'est un mirage littéraire. Sous couvert de dépeindre l'ouest américain aux balbutiements de son peuplement, au travers de deux enfants aux origines contraires et aux parcours mêlés (Jim Burden et Antonia Shimerda), Willa Cather dessine en filigrane une figure de la mémoire comme puissance créatrice ultime et de la littérature comme antidote au passage du temps. En même temps que Proust, elle fait du souvenir et de l'expérience subjective le sujet moderne par excellence, mais par le biais d'un récit beaucoup plus concis et intime.
La narration est d'une virtuosité totale : l'auteure semble s'être absentée et avoir confié à Jim, le personnage par lequel l'histoire nous est contée, les clefs d'un récit qui oscille entre la candeur enfantine des premières sensations lors de son arrivée au Nebraska et le regard distancié de l'adulte qu'il est au moment où il rédige le manuscrit que nous parcourons ("son" Antonia). La langue paraît simple, agencée avec beaucoup de naturel, et témoigne pourtant d'un souci poétique permanent, rythmé de figures de style d'autant plus efficaces de beauté qu'elles sont d'une discrétion confondante.
L'Antonia de Jim, fille d'immigrés tchèques, avec laquelle il entretient tout du long une relation ambiguë, prend vie sous nos yeux à la moindre de ses apparitions, lesquelles s'additionnent comme de petites photos dans un album composite où les nombreux personnages secondaires dressent un ouest truculent et coloré, à la fois toile de fond et sujet même du roman. Les sensations et l'expérience humaine font l'objet d'un traitement d'une grande finesse, à mi-chemin entre l'intensité et la fragilité, le plaisir de la découverte et la conscience de la perte promise qu'elles engendrent.
Les dernières pages de Mon Antonia sont un soleil couchant pour soi tout seul, un repli doux et paisible vers l'intime, comme une plume qui tombe au sol : la précision, le lyrisme sage des dernières images qui en bien des mains auraient cédé à un mélodramatisme dégoulinant, touchent au sublime et font de ce court roman l'un des plus beaux qu'il m'ait été donné de lire.
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AllTimeReadings
  04 février 2017
Devenu orphelin à seulement dix ans, Jim Burden se voit dans l'obligation de partir habiter chez ses grands-parents. Dans le train, il apprend qu'une famille tchèque, les Shimerda, vient également s'installer dans la région. Jim est immédiatement intrigué par une de leur filles, Ántonia. Les deux enfants vont rapidement développer une forte relation de confiance et d'amitié. Cependant, alors que le jeune garçon vit dans un environnement plutôt confortable, sans trop s'inquiéter de quoi demain sera fait, la vie d'immigrés fraîchement arrivés se révèle bien plus compliquée. Cette situation devient pesante pour la famille d'Ántonia. Bien trop pesante. Et un événement tragique va venir bouleverser la paisible campagne du Nebraska, obligeant Ántonia à mettre de côté la naïveté de son enfance pour se consacrer au travail fermier et à la subsistance de sa famille. Jim, quant à lui, part vivre en ville. Mais si le dicton dit « Loin des yeux, loin du coeur », les deux enfants eux, ne s'oublient pas, et ne s'oublieront même jamais…
Voilà une lecture riche en surprises! En général, je l'ai trouvé vraiment très agréable. J'ai passé un bon moment de lecture. Pourtant ce n'était pas gagné. En effet, comme je devais lire cette oeuvre pour un de mes cours, je la détaillais très méticuleusement afin de ne manquer aucune information. A chaque page, je notais les éléments importants, je recopiais des citations etc. Bref, c'était long et fastidieux. J'ai tenu ce rythme jusqu'à la page 32. Puis j'ai arrêté ce livre pendant au moins deux semaines. Ce n'est pas qu'il ne me plaisait pas. Enfin, il ne m'intéressait pas énormément non plus. Et comme je lisais en anglais et que je faisais tout ce travail à côté, j'avançais vraiment très lentement dans ma lecture et j'avais l'impression que je n'allais jamais réussir à la finir. Donc j'étais un peu découragée. Puis la date du test de lecture a été fixée par le prof et là j'ai compris que je n'avais plus d'autre choix que de lire. Alors j'ai repris où je m'étais arrêté, mais sans prendre de notes, en me plongeant tout simplement dans l'histoire. Après tout, dès que je lis un livre, j'en imprègne chaque cellule de mon cerveau afin de vous en faire une chronique complète par la suite. J'ai donc décidé de faire comme d'habitude et de simplement prendre du plaisir en lisant. Je ne regrette pas cette décision car cela m'a fait prendre conscience que ce livre était magnifique.
Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par le côté négatif. Ce sera rapide! En effet, les seuls éléments qui m'ont dérangé lors de ma lecture étaient les « passages à vides ». Je ne saurais pas comment qualifier autrement ces moments où le narrateur, Jim Burden, ne nous raconte pas une histoire, mais où il nous décrit simplement le paysage. Bien sûr, je ne parle pas là de toutes les descriptions, mais seulement de celles qui s'étalent sur une page et demie juste pour dire que le soleil se couche. Même si on s'en sort très bien en anglais, c'est toujours plus compliqué de lire dans une langue autre que le français. Cela demande plus d'attention. Et j'avoue que toute ma concentration avait tendance à s'évaporer quand Jim nous parlait de paysage, de couleurs, de la nature en général. du coup je devais relire la page 5 ou 6 fois pour tout saisir. C'était une perte de temps et cela n'apportait rien à l'histoire, c'est dommage! Je suis sûre que mon prof de littérature va y trouver de nombreuses significations et nous expliquer par A+B pourquoi ces descriptions sont importantes. Mais pour ma part, je les ai juste trouvée ennuyantes!
Passons maintenant à tous les points positifs, à commencer par les personnages. Je me suis très vite attachée à Jim Burden. C'est lui qui nous raconte l'histoire. C'est lui qui nous parle de son Ántonia. Et dès le début, il l'aime. Je ne dis pas qu'il a un coup de foudre pour elle. Mais dès les premières pages, il apprécie chaque moment passé à côté d'elle, s'inquiète de son bonheur et cherche à la protéger. C'est vraiment adorable! Leur amitié est très intéressante et surtout touchante. Même lorsqu'ils vieillissent. le fait que toute le livre repose sur les épaules de ces deux personnages est un véritable atout. Tout comme Jim, Ántonia est un personnage qu'on ne peut qu'apprécier. On comprend que la vie n'est pas évidente pour elle qui ne parle que quelques mots d'anglais en arrivant aux Etats-Unis. D'autant plus que le destin ne va pas se montrer très tendre avec elle. Mais malgré tout, elle reste forte. Elle ne se décourage jamais et fait de son mieux pour vivre la vie dont elle a rêvé. C'est un personnage qui m'a impressionné de part sa force mentale. Elle sait aussi apprécier les plaisirs simples et n'ose pas se plaindre. Je pense qu'elle peut être une source d'inspiration pour toute les jeunes filles qui liront cette oeuvre.
L'histoire en elle-même m'a également plu. On découvre Ántonia et Jim alors que ce ne sont que des enfants, puis lorsqu'ils sont adolescents, jeunes adultes et enfin quarantenaires. Les ellipses narratives sont les bienvenues car elle nous permettent de découvrir les étapes les plus importantes dans la vie de nos personnages, de leur 10 à leur 40 ans, sans lire un roman de 1000 pages. Comme je l'ai dit plus haut, j'ai adoré la relation entre Jim et Ántonia. Mais j'ai également aimé leurs histoires personnelles et celles des autres personnages. C'était intéressant de suivre Jim à l'université, de retrouver Lena qui avait tant changé en si peu de temps, de connaître les détails macabres de la fin des Cutter et de retrouver Ántonia si épanouie des années plus tard. En fait, en y repensant on peut se dire qu'il y a très peu d'histoires concrètes en 200 pages. Il est vrai que l'auteure se concentre pas mal sur la vie quotidienne et sur des détails parfois insignifiants. Mais j'ai trouvé que cela rendait ces petites tranches de vie bien plus réelles. On ne se concentre que sur quelques épisodes, certes, mais quand on le fait, on le fait à fond!
J'avais découvert le style d'écriture de Willa Cather l'année dernière, puisque j'avais du lire une de ses short stories (The Enchanted Bluff) pour mon cours de Nature Writing. Je l'avais bien apprécié et j'étais contente de retrouver sa plume dans My Ántonia. Mises à part certaines descriptions qui se sont révélées un peu ennuyeuses, j'ai beaucoup aimé sa façon de présenter ses personnages ou d'écrire les dialogues. Parfois, elle écrit des phrases pleines de passion. C'est même à cause de cela que j'ai versé ma petite larme à la fin! Ce n'était pas triste. C'était juste… beau. Les trois dernières phrases m'ont vraiment touché. Ressentir autant d'émotions lorsque je lis un livre, c'est vraiment ce que je recherche!
En résumé, je n'ai pas eu de coup de coeur, mais j'ai vraiment aimé découvrir la relation émouvante entre Jim et Ántonia. La plume de Willa Cather est en général plutôt fluide et légère. En revanche, il est vrai que cette lecture peut se révéler un peu déconcertante au début étant donné qu'il ne se passe pas énormément d'action. Mais une fois plongé dans l'histoire, on se laisse facilement prendre au jeu. C'est la première fois que je lis un tel livre et j'en ressors agréablement surprise!
Lien : https://alltimereadings.word..
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Woland
  17 juillet 2009
My Antonia
Traduction : Blaise Allan
Introduit par la citation de Virgile : "Optima dies ... prima fugit" ("Ce sont les temps les plus heureux qui s'enfuient les premiers" - traduction libre), "Mon Antonia" prouve certes que les plus grands nouvellistes, ce qu'était indubitablement Willa Cather, sont beaucoup moins à l'aise, perdus sur le vaste fleuve du roman. Mais il suffit de faire un petit effort, surtout si l'on a déjà été séduit par l'univers de la nouvelliste américaine, pour accrocher à l'histoire de la petite Antonia Shimerda, émigrée de sa Hongrie natale avec toute sa famille pour trouver fortune dans les plaines du Nebraska.
Elle nous est contée par Jim Burden, qui a grandi avec Antonia et qui, dans sa jeunesse, eut certainement pour elle un sentiment amoureux. Mais au-delà la destinée d'Antonia et de sa famille, au-delà celle des fermiers, puis des citadins qui les entourent, c'est une page de l'immigration européenne sur le Nouveau continent que Willa Cather nous dépeint ici, avec fierté mais aussi avec une nostalgie douce-amère.
Des émigrants, il y en a partout aux Etats-Unis en ce tout début du XXème siècle : les plus anciens fermiers eux-mêmes ne sont-ils pas, pour la plupart, issus de colons anglais ? Outre les Shimerda qui arrivent directement de Bohême, on y croise une forte colonie scandinave, Norvégiens et Suédois pour la plupart, des Tchèques et même deux Russes. Avec plus ou moins de bonheur, tous affrontent une nature superbe mais exigeante et résolument hostile lorsque se lève l'hiver. Et, à quelques exceptions près, se montrent solidaires les uns des autres. Nous sommes bien loin de l'Amérique hyper-consumériste qui va se développer après la Grande guerre et culminer avec la fin du siècle.
A un point tel que le lecteur, européen ou pas, est en droit de se demander ce que penseraient les modèles dont Cather se servit pour donner vie à ses personnages de leurs actuels descendants.
Plus qu'un roman véritable, avec intrigue complexe ou flux de conscience, "Mon Antonia" est surtout un hommage délicat et attendri, rendu par Willa Cather à son pays natal et aux pionniers ses ancêtres. Il doit se lire comme tel, en se laissant bercer par son rythme paresseux. ;o)
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critiques presse (1)
Liberation   16 juillet 2012
Ce livre d’une infinie délicatesse regorge de petites scènes americano-proustiennes […], qui révèlent le lien sensible et profond entre l’art et la vie.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   03 juillet 2015
Mrs. Cutter se livrait à la peinture sur porcelaine avec tant d'assiduité que même ses cuvettes et ses brocs, même le bol à raser de son mari, étaient couverts de violettes et de lys. Un jour, alors que Mr. Cutter montrait quelques porcelaines de sa femme à un visiteur, il en laissa échapper une. Mrs. Cutter porta son mouchoir à ses lèvres et dit avec grandeur : "Mr. Cutter, vous avez mis à mal Les dix commandements, respectez au moins les rince-doigts !"
Ils se querellaient à partir du moment où Cutter mettait le pied dans la maison jusqu'au moment où ils allaient se coucher, et leurs bonnes faisaient profiter généreusement toute la ville de leurs scènes. A plusieurs reprises, Mrs. Cutter avait découpé dans les journaux des entrefilets sur des maris infidèles et les avait envoyés par la poste à Mr. Cutter en déguisant son écriture. Cutter était rentré à midi, avait retrouvé le journal découpé dans le porte-revues et, triomphalement, avait replacé l'article dans l'espace d'origine. En voilà deux qui étaient capables de se disputer toute la matinée pour savoir s'il devait porter des sous-vêtements chauds ou des sous-vêtements légers, et toute la soirée pour savoir s'il avait pris froid ou non.
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WolandWoland   17 juillet 2009
... Je m'assis au milieu du potager - les serpents n'auraient guère pu s'approcher sans être vus - et j'appuyai le dos contre un potiron jaune, que le soleil avait tiédi. Quelques coquerets, chargés de fruits, poussaient le long des sillons. J'écartai les gaines triangulaires qui protégeaient les fruits - on aurait dit des enveloppes de papier - et je mangeai quatre ou cinq baies. Tout autour de moi, des sauterelles géantes, deux fois plus grosses que les sauterelles de Virginie, faisaient de l'acrobatie parmi les feuillages desséchés. Les rats à bourse couraient sur le sol labouré. Dans le fond du vallon, le vent ne soufflait pas très fort, mais je l'entendais bourdonner sa chanson là-haut, sur la plaine où ondoyaient les hautes herbes. Sous mes jambes, la terre était chaude ; elle était chaude aussi quand je l'écrasais entre mes doigts. D'étranges petits insectes rouges apparurent et tournèrent autour de moi en escadrons flâneurs. Ils avaient le dos laqué de vermillon et semé de taches noires. Je restais aussi immobile que possible. Il ne se passa rien. D'ailleurs, je n'attendais aucun événement. Semblable à un potiron, j'étais simplement quelque chose qui gisait sous le soleil et recevait ses rayons, et je n'en demandais pas davantage. Je me sentais parfaitement heureux. Peut-être est-ce là ce qu'on éprouve quand on meurt et qu'on devient partie d'un grand tout, que ce soit l'air et le soleil, ou la bonté et la connaissance. Je ne sais pas, mais le bonheur, c'est ça : se dissoudre dans un grand tout. Et quand le bonheur nous vient, il nous vient aussi naturellement que le sommeil. ...
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Alice_Alice_   05 juillet 2015
Ça n’était pas la faute de ma mère. Elle aurait tout fait pour qu’on soit bien si elle avait pu. Mais ça n’était pas une vie pour une fille ! Une fois que j’ai commencé à soigner les bêtes et à traire, je n’ai jamais pu me débarrasser de l’odeur de vache. Les quelques sous-vêtements que j’avais, je les gardais dans une boîte à gâteaux. Le samedi soir, quand tout était au lit, je pouvais prendre un bain si je n’étais pas trop fatiguée pour le faire. Je devais faire deux voyages jusqu’à l’éolienne pour chercher l’eau que je mettais à chauffer dans la lessiveuse sur le poêle. Pendant que l’eau chauffait, il fallait encore aller chercher une grande bassine dans le cellier et la rapporter dans la cuisine et prendre un bain. Alors, je pouvais mettre une chemise de nuit propre et entrer dans le lit où les deux autres dormaient, probablement sans avoir pris de bain, sauf si c’était moi qui le leur avais donné. Tu ne peux rien m’apprendre sur la vie de famille. J’en ai eu assez pour toute ma vie.
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veronique55veronique55   28 juillet 2010
P 134 « Une fois, il y eu un bel orage électrique, avec trop peu de pluie pour risquer d’abîmer le grain déjà coupé. Les hommes allèrent se coucher dans la grange aussitôt après dîner. La vaisselle faite, Antonia grimpâmes sur le toit en pente du poulailler pour regarder les nuages. Le tonnerre faisait des roulements métalliques semblables au bruit des tôles agitées, et les éclairs surgissaient, traçaient des grands zigzags à travers le ciel, faisaient apparaître les choses et les rapprochaient de nous l’espace d’un instants. Le ciel d’un côté était chargé d’un damier de gros nuages d’orage tout noirs alors que vers l’est, il était clair et lumineux ; la partie avec les nuages en damier ressemblait à un pavement de marbre, comme le quai de quelque ville portuaire, vouée à la destruction. De grosses éclaboussures de pluie tiède tombaient sur nos visages tournées vers le ciel. Un nuage noir pas plus gros qu’une barque, dériva et entra dans l’espace clair, tout seul, et avança régulièrement vers l’ouest. Tout autour de nous, nous entendions le battement feutré des gouttes qui s’écrasaient dans la poussière molle de la cour de la ferme. »
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zellerebzellereb   15 décembre 2015
Même si j'admirais tellement Cleric pour sa connaissance des lettres classiques, je ne me faisais pas d'illusions sur mon propre compte. Je savais que je ne serais jamais un érudit. Je n'arrivais pas à me plonger longtemps dans des choses impersonnelles. Les spéculations intellectuelles débridées avaient tendance à me faire regagner au plus vite mes propres territoires incultes et les personnages qui s'y trouvaient éparpillés. Alors même que je brûlais d'atteindre les formes que Cleric agitait devant moi, mon esprit prenait le large, et je me retrouvais tout à coup en train de penser aux lieux et aux gens de mon minuscule passé. Ils me revenaient fortifiés et simplifiés, comme l'image de la charrue dans le soleil.
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Mathieu Lindon "Ce qu'aimer veut dire"
Mathieu Lindon "Ce qu'aimer veut dire" - Où il est question notamment de Michel Foucault et d'Hervé Guibert, de Jérôme Lindon, de Samuel Beckett, Marguerite du ras, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Robert Pinget, Pierre Bourdieu et de Gilles Deleuze, d'un père et d'un fils et de filiation, d'amitié et d'amour, de littérature, de la rue de Vaugirad et de LSD et d'opium, d'impudeur et d'indiscrétion,de rencontres, de Willa Cather et de Caroline Flaubert, , et aussi des larmes aux yeux, à l'occasion de la parution de "Ce qu'aimer veut dire" de Mathieu Lindon aux éditions POL, à Paris le 13 janvier 2011
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