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EAN : 9782072983221
192 pages
Gallimard (05/05/2022)
3.69/5   630 notes
Résumé :
Parmi les manuscrits de Louis-Ferdinand Céline récemment retrouvés figurait une liasse de deux cent cinquante feuillets révélant un roman dont l’action se situe dans les Flandres durant la Grande Guerre. Avec la transcription de ce manuscrit de premier jet, écrit quelque deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit (1932), une pièce capitale de l’œuvre de l’écrivain est mise au jour. Car Céline, entre récit autobiographique et œuvre d’imagination, y lève ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (124) Voir plus Ajouter une critique
3,69

sur 630 notes
Blessure de guerre.
L'annonce de la publication imminente de plusieurs inédits de Celine m'a excité comme la veille d'un premier rendez-vous ou comme ce jour inoubliable, les larmes perlent mes yeux à la surface de ce souvenir, où j'avais trouvé par hasard un vieux Bounty comestible dans ma boîte à gants. On peut être romantique et goinfre.
J'ai donc entamé la lecture de Guerre dans le métro, à la sortie de ma librairie. Je ne vais pas blâmer la curiosité de mes voisins de rame qui ramaient pour deviner le titre du roman que je lisais. Je fais pareil. Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. Quelle horreur. En revanche, devant certaines mines déconfites et moues hostiles, formules toutes faites pour désigner des gens qui font la gueule, j'ai pu me rendre compte que Celine, même mort depuis un demi-siècle, ne laissait pas indifférent.
Comme j'assume mes mauvaises fréquentations, j'ai poursuivi ma lecture et j'ai même réussi à glisser assez fort à la personne qui m'accompagnait que j'avais adoré le dernier film de Polanski pour aggraver mon cas auprès de mes congénères.
Je ne vais pas descendre à la station des lieux communs pour dire qu'il faut distinguer les pamphlets antisémites impardonnables des romans vertigineux ou qu'il y a eu un avant et un après Céline en matière de littérature. Ah, je l'ai fait, bon tant pis. Mentions sanitaires.
Autant le dire tout de suite, ce roman est un premier jet qui n'est pas du niveau de Voyage au bout de la nuit ou de Mort à Crédit.
Céline n'est pas un génie imaginatif. Il fictionne sa vie et frictionne la langue pour la rapprocher le plus possible de l'oralité, avec tout ce qu'elle contient de répétitions, d'imperfections et parfois de vulgarités. Il a le don des expressions qui claquent dans une « mauvaise » langue populaire.
En 1914, le soldat Destouches est blessé gravement au bras droit à Poelkapelle, dans les Flandres, ce qui lui vaudra la croix de guerre. La même mésaventure arrive au soldat du roman qui va être hospitalisé et il va être pris en main dans tous les sens du terme par l'infirmière l'Espinasse. Sur place, il va se lier à un autre blessé, Cascade, à la fois petit ami et souteneur d'une Angèle bien mal prénommée. Ils vont faire le mur et l'amour, comme ils ont fait la guerre. Cette dernière en prend pour son galon.
Je sais que les phrases de Céline rebutent beaucoup de monde mais je fais partie de ceux que cette langue parlée, volontairement outrancière, fascine. Je trouve que les mots de Céline sont carnés, les scènes de bataille incarnées, les vies décharnées, le sexe acharné et j'arrête car je n'ai plus d'idées : écharné.
J'ai terminé cette lecture il y a près d'un mois et je sais que je n'oublierai pas certains passages malgré une structure inaboutie.
Je ne m'excuserai pas de lire le prochain.
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Embarras au magasin : comment demander où se trouve le "nouveau" livre de Céline ? Ou plutôt son "dernier" ? Son "deuxième" ? "L'inédit", voilà !
C'est avec un bonheur inouï que j'ai ouvert ce roman, écrit en 1934, jamais publié et disparu pendant près de 80 ans. Et même s'il s'agit d'un premier jet non finalisé, je me suis sentie heureuse d'être en vie pour pouvoir le lire.

Ca débute comme ça. Par un boucan assourdissant qui n'en finit pas de résonner dans les oreilles, la tête et le corps de Ferdinand, troufion de 20 ans fiché dans la boue et le sang d'une plaine flamande. S'ensuit alors le récit de son hospitalisation et de sa convalescence à Peurdu-sur-la-Lys, entre un médecin zinzin, une infirmière lubrique, et des blessés roublards.

Une fois encore, Céline s'inspire de sa propre expérience (sa blessure, en Octobre 1914, et son séjour à l'hôpital d'Hazebrouck), en distordant et exagérant les faits avec sa morgue habituelle et son humour ravageur, et en ne reculant devant aucune vacherie : "Jamais j'ai vu ou entendu quelque chose d'aussi dégueulasse que mon père et ma mère."
Ce faisant, il dénonce une nouvelle fois l'immense stupidité de la guerre, et de tous ceux qui la provoquent, l'entretiennent, l'encouragent, ou la relativisent. J'ai adoré cette plongée au coeur de la folie des hommes, sans cesse rythmée par le bruit des canons et des troupes, ce manège dément tournoyant autour de Ferdinand qui, seul contre tous, isolé par sa semi-surdité et ses acouphènes, vomit sur la médiocrité et la mesquinerie de ce qui l'entoure -tout en n'hésitant pas à se montrer chafouin à son tour.
Et donc, je ne peux qu'admirer ce côté punk désinvolte ("Je devais plus rien à l'humanité"), bien entretenu cependant par une langue française savamment torturée et ponctuée de gros mots de sale gosse. de la puissance à l'état pur, mais traversée de brefs et bouleversants accès de tendresse à l'encontre de cette même humanité. C'est tout le paradoxe de Céline, et c'est ce qui fait que je l'aime tant.

Vivement la sortie des autres inédits !
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« J'ai bien dû rester là encore une partie de la nuit suivante. Toute l'oreille à gauche était collée par terre avec du sang, la bouche aussi. Entre les deux y avait un bruit immense. (…) J'ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis décembre 14. J'ai attrapé la guerre dans ma tête. »

Les premiers feuillets du manuscrit sont manquants, j'ignore donc par quoi aurait dû commencer Guerre, mais ce qui est sûr, c'est que cette entrée en matière est saisissante. D'emblée, on est sur le champ de bataille « au milieu de la boue d'obus bien triturée », au milieu de ce qui fut une compagnie, un régiment, un convoi avec hommes, chevaux, fourgons qui désormais ne sont plus que « des petits monticules sur la pente puis dans le verger où fumaient, grésillaient et brûlochaient comme ci comme ça nos voitures. » On est donc là, dans cette mélasse d'obus, de cadavres et de cendre avec Ferdinand qui souffre atrocement de la tête, de l'épaule, du genou, de la faim, de la soif, mais qui parvient à se mettre debout et à faire quelques pas. Il n'est pas dans l'état de trop réfléchir, mais il est dans l'état de comprendre « qu'il a plus l'air de rester que [lui] en fin de compte dans cette saloperie d'aventure. »

Claude Simon disait à propos de la guerre à laquelle il prit part, vingt-cinq ans après Céline : « Dans la réalité, cette guerre peut se résumer en trois mots: meurtrière, bouffonne, scandaleuse. »
Céline n'aurait pas renié cette phrase. Je crois même qu'elle s'applique à la perfection à ce qu'il pensait de la guerre, à ce qu'il en a toujours pensé : une bouffonnerie sanglante, obscène et révoltante.

Ce roman dont on a retrouvé miraculeusement le manuscrit qu'on croyait à jamais perdu, dont on pense qu'il a été écrit entre la publication du Voyage au bout de la nuit en 1932 et celle de Mort à crédit en 1936, est à l'image de la guerre, de toutes les guerres : le tragique l'y dispute au comique, la terreur au grotesque, l'horreur à la grâce. S'il fallait lui trouver un équivalent en peinture, je dirais La guerre, tableau peint par le douanier Rousseau à la fin du XIXème siècle. de même que le trait faussement naïf du peintre met en valeur, si j'ose dire, l'horreur de ce qu'il nous donne à voir, Céline met en scène son double romancé, jeune homme tout juste sorti de l'enfance oscillant entre candeur et ardeur, entre peur et bravoure, dégoût et curiosité qui, au contact de la guerre, de rencontres fortuites et essentielles, va accéder en mode accéléré à une forme de savoir cynique et désabusé :

«Le coup qui m'avait tant sonné si profondément ça m'avait comme déchargé d'un énorme poids de conscience, celui de l'éducation comme on dit, ça j'avais au moins gagné. (…) Je devais plus rien à l'humanité, du moins celle qu'on croit quand on a vingt ans avec des scrupules gros comme des cafards qui rôdent entre tous les esprits et les choses. »

Et quand la chance se présente enfin, sous la forme d'une médaille décernée au grand blessé pour son courage sur le champ de bataille, une distinction aussi absurde que la guerre elle-même, Ferdinand la saisit — « j'ai pas cédé à la surprise qu'aurait voulu que je reste aussi con qu'avant à manger du malheur et seulement du malheur ». Il sera dit qu'il ne sera pas aussi con qu'avant ni surtout aussi con que ses parents, eux dont il vomit la bêtise, la soumission et les bons sentiments de livre en livre.
Je me suis longtemps interrogée sur les raisons de la haine, du dégoût exprimés par les doubles littéraires de Céline à l'égard des doubles littéraires de ses parents. J'ai trouvé des éléments de réponse dans Guerre venus conforter mes intuitions à la lecture de Mort à crédit.

Il y a d'abord que ses parents sont des perdants, des petites gens que la vie a malmenés et qui jamais ne se rebellent. Il y a bien les colères explosives du père, récurrentes dans Mort à crédit, mais elles se retournent contre lui-même, contre son fils et contre sa femme, pas contre l'ordre établi. Ils sont bien trop respectueux, bien trop craintifs pour avoir ne serait-ce que l'idée de renverser la table. Leur souci des convenances l'emporte sur leur droit à la plus élémentaire justice, le paraître l'emporte sur l'être. Et ça, ça le rend absolument dingue, Ferdinand, comme en témoigne l'épisode de son réveil après une intervention chirurgicale particulièrement longue, douloureuse et risquée :

« Ma mère au pied du lit continuait à être horriblement gênée par mon dégueulage, et mes insultes, et mes ordures, et mon père me trouvait bien indécent encore dans l'occasion. (…) Je disais plus rien. Jamais j'ai vu ou entendu quelque chose d'aussi dégueulasse que mon père et ma mère. J'ai eu l'air de m'endormir. Ils sont partis, pleurnichant vers la gare. »

Il y a aussi que ses parents ne nomment pas les choses, préférant taire ce qui les indispose ou les terrorise plutôt que les voir en face. Sourds et aveugles volontaires, ils nient le réel :

« De mon oreille on ne parlait jamais, c'était comme l'atrocité allemande, des choses pas acceptables, pas solubles, douteuses, pas convenables en somme (…) Je sentais ça sur moi à chaque geste, comme une pieuvre bien gluante et lourde comme la merde, leur énorme optimiste, niaise, pourrie connerie, qu'ils rafistolaient envers et contre toutes les évidences à travers les hontes et les supplices intenses, extrêmes, saignants, hurlants sous les fenêtres mêmes de la pièce où nous bouffions, dans mon drame à moi dont ils n'acceptaient même pas toutes les déchéances puisque les reconnaître c'était désespérer un peu du monde et de la vie et qu'ils ne voulaient désespérer de rien envers et contre tout. »

Et bien sûr, cette négation du réel passe par la langue, on en revient toujours à la langue avec Céline. le père de Ferdinand, dont on sait qu'il a reçu de l'instruction, écrit à son fils convalescent « des lettres parfaitement écrites en parfait style », dans lesquelles il l'exhorte à la patience et le loue pour sa bravoure, une bravoure que Ferdinand prétend ne pas connaître, préférant insister sur ses peurs. Mais de cela il ne peut parler à personne, à son père moins qu'un autre :

« Le plus cruel de toute cette dégueulasserie c'est que je l'aimais pas la musique des phrases à mon père. Mort, je me serais relevé je crois pour lui dégueuler sur ses phrases. »

Céline s'efforce d'être au plus près du vécu brut, du ressenti brut. Son père, lui, ne cherche pas à faire juste, mais à faire beau, à faire élégant. Cela donne une belle langue, une langue fleurie mais jamais vraie. C'est cela que vomit Céline. Lui, il dépouille la langue de ses ornements, il la met à nu, à vif, particulièrement dans ce roman-ci, roman à l'écriture rapide, de premiet jet, plus cru et moins travaillé que les romans publiés de son vivant, et dont la plume triture, malmène la langue française comme jamais. C'est un acharné, dans son genre. Il est dur, on pourrait presque dire cruel dans sa façon de maltraiter la langue.

Moi, je l'admire immensément pour cela, pour ce courage-là.
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Céline raconte à travers le personnage de Ferdinand et de façon romancée, ses blessures lors de la grande guerre, son hospitalisation et son départ pour l'Angleterre.
Ce qui frappe dans ces quelques feuillets retrouvés de Céline, c'est la trivialité, la vulgarité du langage, le « parler de la rue ». Rien d'étonnant car il se veut un styliste avant d'être un conteur. Il est un coloriste. Il concentre tout son labeur d'écrivain sur la phrase, l'histoire n'étant que bien secondaire à ses yeux. Aussi rien d'étonnant à ce qu'il brise les conventions et tel un Picasso de la littérature française, il s'invente une facture.
Il profite de son expérience de soldat alors qu'il n'avait qu'une vingtaine d'années pour témoigner de toute l'horreur que lui inspire la guerre. le traumatisme d'une telle expérience le poursuivra longtemps, aussi longtemps que les céphalées dont il sera victime jusqu'à la fin de ses jours.
Il retranscrit cette haine contre ces conflits par un vocabulaire de la rue, un français du caniveau, une construction grammaticale apocalyptique. Ce roman est un véritable charnier de la langue de Molière.
Tout son récit suinte la mort, les plaies putrides, les odeurs d'urine et de matières fécales. Ça sent les odeurs acres de transpiration, les écoeurantes vapeurs de vomi, les relents de stupre et de fornication. La guerre, selon Céline, a un parfum qui pue, tant il la déteste. Elle distille les fragrances de sa propre image : les plus insupportables, les plus abominables.
La lecture de « Guerre » de Céline est une expérience peu commune dont l'originalité linguistique peut faire dresser le poil mais qui mérite amplement d'être tentée car elle ne laisse pas indifférent.
Editions Gallimard, collection blanche, 175 pages.
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Céline disait donc vrai quand il évoquait ses manuscrits volés, car pas d'histoire, c'est bien de cela qu'il s'agit : un vol, les manuscrits perdus ne l'étaient pas pour tout le monde, ils étaient mis de côté, et ressortiraient un jour, longtemps après la disparition de l'auteur, Céline avait vu juste...
Bref...

Voici donc, le premier inédit : "Guerre", aucun doute c'est bien du Céline, c'est frontal, direct, sale, pas de faux sentiments, pas d'artifices, la vie, la mort, la peur, le sexe.
"Guerre" est un très court roman, ce qui n'est pas la marque de fabrique de l'auteur de" Mort à crédit", c'est qu'il s'agit d'un premier jet, d'une ébauche, mais que cette ébauche semble déjà aboutie !
Prenez des leçons, écrivains dans le goût du jour ! Les "cafouilleux" comme vous appelait Ferdine !

D'autres publications d'inédits sont annoncées, dont la très intrigante "Légende du roi Krogold", un conte médiéval évoqué dans "Mort à crédit" notamment.

A titre personnel, je suis bien content que ces manuscrits voient enfin le jour et je les attend de pied ferme !
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critiques presse (16)
LeJournaldeQuebec
14 octobre 2022
j’ai à peine commencé un livre qui s’appelle Guerre de Louis-Ferdinand Céline, alors j’ai très hâte de me plonger dedans, car je ne sais pas trop à quoi m’attendre.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Bibliobs
07 septembre 2022
Tiré à 80 000 exemplaires, « Guerre » est un diamant noir à l’état brut.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique
06 septembre 2022
Parution d’un inédit de Céline, prolongeant le "Voyage au bout de la nuit". Du Céline pur jus, coup de poing.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeDevoir
29 juillet 2022
Dans un roman inédit, disparu pendant près de 80 ans, l'écrivain évoque son expérience de la Première Guerre mondiale.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeJournaldeQuebec
13 juin 2022
Une expérience de lecture intéressante. Non seulement parce que Céline ne lésine pas sur l’argot et les images crues, mais parce que le récit, souvent incongru, nous donne un bon aperçu de ce qu’a pu être l’enfer des poilus.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaPresse
10 mai 2022
Passer de l’écriture rageuse des manuscrits de Louis-Ferdinand Céline à une édition près de 90 ans plus tard de Guerre, roman étonnamment abouti, a exigé un travail d’orfèvre mené par l’éditeur Gallimard.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LesInrocks
07 mai 2022
Le cas Céline prouve encore que nous avons un problème en France avec nos écrivains d’extrême droite. Nous ne savons pas quoi en faire.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Culturebox
05 mai 2022
Les manuscrits perdus de Louis-Ferdinand Céline, réapparus dans des circonstances mystérieuses, sont exposés à Paris et donnent lieu à la publication jeudi 5 mai d'un inédit, "Guerre", qui enthousiasme la critique littéraire.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaCroix
05 mai 2022
Premier des trois romans inédits de Louis-Ferdinand Céline à paraître cette année, Guerre décrit son expérience de 1914 et ses séquelles.
Lire la critique sur le site : LaCroix
À l’issue d’une découverte dans une valise, Gallimard va publier plusieurs manuscrits de l’écrivain génial et sulfureux, dont «Guerre», ce jeudi. Un morceau de bravoure sur la boucherie de 14-18.
Lire la critique sur le site : LeParisienPresse
Lexpress
05 mai 2022
Quatre-vingt-dix ans après sa rédaction paraît le premier inédit de Louis-Ferdinand. Un livre charnière dans lequel l'auteur revient sur ses années dans les Flandres en 1914.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LesInrocks
03 mai 2022
Un roman inédit de Céline à la langue inouïe.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
LeMonde
02 mai 2022
« Guerre » est un texte bref, vif, tragique et lubrique, à ranger à côté des chefs-d'œuvre de l'écrivain. Un événement
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro
29 avril 2022
L'un des inédits de Céline récemment retrouvés paraît en librairie. Écrit après Voyage au bout de la nuit et avant Mort à crédit, c'est une oeuvre autobiographique riche d'enseignements.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint
29 avril 2022
Guerre, l’un des manuscrits volés à l’écrivain, paraît le 5 mai chez Gallimard. La fin d’un mystère, la découverte d’un grand texte.
Lire la critique sur le site : LePoint
Culturebox
31 mars 2022
Ce roman faisait partie d'écrits que Céline lui-même croyait à jamais perdus, après les avoir laissés dans son appartement parisien que ce collaborationniste et antisémite avait quitté pour l'Allemagne peu avant la Libération.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (118) Voir plus Ajouter une citation
Je savais pas quoi penser moi toujours. J’étais pas dans l’état de réfléchir trop fort. Tout de même, en dépit de l'horreur où je me trouvais, ça me tracassait salement, en plus du bruit de tempête que je promenais. II avait plus l'air de rester que moi en fin de compte dans cette saloperie d'aventure. Le canon de loin, j’étais pas très sur de l'entendre non plus. Ça se confondait. Dans l’alentour j’ai vu des petits groupes à cheval, à pied, qui s’éloignaient. J'aurais bien aimé que ça aurait été les Allemands, mais ils n'approchaient pas. Ils avaient autre chose a branler sans doute dans d'autres directions. Ils devaient avoir des ordres. Ici Ie terrain devait être épuisé en fait de bataille. C’était à moi tout seul en somme à Ie retrouver Ie régiment ! Où qu'il pouvait être celui-là ? De penser, même un bout, fallait que je m'y reprenne à plusieurs fois comme quand on se parle sur Ie quai d'une gare quand un train passe. Un bout de pensée très fort a la fois, l'un après l’autre.

C'est un exercice je vous assure qui fatigue. A présent je suis entraîné. Vingt ans, on apprend. J'ai l’âme plus dure, comme un biceps. Je crois plus aux facilités. J'ai appris à faire de la musique, du sommeil, du pardon et, vous Ie voyez, de la belle littérature aussi, avec des petits morceaux d'horreur arrachés au bruit qui n'en finira jamais. Passons.
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La bouille à Récumel c'était pas du bonbon. J'avais connu forcément bien des gueules de gradés que même en train de fouiner, un rat y aurait réfléchi avant de mordre dedans. Mais le commandant Récumel ça dépassait mon expérience en répulsions. D'abord il avait pas de joues. Il avait que des trous partout comme un mort, et puis seulement un peu de peau jaune et poilue tendue, transparente à travers. Y'avait rien que de la méchanceté sûrement en dessous du vide. Au fond des orbites, des yeux si intenses alors que le reste ne comptait plus.
Des yeux convoiteurs, un peu d'Andalouse.
Pas de cheveux non plus, de la lumière blanche à la place.
En le regardant celui-là, même avant qu'il parle, Ferdinand, que je me suis dit, tu peux pas aller plus loin. Y'a sûrement pas plus canaille, plus effrayant dans toute l'armée française, c'est un spécial, s'il trouve moyen ce mec-là, on te fusille au prochain lever du jour.

Pages 62, 63.
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J’étais trop malade, j’étais pas assez instruit surtout à l’époque pour déterminer dessus de ma tête très bourdonneuse l’ignominie de leur comportement à mes vieux et à tous les espoirs, mais je sentais ça sur moi à chaque geste, chaque fois que je vais mal, comme une pieuvre bien gluante et lourde comme de la merde, leur énorme optimiste, niaise, pourrie connerie, qu’ils rafistolaient envers et contre toutes les évidences à travers les hontes et les supplices intenses, extrêmes, saignants, hurlants sous les fenêtres même de la pièce où nous bouffions, dans mon drame à moi dont ils n’acceptaient même pas toutes les déchéances puisque les reconnaître c’était désespérer un peu du monde et de la vie et qu’ils ne voulaient désespérer de rien envers et contre tout, même de la guerre qui passait sous les fenêtres de M. Harnache à pleins bataillons et qu’on entendait ronfler encore à coups d’obus et plein d’échos dans toutes les vitres de la maison.
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Top, que j’ai dit, le vent souffle Ferdinand, pare ta galère, laisse les cons dans la merde, laisse-toi pousser, croye plus à rien. T’es cassé plus qu’aux deux tiers mais avec le bout qui reste tu vas encore bien te marrer, laisse-toi souffler debout par l’aquilon favorable. Dors ou dors pas, titube, trombone, chancelle, dégueule, écume, pustule, fébrile, écrase, trahis, ne te gêne guère, c’est une question de vent qui souffle, tu ne seras jamais aussi atroce et déconneur que le monde entier. Avance, c’est tout ce qu’on te demande, t’as la médaille, t’es beau. Dans la bataille des cons de la gueule t’es enfin en train de gagner très haut, t’as ta fanfare particulière dans la tête, t’as la gangrène qu’à moitié, t’es pourri c’est entendu, mais t’as vu les champs de bataille où qu’on décore pas la charogne et toi t’es décoré, ne l’oublie pas ou t’es que l’ingrat, le vomi déconfit, la raclure de cul baveux, tu vaux plus le papier qu’on te torche
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C’est écœurant quand on a vu pendant des mois les convois d’hommes et de tous les uniformes défiler dans les rues comme des bancs de saucisses, kakis, réserves, horizons, vert pomme, soutenus par les roulettes qui poussent tout le hachis vers le gros pilon pour con. Ça part tout droit, ça chantonne, ça picole, ça revient en long, ça saigne, ça picole, encore, ça pleurniche, ça hurle, c’est pourri déjà, un coup de pluie, voilà le blé qui pousse, d’autres cons arrivent en bateau, il mugit, il a hâte de tout débarquer, sur l’eau il virevolte le grand souffleur, tourne du cul, le beau navire dans la jetée, le voilà reparti fendant les vagues écumantes en chercher d’autres… Toujours contents les cons, toujours à la fête. Plus qu’on en écrabouille mieux les fleurs poussent, c’est mon avis. Vive la merde et le bon vin. Tout pour rien !
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Vidéo de Louis-Ferdinand Céline
CHAPITRES : 0:00 - Titre
F : 0:06 - FLATTERIE - Madame de Sévigné 0:15 - FOU - Delphine Gay 0:25 - FOULE - George Sand
G : 0:34 - GAIETÉ - Robert Poulet 0:46 - GOUVERNEMENT - Marmontel
H : 0:58 - HABITUDE - Pierre-Adrien Decourcelle 1:09 - HOMME - Victor Hugo 1:19 - HOMME ET FEMME - Alphonse Karr 1:32 - HONNÊTES GENS - Anatole France 1:46 - HORLOGE - Alphonse Allais 1:56 - HUMOUR - Louis Scutenaire
I : 2:06 - IDÉAL - Marcel Pagnol 2:17 - IDÉE - Anne Barratin 2:29 - IGNORANCE - Charles Duclos 2:42 - IMBÉCILE - Louis-Ferdinand Céline 2:55 - IMMORTEL - Jean Richepin 3:05 - INJURE - Vauvenargues 3:14 - INTELLECTUEL - Alexandre Breffort 3:25 - INTELLIGENCE - Alain 3:35 - INTÉRÊT - Albert Willemetz
J : 3:46 - JEUNES ET VIEUX - Decoly 3:56 - JEUNESSE - Jean-Bernard 4:09 - JOIE - Martin Lemesle 4:22 - JOUISSANCE - John Petit-Senn
L : 4:33 - LARME - Georges Courteline 4:46 - LIBERTÉ - Henri Jeanson 4:57 - LIT - Paul Éluard
M : 5:05 - MALADIE - Boris Vian 5:18 - MARIAGE - Édouard Pailleron
5:31 - Générique
RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE : Jean Delacour, Tout l'esprit français, Paris, Albin Michel, 1974.
IMAGES D'ILLUSTRATION : Madame de Sévigné : https://www.linternaute.fr/biographie/litterature/1775498-madame-de-sevigne-biographie-courte-dates-citations/ Delphine Gay : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5e/Delphine_de_Girardin_1853_side.jpg George Sand : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/09/George_Sand_%281804-1876%29_M.jpg Robert Poulet : https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnalites/poulet-robert.html Jean-François Marmontel : https://www.posterazzi.com/jean-francois-marmontel-n-1723-1799-french-writer-stipple-engraving-french-c1800-poster-print-by-granger-collection-item-vargrc0085347/ Pierre-Adrien Decourcelle : https://www.mediastorehouse.co.uk/fine-art-finder/artists/henri-la-blanchere/adrien-decourcelle-1821-1892-39-boulevard-des-25144380.html Victor Hugo : https://www.maxicours.com/se/cours/les-funerailles-nationales-de-victor-hugo/ Alphonse Karr : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9c/Personnalités_des_arts_et_des_lettres_-_Alphonse_Karr_%28Nadar%29.jpg Anatole France : https://rickrozoff.files.wordpress.com/2013/01/anatolefrance.jp Alphonse Allais : https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/alphonse-allais-faits-divers.html Louis Scutenaire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Scutenaire#/media/Fichier:Louis_Scutenaire,_rue_de_la_Luzerze.jpg Marcel Pagnol : https://www.aubagne.fr/actualites-109/marcel-pagnol-celebre-dans-sa-ville-natale-2243.html?cHash=50a5923217d5e6fe7d35d35f1ce29d72#gallery-id-4994 Anne Barratin : https://www.babelio.com/auteur/Anne-Barratin/302855 Charles Pinot Duclos
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