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EAN : 9782070366668
123 pages
Éditeur : Gallimard (26/06/1975)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 261 notes)
Résumé :

L'ordre de route je l'avais dans la main… L'heure était dessus, écrite…
Le factionnaire de guérite il avait poussé lui-même le portillon avec sa crosse. Il avait prévenu l'intérieur :
– Brigadier ! C'est l'engagé !
– Qu'il entre ce con-là
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  26 septembre 2015
SBN : 9702070366668
De "Casse-Pipe", Roger Nimier, trop tôt disparu dans un accident stupide (comme tous les accidents, soit dit en passant), disait qu'il s'agissait d'un livre primordial dans l'oeuvre célinienne. Je n'ai pas la connaissance approfondie qu'avait Nimier de Céline mais ce "Casse-Pipe" d'une centaine de pages a, incontestablement et malgré sa brièveté, quelque chose d'homérique. Est-ce l'hérédité célinienne - mi-normand par le père, mi-breton par la mère ? Toujours est-il qu'on y est cerné par la pluie. Nous aussi, nous sommes détrempés par les trombes d'eau de cette espèce de tempête absolument folle qui s'arrête, en dégouttant bien soigneusement, lorsque le jour s'apprête à poindre, au bout de l'une des nuits les plus longues et les plus effarantes que nous ayons jamais lues.
Si encore il n'y avait que la pluie pour arroser les pauvres troufions - où l'on remarquera d'ailleurs le grand nombre de noms bretons ! Mais, à un certain moment, voilà nos militaires dans les écuries - normal pour des cuirassiers, me direz-vous - et toute l'urine des chevaux et cavales, mêlée à cette noble matière qu'est le purin et entraînée, je suppose par l'eau du ciel qui transperce le plafond , vient se déverser gracieusement en supplément
Au milieu de tout ça, un Louis-Ferdinand Destouches dont c'est le premier jour et qui n'a pas encore reçu son uniforme. Il est donc en habit de civil - un "demi-saison" refilé par le toujours providentiel Oncle Edouard - mais, s'il a jamais porté un chapeau dans cette aventure, en tous cas, on peut dire qu'il a oublié le détail dès le début. Les premières pages s'ouvrent en effet sur la présentation du futur Céline au brigadier le Meheu, dans un minuscule bureau dont ce serait un euphémisme des plus polis de souligner que ça y schlingue comme c'est pas permis.
Vous connaissez Céline ? En tous cas, depuis que vous venez régulièrement lire ici les fiches concernant ses livres, ça commence à vous entrer dans la cervelle, son goût probablement congénital pour les descriptions virulentes, odorantes et flatulentes ? Bon, alors, promis, juré, je vous mettrai l'extrait dans la rubrique adéquate : "la bonne et saine gaieté rabelaisienne", comme disait le très britannique Lawrence Durrell de notre plus célèbre docteur en médecine montpelliérois ...
L'intrigue de "Casse-Pipe" devrait être simple à raconter mais, si tel était le cas, ce ne serait plus du Céline. Disons, grosso modo, que notre héros (en costume demi-saison), toute une troupe de cuirassiers démontés, une écurie entière de chevaux rendus obsessionnels par la présence de juments, les foudres d'un Jupiter qui teste ses armes en prévision du conflit qui va éclater un an plus tard à peu près et ce génie véritable qu'avait déjà le dénommé Destouches pour tomber sur des excentriques, des originaux, des cinglés, des dingues, des inconscients finis, des imbéciles d'une rare sottise ... s'unissent pour former une espèce de monôme nocturne, où les entonnoirs retournés remplaceraient avec honneur sur les crânes les shakos traditionnels et que domine, aussi omniprésente mais beaucoup moins musicale que dans "Singin' in the Rain", une pluie quasi impériale. Elle est partout, dans tous les coins : elle assomme en tombant des nuages, elle éclabousse avec rage en flagellant de malheureuses flaques qui s'élargissent au sol devant elle, elle fait grelotter tous les membres de ce défilé surréaliste qui, galopant, trébuchant, glissant, tombant parfois carrément dans la boue, ont pour mission de rejoindre la Poudrière (ordre du major Rancotte, un beau spécimen célinien, lui aussi, avec qui on rigole pas tous les jours ), sous la conduite du brigadier le Meheu, lequel, quand il aura pris sa retraite de l'armée, pourra se reconvertir dans la profession d'aboyeur de cirque. Mais - et voilà où l'affaire se corse - tous ces malheureux trempés, détrempés, dégoulinant d'eau, de purin, d'urine de cheval et prêts à attraper la crève en brûlant la politesse à celle qui les attendra bientôt dans les tranchées, ont oublié le mot de passe du jour ou plutôt de la nuit, le seul qui leur permettrait de présenter patte blanche (si l'on ose écrire) au gardien de l'Arsenal. le pire sans doute étant que le seul qui ne DEVAIT PAS l'oublier, le dénommé le Meheu, "le Chef" comme il n'a cessé de le répéter sur tous les tons à un Céline qu'on sent sceptique et rebelle dès le premier échange, ne se rappelle plus qu'une chose à ce sujet : il s'agirait d'un nom de fleur.
Et tout ça gueule, éructe, proteste, s'insulte, sans oublier les trépignements rageurs du Major Rancotte pour qui un mot de passe militaire évoque toujours une bataille mais JAMAIS une fleur !
Tous, sauf pour une fois Céline, qui, prudent et ayant apparemment autant de mal que son lecteur à dévider le fil de l'histoire, préfère se taire et enregistrer tout ça dans sa tête, pour plus tard ...
On ne sait jamais ...
Le chapitre "final" fut édité en 1959, dans "Entretiens Familiers avec L. F. Céline" de Robert Poulet, constitue une sorte d'apothéose, où l'écrivain raconte que, par la suite, il se retrouva affecté à l'escouade de Meheu. C'est court mais c'est épique : des silhouettes entrevues réapparaissent, les gueulement énormes reprennent et là, on est en pleine guerre et on est complètement déboussolé. La Guerre, le plus sûr, le plus horrible des suicides ...
Le livre se termine sur un certain nombre de notes révélatrices prises par Céline durant cette période avec cette phrase sublime : " - en un mot, je suis orgueilleux - est-ce un défaut ? je ne le crois pas et il me créera des déboires ou peut-être la Réussite."
Somptueux et visionnaire : Céline a eu les déboires ... et la Réussite.
Je tenterai de résumer en vous affirmant que "Casse-Pipe", c'est comme le petit Pimousse de l'ancienne publicité : "Petit ... Mais costaud !" Lisez-le : mais faites attention aux coups de poing dans le sternum ... ou en pleine gueule et souvent alors que ce n'était pas vous qu'on visait. Oui, lisez-le : de toutes façons, si vous êtes un vrai célinien, vous ne pouvez pas ne pas le faire. :o)
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klakmuf
  12 février 2018
Petit roman inachevé d'une centaine pages, paru en 1949, Casse-pipe n'en est pas moins très intéressant car il fait la jonction, dans l'oeuvre de Céline, entre Mort à crédit et le début du Voyage au bout de la nuit. Entrepris dès 1936, après Mort à crédit, il sera malheureusement délaissé au profit des pamphlets politiques et de Guignol's Band.

A la fin de Mort à crédit, l'oncle tente de dissuader Ferdinand de s'engager dans l'armée : « Mais le régiment mon petit pote !... mais c'est pas comme tu t'imagines !... C'est plus dur encore qu'un boulot !... Tu peux pas te rendre compte !... Surtout à ton âge !... Les autres, ils ont vingt et une piges ! c'est déjà un avantage. T'aurais pas la force de tenir… On te ramasserait à la cuiller… ». En vain, car Ferdinand – devenu Bardamu dans Voyage au bout de la nuit – s'est bel et bien engagé. Dès le début, pourtant, Bardamu regrette et voudrait bien s'en aller, « mais trop tard ! Ils avaient refermé la porte en douce derrière nous les civils. On était faits comme des rats ».
Casse-pipe raconte, de manière incomplète, l'engagement de Ferdinand dans un régiment de cavalerie (ici, le 17e cuirassiers), son incorporation et ses premiers pas dans cet univers à part, où les hommes évoquent des bêtes (« Les hommes tout autour, ils reniflent… Ils sont là en tas comme des bêtes… Ils attendent l'orage… ») et les chevaux des créatures effrayantes. S'ensuivent quelques scènes pathétiques et comiques, d'une escouade incapable de relever le soldat de faction à la poudrière, et qui attend dans l'écurie gardée par l'improbable et truculent soldat L'Arcille, le retour son chef le Meheu, qui a dû retourner au poste chercher le « boniment », l'indispensable mot de passe bêtement oublié.
En vrai, Louis-Ferdinand Destouches s'était engagé à 18 ans, en 1912, au 12e cuirassiers de Rambouillet. Pour trois ans. Casse-pipe est ainsi suivi du Carnet du cuirassier Destouches, qui rassemble cinq pages de notes intimes qu'il a jetées sur le papier en novembre et décembre 1913. On y découvre sa peine à s'acclimater à la vie militaire, sa tristesse « qui prend des proportions énormes », sa « mélancolie profonde », sa peur des chevaux et ses idées noires qui le poussent même à envisager l'extrême : « la désertion qui devenait la seule échappatoire de ce calvaire ». Fort heureusement, il n'a pas commis l'irréparable et il trouvera même en lui, par la suite, les ressources nécessaires pour devenir Maréchal des logis.
Mais qu'est-ce qui a pu pousser Louis-Ferdinand dans cette galère, lui l'anarchiste, le réfractaire ? La question est posée dans Casse-pipe mais la réponse est vite éludée : « Alors qu'est-ce que tu viens foutre au 17e cavalerie lourde ? Hein ? », lui demande le Maréchal des logis Rancotte. « Tu sais pas toi-même, merveilleux ? Y a plus rien à manger chez toi ? le four a chu ? » qu'il ajoute. Ferdinand « voyait qu'il fallait rien répondre ». Dommage ! Ça nous aurait un peu décollé la pulpe, à nous autres, pauv' becs de moule de bouquineurs ignares ! En fait, l'engagement dans l'armée n'est pas si absurde si l'on garde à l'esprit qu'en 1912, Louis-Ferdinand n'est pas devenu Céline : il est encore jeune, n'a pas perdu toutes ses illusions et, surtout, pas encore vécu la première guerre mondiale. Dans son milieu petit bourgeois, et anti-dreyfusard, l'armée était une institution respectée. Louis-Ferdinand étouffait et aspirait à une autre vie. Il se cherchait et a tenté l'armée. La guerre l'a rattrapé, en le marquant à jamais. En 1914, il sera blessé au combat et évacué à l'arrière. La guerre s'enlisera vite dans les tranchées, mais ce n'était déjà plus sa guerre. « Depuis 14, moi, je vacille », écrit-il dans Normance. « A vingt ans, je n'avais déjà plus que du passé. Les jeux étaient faits » (Voyage au bout de la nuit). La voie était désormais pavée pour Céline…
Casse-pipe, c'est du Céline pur jus. Court, mais consistant. A la fois drôle et dramatique, vrai et délirant. Avec son fameux style « rendu émotif » façon « métro sur rails profilés » qui ne s'arrête jamais (cf. Entretiens avec le Professeur Y), ses légendaires trois points de suspension en traverses sur le ballast, et des « écrabouillures », de la « féérie d'embrouillamini », de la « carambouille sorcière des choses » ou de l'« infini foutoir aux canailles », tout ça, en-veux-tu, en-voilà… Alors ça fait 4 étoiles Babelio, recta ! Pas mégoter, mon colon ! A vous de vous pencher et de lire, maintenant…
Ceux qui s'intéresseraient au quotidien des soldats au début du 20e siècle, sans avoir à subir le prisme littéraire et déformant de Céline, pourront dans la même veine regarder du côté de Léon Werth, anarchiste lui aussi (par exemple, Caserne 1900 ou Clavel soldat).
Post-scriptum : les cadors de Folio-Gallimard, ils auraient quand même pu se fendre en fin de livre d'un petit lexique des mots d'argot, vu que le fretin d'aujourd'hui, du village global et de l'ère électronique, gavé d'angliche, de sigles et d'abréviations, il est plus du tout au parfum de l'argot parigot, ni de la jactance des bidasses d'il y a un siècle ! C'eût été, comme on dit, fort apprécié.
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AMR
  24 novembre 2018
Je reconnais avoir un peu de mal avec le langage particulier et l'écriture de Céline… Celles et ceux d'entre vous qui me connaissent ou qui me suivent un peu savent que j'ai mis plus de six mois à lire Voyage au bout de la nuit
Quand, en fouillant dans le rayon BD de la bibliothèque où j'ai mes habitudes, j'ai eu l'occasion de feuilleter ce roman graphique de Tardi qui illustre Casse-pipe suivi du carnet du cuirassier Destouches, j'ai immédiatement trouvé que ses dessins monochromes correspondaient tout à fait à l'univers et au style de cet auteur ; naturellement, j'ai emprunté l'album pour me faire une meilleure idée de cette collaboration posthume.
Louis-Ferdinand Destouches était engagé volontaire dès 1912 dans un régiment de cavalerie ; il a été gravement blessé sur une action héroïque en 1915. Quand il parle de la guerre, c'est en parfaite connaissance de ses réalités. Casse-pipe est un roman inachevé, autobiographique, qui raconte son arrivée au régiment par une nuit froide et pluvieuse, dans une belle pagaille organisée au cours de laquelle les gradés ont oublié les mots de passe, les chevaux s'échappent des écuries, et les soldats subissent brimades et humiliations en cascade. Un extrait des Entretiens familiers nous apprend que Céline voulait raconter l'histoire d'un échelon régimentaire d'une centaine d'homme qui, au cours de la première année de la guerre, perd ses liaisons et se retrouve livré à lui-même sous les ordres d'un adjudant ; les soldats, privés de tout et désorientés, ne tardent pas à commettre des exactions couvertes par l'adjudant ; s'apercevant enfin de sa responsabilité, ce dernier, pour éviter le déshonneur, entraîne ses hommes vers l'endroit le plus dangereux des combats…
La quatrième de couverture de l'album de Tardi évoque une rencontre entre le tragique et le comique et c'est vrai que l'ensemble est assez pitoyable. Dans Casse-Pipe, personnellement, encore une fois, je bute sur la langue particulière de Céline où l'oralité et l'argot débordent ; je suis noyée sous les insultes d'un langage militaire braillé par des sous-officiers incapables et veules qui masquent leur lâcheté et leur inexpérience derrière des ordres et des contrordres. Pour moi, c'est une logorrhée exclamative qui dessert le propos car Céline dépeint avec réalisme une armée peu soudée où l'indifférence et le chacun pour soi régissent les rapports entre les soldats et les gradés et même entre les soldats entre eux.
J'avoue avoir sauté des paragraphes dans la première partie de l'album, reprenant parfois brièvement ma lecture quand les superbes illustrations de Tardi m'y ramenaient pour préciser un détail du dessin, les causes d'une expression ou d'une attitude.
À la fin de l'album, Henri Godard, grand spécialiste de l'oeuvre de Céline, reconnaît que le texte de Casse-Pipe est « trop tissé à chaque ligne » de mots argotiques du vocabulaire de l'armée et de la cavalerie et que cela risque fort de saturer les lecteurs ; il propose donc quelques pages explicatives bienvenues.
Le chapitre intitulé « Mon ami Bardamu » se déroule à la fois pendant l'offensive et avant la guerre dans les souvenirs du narrateur qui raconte son entrainement et sa vie de garnison ; encore une fois « la gradaille » est à l'honneur et « la bleusaille » en prend pour son grade, pour paraphraser le style… Mais l'écriture de Céline est un peu différente, plus narrative, tandis que les desseins de Tardi occupent moins d'espace. Des fragments de la suite du récit apportent quelques détails supplémentaires sur la vie quotidienne dans les casernes, les temps d'engagement, la parade du 14 juillet, les escortes officielles, les promotions de grades…
L'ensemble est assez décousu ; le lecteur a une vague idée du chantier du livre en cours et de l'oeuvre en devenir. J'y trouve un intérêt documentaire, mais sans plus.
J'ai préféré le Carnet du Cuirassier Destouches, suites de notes plus personnelles de Louis Ferdinand Céline. Les cuirassiers faisaient donc partie de la cavalerie lourde et l'auteur avoue « une peur innée du cheval » et nous livre son désespoir ; il a dix-sept ans à peine et regrette ses « fanfaronnades » juvéniles. Il y a une réelle sincérité dans ces courts extraits illustrés seulement par un seul dessin représentant sans doute la reprise des élèves brigadiers.
En 1939, Céline a raconté son baptême du feu de 1914. Il était alors maréchal des logis au 2ème de Cuirassier… Dans ce dernier récit, il nous met au coeur de la charge au grand galop et nous livre ses réflexions dans un langage plus recherché parfois, ce qui ne gâte rien, bien au contraire.
Cette lecture a été plus que laborieuse ; je l'ai poursuivie dans un but d'étude et de documentation. Je suis toujours très sensible à l'art et la manière de dessiner les chevaux, car ce n'est pas chose facile. Si je dois retenir quelque chose de cet album, ce sera les chevaux représentés par Tardi, leurs yeux exorbités, leurs regards hallucinés, leurs naseaux dilatés, leur frayeur… « C'est le bourrin qui fait du cavalier le héros. […] Un gars démonté, ça ne compte plus ! »
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Pcpa
  04 février 2019
Livres après livres sur Babelio les notes sont quasi toujours entre 3 et 4..... C'est parfois désespérant.
Je ne nie pas ici l'importance de Céline dans la littérature Française ni son talent mais voir que la note moyenne est quasiment à 4 après plus de 200 votes me laissent abasourdi....
Ce livre est totalement illisible, à n'y rien comprendre, alors oui 1 étoile est pour ma part une bonne note.... J'aurais voulu me donner un peu d'importance et passer pour un grand connaisseur j'aurais donné un 4 ou 5.... Je ne remets cependant pas en question les lecteurs ultra connaisseurs qui voient dans ce roman un élément important de l'oeuvre de Céline.
C'était pour ma part ma découverte de Céline... J'ai quand même lu Voyage au bout de la nuit histoire de ne pas rester sur cette impression de gâchis.
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Pingouin
  11 avril 2012
Dans quel autre contexte que celui de la guerre, de la puanteur, de la vulgarité et de ce qu'il y a de plus répugnant chez l'homme, Céline pourrait le mieux s'exprimer ? Bien peu à mon avis, et c'est bien dans ce contexte que ce court roman prend place.
Rarement Céline aura été aussi à l'aise pour nous mettre mal à l'aise, l'on sent la puanteur, l'étroitesse de l'environnement, le langage confus des ivrognes, l'on entend les gradés nous beugler dessus ; Céline a vraiment l'art de nous propulser dans l'univers qu'il nous dépeint, et celui-ci est peut-être l'un de ceux qui lui permettent le mieux d'exprimer son talent, jetez simplement un oeil à la citation que j'ai ajouté, et comprenez pourquoi il fait parti de mes auteurs favoris, à l'instar de beaucoup.
Il faut l'aimer, cet auteur, pour aimer ce livre, son style, il y est extrêmement poussé, mais sans doute est-ce sa brièveté qui l'empêche d'en faire un chef-d'oeuvre comme peuvent l'être le Voyage ou Mort à crédit, toujours est-il qu'il reste ma foi fort sympathique de retrouver cette verve et cette haine, aussi court soit le moment de leur appréciation.
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   27 septembre 2015
[...] ...

Il a eu tous les noms sauf un : Le Coster ... Il l'a rappelé deux, trois fois ... Personne répondait ...

- "Où qu'il est votre homme Meheu ? ... Ca va bien ! Ca continue ! ..."

Silence. Il était pas là.

- "Planton à la poudrière ..." qu'a marmonné quelqu'un dans le rang.

- "A la poudrière ? ... Planton ?" Ah ! il étouffe le Rancotte ! suffocation ! "la pou ... pou ? ... que vous dites ? ... Personne l'a relevé ? Mais nom de Dieu de juterie de foutre ! Mais Brigadier, mais j'entends dingue ! Pas relevé la poudrière ? Ah ! alors ça pardon Meheu ! Que je vous retrouve noir, mûr, écoeurant ! Brigadier ! Ca va pas mieux ! Mais alors pardon mille excuses ! Coster aux poudres depuis hier soir ! ..."

Il en restait exorbité de ce trafalgar fantastique !

Il agrippait, reposait le falot. Il se bourrait, il se pinçait les cuisses ...

- "Je rêve ! Je rêve ! C'est fantastique ! Alors votre individu il est là-bas depuis 10 heures ... Mais vous êtes un monstre Le Meheu ! Que je vous regarde ! Venez ici ! Arrivez là !"

Il l'a fait se rapprocher tout près, encore plus près ! contre sa lanterne, pour mieux lui regarder la figure.

- "Depuis hier au soir qu'il attend ? Ah ! Mais ... Mais dites donc ! De ... Depuis hier soir !"

Il en bégayait de stupeur ... C'était pas imaginable ...

- "Dites donc alors Le Meheu, où que vous étiez ? Vous avez relevé personne ?"

Il le questionnait à voix basse. Ca devenait vraiment tragique.

- "C'est le mot ... Maréchaogi ...

- Le mot ! Le mot quoi ?

- Le mot qu'on n'était pas d'accord ...

- Vous l'avez perdu. Jean-Foutre ! Ca y est ! J'y suis ! ... Vous l'a ... vez ... per ... du ? Voilà comment ça finit le vice ! Vous avez quoi dans la tête ? Hein bourrique ? Hein maladie ? ... " ... [...]
+ Lire la suite
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WolandWoland   27 septembre 2015
[...] ... C'était le brigadier Le Meheu qui tenait le fond du corps de garde, les coudes sur la table, contre l'abat-jour. Il ronflait. Je lui voyais au loin les petites moustaches aux reflets de la veilleuse. Son casque lui cachait le yeux. Le poids lui faisait crouler la tête ... Il relevait encore ... Il se défendait du roupillon ... L'heure venait juste de sonner ...

J'avais attendu devant la grille longtemps. Une grille qui faisait réfléchir, une de ces fonts vraiment géantes, une treille terrible de lances dressés comme ça en plein noir.

L'ordre de route, je l'avais dans la main ... L'heure était dessus, écrite.

Le factionnaire de la guérite il avait poussé lui-même le portillon avec sa crosse. Il avait prévenu l'intérieur.

- "Brigadier ! C'est l'engagé !

- Qu'il entre ce con-là !"

Ils étaient bien une vingtaine vautrés dans la paille du bat-flanc. Ils se sont secoués, ils ont grogné. Le factionnaire il émergeait juste à peine, le bout des oreilles de son engonçage de manteaux ... ébouriffé de pèlerines comme un nuage artichaut ... et puis jusqu'aux pavés encore pleins de volants ... une crinoline de godets. J'ai bien remarqué les pavés plus gros que des têtes, presque à marcher entre ...

On est entrés dans la tanière. Ca cognait à défaillir les hommes de la garde. Ca vous fonçait comme odeur dans le fond des narines à vous renverser les esprits. Ca vous faisait flairer tout de travers tellement c'était fort et âcre ... La viande, la pisse, la chique et la vesse que ça cognait, à toute violence, et puis le café triste refroidi et puis un goût de crottin et puis encore quelque chose de fade comme du rat crevé plein les coins. Ca vous tournait sur les poumons à pas terminer son souffle. Mais l'autre accroupi à la lampe il m'a pas laissé réfléchir :

- "Dis donc l'enflure, tu veux mes pompes pour te faire bouger ? ... Passe-moi ton nom ! ... ta nature ! ... Tu veux pas t'inscrire tout seul ? ... Veux-tu que j't'envoye une berouette ? ..." ... [...]
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AhdrastheAhdrasthe   30 octobre 2016
S'il arrive que je divague, loin des tempêtes à présent, des avalanches, du mauvais sort, c'est d'avoir trop raclé ma tête dans tous les bastringues des pourtours, d'avoir trop fendu la camelote avec mon tarin, à vif, dans toutes les pistes au galop, de tous les manèges au 16ème, au petit bonheur des biques folles, à la frénésie chevaline. Je me suis senti battant de cloche pendant des années, le crâne en gong pour ainsi dire. Je titube encore de la mémoire. Je peux plus voir un cheval en peinture !
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AhdrastheAhdrasthe   30 octobre 2016
La recrue était bonne pour un litre chaque fois qu'il se perçait un bubon... Tarif de la chambre. Fallait que ça s'arrose. Toujours du même blanc par exemple, le vrai de la cantine, le "souffle du feu"... Le Meheu en voulait pas d'autre. Celui de la ville ? Une tisane ! Un coco fade, une tromperie ! Le nôtre ? pardon ! un embrasement ! Du volcan de poitrine ! Trois années de biberon vitriol ça vous cuit l'âme pour l'existence.
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PingouinPingouin   11 avril 2012
C'est pire que la transmutation. C'est de la perversité magique, la féérie d'embrouillamini , la carambouille sorcière des choses.
Trafiqueux butin, méconnaissable came, infini foutoir aux canailles où le diable tout maquille et troque ! Va mal ! Pister au fumet, à la trace, au soupçon tangent, l'étrille, la trousse dévergondée, le faux ardillon grand comme ça, le matricule plus rassurant, la triste louche dépareillure, la couverture pas catholique, la vraie culasse du truqué, pervers flingue... Pardon !
Ravage des chinoises damnations, à la chasse aux objets perdus, à tout périr de morfonderies, pourri des cauchemars frauduleux, balancé à vingt cordes molles fondues dans l'obscur. Noirs suicides de vingt brigadiers.
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Videos de Louis-Ferdinand Céline (65) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis-Ferdinand Céline
ARTAUD/CÉLINE – Destins croisés : la guerre continuée (Fondation Singer-Polignac, 2014) Conférence prononcée par Florence de Mèredieu, le 4 juillet 2014, à la Fondation Singer-Polignac, dans le cadre du séminaire annuel des Études céliniennes.
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