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ISBN : 2070367762
Éditeur : Gallimard (04/08/1976)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 325 notes)
Résumé :
- Que ferez-vous, monsieur Abet, quand l'armée Leclerc sera ici ? A Sigmaringen? ici même?... au Château? Ma question les trouble pas... ni Hoffmann ni lui, ils y avaient pensé... - Mais nous avons en Forêt Noire des hommes absolument dévoués, monsieur Céline!... notre maquis brun!... - Tout de même ! tout de même, monsieur Abetz!... la petite différence!... vous faites semblant de ne pas savoir!... vous là, Abetz, même archivaincu, soumis, occupé de cent côtés, par... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Eric76
  11 avril 2016
Louis-Ferdinand Céline, le « grand bazardeur de la patrie », le « fléau mauvaise foi cynique saboteur », le « mal embouché », le « désastreux pitre », le « bouc providentiel », le « traitre rêvé »…
Cet « animal des ténèbres », celui montré opportunément du doigt par les résistants de la vingt-cinquième heure pour cacher leurs propres turpitudes, leurs petites saloperies, leurs grandes lâchetés…
Ainsi se voyait Céline ! En victime expiatoire. Tout juste bon à être éviscéré, puis immolé par les « bonnes consciences » à la place de plein d'autres, bien plus fieffées ordures d'extrême mauvaise foi que lui.
Réfugié dans sa colline de Meudon, il se défend becs et ongles contre le monde entier si monstrueusement injuste envers lui. Il en oublierait presque « Bagatelles », le grand Ferdine. C'est quand même à cause de ce livre, de son antisémitisme viscéral, de ses fréquentations douteuses qu'il se retrouve en plein Bérézina…
Il combat avec son unique arme : les mots ! Il éructe. Il rugit. Il vocifère. Sa haine est incandescente. Un magma en fusion.
Il ne veut épargner personne. Les pauvres qui se méfient de lui, médecin loqueteux. Et qui écrit en plus ! les éditeurs, ces vampires qui lui sucent jusqu'à la dernière goutte de son sang. le monde littéraire nouvelle vague. Des bien plus pitres que lui. Tartre (JP Sartre) le grand clown ; Malraux l'idole des jeunes ; Mauriac le chichiteux bordelais…. Pas un qui n'échappe à sa rage embrasée. Ses trois petits points qui pétaradent comme une mitrailleuse, qui explosent comme de grands geysers de lave en fusion.
Son peu de tendresse, il la donne sans retenue à ses proches : Lili, la compagne des bons et des mauvais jours ; le Vigan, acteur halluciné comme on en fait plus de nos jours ; Bébert, le chat au tact tout en ondes ; toutes celles et ceux qui souffrent et qui ont besoin d'un médecin comme Madame Niçois, une bien vieille dame, une patiente fidèle, arrivée en bout de course.
C'est chez elle que Céline se chope une crise soudaine de paludisme. le « frisson solennel » ! C'est dans la fièvre, les transes qu'il va se souvenir de Sigmaringen, et de son « Hohenzollern-château, fantastique biscornu trompe-l'oeil ». Comme dans un mauvais rêve. Comme une simple déconnade.
Ses souvenirs, il va les vomir au milieu de ses sempiternelles jérémiades. C'est pour éviter de se faire lyncher qu'il accompagne le dernier carré d'hommes fidèles au maréchal Pétain. Toutes les épaves de l'Europe Nouvelle viennent s'échouer à Sigmaringen. Bouts d'armées étrillées ; haillonneux hagard ; rescapés effarés des grands bombardements. Pendant que le médecin Céline a les pieds et les mains dans la merde et le sang, les puissants font toujours comme si l'Europe Nouvelle avait un grand avenir. Théâtre d'ombres pathétique. Elle rétrécit pourtant comme peau de chagrin, l'Europe Nouvelle. Les américains poussent à l'ouest, les russes à l'est, et l'armée de Leclerc s'empare de Strasbourg. Mais on veut encore croire à la victoire finale, et on projette d'édifier une statue de Charlemagne, plus haute que celle de la liberté. Ultime bouffonnerie quand le triste Laval, en échange d'une fiole de cyanure, nomme Céline Gouverneur de Saint Pierre et Miquelon.
Avec le Céline de « D'un château l'autre », « Nord », « Rigodon », ça passe où ça casse. Me concernant, ça passe. Sa musique intérieure, cette écriture réinventée, ses vociférations torrentielles m'ont toujours transporté, fasciné, dérouté, ému, dégouté, perturbé. Par-dessus tout, j'aime quand Céline se fait matois, cabotin, qu'il rentre les griffes, et rit des autres et de lui-même sans méchanceté. Enfin presque !
J'ai mieux compris et davantage apprécié « D'un château l'autre » qu'il y a une trentaine d'années quand je l'ai lu pour la première fois. A cause peut-être des inévitables accidents de la vie, et de deux, trois rêves à jamais disparus… J'aurais préféré autrement.
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klakmuf
  10 novembre 2014
Sur "D'un château l'autre", un fin commentateur a publié ici la critique suivante: « Il y a quelque chose de pourris au royaume du Danemark comme dirais Shakespeare »: ça, c'est envoyé: quelle claque! Allez, je « like » et je clique. Fine saillie spirituelle, quel dommage pourtant qu'en si peu de mots l'orthographe y soit tant maltraitée. Et la convocation de l'oeuvre la plus célèbre du « Molière anglais » à l'appui de cette petite critique assassine ne doit pas nous faire oublier tout le talent littéraire de Louis-Ferdinand Céline qui fut, avec Marcel Proust, le plus grand écrivain français du XXe siècle.
Premier volet de la trilogie allemande, avec « Nord » puis « Rigodon », « D'un Château l'autre » est un récit très personnel, hallucinant et halluciné, pour évoquer sans souci de chronologie sa fuite de France à la Libération et son errance outre Rhin, du château de Sigmaringen, en Allemagne, à une forteresse prison au Danemark, entrecoupé de souvenirs de ses années à Montmartre ou en banlieue. Cette trilogie, c'est un peu sa saison en enfer. Céline s'y montre à la fois pamphlétaire, mémorialiste et auteur comique, avec des portraits féroces des hommes de la clique de Vichy comme de ses rivaux littéraires. Mais la vérité historique n'est pas la qualité première de l'ouvrage, tant l'homme était un écorché vif (20 ans en 1914, blessé pendant la 1ère Guerre et 45 ans en 1939). L'écrivain se situe sur le plan de la littérature autant dire celui de l'artiste. Comme tout créateur, donc, il déforme, transforme, défigure et transfigure à sa guise la réalité. Malgré ses outrances, l'auteur restitue quand même bien toute l'atmosphère de cette époque.
« D'un Château l'autre » est surtout un chef d'oeuvre littéraire, comme l'opus suivant d'ailleurs. Il est paru en 1957 et renouvelait profondément l'écriture. le titre en fournit déjà un bel exemple avec cette géniale contraction faisant disparaître la préposition. Il y a chez Céline beaucoup de procédés d'écriture et un immense travail sur la syntaxe, qui abolit la traditionnelle structure « sujet – verbe – complément » pour introduire une rupture qui reproduit à merveille l'émotion et le flux des pensées. Jamais un auteur français n'a approché de si près l'art de transcrire la langue parlée dans l'écrit : il réussit le tour de force de nous donner l'illusion de l'entendre plus que de le lire. Mais ne nous y trompons pas : il s'agit bien d'une véritable prouesse obtenue par un labeur acharné. Une écriture réinventée, triturée, expurgée et aérée qui s'appuie sur les émotions au détriment de la raison. Un roman où l'innovation langagière de l'auteur abonde aussi avec de nombreux et savoureux néologismes : « barafouiller », « brouillagineux », etc. Ah, quel talent, le Ferdinand !
Rappelons enfin que nous jugeons un livre et pas un homme (que d'autres plus autorisés se sont amplement chargés de le faire avant nous) et qu'il ne s'agit pas non plus d'un livre antisémite, l'ombre portée par les pamphlets de l'auteur étant déjà suffisamment noire et accablante, sans qu'il soit nécessaire d'en rajouter pour essayer d'occulter la créativité et les géniales fulgurances stylistiques de cet écrivain maudit. Un écrivain souvent imité mais jamais égalé.
Alors, revenons à Hamlet pour ce petit conseil amical à notre fin lecteur du début : "Jetez, nous vous en prions, cet impuissant chagrin dans la poussière..."
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CDemassieux
  28 novembre 2014
Ah, je vous devine ! Bande d'hypocrites malfaisants ! Vous vous étiez dit comme ça : « D'accord, Voyage au bout de la nuit, à la rigueur Mort à crédit, mais pas plus. Après, oh non ! ça pamphlète sévèrement, ça s'extrême-droitise sans complexe ! Et c'est pas le chat Bébert qui nous fera avaler la pilule ! »
N'empêche, ça vous chatouillait l'orteil et pire encore – que j'en causerai même pas que c'est tellement pas propre ! Je suis médecin, l'hygiène…Vous comprenez !
Mais malgré vos réticences proprettes, vous avez plongé dans ma Trilogie allemande, même si vous vous êtes sentis aussi sales que les mains de l'agité du bocal, celui qui s'est découvert une virginité héroïque de pucelle lorraine à la Libération en m'accablant de tous les noms de bactéries…Jean-Paul Tartre il disait que j'étais pas un digne… Pas grave s'il avait passé l'Occupation sans trop s'écorcher la morale résistante ! du passé, tout ça…table rase…commode…nouvelle légende…et des bourre-pif à Céline pour lui faire payer comptant son talent qu'on a pas…Je connais ces choses…Je les ai vues…
Je vous perds, je reviens…
Or donc, vous avez lu D'un château l'autre, premier panneau de mon triptyque pas vernis pour deux ronds…C'est le début de la fin…Les chefs d'hier sont juste bons à causer rhumatismes et grogner sur la pitance qu'on leur sert…restrictions…Pétain et sa cour claudicante c'est Louis XVI le 10 août 1792. Fini les Tuileries, direction le Temple !
A Sigmaringen, vous avez viré voyeurs, je sais…faites pas les dégoûtés. Même que vous avez aimé cette déroute lamentable ; même que, si vous êtes honnêtes, vous aurez remarqué que je les adorais pas bézef ces compagnons d'exil…sauf La Vigue, acteur en délicatesse…comme moi. Je les ai travaillés comme Picasso portraiturant Dora je sais plus qui ! C'est qu'il y avait du spectacle, pouvez me croire, j'y étais…Vécu…
Puis vous l'avez refermé mon livre, frustré…Envie de savoir le reste…C'est humain…Toujours savoir. Surtout qu'on vous l'a racontée, la suite, façon ennemi public numéro 1, auteur maudit...Vous voulez m'entendre encore, pour ma défense et pour le plaisir de vous cochonner l'esprit : l'Allemagne en lambeaux, le Danemark, la prison, j'en passe…Vous pouvez plus vous arrêter…Ma prose : de l'opium sans pipe et sans autel !
Ah, si j'avais dit pardon ! C'était Goncourt, académie et Panthéon ! Là, rien : pas d'école, pas de rue, pas de stade. Céline ? Connais pas !
Bon, je vous laisse : « moi là comme je suis, sur le flanc, je voudrais vous parler encore… tableaux, blasons, coulisses, tentures !… mais je ne sais plus… je retrouve plus ! la tête me tourne… oh ! mais attendez !… je vous retrouverai !… vous et mon Château… et ma tête !… plus tard… plus tard… »
(Ceci est un pastiche. le fantôme de Céline décline donc toute responsabilité !)
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Woland
  01 décembre 2015
ISBN : 9782070367764
Encore un roman célinien, c'est-à-dire un roman dont les fondations plongent au sein de la réalité la plus solide, avec un Céline redevenu médecin à Meudon après les années d'exil et de poison, un médecin qui, le plus souvent, soigne les pauvres et gagne très peu, voire rien du tout, un Céline que viennent visiter aussi quelques "curieux" genre M. Perrichon, qui se délectent à observer dans sa déchéance cet Himalaya de l'écriture, cet OVNI de la Littérature française - et mondiale. Cela nous vaut l'inénarrable anecdote où un Céline impavide - qui a emprunté un Pachon, appareil destiné à prendre la tension artérielle - assure à ces patients sournois et venus là pour le juger et se gausser de ses malheurs que leur tension personnelle n'est pas loin de friser les 25 ! Evidemment, ajoute-t-il, toujours aussi professionnel et aimable, s'ils acceptaient de s'abonner à un autre régime alimentaire - le marché noir fait encore recette ... Départ en fanfare des clients furieux, non pas de friser les 25 de tension mais à l'idée qu'on puisse leur supprimer ce à quoi ils tiennent le plus : la bouffe et la gnôle ! ...
Céline, lui, s'amuse. Méchamment - et même très méchamment - mais c'est la seule façon qu'il lui reste pour l'instant de protester contre ces visiteurs indésirables - et puis, après tout, ne jouent-ils pas, ces imbéciles, aux agents provocateurs ? D'ailleurs, il ne s'en prend pas qu'à ses malades, réels ou imaginaires. Bien sûr, il nous évoque sa haine contre ceux qui ont saccagé et pillé sont appartement d'avant-guerre et vendu ses meubles à l'encan quand encore ils ne les ont pas brûlés. Il raille, avec quelle férocité ! la Triolette et son Larengon (devinez qui c'est ) sans oublier le sieur Tartre, auteur sans talent, philosophe sans queue ni tête, philosophe de mes deux qui n'a jamais eu de style mais qui, à la place, a toujours eu l'art et la manière de s'approprier les idées des autres avant de les cuisiner à sa propre sauce . On voit aussi passer un Paul Morand qui a finalement tiré d'assez bonnes cartes d'un jeu pourri à la base - y en a toujours qu'ont une de ses chances, ma Doué ! comme nous le balance çà et là l'écrivain qui, jamais, ne renoncera à ses origines bretonnes, celles que symbolisait sa mère, sa mère, morte de faim, de froid et de tristesse sur un banc parisien alors que lui-même se trouvait en prison au Danemark, sa mère discrètement enterrée au Père-Lachaise parce que c'est si facile de s'attaquer aux morts même s'ils ne furent, de leur vivant, que de braves gens ...
Un salut au passage, pour Robert Denoël, assassiné à la fin de l'Occupation dans des circonstances demeurées mystérieuses, éditeur ambigu s'il en est puisque, s'il n'hésita pas à publier les pamphlets de Céline et ceux de Rebatet, il menait de front une revue anti-nazie. Rappelons d'ailleurs que Denoël est aussi l'éditeur de "Mort A Crédit", roman qui, lui, n'a rien à voir avec "Bagatelles ..." et ce type de prose célinienne. Et une montagne d'imprécations pour les éditeurs survivants dont Céline donne tantôt les noms véritables, tantôt les invraisemblables patronymes qu'il leur a concoctés.
Bref, Céline se plaint, pousse ses gueulantes habituelles, et dit tout ce qu'il pense, aussi bien sa tendresse pour les animaux que son indignation (ma foi, assez bourgeoise) sur ceux qui viennent lui voler ses poubelles qu'il descend lui-même sur la route, avant que ne passent les éboueurs. Voler des poubelles, non mais, j'vous jure ! Et puis, voilà qu'un jour, ou plutôt qu'un soir, alors qu'il sort d'une visite à l'une de ses patientes insolvables, laquelle souffre hélas ! d'un cancer tout aussi insolvable, Céline, dont nous savons qu'il a rapporté quelques maladies d'Afrique, est pris d'hallucinations. Il voit devant lui, à quai sur le fleuve, une péniche appelée "La Publique" et, descendant de ladite péniche, lui faisant plein de gestes désordonnés et lui tenant des propos qui ressemblent au personnage, ni plus ni moins que Robert le Vigan en personne, son ancien camarade d'exil qui vit cependant désormais en Argentine.
Et pourtant, pas de doute : c'est bien "La Vigue", comme le surnommait le Breton de Courbevoie, qui se tient devant lui, avec sa gueule de beau gosse, son bagou exalté et cette puissance d'acteur que, de film en film et quel que soit ce que l'on pense de l'homme, nul ne s'avisera de nier - à moins d'être un parfait idiot . Les échanges des deux hommes, mélange de discours abracadabrantesques et de réflexions des plus lucides, amènent Céline à comprendre qu'il est en pleine crise de malaria ou de paludisme et le font prendre ses jambes à son cou, direction son lit, qui l'attend pour qu'il puisse y entamer en toute sécurité la seconde partie de "D'Un Château l'Autre", celle consacrée à son exil (et à celui de personnes des plus intéressantes, comme nous le verrons) à Siegmaringen (orthographe de l'écrivain alors que, en principe, il n'y a pas de "e" dans la première syllabe).
Comme toujours, quand Céline plonge dans l'hallucination et les souvenirs, le paysage s'éclaircit. Certains me jugeront sévèrement d'écrire cela sur une période durant laquelle Céline se trouvait encore à l'abri alors que tant d'enfants, de femmes et d'hommes tombaient, victimes d'une idéologie à laquelle il paraissait bien avoir fait allégeance. Mais en conscience et en tant que lectrice seule, je ne puis le formuler autrement. Loin de faire l'apologie des Nazis, des Vichystes, des collabos de toutes sortes, Céline l'Anarchiste, Céline le Surdoué, Céline l'Ecrivain génial dont on se demande comment il a pu compromettre aussi sottement un Don tel que celui qu'il avait reçu des Dieux, nous les montre tels qu'il les a vus (et de près) : Pétain (qui le haïssait) et ses seize cartes d'alimentation (Laval devait se contenter de huit ), la promenade régulière et quotidienne de "Philippe" vers le lac où l'arrêtait toujours un certain Corpechot, un déjanté de la plus belle eau, auto-proclamé semi-amiral des réfugiés et qui vivait dans la hantise de voir une bombe anéantir "le Maréchal", les S. S. qui apparaissent au coin d'un bois ou d'un autre, les avions qui survolent le tout, le mépris des Allemands envers les collabos et la haine de ceux-ci envers les Allemands, les incroyables discours de Laval (que Céline, le jugeant sur son physique plus ou moins sarrazin, avait un jour tout bonnement traité de "juif" dans un article), Otto Abetz, perdu dans ses rêveries ... bref, une monstrueuse petite planète qu'il quittera à la fin avec Lili, sa femme, et Bébert son fidèle félin, pour une autre planète tout aussi monstrueuse, laquelle le mènera à la prison danoise avant de le réexpédier ... à Meudon.
L'ouvrage se termine d'ailleurs là, à Meudon ; où un Céline convalescent mais résigné se voit obligé de poursuivre ses soins auprès de Mme Niçois, dont l'Hôpital ne veut plus parce qu'elle est incurable. Dernière note éminemment absurde et célinienne : une voisine qui s'occupe désormais de la pauvre femme (laquelle a plus ou moins perdu la tête) et qui, entre deux gloussements ridicules, n'arrête pas d'appeler Céline "Dr Haricot." Pourquoi ? Pour quès ? comme le dirait l'auteur du "Voyage ..." en personne - eh ! bien, j'aurais bien du mal à vous l'expliquer parce que j'ai pas compris ...
Une fois de plus, dans "D'Un Château l'Autre", Céline nous joue son tour préféré, sa spécialité à la Houdini : il semble partir en aveugle, tâtonner à droite, à gauche, ignorer absolument tout de là où il veut arriver ... et puis l'ensemble se tisse sans un noeud de travers et nous offre un texte tout à la fois réaliste et hallucinatoire, avec des visions purement oniriques et des dialogues qui, pour avoir été tenus par des politiciens, n'en sont pas moins d'une démence effarante. Après les avoir lus, on comprend un peu mieux le chaos dans lequel tous ces gens-là, de tous bords d'ailleurs, ont entraîné l'Europe - et pour trop longtemps.
Les politiciens, c'est le chaos. Et malheur à qui s'en mêle sans être du sérail. Telle pourrait être la conclusion imposée par cette lecture colorée, ahurissante, magique, pleine d'humour noir et peut-être plus encore d'auto-dérision. Car Céline, s'il se présente en victime, n'entend pas pour autant omettre les "erreurs" qu'il a commises. S'il décrit les autres sans grande gentillesse, il ne s'épargne pas lui-même - il n'épargne en fait que Lili et Bébert et, toujours, il les épargnera. C'est là le signe d'une profonde intégrité intellectuelle. du moins, c'est ce que l'on dit toujours. Alors, pourquoi refuser à Céline cette si précieuse qualité ? ...
... Donnez-moi une raison, une seule, qui soit valable ...
... Hein ? dites voir un peu ... Je suis toute ouïe ... ;o)
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finitysend
  19 décembre 2017
Il y a quelque chose de pourris dans le royaume du Danemark , comme dirait Shakespeare ...
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Eric76Eric76   05 avril 2016
oh, elle se plaignait pas, mais je voyais… elle avait plus de force… elle couchait à côté de mon lit… un moment, le matin, elle a voulu aller dehors… je voulais l’allonger sur la paille… juste après l’aube… elle voulait pas comme je l’allongeais… elle a pas voulu… elle voulait être un autre endroit… du côté le plus froid de la maison et sur les cailloux… elle s’est allongée joliment… elle a commencé à râler… c’était la fin… on me l’avait dit, je le croyais pas… mais c’était vrai, elle était dans le sens du souvenir, d’où elle était venue, du Nord, du Danemark, le museau au nord, tourné nord… la chienne bien fidèle d’une façon, fidèle aux bois où elle fuguait, Korsör ; là-haut… fidèle aussi à la vie atroce… les bois de Meudon lui disait rien… elle est morte sur deux… trois petits râles… oh, très discrets… sans du tout se plaindre… ainsi dire… et en position vraiment très belle, comme en plein élan, en fugue… mais sur le côté, abattue, finie… le nez vers ses forêts à fugue, là-haut d’où elle venait, où elle avait souffert… Dieu sait !
Oh, j’ai vu bien des agonies… ici… là… partout… mais de loin pas des si belles, discrètes… fidèles… ce qui nuit dans l’agonie des hommes c’est le tralala… l’homme est toujours quand même en scène… le plus simple…
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WolandWoland   02 décembre 2015
[...] ... Zébi ! ... des flics qui émergent ! ... trois quatre d'abord ... et puis bien quarante cinquante shuppos dans un gros camion gazogène ... et puis encore une bande de flics ... une autre police française ! ... et puis après eux ... le Maréchal ! oui ! ... lui ! ... Debeney à sa gauche, en retrait ... le général Debeney, l'amputé ... mais pas plus de "boules" que de beurre au chose ! ... la promenade du Maréchal ! ... voilà ce qu'ils avaient attendu, les 1142 lustrucs ... vous auriez pu croire ... rien du tout ! ... qu'ils allaient l'agonir affreux ... que c'était la honte ! l'infamie ! pas du tout ! ... lui, ses 16 cartes ! ... tout le monde le savait ! ... et qu'il se les tapait ! ... qu'il en laissait miette à personne ! et que c'était le fameux appétit ! ... en plus le confort total ! ... créché comme un roi ! ... et qu'était responsable de tout ! Verdun ! Vichy ! et du reste ! et de la misère qu'on se trouvait ! la faute à Pétain ! à lui ! lui là-haut, soigné, comme un rêve ! ... tout son étage pour lui tout seul ! ... chauffé ! Quatre repas par jour ! 16 cartes plus les cadeaux du fûhrer, café, eau de cologne, chemises de soie ... un régiment de flics à sa botte ... un général d'état-major ... quatre autos ...

Vous auriez pu vous attendre que ce ramas de loquedus sursaute ! se jette dessus ! l'étripe ! ... pas du tout ! ... juste un peu de soupirs ! ... ils s'écartent ! ... ils le regardent partir en promenade ... la canne en avant ! et hop ! ... et digne ! il répond à leurs saluts ... hommes et rombières ... les petites filles : la révérence ! ... la promenade du Maréchal ! ... mais pas plus de pain que de saucisson ... Hermilie de Hohenzollern salue pas, elle ! ... encore plus rêche, revêche qu'avant ... Komm ! Komm ! ... que sa demoiselle vienne ! ... elles redisparaissent ... elles nous disent même pas au revoir ... le trou par où elles étaient venues ... la sorte de fente dans les cailloux ... elle et sa suivante ... juste à peine le temps qu'elles se faufilent ... plus d'Hermilie ! ... plus de demoiselle ! ... elles étaient reparties sous le Château ... ah ! elles avaient pas eu de pain non plus ! ... zut ! ... nous non plus ! ... flûte ! ... Lili, moi, Bébert, on était venus un peu pour ça ... pas le temps d'être tristes ... je vois Marion ! je l'aperçois ! ... Marion, le seul qu'a eu du coeur, le seul qui nous a jamais oubliés ... qu'est toujours venu nous apporter tout ce qu'il pouvait au "Löwen" ... pas grand chose ... des petits restes ... surtout des petits pains ... y avait des petits pains au Château ... pas beaucoup mais enfin trois quatre par ministre ... ca compte d'être ministre, des moments ... Marion pensait toujours à nous, et à Bébert ... sa grande rigolade était que Bébert lui fasse Lucien ... Lucien Descaves [= exécuteur testamentaire des Goncourt qui mit en place leur fameux "Prix"] ... Bébert, je lui mettais mon cache-nez ... avec ses moustaches en bataille il faisait très bien Lucien Descaves ... c'était notre moment de plaisanterie ... ah ! que c'est loin ! ... j'y pense ... fini Lucien ! ... fini Marion ! ... fini Bébert ! ... partis tous ! ... les souvenirs aussi ! ... tout doucement ... [...]
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Eric76Eric76   30 mars 2016
La pluie qui m'envoie des clients !... ça arrive !... pas beaucoup ! quelques-uns... qui montent au vrai Meudon, canent à mi-côte... oh, l'hiver seulement ! ils ont tort, ils viendraient l'été ils jouiraient de la situation... du point de vue unique !... et de la ramure et des oiseaux !... pas que les clebs !... oiseaux si ça chante ! et ce qu'on découvre !... jusqu'à Taverny l'autre côté ! l'extrême du département !... de chez moi de mon jardin, du sentier... je dis le jardin, oui !... positif petit Eden, trois mois sur douze !... quels arbres !... et aubépines et clématites... vous diriez pas à peine une lieue du pont d'Auteuil ! l'enclos de verdure, l'extrême bouquet des bois d'Yveline... tout de suite, c'est Renault !... sous nous ! vous pouvez pas vous tromper... où y a la broussaille plus touffue c'est là !... c'est nous ! d'abord les chiens seront sur vous, la meute !... vous laissez pas intimider !... faîtes semblant de ne pas les entendre... regardez ce panorama ! les collines, Longchamp, les Tribunes, Suresnes, les boucles de la Seine... deux... trois boucles... au pont, tout contre, l'île à Renault, le dernier bouquet de pins, à la pointe...
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KristeenKristeen   16 juin 2014
Le même mystère avec Bessy, ma chienne, plus tard, dans les bois au Danemark… elle foutait le camp… je l’appelais… vas-y !… elle entendait pas !… elle était en fugue… et c’est tout !… elle passait nous frôlait tout contre… dix fois !… vingt fois !… une flèche !… et à la charge autour des arbres !… si vite que vous lui voyiez plus les pattes ! bolide ! ce qu’elle pouvait de vitesse !… je pouvais l’appeler ! j’existais plus !… pourtant une chienne que j’adorais… et elle aussi… je crois qu’elle m’aimait… mais sa vie animale d’abord ! pendant deux… trois heures… je comptais plus… elle était en fugue, en furie dans le monde animal, à travers futaies, prairies, lapins, biches, canards… elle me revenait les pattes en sang, affectueuse… elle est morte ici à Meudon, Bessy, elle est enterrée là, tout contre, dans le jardin. je vois le tertre… elle a bien souffert pour mourir… je crois, d’un cancer… elle a voulu mourir que là, dehors… je lui tenais la tête… je l’ai embrassée jusqu’au bout… c’était vraiment la bête splendide… une joie de la regarder… une joie à vibrer… comme elle était belle !… pas un défaut… pelage, carrure, aplomb… oh, rien n’approche dans les Concours !…

C’est un fait, je pense toujours à elle, même là dans la fièvre… d’abord je peux me détacher de rien, ni d’un souvenir, ni d’une personne, à plus forte raison d’une chienne… je suis doué fidèle… fidèle, responsable… responsable de tout !… une vraie maladie… anti-jeanfoutre… le monde vous régale !… les animaux sont innocents, même les fugueurs comme Bessy… on les abats dans les meutes…

Je peux dire que je l’ai bien aimée, avec ses folles escapades, je l’aurais pas donnée pour tout l’or du monde… pas plus que Bébert, pourtant le pire hargneux greffe déchireur, un tigre!… mais bien affectueux, ses moments… et terriblement attaché! j’ai vu à travers l’Allemagne… fidélité de fauve…

A Meudon, Bessy, je le voyais, regrettait le Danemark… rien à fuguer à Meudon!… pas une biche!… peut-être un lapin?… peut-être!… je l’ai emmenée dans le bois de Saint-Cloud… qu’elle poulope un peu… elle a reniflé… zigzagué… elle est revenue presque tout de suite… deux minutes… rien à pister dans le bois de Saint-Cloud!… elle a continué la promenade avec nous, mais toute triste… c’était la chienne très robuste!… on l’avait eue très malheureuse, là-haut… vraiment la vie très atroce… des froids -25°… et sans niche!… pas pendant des jours… des mois!… des années!… la Baltique prise…

Tout d’un coup, avec nous, très bien!… on lui passait tout!… elle mangeait comme nous!… elle foutait le camp… elle revenait… jamais un reproche… pour ainsi dire dans nos assiettes elle mangeait… plus le monde nous a fait de misères plus il a fallu qu’on la gâte… elle a été!… mais elle a souffert pour mourir… je voulais pas du tout la piquer… lui faire même un petit peu de morphine… elle aurait eu peur de la seringue… je lui avait jamais fait peur… je l’ai eue, au plus mal, bien quinze jours… oh, elle se plaignait pas, mais je voyais… elle avait plus de force… elle couchait à côté de mon lit… un moment, le matin, elle a voulu aller dehors… je voulais l’allonger sur la paille… juste après l’aube… elle voulait pas comme je l’allongeais… elle a pas voulu… elle voulait être un autre endroit… du côté le plus froid de la maison et sur les cailloux… elle s’est allongée joliment… elle a commencé à râler… c’était la fin… on me l’avait dit, je le croyais pas… mais c’était vrai, elle était dans le sens du souvenir, d’où elle était venue, du Nord, du Danemark, le museau au nord, tourné nord… la chienne bien fidèle d’une façon, fidèle au bois où elle fuguait, Korsör, là-haut… fidèle aussi à la vie atroce… les bois de Meudon lui disaient rien… elle est morte sur deux… trois petits râles… oh, très discrets… sans du tout se plaindre… ainsi dire… et en position vraiment très belle, comme en plein élan, en fugue… mais sur le côté, abattue, finie… le nez vers ses forêts à fugue, là-haut d’où elle venait, où elle avait souffert… Dieu sait!…

Oh, j’ai vu bien des agonies… ici… là… partout… mais de loin pas des si belles, discrètes… fidèles… ce qui nuit dans l’agonie des hommes c’est le tralala… l’homme est toujours quand même en scène… le plus simple…
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AhdrastheAhdrasthe   28 octobre 2016
Pourtant... pourtant, monsieur Céline... écoutez-moi !... je connais la France... vous le savez, tout le monde le sait !... que j'ai professé le dessin en France... [...] et j'ai vu, entendez Céline !... bien vu !... sur les visages de ces Français... du peuple !... et de l'aristocratie... l'expression très honnête, très belle, d'une très sincère amitié !... profonde ! pas pour moi seulement... pour l'Allemagne !... d'une très réelle affection !... Céline !... pour l'Europe !... voilà ce que vous devez comprendre !... Céline !...
Le confort fait bien déconner, l'effet qu'il me faisait... [...] ça valait mieux de pas insister... j'ai plus rien dit... bon pour l'affection des Français ! vas-y, Dudule !... j'abonde...
Oh ! vous avez raison Abetz !
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Vidéo de Louis-Ferdinand Céline
Louis-Ferdinand Céline, médecin avant tout ? Avant le génie des lettres, avant l'antisémite notoire ? Céline voyait la médecine comme vocation, comme rapport à la vie en tant que "soigneur", comme rapport à la langue, matériel et viscéral.
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