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Miguel de Cervantes (Autre)
EAN : 9782809493573
720 pages
Éditeur : Panini France (15/10/2020)
  Existe en édition audio
4.1/5   1026 notes
Résumé :
Un gentilhomme a lu tellement de livres de chevalerie qu’il en perd l’esprit. Il se nomme maintenant Don Quichotte et part à l’aventure avec un laboureur, Sancho Panza. Ils rencontreront des géants, à moins que ce ne soient des moulins à vent, et des armées en bataille, sauf si ce n’étaient que des troupeaux de moutons… Certains tenteront de l’aider, d’autres se moqueront de lui, mais Don Quichotte finira par retrouver la raison, entouré de ses amis. D’après le célè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
4,1

sur 1026 notes

Nastasia-B
  06 octobre 2012
Qui est Don Quichotte ?
Pour écrire cette critique il m'a fallu non seulement rassembler des souvenirs, ce qui n'est pas encore si difficile, mais également tâcher d'aller au-delà et, ce faisant, affuter mon propre sens critique et le diriger vers moi-même dans un lourd travail d'introspection.
En effet, qui est Don Quichotte ? Question a priori simple qui appelle des réponses complexes et variées, presque aussi diversifiées qu'il y aura de sombres illuminés pour se la poser.
Don Quichotte, c'est quelqu'un qui est en décalage avec le monde dans lequel il vit. Un membre d'une époque qui rêverait d'en habiter une autre, plus ancienne, plus noble, plus féérique à ses yeux. Cette époque rêvée il ne la connaît pas, il l'a seulement fantasmée à partir de livres désuets et fabulateurs qui, même en leur temps, étaient des légendes, des symboles, des paraboles tout sauf la réalité d'un moment.
Don Quichotte refuse de voir les évolutions en marche, il reste campé, braqué, les quatre sabots fichés dans le sol comme une vieille bourrique qui refuse d'avancer.
Ouvrir les yeux, voir la réalité en face c'est renoncer à son rêve, c'est renoncer à sa définition du bonheur, c'est perdre le sens de sa vie. Voilà pourquoi son cerveau, qu'un oeil extérieur pourrait juger défaillant, s'ingénie à déformer les réalités, les patentes erreurs qu'il commet, les lourds revers qu'il essuie pour les faire cadrer avec son monde fantasmé, bâti de toute pièce, son monde chéri, ce qui lui donne l'impression de vivre. C'est la définition même du bovarisme poussé à l'extrême.
Quand je dresse ce tableau et que j'ai l'outrecuidance de me regarder moi-même à l'oeuvre, mes classiques à la main, ces livres d'un autre temps, quand je sonde mon coeur pour découvrir quels sentiments j'attendrais de mes concitoyens, force m'est de constater que moi-aussi, moi surtout, peut-être, je suis une manière de Don Quichotte.
Qui est Don Quichotte ? Don Quichotte, c'est moi.
Quand, par les temps qui courent, je m'en vais au vent mauvais, qui m'emporte, deçà delà, pareille à la feuille morte dans sa monotone chanson d'automne, que je furette à droite et à gauche, que j'observe tout le monde, que j'observe chacun, je vois que nombreux sont ceux qui affectionnent les histoires de pirates ou de Moyen-Âge, les mondes peuplés d'elfes et de Hobbits, les ouvrages dits de fantaisie héroïque, les enquêtes fabuleuses des années 1920 ou bien encore les sagas étoilées riches en sabres laser qui débutent toutes par un lancinant " Il y a longtemps, très longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine... " bref toutes choses fantasmées et révolues. Je me dis alors que vous aussi vous vivez dans les brumes, dans les vapeurs éthérées d'un rêve qui vous extrait, l'espace d'un instant, des noirceurs et des contours trop nets de la réalité ; je me dis que vous aussi vous vous téléportez par la pensée dans des époques lointaines et qui jamais, sûrement, n'ont existé ou n'existeront ; je me dis enfin que tuer cette aptitude à rêver vos vies ce serait vous tuer pour de bon car même les dictatures les plus féroces qui ont pu faire tant de mal aux hommes n'ont jamais totalement réussi à les empêcher de s'extraire du réel par le rêve.
En somme, qui est Don Quichotte ? Don Quichotte, c'est vous.
À ce stade, il me faut certainement dire un mot ou deux de l'impression suscitée par ce roman à la lecture. J'ai souvenir d'un démarrage sur les chapeaux de roues, particulièrement drôle et efficace au début, peut-être jusqu'au premier tiers, d'un milieu de roman qui, sans être désagréable, m'a semblé plus poussif, un peu lassant à la longue et répétitif par ses situations toujours un peu téléphonées, mais d'une fin qui retrouve un élan magistral.
C'est ce milieu surtout qui explique mes quatre étoiles sur le ressenti global. Il me faut aussi préciser que L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche est une oeuvre à facettes ou à plusieurs niveaux de lecture.
Il y a d'une part la narration et son style, qui sont responsables d'une bonne partie de l'impression générale de la lecture et il y a d'autre part la portée philosophique, politique, sociétale, littéraire et historique du roman.
Don Quichotte c'est la naissance du roman. Avec votre oeil d'aujourd'hui, vous pouvez peut-être lui trouver un petit côté poussiéreux, mais si on le met en place dans la succession historique de la production littéraire, ce livre marque une évolution heureuse, l'un des tout premiers apanages de ce que l'on nomme désormais le roman.
La technique narrative est basée sur le décalage. Dit autrement, c'est la définition même de l'humour et de la situation comique. Est drôle ce qui est décalé par rapport à ce que l'on sait d'une norme ou d'une réalité.
Miguel de Cervantès a aussi la géniale intuition de rafraîchir le dialogue à la Platon. Il fallait donc un interlocuteur privilégié à Don Quichotte. Il a encore l'intelligence de jouer sur le contraste : l'un sera aussi haut et grêle que l'autre sera court et replet. le maître sera d'autant plus évanescent dans les nuages que le serviteur sera prosaïque les pieds dans la fange. L'un aura un langage aussi affecté et recherché que l'autre maniera la langue torse de ceux qui lèchent les pots de confiture.
Vous avez deviné que cet acolyte de choix n'est autre que le paysan Sancho Panza. C'est un personnage-clé car il permet soit de mettre en évidence les décalages de son maître, soit d'être un degré de folie intermédiaire entre les " saints d'esprit " et Don Quichotte, soit de permettre un double décalage comique de part et d'autre d'une ligne médiane.
À mon avis, la plus grosse portion de la critique sociale, de la dénonciation politique de Cervantès repose sur ce personnage de Sancho. Comme s'il nous disait : " Vous êtes sains d'esprit vous, pourtant ! Vous êtes aptes à voir la réalité vous, pourtant ! et vous foncez tête baissée dans les discours et les chimères de ceux qui vous gouvernent. L'autre, c'est un fou, mais, vous, VOUS, qu'êtes-vous si vous adhérez à sa folie ? "
Je me plais à voir dans le Quichotte une bourrade farouche contre la religion, faite de fantasmes qu'on nous demande de suivre aveuglément, une institution sclérosée incapable de percevoir les évolutions du monde, qui répète ses dogmes inlassablement même quand les plus élémentaires réfutations viennent contredire tout l'édifice nébuleux dont elle est constituée. On sait que l'Espagne de Cervantès est étranglée par une religion omniprésente, omnipotente et omnipressante.
Ce qui caractérise le couple Don Quichotte / Sancho Panza c'est cette incroyable naïveté à toute épreuve. Dans ce long voyage initiatique on perçoit l'annonce des Lumières, tels le Candide de Voltaire ou, plus flagrant encore, le Jacques le Fataliste de Diderot. le message étant : il y a le monde comme on vous l'a dit et le monde tel qu'il est. Les deux images ne concordant pas, vous vous en doutez.
Nous même, depuis que nous sommes petits, on nous rebat les oreilles avec ces histoires de démocratie, de république, de choix des citoyens et de " élu par le peuple pour le peuple ". Certains y croient toute leur vie, ils pensent sincèrement qu'ils ont le choix alors qu'un élémentaire esprit d'analyse leur prouverait que tous ces hommes, de gauche, de droite, du milieu, du haut, du bas, sont tous des copains de promo, qu'ils viennent tous du même milieu et qu'ils repensent périodiquement au peuple, quelques semaines avant le renouvellement de leur CDD. On sait bien que le suffrage universel n'est qu'un leurre et que ce qui compte c'est le choix dans le candidat, choix qui n'existe absolument pas. On sait bien que toute notre vie on se fait rouler dans la farine de ce gigantesque dîner de cons, mais pourtant, nombreux sont ceux qui s'imaginent encore vivre dans une réelle démocratie, que les informations sont objectives, qu'ils ont une parfaite liberté de choix, etc...
Qui est Sancho Panza ? Sancho Panza, c'est nous.
Oeuvre majeure s'il en est, qu'on a intérêt à lire soit pour son volet de critique sociale, soit pour son volet de critique politique, soit pour son volet philosophique, soit pour son volet d'information historique sur l'Espagne du siècle d'or mais je persiste à penser que le grand, grand intérêt du Quichotte, c'est de le lire pour tout le comique qui est contenu dedans et qui, à lui seul, nous ouvre les portes d'une réflexion tournante et enlevée, comme les ailes d'un moulin. Au demeurant, ceci n'est que mon avis, long et grêle monté sur animal squelettique, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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palamede
  04 janvier 2020
Dans ce conte à épisodes, histoire à n'en plus finir d'une grande drôlerie,
Cervantes nous invite à rire de la folie de son héros à la tête farcie de ces absurdités que l'on trouve dans les romans de chevalerie — genre très prisé notamment en Espagne entre 1300 et 1600, où tout le monde aime à en écouter (on en fait des lectures publiques) ou à en lire, le peuple comme les têtes couronnées.
Parodie désopilante des romans de chevalerie, véritable critique sociale au moment où la puissance espagnole connaît une crise décisive, Don Quichotte est aussi une oeuvre émouvante. Peut-être parce qu'elle a beaucoup à voir avec la vie mouvementée de Cervantes, qui fut blessé pendant la bataille victorieuse de Lépante contre les Turcs, puis plus tard emprisonné à Alger pendant cinq longues années en attente d'être racheté.
Des épisodes traumatisants qui furent malheureusement suivis d'autres. Mais si toute sa vie Cervantes rencontra des difficultés familiales, professionnelles et financières, celles-ci ne furent sans doute pas étrangères à l'ironie tendre et la bonté foncière portées à ses personnages, qui d'une oeuvre d'une modernité immarcescible en ont fait un inoubliable chef-d'oeuvre d'une humanité profonde.
Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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Fabinou7
  08 novembre 2020
CDXLVIIMXIX
Qui traite de mes impressions de lecture sur les aventures d'un Chevalier Errant
Les Moulins de Don Quichotte (à pas confondre avec ceux de Michel Legrand). Voilà l'image d'épinal pour l'imaginaire collectif, notamment des espagnols pour qui le Quichotte est un livre incontournable du parcours scolaire. La France a connu les farces de Rabelais, avec Cervantès, l'autre versant des Pyrénées n'a rien à nous envier.
Avec Don Quichotte et Sancho Panza, Cervantès invente, avec génie, le duo comique. Ce duo nous parait aujourd'hui familier et répandu, le cinéma s'en est largement emparé. L'humour débridé, les nombreux gags potaches, qui ont besoin de la personnalité de l'un comme de l'autre pour fonctionner semblent nous indiquer une permanence dans le comique. En effet, quatre siècles plus tard nous rions encore des quiproquos, de la bêtise et de la folie et les sketches « bigardiens » n'ont rien à envier à la scène déconcertante de la colique de Sancho Panza que l'on pourrait écrire à l'identique aujourd'hui !
Avoir un léger « background » en littérature chevaleresque n'est pas un prérequis mais peut être un atout utile, qui m'as sans doute manqué, car la dérision de Cervantès n'est pas hors sol (codes, errance, pénitence, langage etc) mais, en plus d'être très érudite, elle aime à détourner nombre d'oeuvres connues des afficionados de cette littérature, condamnée par l'Eglise, mais adorée par les puissants eux-mêmes comme Charles Quint ou François Ier.
Cervantès aime à nous faire croire que cette oeuvre monumentale a été rapportée par un historien maure et ce n'est peut-être pas tout à fait un hasard, certaines exégèses de son oeuvre y voient une forte influence arabe.
Mise en abime. C'est aussi un roman à « épisodes » à l'image de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre, où nous laissons à plusieurs reprises l'intrigue principale de l'Hidalgo de la Mancha pour nous plonger dans des contes ou longs souvenirs narrés par les personnages eux-mêmes. Cela peut parfois être exaspérant pour le lecteur qui a l'impression de lire plusieurs livres en un mais cela participe de l'intérêt du livre.
« La bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n'est pas éclairée ». Don Quichotte me semble être l'incarnation de cette phrase d'Albert Camus. En effet alors même que Don Quichotte s'engage sur un code d'honneur moral sans faille, dans la réalité (qu'il perçoit si peu) il fait exactement l'inverse. Qu'il libère des prisonniers justement condamnés ou qu'il pense faire le bien en libérant un serviteur qui sera, dès son départ, roué doublement de coups, chaque fois qu'il entreprend de venir en aide à son prochain, l'enfer étant pavé de bonnes intentions, cela se termine mal, sans mentionner les nombreuses fois où, aveuglé par le folklore de son imaginaire chevaleresque, il s'attaque gratuitement à de simples voyageurs ou passants sans aucune raison. C'est le paradoxe de Don Quichotte qui nous pousse à réfléchir sur la notion d'intention et sur celle de conséquence.
A l'heure du bilan, suffit-il de vouloir faire le bien ou n'importent que les conséquences positives y compris d'une action que l'on voulait nuisible au départ ?
Ensuite, comme l'explique dans sa contre-histoire de la littérature Michel Onfray, pour Don Quichotte, le réel n'a pas eu lieu. Cela est immanquablement illustré par ses dialogues avec Sancho Panza qui s'évertue à le confronter au réel (alors même que le curé et le barbier savent que pour venir à bout de l'entêtement de l'Hidalgo, il faut entrer sur son terrain, dans son jeu).
A chaque fois qu'il est rattrapé par l'évidence, Don Quichotte met toute sa volonté, toute sa foi, et toute son intelligence à la fuir, à la contester, Onfray parle de « dénégation ». Il fait le lien avec notamment la politique, hypertrophie de la dénégation. On se crée un monde illusoire et cohérent et surtout lorsque la réalité nous rattrape, lorsque l'on est pris la main dans le pot de confiture, toute la rhétorique est mobilisée pour nous dire que ce n'était pas notre main, et que ce ne n'était pas non plus un pot de confiture.
L'imaginaire n'est excusable et admis que chez les enfants et les vieillards n'est-ce pas ? Qui imagine un homme, dans la force de l'âge, intégré dans la société, commencer à jouer la comédie, à inventer sa vie. Qui peut devenir chevalier sans passer son “diplôme”, sans être coopté par ses pairs, dans son milieu ? Il n'y a que deux formes d'inventions permises dans la société, la catharsis du théâtre ou du cinéma, confiné à un espace limité, et l'hypocrisie sociale, la « communication ». Autrement, la société a prévu des infrastructures psychiatriques où isoler les fous.
Mais Don Quichotte, avec ses chimères et son panache, n'a cure de ces conventions sociales, il s'autorise l'imaginaire, il va vivre plusieurs vies en une. Est-ce pour fuir l'ennui de n'être que soi ? Valéry écrivait « mon possible ne m'abandonne jamais », l'Hidalgo n'est il pas simplement à la recherche de son « possible » ? N'a-t-il pas décidé qu'il vivrait son « possible » dès à présent, sans se confronter aux obstacles qu'une carrière de chevalier lui infligerait dans la vraie vie ?

Lassé des pastiches et des usurpateurs avides de faire du commerce sur le dos de l'Hidalgo, Miguel de Cervantès reprendra la plume, près de quinze ans plus tard, pour faire revivre son Don Quichotte dans un second tome.
“Toi chevalier, avec ta droite épée
Dans les bois rigides, tu poursuivras
Ton pas, le temps que dureront les hommes,
Imperturbable, illusoire, éternel”
Jorge Luis Borgès.
LXVCIXIVI
Où d'autres lecteurs donnent leur avis sur les aventures de l'Hidalgo Don Quichotte de la Mancha : Qu'en pensez-vous ?
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Luniver
  23 mars 2014
L'avantage d'avoir peu de grands lecteurs dans son entourage, c'est de pouvoir découvrir les grands classiques comme les sorties littéraires du mois, sans avoir la moindre idée de ce qui nous attend. de don Quichotte, je ne connaissais qu'une très vague histoire de moulins, qui a d'ailleurs le bon goût d'apparaître très tôt dans le livre, faisant des 1400 pages restantes une surprise continue.
Cervantès développe le thème, qui reviendra à chaque nouveau média, du virtuel qui contamine le réel : à force de lire des romans de chevalerie, don Quichotte se persuade que le monde est peuplé de géants vindicatifs, de princesses désespérées et d'enchanteurs malicieux. Il décide alors de ressusciter l'errante chevalerie, et se met en route, avec une vieille rosse, une armure de carton, et Sancho, son écuyer d'une naïveté sans égale, en quête de royaumes à sauver et d'orphelins à défendre.
Et ces aventures, contre toute attente, le duo les trouve ! L'imagination débordante de don Quichotte lui fait prendre les moulins pour des géants, et les troupeaux de moutons pour des armées en campagne. Devant son comportement étrange, certaines personnes s'énervent et en viennent aux mains, devenant dans l'esprit du chevalier un duel dans les règles de l'art. D'autres s'amusent à leurs dépens en les plaçant dans des situations impossibles. Même quand le pot aux roses est sur le point d'être découvert, les incohérences sont mises sur le compte d'un enchanteur particulièrement tenace.
Je m'attendais bien à tomber sous le charme désuet des livres anciens avec celui-ci, mais certainement pas à rire autant. Que ce soit dans les situations ou dans les répliques, le mélange de sagesse et de folie fait souvent mouche. J'ai aussi trouvé l'écriture étonnamment moderne (caractéristique du roman ou tour de force du traducteur?). Ce roman m'a accompagné pendant deux mois, et c'est avec regret que j'ai tourné la dernière page. Les classiques, ça fait peur, mais c'est souvent payant !
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peloignon
  13 novembre 2012
Don Quichotte, c'est avant tout une guerre littéraire que Cervantès entreprend en faveur d'une littérature plus réaliste et originale contre les romans de chevalerie qui sont, d'une part, pleins de rêve et de magie, et d'autre part, une répétition à l'infini autour d'un même thème jusqu'à la saturation.
L'absurdité et le ridicule de l'idéal chevaleresque seront d'abord exposés par le biais du personnage de Don Quichotte, ce petit provincial à qui les romans de chevalerie ont tourné l'esprit à un tel point qu'il se croit réellement chevalier en mission dans un monde rempli de sortilèges et d'enchantements. Comme tout chevalier a besoin d'un écuyer, Cervantès lui fournit le secours de Sancho Panza, petit gros bonasse, peureux et superstitieux, mais également doté d'un gros bon sens rusé de paysan. Comme cheval, Don Quichotte devra se résoudre à une rachitique bestiole nommée Rossinante et en guise de dame à aimer, Dulcinée du Toboso, une paysanne des environs qu'il ne verra jamais deviendra l'élue de son coeur. Enfin, toute l'histoire consiste à promener son illuminé sur sa branlante monture avec son paysan d'écuyer dans les parages de leur village où ils s'émerveillent, s'effraient et s'enorgueillissent de leurs mésaventures insignifiantes pour le plus grand plaisir du lecteur.
D'autre part, Cervantès impose son propre style, déjà moderne, en intervenant personnellement afin d'introduire un constant rapport à la réalité au coeur même de son écriture. (À noter que Chrétien de Troyes intervenait aussi déjà personnellement dans ses premiers romans de chevalerie, mais que c'était plutôt pour faire de la surenchère vers le merveilleux que pour ramener son lecteur sur terre.) L'auteur s'amuse aussi à singer l'expression souvent fleurie à l'excès des mauvais romans de chevalerie pour accentuer la bouffonnerie et le ridicule des situations.
Cervantès use également de la position de « fou » qu'il a donné à Don Quichotte pour juger, en étranger d'occasion, les absurdités qui se glissent, par quelque détours de l'histoire, au sein de toutes structures sociales normales, comme le feront Montesquieu dans ses Lettres persanes ou encore Cyrano de Bergerac dans ses voyages sur la lune et le soleil.
Enfin, et c'est l'essentiel pour qu'une oeuvre intelligente et brillante devienne un classique de la littérature, le roman, dans tous ses détails, est un véritable plaisir à lire. On se laisse entraîner à survoler les excursions de Don Quichotte, Rossinante et Sancho Panza, toujours le sourire aux lèvres, parfois en riant franchement et même, comme il m'est arrivé quelques fois, en riant au point de devoir interrompre ma lecture car je riais jusqu'aux larmes. Et le plaisir quelque peu extrême qu'a provoqué chez moi ce livre ne date pas d'hier. Prosper Mérimé, dans une préface au chef-d'oeuvre de Cervantès, rapporte, en effet, que « Philippe III étant à un balcon de son palais de Madrid...aperçut un étudiant qui lisait au bord de la rivière, riait, se frappait le front et donnait les signes d'un plaisir extraordinaire. « Ce garçon est fou, dit le roi, ou bien il lit Don Quichotte. » Un courtisan s'empressa d'aller demander le titre de ce livre si amusant : c'était en effet le Don Quichotte. »
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critiques presse (2)
Telerama   09 décembre 2015
Enchantements, querelles, batailles, déclarations, amours et « extravagances impossibles » sont toujours au rendez-vous.
Lire la critique sur le site : Telerama
Culturebox   23 avril 2015
Christian Lax revient avec ce livre contemporain dans lequel il réveille l'esprit aventurier et justicier de Don Quichotte.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (135) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   26 février 2016
Don Quichotte, apercevant, loin du visage de l'écuyer, ce gros tas de poils sans un chicot ni une seule tache de sang, s'écria :
- Vive Dieu, c'est un véritable miracle! Sa barbe est partie d'un seul tenant, comme si on l'avait rasée tout exprès!
Le curé, voyant que le stratagème risquait d'être découvert, se hâta de ramasser la barbe et de la rapporter à maître Nicolas, qui était toujours par terre et continuait à se lamenter. Il lui prit la tête contre sa poitrine et lui remit la barbe, en marmonnant des paroles qui étaient, dit-il, une formule magique pour recoller les poils au menton, comme on allait le voir. Quand elle fut fixée, il s'écarta : l'écuyer apparut, tout aussi frais et barbu qu'avant sa chute. Stupéfait, don Quichotte pria le curé de lui apprendre cette formule, car il se doutait bien qu'elle n'avait pas pour seule vertu de recoller des barbes, puisqu'il était clair que, là où le poil avait été arraché, la chair devait être à vif et meurtrie; et puisque la guérison était complète, c'est que l'on pouvait lui reconnaître d'autres applications, tout aussi profitables.
Le curé en convint et promit à don Quichotte de lui apprendre la formule à la première occasion.
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araucariaaraucaria   24 février 2016
- Défends-toi, misérable créature, ou cède-moi de bon gré ce qui me revient de plein droit.
Le barbier, voyant ce fantôme arriver sur lui à l'improviste, n'eut que le temps de se laisser tomber de son âne pour éviter d'être embroché; il n'avait pas plutôt touché le sol qu'il se releva, aussi leste qu'une biche, avant de filer à travers champs, plus rapide que l'éclair. Voyant qu'il avait laissé le plat à barbe par terre, don Quichotte se jugea satisfait et déclara que le païen avait agi avec autant de sagesse que le castor qui, se voyant traqué par les chasseurs, coupe et arrache de ses propres dents ces parties qu'il sait, par instinct, être l'objet de leur poursuite. Puis il ordonna à son écuyer de ramasser le heaume.
- Ma foi, déclara Sancho en le soulevant à deux mains, voilà un beau bassin, et qui vaut huit réaux bien sonnants. Il le donna à don Quichotte, qui s'en coiffa aussitôt, en le tournant dans tous les sens pour en trouver l'emboîtement, mais s'en y parvenir.
- Le païen pour qui ce heaume célèbre fut forgé sur mesure devait avoir la tête bien grosse, dit don Quichotte. Et le pire, c'est qu'il en manque la moitié.
Quand Sancho l'entendit appeler heaume le plat à barbe, il ne put retenir un éclat de rire, qu'il interrompit au souvenir de la récente colère de son maître.
- Pourquoi ris-tu, Sancho? demanda don Quichotte.
- Je ris en imaginant la grosse tête que devait avoir le païen pour qui on a fait ce heaume, qui ressemble bel et bien à un plat à barbe.
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Nastasia-BNastasia-B   14 octobre 2012
Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et, dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer :
"- La fortune conduit nos affaires mieux que nous n'eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous, et de leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir : car c'est ici une bonne guerre, et c'est faire grand service à Dieu d'ôter une si mauvaise semence de dessus la face de la terre.
- Quels géants ? dit Sancho.
- Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d'aucuns les ont quelquefois de deux lieues.
- Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont des ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.
- Il paraît bien, répondit don Quichotte, que tu n'es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille. "

Chapitre VIII
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araucariaaraucaria   29 février 2016
Lorsque Don Quichotte se vit encagé et hissé sur le chariot, il dit à Sancho :
- J'ai pourtant lu bien des histoires de chevaliers errants, parmi les plus célèbres; mais jamais je n'ai lu, vu ou entendu dire que les chevaliers enchantés fussent ainsi emmenés, au pas lent et traînant d'une paire de boeufs. C'est toujours par les airs qu'on les emporte, à une rapidité prodigieuse, enveloppés dans un épais et sombre nuage, ou dans un char de feu, ou bien sur un hippogriffe ou quelque autre animal du même genre. Me voir, moi, emmené dans une charrette, vive Dieu! voilà qui m'emplit de confusion! Mais peut-être, à l'époque où nous vivons, la chevalerie et les enchantements suivent-ils une autre voie que celle des temps passés. De même que je suis nouveau dans le monde de la chevalerie, et le premier à ressusciter l'ordre oublié des chercheurs d'aventures, on aura inventé des enchantements nouveaux et de nouveaux moyens de transporter les enchantés. Qu'en penses-tu, Sancho?
- Moi, je n'en pense rien du tout, parce que je ne suis pas versé comme vous dans ces écritures-là. Pourtant, j'irais jusqu'à affirmer, et même jurer, que ces fantômes qui nous entourent ne sont pas très catholiques.
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araucariaaraucaria   05 mars 2016
Quand le gardien des lions, voyant don Quichotte en position de combat, comprit qu'il lui fallait obéir sous peine d'encourir les foudres de ce chevalier téméraire, il ouvrit grand la première cage où se trouvait, comme on l'a dit, le mâle. C'était un animal d'une taille extraordinaire et d'un aspect effrayant. Il commença par se retourner dans sa cage, sortit ses griffes et s'étira de tout son long. Puis il ouvrit une gueule énorme, bâilla longuement et, tirant une langue d'au moins deux empans, il se frotta les yeux et se débarbouilla; après quoi, il sortit la tête et regarda autour de lui avec un regard de braise, de quoi épouvanter le plus téméraire. Don Quichotte l'observait sans ciller, attendant que le lion bondît hors de sa cage pour se mesurer avec lui. Si grande était sa folie qu'il ne doutait pas de pouvoir le mettre en pièces.
Mais le noble animal était de surcroît fort bien élevé et n'avait pas une once d'arrogance; aussi refusa-t-il de faire cas de ces enfantillages. Après avoir regardé d'un côté et de l'autre, comme nous l'avons dit, il tourna le dos et montra son postérieur à don Quichotte, avant de se recoucher bien tranquillement dans sa cage. Ce que voyant, notre chevalier ordonna au gardien d'agacer la bête avec son bâton pour l'obliger à sortir.
- Pas question, répondit l'homme. Si je l'irrite, je serai le premier à être mis en pièces.
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Miguel de Cervantès : Numance par Jean-Louis Barrault (1954 - Lectures à une voix / France Culture). Émission “Lectures à une voix”, proposée par Michel Polac. Avec Jean-Louis Barrault. Réalisation : Guy Maxence. Peinture : Portrait imaginaire de Cervantes (il n'existe aucun portrait authentifié). Présentation des Nuits de France Culture : « L’émission que nous allons entendre est un de ces trésors qu’on trouve dans les archives de l’INA. Il s’agit d’une pièce de théâtre intitulée “Le Siège de Numance”, écrite par Miguel de Cervantès : le père des aventures de “Don Quichotte de la Manche”. Basée sur une histoire vraie, celle de la très héroïque et tragique résistance, pendant vingt ans, des habitants de la ville hispanique de Numance assiégée par les Romains. Numance fut vaincue face à l’armée conduite par Scipion : l’homme qui détruisit Carthage. Et les habitants de Numance choisirent de se suicider plutôt que de se rendre. Cette pièce, un des chefs-d’œuvre de l’histoire du théâtre européen, avait été montée, du 22 avril au 6 mai 1937, dans une adaptation scénique de Jean-Louis Barrault, avec des décors et des costumes d’André Masson, sur une idée de Georges Bataille. À cette époque, tout le monde partageait l’avis de la journaliste Jeanine Delpech, qui écrivait dans “Les Nouvelles littéraires” : « Ces citoyens qui défendent leur liberté menacée par des généraux habiles, ces hommes mal équipés, affamés, résistant avec un désespoir farouche à une armée aidée par toutes les ressources de la Rome impériale, cette Espagne tragique qui a inspirée à Masson des décors dépouillés et hallucinants : comment ne pas évoquer Madrid et la guerre d’aujourd’hui ? » En 1954, Jean-Louis Barrault enregistra pour le Club d’essai, au théâtre Marigny qu’il dirigeait alors avec son épouse Madeleine Renault, la pièce de Cervantès. Pour accompagner cette lecture à une voix, dans laquelle Jean-Louis Barrault interprète tous les personnages, Pierre Boulez avait composé un arrangement musical impressionnant. Cet enregistrement, aussi sublime qu’émouvant, vient tout juste d’être restauré. Mais si tout est audible, certes, il vous faudra peut-être parfois tendre l’oreille, car Jean-Louis Barrault se déplace sur la scène et, ce qu’on appelle “les niveaux sonores” ne sont pas encore, à cette époque, complètement égalisés. Attention : chef-d’œuvre radiophonique. »
Source : France Culture
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