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EAN : 9782253134695
256 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (24/08/2011)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 392 notes)
Résumé :
J'ai laissé partir mon père sans écouter ce qu'il avait à me dire, le combattant qu'il avait été, le Résistant, le héros. J'ai tardé à le questionner, à moissonner sa mémoire. Il est mort en inconnu dans son coin de silence. Pour retrouver sa trace, j'ai rencontré Beauzaboc, un vieux soldat de l'ombre, lui aussi. J'ai accepté d'écrire son histoire, sans imaginer qu'elle allait nous précipiter lui et moi en enfer... S.C.
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Critiques, Analyses et Avis (101) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  07 avril 2019
C'est un peu « à l'envers » que je chronique les ouvrages de Sorj Chalandon, du moins c'est ce que je pense. Mais dans le fond, cela n'a aucune importance.
Cette fois, il s'agit de « La légende de nos pères », un petit livre, vite lu mais particulier.
On écoute le narrateur, Marcel Frémaux, un journaliste mais aussi « biographe familial ». Il vient de perdre son père et à l'enterrement « il y avait neuf personnes et trois drapeaux. (…) Des étendards sans vent, harassés, presque gris. le premier ployait sous ses médailles, comme un vieux soldat. le deuxième était un fanion tricolore, sans franges ni galons, frappé de l'inscription Corps franc – Vengeance. Sur le troisième, il y avait une étoile noire et un panthère rouge à l'affût. » (p.9) « Mon père s'appelait Pierre, mais c'est Brumaire que les gars avaient fait graver sur la plaque. » (p.11)
Il remarque la présence de la jeune Lupuline avec son père. C'était le 17 novembre 1983. Quelques années plus tard, en novembre 2002, il reçoit un courrier d'une Lupuline Beuzaboc (qui a la particularité de toujours porter des chaussures rouges, chose que notera le journaliste), qui lui demande d'écrire la biographie de son père, son héros, Tescelin, pour la lui offrir le jour de son anniversaire des 85 ans.
Son père, d'abord réticent, va accepter de rencontrer Frémaux pour lui livrer ses souvenirs de Résistant. Comme il avait horreur des hommages, il n'a raconté ses faits d'armes en tant que Partisan de l'Armée des Ombres, qu'à Lupuline, le soir avant qu'elle s'endorme. Mais celle-ci a tenu un journal où elle avait tout retranscrit.
Rendez-vous est pris pour un jour par semaine où Tescelin n'y met guère de bonne volonté. Marcel, qui écrit des récits de vie et « remet en ordre les mots des simples gens », a l'habitude de « tout rendre beau ». Cependant, avec ce vieil homme qui le fait penser à son père, le biographe commence à douter. Plus Beuzaboc raconte, plus il est intrigant et il révèle qu'il a un autre nom : Guesnière car Beuzaboc était un nom de code.
Au cours des différents entretiens pour démêler ce qui lui paraît troublant, le biographe consulte le journal de Lupuline et il entreprend également des recherches assez poussées car, pour lui, Tescelin est un imposteur – il n'a pas connu la guerre – ça n'avait pas de sens.
On se rend compte finalement que Fremaux, au travers des récits de Beuzaboc, recherche son père – un père qui ne lui a rien raconté. Dans cette ville de Lille où on étouffe (c'est la canicule de 2003), Fremaux comprend alors que sa tâche va être bien difficile : comment faire passer un menteur qui invente des légendes (comme l'aviateur anglais Wimpy, entre autres), pour un héros ? Car c'est ce qu'espère Lupuline.
Que va faire Marcel devant ce Beuzaboc pas du tout franc du collier ? Lupuline attend tellement de ce travail de Mémoire de son père. Comment révéler les faits racontés qui se sont révélés faux après consultation des archives de l'époque où rien ne colle ?
Cruel dilemme pour le journaliste qui retrouve des faits héroïques, certes, mais rien sur Beuzaboc : « Quelque chose manquait à mon récit. J'ai regardé le vieil homme qui fumait, les yeux clos. C'est lui qui manquait. Il n'était pas là. Jamais, il n'avait été là. Il ne s'offrait pas. Ne lacérait pas sa chair de lambeaux de mémoire. » (p.175)
Voulant renoncer, le biographe, devant l'attente de Lupuline, lui dit qu'il fera ce livre et que le titre en sera « Délivrances ».
Mais un jour, Beuzaboc lui dit : « C'est votre père que vous recherchez depuis le début, ce n'est pas moi. Vos questions, votre intérêt, votre attitude, je n'ai pas grand-chose à voir avec tout ça, et vous le savez bien. Alors je vous le demande : comment aurait-il réagi face à un imposteur ? » (p.241)
Avec une écriture plutôt sèche, Sorj Chalandon nous offre un roman troublant sur la mémoire – sur cette guerre impossible à oublier où il rend un grand hommage aux combattants de la Seconde Guerre Mondiale – sur le sentiment de culpabilité du biographe qui ne savait rien de son père car il était trop jeune. De nombreux non-dits et tout un gros travail à faire pour respecter la date anniversaire.
Si, pour moi, ce n'est pas l'un de mes livres préférés de Sorj Chalandon (car j'ai adorés ceux sur l'Irlande mais là c'est une raison personnelle), il n'en reste pas moins un livre excellent par la particularité du sujet – son traitement – l'inquiétude de savoir comment tout cela va se terminer : entrer dans le jeu ou dire la vérité même si elle n'est pas bien jolie ? Et le narrateur, a-t-il la conscience tranquille pour son choix ?
Je classe tout de même « La légende de nos pères » parmi ses bons ouvrages et je cite pour cela ces quelques lignes de « L'Express » : « Chalandon, comme dans ses précédents livres, a l'art de construire un récit avec chaleur et sincérité. Il faut avoir beaucoup lu et vécu – travaillé aussi, dans doute – pour écrire des pages aussi belles que celles qui ouvrent ce livre émouvant. »
 
Je lui donne donc les cinq étoiles bien méritées.
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
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Jeanfrancoislemoine
  06 août 2018
Sorj Chalandon fait partie de ces auteurs qui savent écrire et associer les lecteurs à leur démarche .Le roman est court et le nombre de personnages réduit à trois.Il y a le narrateur,biographe,fils de résistant déporté, Beaudazoc,un vieux monsieur de 84 ans,et Lupuline,sa fille, qui a été bercée par les exploits de son père pendant la résistance .En arrière plan,le père du narrateur,décédé.
Beauzaboc et le narrateur vont se rencontrer pour la réalisation d'une biographie commandée par Lupuline.C'est cette rencontre qui va nous être rapportée et,peu à peu,nous conduire vers le malaise et les interrogations.
C'est un roman au rythme lent,si lent qu'il en est parfois irritant mais qui traduit avec force l' atmosphère de plus en plus pesante qui s'installe entre les deux hommes,exacerbée par les effets de la canicule de 2003.

L'écriture de Chalandon est parfois sèche ,brutale,rendant notre trouble encore plus opaque et les problèmes d'ordre moral qui vont se poser aux personnages vont peu à peu envahir notre conscience.
Sans doute faut il prendre un sujet "un peu plus léger à lire après "car j'ai trouvé ce roman pesant, perturbant mais il aborde toutefois le thème des non-dits ou des mensonges qui interpellera nombre d'entre nous bien au delà des faits de guerre.Un ouvrage qui mérite toute notre attention quant à la perception des autres,le jugement qu'on peut porter sur les êtres qui nous entourent et,bien entendu,sur nous mêmes .
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nameless
  05 août 2017
Après avoir été journaliste, le narrateur s'est reconverti en biographe familial. Il recueille, met en forme, enjolive parfois puisqu'« il faut réaliser un récit vivant, un véritable roman, quitte à égratigner la vérité vraie, et l'histoire officielle », les souvenirs et idées buissonnières de ses clients, qui souhaitent laisser une trace de leur vie à leurs proches. Lorsque Lupuline Beuzaboc lui demande de rédiger la biographie de son père, résistant lors de la seconde guerre mondiale, le narrateur y voit l'occasion d'apaiser ses propres frustrations et tourments. En effet, son père, combattant de l'ombre, déporté avec le convoi des tatoués pour Auschwitz puis Buchenwald, a toujours refusé de se confier, disant qu'il était trop tard pour l'Histoire, que l'honneur avait perdu patience, quand à la libération, la poignée de braves s'était transformée en multitude, avec presque autant de brassards tricolores que la France comptait de bras. Le narrateur veut que la biographie de Beuzaboc soit la plus belle, que ce roman soit le plus grand.
La rencontre avec Beuzaboc est complexe. Le vieil homme est réticent, il accepte d'être écouté, mais pas questionné. Or, écrire une biographie offre peu de choix. C'est une rencontre, un échange, pas de l'amitié mais une émotion entre la cordialité et la confiance. Rapidement un malaise s'installe, le doute émerge face aux souvenirs vagues de Beuzaboc qui ne parvient à donner aucune précision sur ses camarades, son réseau, les endroits où il s'est illustré. Dans le biographe sommeille encore le journaliste qui n'est pas prêt à recopier des mensonges. Il consulte des archives. Comment un quotidien comme le Grand Echo du Nord qui relate le 3 janvier 41, un incident mineur dans le tramway de Lille, a-t-il omis d'évoquer, le même jour, la mort de cet allemand abattu par la Résistance ?
Parti sur les traces du père de Lupuline comme si c'était le sien, avec cette envie de fierté pour l'un comme pour l'autre, le narrateur découvre une imposture, découvre que l' Histoire peut servir à aider une petite fille à s'endormir le soir, comme le feraient une jolie légende ou un joli conte.
La légende de nos pères est un roman bref, dense et troublant au style économique et précis, dans lequel Sorj Chalandon dépouille les mots, les élague encore et encore, jusqu'à les mettre à nu. Roman sur la mémoire et la transmission, roman sur la guerre, roman qui met en lumière les combattants de l'ombre, leur rend hommage et permet, grâce à un épilogue d'une dignité et d'une humanité exemplaires, à celui qui a menti, failli, de ne pas perdre la face devant sa fille et ses proches.
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Eve-Yeshe
  14 janvier 2017
Dans ce roman, l'auteur réalise un travail sur la mémoire, en écrivant des biographies à petit tirage, à la demande d'un membre de la famille pour rendre hommage à l'un des leurs. Pour cela, il rencontre les personnes et notent tout ce qu'elles lui confient.
Ici, ce sont les souvenirs de guerre de Beuzaboc, à la demande de sa fille. Mais qui est-il vraiment ?
Il approfondit ainsi ce qu'est le véritable travail du biographe : mettre simplement des mots sur les souvenirs que l'autre raconte, rechercher les émotions, ou vérifier les faits à la manière d'un journaliste ?
"Le client raconte, le biographe écrit. C'est son devoir, sa fonction, son rôle. Et peu importe si tout est trop beau ou trop calme."
Il aborde ainsi très bien la notion de doute : S'agit-il de vrais souvenirs, ou embellit-il les faits pour se construire une légende ? Cela résonne d'autant plus chez le biographe que son propre père a été un héros anonyme, un survivant des camps et qu'il ne connaît pratiquement rien de lui car il était trop petit à son retour.
Certes, on peut vérifier les évènements dans les journaux de l'époque, mais, il est parfois difficile de retracer un parcours individuel (héros de l'ombre ou passé reconstruit?) Tout le monde s'est réveillé Résistant à la Libération alors que les vrais héros, ceux qui revenaient des camps restaient dans l'ombre. Voulait-on vraiment les entendre ?
On voit ainsi se tisser un échange, comme au tennis, entre la culpabilité de celui qui n'a peut-être pas été un héros et celle de celui qui n'a pas écouté son père décédé trop tôt, quand il en parlait avec son frère aîné et tous les regrets que cela peut provoquer ?
"On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué"
le style de Sorj Chalandon est direct, les phrase courtes, percutantes, voire lapidaires et la trame s'étoffe, peu à peu, comme les instruments qui se rajoutent pour enrichir le thème dans une partition de musique et il entraîne le lecteur dans une histoire passionnante. J'ai beaucoup aimé ce roman, comme j'avais apprécié "Le quatrième mur".

Lien : http://leslivresdeve.wordpre..
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Annette55
  18 avril 2017
Une jeune femme contacte un biographe professionnel, "familial,"afin de coucher dans un ouvrage les souvenirs de son père, ancien résistant , du nom de Beuzeboc.
Au fil des rencontres, un vrai doute s'installe entre le vieil homme et Marcel , le biographe.
Ces événements ont-ils vraiment eu lieu?
N'était - ce pas seulement des histoires racontées le soir à une petite fille ?
Est- ce qu'un biographe peut mettre en doute la parole d'un héros ?
Une fois de plus l'auteur nous livre un superbe ouvrage, émouvant , utile , sur la Mémoire sublimée par le regard d'un fils et d'une fille.
Il dépeint sans juger à l'aide d'une écriture poétique,faite de mots simples et de phrases courtes , des mots intenses,touchants, un style pudique, tout en retenue,qui cherche les mots au plus près, au plus pur, au plus nu !
Quel est le poids d'un héritage lorsque la conscience en appelle à la vérité ?
Lorsque celle- ci émerge ?
Un hymne à la résistance,aux résistants de l'ombre comme à ceux de la lumière, à cette France qui voulait rester debout !
Un questionnement subtil sur l'imposture, la vérité, l'engrenage du mensonge et le courage d'en sortir.
Entre révélations, tendresse , colére, les langues se délient : silences, non- dits dans la chaleur étouffante de la canicule de 2003......
Un très beau livre et des mots sublimes sur la relation pére - fille, autour des pères et de leurs chimères.
Un ouvrage magnifique , brillant et juste qui magnifie l'amour inconditionnel qu'un père peut inspirer à son enfant !
Des images fortes qui resteront en nous !
Bravo l'artiste !


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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
kathykathy   16 février 2012
On fait son deuil. C'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve, sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid de tous ces jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre, après avoir traversé les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué.
J'avais laissé partir mon père. Pas mon papa. Pas celui qui me portait au lit, sa joue contre la mienne, qui nous avait aimés du regard et de la peau. Mais mon père, l'autre. Ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d'ombre. J'avais laissé partir cet inconnu, ce soldat, ce déporté. Qui était retourné à la liberté comme on va au silence. J'avais laissé partir une page de notre histoire commune. J'avais oublié de m'asseoir à ses pieds, de rechercher ses yeux. J'avais tardé à l'assaillir, à le questionner, à moissonner sa mémoire. J'avais failli à mon métier de fils. J'étais devant la tombe et j'avais les mains vides de lui, les poches sans aucun ticket de notre vie à deux.
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joedijoedi   13 novembre 2014
Paupières closes, mains posées sur les accoudoirs du fauteuil, canne entre les genoux, il a chanté. Comme s'il était seul, ou fou, ou fatigué de tout.

Je viens de fermer ma fenêtre
Le brouillard qui tombe est glacé
Jusque dans ma chambre, il pénètre
Notre chambre pleure le passé

... Sa voix était rocaille, sourde, en éclats de briques.
— Vous connaissez ?
— Oui, j'ai répondu. La musique, pas les paroles.
Le vieil homme a souri. ... Il a dit que souvent, c'était ainsi. De la guerre, les gens d'aujourd'hui connaissaient la musique, mais pas les paroles...
— Cette chanson s'appelle «Seule ce soir», elle était chantée par Léo Marjane en 1941.
...
Encore, il a chanté.

Dans la cheminée le vent pleure
Les roses s'effeuillent sans bruit
L'horloge, en marquant les quarts d'heure,
D'un son grêle berce l'ennui.
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ssstellassstella   12 août 2017
- Nous n'attendions pas des honneurs insignes, des récomprenses exceptionnelles, des traitements de faveur. Nous ne nous apprêtions pas à jouer le rôle de héros nationaux...
L'un des gars a dit ça devant la tombe ouverte. C'était le seul que mon père appelait "compagnon". Ils avaient combattu ensemble dans une section du Loiret, puis en région parisienne. Ils avaient été arrêtés ensemble, déportés ensemble. Et ils étaient revenus de camp avec du cœur en moins.
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castabeacastabea   15 mai 2010
Un jeudi pluvieux d'avril, nous sommes passés devant le monument aux morts de la place Rihour, mon père et moi. Deux enfants s'amusaient sur le socle de pierre. Ils avaient mon âge. Un homme en manteau noir leur a crié de descendre du monument. Il a dit que c'était comme une tombe. Il a dit que personne n'avait le droit de jouer là. Que c'était interdit. Que c'était sacrilège. L'un des enfants s'est enfui. L'autre a eu peur. Il a glissé. Il est tombé sur le dos. Sa tête a heurté la pluie. Il a pleuré un peu. L'homme est parti. Il a traversé la rue sans regarder derrière. Mon père m'a lâché la main pour relever l'enfant.
Le petit n'avait rien. Il reniflait. Il était debout, tête basse, papa accroupi devant lui le tenait par les épaules. Je m'en souviens. Pas de tout ce que mon père a dit, mais presque. Il a dit au petit qu'il avait fait la guerre. Il lui a dit qu'il avait eu peur, et froid, et faim, et mal. Il lui a demandé s'il savait pourquoi il avait fait cela. Deux fois, il lui a demandé. Le gamin baissait les yeux. Il était comme puni dans un coin de l'école. Les voix ne semblaient plus lui parvenir. J'étais en retrait, debout, un peu gêné. Je regardais mon père. Je l'écoutais aussi. Il a dit à l'enfant qu'il avait fait cela, la guerre, la résistance, la peur, l'espoir, tout cela pour que lui...
- Tu t'appelles comment, bonhomme ?
- Freddy
- Freddy comment ?
- Freddy Delsault.
... Pour que lui, Freddy Delssault, et n'importe qui d'autre, le copain enfui ou tous ceux à venir, puissent s'amuser sur tous les monuments aux morts.
- Je me suis battu pour que tu aies le droit de jouer, a souri mon père.
Il a demandé au gamin s'il avait compris. L'autre a secoué la tête pour dire non. Puis il a rammassé son cartable. Et il est parti en courant. Je me rappelle aussi que mon père a ri. Que la soirée avait été légère
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Annette55Annette55   18 avril 2017
"On fait son deuil.
C'est effroyable, mais on le fait.
Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence,sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve , sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid tous les jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre .......
On défroisse le linceul qui nous couvrait aussi, on caresse l'étoffe, on la regarde encore,on la plie avec soin, on fait son deuil , mais on ne revient pas d'un rendez- vous manqué."
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Videos de Sorj Chalandon (83) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sorj Chalandon
L'émission complète : https://www.web-tv-culture.com/emission/sorj-chalandon-une-joie-feroce-51651.html
Grand reporter, journaliste, Sorj Chalandon connait bien notre monde qu?il a largement sillonné. Observateur attentif et fidèle de notre époque, il écrit pour Libération avant de rejoindre la rédaction de Canard enchainé en 2009. On rappellera que Sorj Chalandon reçut le prix Albert Londres pour ses reportages sur le procès de Klaus Barbie. Mais Sorj Chalandon s?est aussi fait un nom en librairie en tant que romancier, depuis 2005, année de son premier titre « le premier bonzi ». Depuis, se basant souvent sur son propre parcours, il a publié plusieurs titres dont certains ont été primés. « Une promesse », prix Médicis en 2006, « Retour à Killybegs », Grand prix de l?Académie française en 2011, « le quatrième mur », Goncourt des lycéens en 2013. Mais égrainer des prix serait bien réducteur face à la qualité de l?écriture de Sorj Chalandon et au thèmes abordés dans ces romans. Avec une plume toujours délicate et sensible, l?auteur sait toucher au c?ur, sans sensiblerie, pour nous parler de nous, de nos vies confrontées à la grande histoire, des destins personnels broyés par la grande machine du monde qui avance. Touché par le cancer il y a quelques mois, ainsi que son épouse, Sorj Chalandon ne cache pas que cette épreuve a été le déclencheur de son nouveau titre « Une joie féroce ». A l?été 2018, quatre femmes tentent le braquage d?une bijouterie place Vendôme à Paris. Qui sont-elles et pourquoi prennent-elles ce risques ? Revenant quelques mois en arrière, le romancier nous raconte ces quatre femmes, ces combattantes, ces résistantes qui se sont rencontrées dans la salle d?attente d?un hôpital. Toutes atteintes par le cancer, elle se sont apprivoisées, se sont construit un nouvel univers protecteur qui les rend plus fortes pour combattre la maladie. Sans misérabilisme aucun, il y a beaucoup d?émotion et de pudeur dans le portrait de ces quatre femmes que brosse Sorj Chalandon. Mais on sourit aussi souvent à cette histoire rocambolesque de braquage amateur. Et surtout, ces femmes qui se découvrent plus fortes qu?elles ne pensaient l?être sont bien des héroïnes du quotidien. « Une joie féroce », le nouveau roman de Sorj Chalandon, est publié chez Grasset.
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