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ISBN : 2253134694
Éditeur : Le Livre de Poche (24/08/2011)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 237 notes)
Résumé :
Après avoir été journaliste à la Voix du Nord, Marcel Frémaux est devenu biographe familial. "Toute vie mérite d'être racontée", disent ses publicités, et c'est pour cela que ses clients se confient à lui. Il les écoute, met en forme leurs souvenirs, les rédige puis fait imprimer un livre destiné aux amis ou au cercle familial.

Un matin, Lupuline Beuzaboc se présente au biographe.
Tescelin, le père de Lupuline, ancien cheminot du Nord de la Fra... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
nameless
05 août 2017
Après avoir été journaliste, le narrateur s'est reconverti en biographe familial. Il recueille, met en forme, enjolive parfois puisqu'« il faut réaliser un récit vivant, un véritable roman, quitte à égratigner la vérité vraie, et l'histoire officielle », les souvenirs et idées buissonnières de ses clients, qui souhaitent laisser une trace de leur vie à leurs proches. Lorsque Lupuline Beuzaboc lui demande de rédiger la biographie de son père, résistant lors de la seconde guerre mondiale, le narrateur y voit l'occasion d'apaiser ses propres frustrations et tourments. En effet, son père, combattant de l'ombre, déporté avec le convoi des tatoués pour Auschwitz puis Buchenwald, a toujours refusé de se confier, disant qu'il était trop tard pour l'Histoire, que l'honneur avait perdu patience, quand à la libération, la poignée de braves s'était transformée en multitude, avec presque autant de brassards tricolores que la France comptait de bras. Le narrateur veut que la biographie de Beuzaboc soit la plus belle, que ce roman soit le plus grand.
La rencontre avec Beuzaboc est complexe. Le vieil homme est réticent, il accepte d'être écouté, mais pas questionné. Or, écrire une biographie offre peu de choix. C'est une rencontre, un échange, pas de l'amitié mais une émotion entre la cordialité et la confiance. Rapidement un malaise s'installe, le doute émerge face aux souvenirs vagues de Beuzaboc qui ne parvient à donner aucune précision sur ses camarades, son réseau, les endroits où il s'est illustré. Dans le biographe sommeille encore le journaliste qui n'est pas prêt à recopier des mensonges. Il consulte des archives. Comment un quotidien comme le Grand Echo du Nord qui relate le 3 janvier 41, un incident mineur dans le tramway de Lille, a-t-il omis d'évoquer, le même jour, la mort de cet allemand abattu par la Résistance ?
Parti sur les traces du père de Lupuline comme si c'était le sien, avec cette envie de fierté pour l'un comme pour l'autre, le narrateur découvre une imposture, découvre que l' Histoire peut servir à aider une petite fille à s'endormir le soir, comme le feraient une jolie légende ou un joli conte.
La légende de nos pères est un roman bref, dense et troublant au style économique et précis, dans lequel Sorj Chalandon dépouille les mots, les élague encore et encore, jusqu'à les mettre à nu. Roman sur la mémoire et la transmission, roman sur la guerre, roman qui met en lumière les combattants de l'ombre, leur rend hommage et permet, grâce à un épilogue d'une dignité et d'une humanité exemplaires, à celui qui a menti, failli, de ne pas perdre la face devant sa fille et ses proches.
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Eve-Yeshe
14 janvier 2017
Dans ce roman, l'auteur réalise un travail sur la mémoire, en écrivant des biographies à petit tirage, à la demande d'un membre de la famille pour rendre hommage à l'un des leurs. Pour cela, il rencontre les personnes et notent tout ce qu'elles lui confient.
Ici, ce sont les souvenirs de guerre de Beuzaboc, à la demande de sa fille. Mais qui est-il vraiment ?
Il approfondit ainsi ce qu'est le véritable travail du biographe : mettre simplement des mots sur les souvenirs que l'autre raconte, rechercher les émotions, ou vérifier les faits à la manière d'un journaliste ?
"Le client raconte, le biographe écrit. C'est son devoir, sa fonction, son rôle. Et peu importe si tout est trop beau ou trop calme."
Il aborde ainsi très bien la notion de doute : S'agit-il de vrais souvenirs, ou embellit-il les faits pour se construire une légende ? Cela résonne d'autant plus chez le biographe que son propre père a été un héros anonyme, un survivant des camps et qu'il ne connaît pratiquement rien de lui car il était trop petit à son retour.
Certes, on peut vérifier les évènements dans les journaux de l'époque, mais, il est parfois difficile de retracer un parcours individuel (héros de l'ombre ou passé reconstruit?) Tout le monde s'est réveillé Résistant à la Libération alors que les vrais héros, ceux qui revenaient des camps restaient dans l'ombre. Voulait-on vraiment les entendre ?
On voit ainsi se tisser un échange, comme au tennis, entre la culpabilité de celui qui n'a peut-être pas été un héros et celle de celui qui n'a pas écouté son père décédé trop tôt, quand il en parlait avec son frère aîné et tous les regrets que cela peut provoquer ?
"On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué"
le style de Sorj Chalandon est direct, les phrase courtes, percutantes, voire lapidaires et la trame s'étoffe, peu à peu, comme les instruments qui se rajoutent pour enrichir le thème dans une partition de musique et il entraîne le lecteur dans une histoire passionnante. J'ai beaucoup aimé ce roman, comme j'avais apprécié "Le quatrième mur".

Lien : http://leslivresdeve.wordpre..
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Annette55
18 avril 2017
Une jeune femme contacte un biographe professionnel, "familial,"afin de coucher dans un ouvrage les souvenirs de son père, ancien résistant , du nom de Beuzeboc.
Au fil des rencontres, un vrai doute s'installe entre le vieil homme et Marcel , le biographe.
Ces événements ont-ils vraiment eu lieu?
N'était - ce pas seulement des histoires racontées le soir à une petite fille ?
Est- ce qu'un biographe peut mettre en doute la parole d'un héros ?
Une fois de plus l'auteur nous livre un superbe ouvrage, émouvant , utile , sur la Mémoire sublimée par le regard d'un fils et d'une fille.
Il dépeint sans juger à l'aide d'une écriture poétique,faite de mots simples et de phrases courtes , des mots intenses,touchants, un style pudique, tout en retenue,qui cherche les mots au plus près, au plus pur, au plus nu !
Quel est le poids d'un héritage lorsque la conscience en appelle à la vérité ?
Lorsque celle- ci émerge ?
Un hymne à la résistance,aux résistants de l'ombre comme à ceux de la lumière, à cette France qui voulait rester debout !
Un questionnement subtil sur l'imposture, la vérité, l'engrenage du mensonge et le courage d'en sortir.
Entre révélations, tendresse , colére, les langues se délient : silences, non- dits dans la chaleur étouffante de la canicule de 2003......
Un très beau livre et des mots sublimes sur la relation pére - fille, autour des pères et de leurs chimères.
Un ouvrage magnifique , brillant et juste qui magnifie l'amour inconditionnel qu'un père peut inspirer à son enfant !
Des images fortes qui resteront en nous !
Bravo l'artiste !


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ssstella
12 août 2017
Je pourrais dire bien des choses en somme... par exemple : "je ne suis pas entrée dans l'histoire" ou " je suis passée à coté", ou encore "ce n'était pas le bon moment pour moi", mais je ne vous offrirai qu'un banal "je n'ai que moyennement apprécié cette lecture".
Je suis bien entrée dans l'histoire puisque j'ai aimé le début. J'ai apprécié le style d'écriture et tout particulièrement quelques beaux passages... mes préférés étant ceux des regrets du narrateur pour les moments ratés avec son père.
Alors pourquoi un avis mitigé... oui, pourquoi ?
On comprend vite le sujet et avant la moitié du livre... qui n'est pourtant pas un pavé... j'ai eu l'impression que l'histoire tournait en rond. Et on ajoute une paire à la collection de chaussures rouges de Lupuline, et on reprend une fois encore les ralentissements d'un Beuzaboc récalcitrant (on dirait un petit enfant qui recule l'heure du couché avec de faux prétextes). Il allume sa cigarette... tranquillement, doucement... il s'appuie sur sa canne, se lève difficilement... pfff ! ... il va encore pisser !
Mais quand va-t-on avoir la certitude qu'il fabule ? Et le biographe va-t-il réaliser qu'il n'est pas très franc du collier lui non plus ?
C'était mon premier livre de cet auteur, alors pour conclure je m'interroge "était-ce le bon titre pour découvrir Sorj Chalandon ?".
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carre
19 juillet 2012
Encore du bon avec Chalandon, en plus sa rime. Un écrivain public sur la demande d'une cliente rencontre le père de celle-ci pour mettre sur papier son passé de résistant. Mais très vite Fremaux doute de la véracité des propos de son client. Lui qui espérait à travers Bauzaboc retrouver l'héroïsme secret de son propre père, et mettre des réponses sur les non-dits paternels, ressent un profond malaise. Que ça soit à travers Tyrone Meahan (dans les remarquables « Mon traitre » et « Retour à Killibegs ») ou dans celle de ce vieux monsieur qui n'a cesser de raconter ces exploits fictifs à sa fille admirative et demandeuse, Chalandon interroge la mémoire et sa transmission. Avec une question fondamentale, qu'elle est la place de la vérité et celle de la fiction lorsque le doute s'installe ? Comment ne pas salir ceux qui ont vraiment mis leur vie en danger pour un idéal ?
Le roman de Sorj Chalandon m'a rappelé un peu celui de Jean-François Deniau « un héros très discret » sur sa trame de départ. Se fabriquer un passé héroïque pour un avenir plus acceptable.
Chalandon tisse de livre en livre une oeuvre profondément cohérente, cette « légendes de nos pères » n'échappe pas à la règle. L'écriture est talentueuse, intense remarquablement prenante. Un livre qui mérite notre admiration. C'est devenu une habitude.
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Citations & extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
kathykathy16 février 2012
On fait son deuil. C'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve, sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid de tous ces jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre, après avoir traversé les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué.
J'avais laissé partir mon père. Pas mon papa. Pas celui qui me portait au lit, sa joue contre la mienne, qui nous avait aimés du regard et de la peau. Mais mon père, l'autre. Ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d'ombre. J'avais laissé partir cet inconnu, ce soldat, ce déporté. Qui était retourné à la liberté comme on va au silence. J'avais laissé partir une page de notre histoire commune. J'avais oublié de m'asseoir à ses pieds, de rechercher ses yeux. J'avais tardé à l'assaillir, à le questionner, à moissonner sa mémoire. J'avais failli à mon métier de fils. J'étais devant la tombe et j'avais les mains vides de lui, les poches sans aucun ticket de notre vie à deux.
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joedijoedi13 novembre 2014
Paupières closes, mains posées sur les accoudoirs du fauteuil, canne entre les genoux, il a chanté. Comme s'il était seul, ou fou, ou fatigué de tout.

Je viens de fermer ma fenêtre
Le brouillard qui tombe est glacé
Jusque dans ma chambre, il pénètre
Notre chambre pleure le passé

... Sa voix était rocaille, sourde, en éclats de briques.
— Vous connaissez ?
— Oui, j'ai répondu. La musique, pas les paroles.
Le vieil homme a souri. ... Il a dit que souvent, c'était ainsi. De la guerre, les gens d'aujourd'hui connaissaient la musique, mais pas les paroles...
— Cette chanson s'appelle «Seule ce soir», elle était chantée par Léo Marjane en 1941.
...
Encore, il a chanté.

Dans la cheminée le vent pleure
Les roses s'effeuillent sans bruit
L'horloge, en marquant les quarts d'heure,
D'un son grêle berce l'ennui.
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ssstellassstella12 août 2017
- Nous n'attendions pas des honneurs insignes, des récomprenses exceptionnelles, des traitements de faveur. Nous ne nous apprêtions pas à jouer le rôle de héros nationaux...
L'un des gars a dit ça devant la tombe ouverte. C'était le seul que mon père appelait "compagnon". Ils avaient combattu ensemble dans une section du Loiret, puis en région parisienne. Ils avaient été arrêtés ensemble, déportés ensemble. Et ils étaient revenus de camp avec du cœur en moins.
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Annette55Annette5518 avril 2017
"On fait son deuil.
C'est effroyable, mais on le fait.
Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence,sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve , sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid tous les jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre .......
On défroisse le linceul qui nous couvrait aussi, on caresse l'étoffe, on la regarde encore,on la plie avec soin, on fait son deuil , mais on ne revient pas d'un rendez- vous manqué."
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castabeacastabea15 mai 2010
Un jeudi pluvieux d'avril, nous sommes passés devant le monument aux morts de la place Rihour, mon père et moi. Deux enfants s'amusaient sur le socle de pierre. Ils avaient mon âge. Un homme en manteau noir leur a crié de descendre du monument. Il a dit que c'était comme une tombe. Il a dit que personne n'avait le droit de jouer là. Que c'était interdit. Que c'était sacrilège. L'un des enfants s'est enfui. L'autre a eu peur. Il a glissé. Il est tombé sur le dos. Sa tête a heurté la pluie. Il a pleuré un peu. L'homme est parti. Il a traversé la rue sans regarder derrière. Mon père m'a lâché la main pour relever l'enfant.
Le petit n'avait rien. Il reniflait. Il était debout, tête basse, papa accroupi devant lui le tenait par les épaules. Je m'en souviens. Pas de tout ce que mon père a dit, mais presque. Il a dit au petit qu'il avait fait la guerre. Il lui a dit qu'il avait eu peur, et froid, et faim, et mal. Il lui a demandé s'il savait pourquoi il avait fait cela. Deux fois, il lui a demandé. Le gamin baissait les yeux. Il était comme puni dans un coin de l'école. Les voix ne semblaient plus lui parvenir. J'étais en retrait, debout, un peu gêné. Je regardais mon père. Je l'écoutais aussi. Il a dit à l'enfant qu'il avait fait cela, la guerre, la résistance, la peur, l'espoir, tout cela pour que lui...
- Tu t'appelles comment, bonhomme ?
- Freddy
- Freddy comment ?
- Freddy Delsault.
... Pour que lui, Freddy Delssault, et n'importe qui d'autre, le copain enfui ou tous ceux à venir, puissent s'amuser sur tous les monuments aux morts.
- Je me suis battu pour que tu aies le droit de jouer, a souri mon père.
Il a demandé au gamin s'il avait compris. L'autre a secoué la tête pour dire non. Puis il a rammassé son cartable. Et il est parti en courant. Je me rappelle aussi que mon père a ri. Que la soirée avait été légère
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