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ISBN : 2253134694
Éditeur : Le Livre de Poche (24/08/2011)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 316 notes)
Résumé :
J'ai laissé partir mon père sans écouter ce qu'il avait à me dire, le combattant qu'il avait été, le Résistant, le héros. J'ai tardé à le questionner, à moissonner sa mémoire. Il est mort en inconnu dans son coin de silence. Pour retrouver sa trace, j'ai rencontré Beauzaboc, un vieux soldat de l'ombre, lui aussi. J'ai accepté d'écrire son histoire, sans imaginer qu'elle allait nous précipiter lui et moi en enfer... S.C.
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
Jeanfrancoislemoine
  06 août 2018
Sorj Chalandon fait partie de ces auteurs qui savent écrire et associer les lecteurs à leur démarche .Le roman est court et le nombre de personnages réduit à trois.Il y a le narrateur,biographe,fils de résistant déporté, Beaudazoc,un vieux monsieur de 84 ans,et Lupuline,sa fille, qui a été bercée par les exploits de son père pendant la résistance .En arrière plan,le père du narrateur,décédé.
Beauzaboc et le narrateur vont se rencontrer pour la réalisation d'une biographie commandée par Lupuline.C'est cette rencontre qui va nous être rapportée et,peu à peu,nous conduire vers le malaise et les interrogations.
C'est un roman au rythme lent,si lent qu'il en est parfois irritant mais qui traduit avec force l' atmosphère de plus en plus pesante qui s'installe entre les deux hommes,exacerbée par les effets de la canicule de 2003.

L'écriture de Chalandon est parfois sèche ,brutale,rendant notre trouble encore plus opaque et les problèmes d'ordre moral qui vont se poser aux personnages vont peu à peu envahir notre conscience.
Sans doute faut il prendre un sujet "un peu plus léger à lire après "car j'ai trouvé ce roman pesant, perturbant mais il aborde toutefois le thème des non-dits ou des mensonges qui interpellera nombre d'entre nous bien au delà des faits de guerre.Un ouvrage qui mérite toute notre attention quant à la perception des autres,le jugement qu'on peut porter sur les êtres qui nous entourent et,bien entendu,sur nous mêmes .
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nameless
  05 août 2017
Après avoir été journaliste, le narrateur s'est reconverti en biographe familial. Il recueille, met en forme, enjolive parfois puisqu'« il faut réaliser un récit vivant, un véritable roman, quitte à égratigner la vérité vraie, et l'histoire officielle », les souvenirs et idées buissonnières de ses clients, qui souhaitent laisser une trace de leur vie à leurs proches. Lorsque Lupuline Beuzaboc lui demande de rédiger la biographie de son père, résistant lors de la seconde guerre mondiale, le narrateur y voit l'occasion d'apaiser ses propres frustrations et tourments. En effet, son père, combattant de l'ombre, déporté avec le convoi des tatoués pour Auschwitz puis Buchenwald, a toujours refusé de se confier, disant qu'il était trop tard pour l'Histoire, que l'honneur avait perdu patience, quand à la libération, la poignée de braves s'était transformée en multitude, avec presque autant de brassards tricolores que la France comptait de bras. Le narrateur veut que la biographie de Beuzaboc soit la plus belle, que ce roman soit le plus grand.
La rencontre avec Beuzaboc est complexe. Le vieil homme est réticent, il accepte d'être écouté, mais pas questionné. Or, écrire une biographie offre peu de choix. C'est une rencontre, un échange, pas de l'amitié mais une émotion entre la cordialité et la confiance. Rapidement un malaise s'installe, le doute émerge face aux souvenirs vagues de Beuzaboc qui ne parvient à donner aucune précision sur ses camarades, son réseau, les endroits où il s'est illustré. Dans le biographe sommeille encore le journaliste qui n'est pas prêt à recopier des mensonges. Il consulte des archives. Comment un quotidien comme le Grand Echo du Nord qui relate le 3 janvier 41, un incident mineur dans le tramway de Lille, a-t-il omis d'évoquer, le même jour, la mort de cet allemand abattu par la Résistance ?
Parti sur les traces du père de Lupuline comme si c'était le sien, avec cette envie de fierté pour l'un comme pour l'autre, le narrateur découvre une imposture, découvre que l' Histoire peut servir à aider une petite fille à s'endormir le soir, comme le feraient une jolie légende ou un joli conte.
La légende de nos pères est un roman bref, dense et troublant au style économique et précis, dans lequel Sorj Chalandon dépouille les mots, les élague encore et encore, jusqu'à les mettre à nu. Roman sur la mémoire et la transmission, roman sur la guerre, roman qui met en lumière les combattants de l'ombre, leur rend hommage et permet, grâce à un épilogue d'une dignité et d'une humanité exemplaires, à celui qui a menti, failli, de ne pas perdre la face devant sa fille et ses proches.
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Eve-Yeshe
  14 janvier 2017
Dans ce roman, l'auteur réalise un travail sur la mémoire, en écrivant des biographies à petit tirage, à la demande d'un membre de la famille pour rendre hommage à l'un des leurs. Pour cela, il rencontre les personnes et notent tout ce qu'elles lui confient.
Ici, ce sont les souvenirs de guerre de Beuzaboc, à la demande de sa fille. Mais qui est-il vraiment ?
Il approfondit ainsi ce qu'est le véritable travail du biographe : mettre simplement des mots sur les souvenirs que l'autre raconte, rechercher les émotions, ou vérifier les faits à la manière d'un journaliste ?
"Le client raconte, le biographe écrit. C'est son devoir, sa fonction, son rôle. Et peu importe si tout est trop beau ou trop calme."
Il aborde ainsi très bien la notion de doute : S'agit-il de vrais souvenirs, ou embellit-il les faits pour se construire une légende ? Cela résonne d'autant plus chez le biographe que son propre père a été un héros anonyme, un survivant des camps et qu'il ne connaît pratiquement rien de lui car il était trop petit à son retour.
Certes, on peut vérifier les évènements dans les journaux de l'époque, mais, il est parfois difficile de retracer un parcours individuel (héros de l'ombre ou passé reconstruit?) Tout le monde s'est réveillé Résistant à la Libération alors que les vrais héros, ceux qui revenaient des camps restaient dans l'ombre. Voulait-on vraiment les entendre ?
On voit ainsi se tisser un échange, comme au tennis, entre la culpabilité de celui qui n'a peut-être pas été un héros et celle de celui qui n'a pas écouté son père décédé trop tôt, quand il en parlait avec son frère aîné et tous les regrets que cela peut provoquer ?
"On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué"
le style de Sorj Chalandon est direct, les phrase courtes, percutantes, voire lapidaires et la trame s'étoffe, peu à peu, comme les instruments qui se rajoutent pour enrichir le thème dans une partition de musique et il entraîne le lecteur dans une histoire passionnante. J'ai beaucoup aimé ce roman, comme j'avais apprécié "Le quatrième mur".

Lien : http://leslivresdeve.wordpre..
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Annette55
  18 avril 2017
Une jeune femme contacte un biographe professionnel, "familial,"afin de coucher dans un ouvrage les souvenirs de son père, ancien résistant , du nom de Beuzeboc.
Au fil des rencontres, un vrai doute s'installe entre le vieil homme et Marcel , le biographe.
Ces événements ont-ils vraiment eu lieu?
N'était - ce pas seulement des histoires racontées le soir à une petite fille ?
Est- ce qu'un biographe peut mettre en doute la parole d'un héros ?
Une fois de plus l'auteur nous livre un superbe ouvrage, émouvant , utile , sur la Mémoire sublimée par le regard d'un fils et d'une fille.
Il dépeint sans juger à l'aide d'une écriture poétique,faite de mots simples et de phrases courtes , des mots intenses,touchants, un style pudique, tout en retenue,qui cherche les mots au plus près, au plus pur, au plus nu !
Quel est le poids d'un héritage lorsque la conscience en appelle à la vérité ?
Lorsque celle- ci émerge ?
Un hymne à la résistance,aux résistants de l'ombre comme à ceux de la lumière, à cette France qui voulait rester debout !
Un questionnement subtil sur l'imposture, la vérité, l'engrenage du mensonge et le courage d'en sortir.
Entre révélations, tendresse , colére, les langues se délient : silences, non- dits dans la chaleur étouffante de la canicule de 2003......
Un très beau livre et des mots sublimes sur la relation pére - fille, autour des pères et de leurs chimères.
Un ouvrage magnifique , brillant et juste qui magnifie l'amour inconditionnel qu'un père peut inspirer à son enfant !
Des images fortes qui resteront en nous !
Bravo l'artiste !


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ssstella
  12 août 2017
Je pourrais dire bien des choses en somme... par exemple : "je ne suis pas entrée dans l'histoire" ou " je suis passée à coté", ou encore "ce n'était pas le bon moment pour moi", mais je ne vous offrirai qu'un banal "je n'ai que moyennement apprécié cette lecture".
Je suis bien entrée dans l'histoire puisque j'ai aimé le début. J'ai apprécié le style d'écriture et tout particulièrement quelques beaux passages... mes préférés étant ceux des regrets du narrateur pour les moments ratés avec son père.
Alors pourquoi un avis mitigé... oui, pourquoi ?
On comprend vite le sujet et avant la moitié du livre... qui n'est pourtant pas un pavé... j'ai eu l'impression que l'histoire tournait en rond. Et on ajoute une paire à la collection de chaussures rouges de Lupuline, et on reprend une fois encore les ralentissements d'un Beuzaboc récalcitrant (on dirait un petit enfant qui recule l'heure du couché avec de faux prétextes). Il allume sa cigarette... tranquillement, doucement... il s'appuie sur sa canne, se lève difficilement... pfff ! ... il va encore pisser !
Mais quand va-t-on avoir la certitude qu'il fabule ? Et le biographe va-t-il réaliser qu'il n'est pas très franc du collier lui non plus ?
C'était mon premier livre de cet auteur, alors pour conclure je m'interroge "était-ce le bon titre pour découvrir Sorj Chalandon ?".
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   13 février 2019
« On fait son deuil. C’est effroyable, mais on le fait. […] On fait son deuil, mais on ne revient jamais d’un rendez-vous manqué. J’avais laissé partir mon père. » (p. 16)
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LiliGalipetteLiliGalipette   13 février 2019
« Lupuline Beuzaboc voulait faire un cadeau à son père, lui offrir le récit de sa vie d’homme. » (p. 19)
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LiliGalipetteLiliGalipette   13 février 2019
« Je rédigeais la mémoire des autres. » (p. 20)
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LiliGalipetteLiliGalipette   13 février 2019
« Neuf personnes et trois drapeaux. Ça a été l’enterrement de mon père. » (p. 11)
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kathykathy   16 février 2012
On fait son deuil. C'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve, sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid de tous ces jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre, après avoir traversé les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué.
J'avais laissé partir mon père. Pas mon papa. Pas celui qui me portait au lit, sa joue contre la mienne, qui nous avait aimés du regard et de la peau. Mais mon père, l'autre. Ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d'ombre. J'avais laissé partir cet inconnu, ce soldat, ce déporté. Qui était retourné à la liberté comme on va au silence. J'avais laissé partir une page de notre histoire commune. J'avais oublié de m'asseoir à ses pieds, de rechercher ses yeux. J'avais tardé à l'assaillir, à le questionner, à moissonner sa mémoire. J'avais failli à mon métier de fils. J'étais devant la tombe et j'avais les mains vides de lui, les poches sans aucun ticket de notre vie à deux.
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Videos de Sorj Chalandon (75) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sorj Chalandon
Rencontre avec Justin Torres et Sorj Chalandon à la Librairie Millepages le 1er décembre 2015
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