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ISBN : 2266115006
Éditeur : Pocket (09/05/2001)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 429 notes)
Résumé :
C'est à Londres, en 1943, que Joseph Kessel, conteur inégalable et premier chroniqueur de notre temps, a écrit "L'armée des ombres", qui n'est pas seulement l'un de ses chefs-d’œuvre mais le roman-symbole de la Résistance que l'auteur présente ainsi : "La France n'a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n'a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie [...]

Jamais la Fr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
Yassleo
  09 juin 2016
Ecrit en 1943. Pleine guerre. Ecrit par un Résistant. A chaud, au coeur de l'action. Joseph Kessel, alors membre du réseau Carte, témoigne. Pas de son courage, pas de son héroïsme, pas de son engagement. Pourtant aussi méritoires que ceux de ses compatriotes. Il s'efface devant le courage, l'héroïsme et l'engagement de ces anonymes unis pour la plus grande des causes à défendre : la liberté.
Son ambition : raconter aussi fidèlement que possible la France souterraine, la France combative, celle qui lutte pour son honneur. Mettre dans la lumière la France de l'ombre.
Son angoisse : manquer justement de fidélité, et ne pas honorer à leur juste valeur ces héros. Car si tout est authentique, Kessel doit modifier, déformer les profils pour protéger leur vie et éviter toute représaille.
Ses héros : simples, discrets, ordinaires. Garagiste, ingénieur, mère de famille, instituteur, plus de barrière sociale. Juste une même colère, une même résolution, une même hargne.
Son écriture : sobre, humble, sur la réserve mais ferme. La main qui trace les mots ne tremble pas, ne doute pas, ne laisse pas place à la rêverie. Une main déterminée. A l'image de ces résistants : Gerbier, Jean-Francois, Mathilde, le Bison et tous les autres.
 
Kessel n'esquive pas les sentiments pour autant, laissant surgir le temps d'un paragraphe exaltation, doute, colère, dépit mais jamais longtemps. Pas le temps de tergiverser, pas le temps de s'attendrir, pas le moment de s'apitoyer sur les jours heureux. L'action domine dans les coeurs. On pèse alors chaque mot, on surveille chaque geste. Tout acte est réfléchi, plus de place à l'instinct. Des amitiés naissent mais la méfiance règne. La trahison n'est jamais loin, et la Gestapo rôde. Pourtant, jamais une plainte, jamais un regret, jamais une larme. Ni la peur de l'arrestation, ni l'angoisse de la torture, ni la mort ne peuvent les arrêter. Car ils le savent : " La Résistance a pris la forme de l'Hydre. Coupez-lui la tête, il en repousse dix, à chaque jet de sang."
Non, L'armée des ombres n'est pas un livre de plus sur la Résistance. L'armée des ombres est Le livre à lire sur le sujet.
Car à n'en pas douter, la fiction, aussi réussie soit-elle, n'égalera jamais la puissance émotionnelle du témoignage de l'intérieur.
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enjie77
  07 août 2017
Je n'ai pas pour habitude de lire un livre après avoir vu un film mais là, j'ai fait une exception et je n'ai aucun regret. Merci Monsieur KESSEL pour ce poignant et bouleversant roman qui met en lumière cette France de l'ombre qui croyait en la liberté, du plus humble au plus brave. Toute cette chaîne humaine animée par la même foi, rester DEBOUT. Vos mots sont percutants, vos phrases sont empreintes d'un tel réalisme, qu'à vous lire, j'ai vibré. Défilent sous nos yeux, les difficultés du quotidien, la faim, le ravitaillement, la confiance, l'hébergement, le problème d'unifier les forces, le cloisonnement des informations, la peur de la torture, le risque de trahir pour préserver un être cher (je pense à Dounat, à Mathilde), la distribution des journaux, les opérations d'exfiltration. J'ai ressenti le poids de la clandestinité.
Je pense toujours à la chanson de GOLDMANN "Né en 17 à Leidenstadt" même si ce n'est pas la même période :
"On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences,
L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau,
Ou le pire ou le plus beau,
Serions nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau"
Je pense aussi au "Chant des partisans" écrit avec votre oncle, Maurice Druon et au poème de Paul Eluard "liberté" parachuté à des milliers d'exemplaires au dessus de la France occupée.
A chaque chapitre, je ne pouvais m'empêcher de revoir Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Crauchet, Jean-Pierre Cassel, Christian Barbier, ce qui rendait votre livre encore plus vivant.
Monsieur KESSEL, votre préface vous honore : je m'incline devant tant d'humilité et d'humanisme!
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oran
  31 juillet 2016
Lu le roman, vu le film de Jean Pierre Melville.
Revu le film, relu le livre, plusieurs fois.
Désormais, je ne peux plus dissocier le personnage de Philippe Gerbier de Lino Ventura qui incarne avec un réalisme époustouflant ce résistant .
Kessel concluait sa préface en donnant une dernière précision : tout ce qu'il donnait à lire avait été vécu par des gens de France et souhaitait avoir conservé, le plus fidèlement possible leur image.
Son vœu est exaucé au-delà de ses espérances.
Parmi les romans qui évoque la Résistance, c'est, pour moi un des meilleurs. Il est magistral.
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candlemas
  26 janvier 2018
En 230 pages à peine romancées, Kessel nous livre, sur le vif -puisque rédigé à Londres en 1943- avant tout un témoignage, celui de tous les anonymes qui ont fait vivre la résistance, l'armée des ombres ; leurs difficultés matérielles, permanentes, leur engagement, divers, la violence et la trahison, qui survient sans crier gare.
Avec son style brut et sans fioritures, mais qui laisse toujours percer sa sensibilité aux événements et aux êtres, Kessel nous offre une plongée dans ce monde secret, dan un héroïsme du quotidien, à travers une galerie de portraits saisissante.
Une lecture indispensable, qui prend aux tripes...
Point n'est trop utile de développer le commentaire de cet ouvrage : le Chant des Partisans en est le contrepoint sonore, et Kessel a lui-même expliqué très clairement dans son ouvrage, au titre parfait, sa démarche : il savait, en bon reporter, qu'il portait témoignage d'un morceau d'Histoire, écrit -comme toujours, finalement ?- par des humbles.
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Asterios
  03 janvier 2019
Il y a les armées visibles, celles qui portent l'uniforme et avancent avec fracas, celles qui font claquer les bottes pour effrayer l'ennemi, les armées entrainée à briser, à tuer.
Et puis il y a les armées invisibles, les armées d'anonymes, toujours cachées qui glissent dans la pénombre, rasent les murs, se terrent au fond des campagnes et dont les noms disparaissent et échappent à la mémoire. Les Monsieur, les Madames tout le monde aux multiples visage perdus dans la foule, noyés dans le nombre.
Pour eux, le risque est quotidien et permanent et ce risque ils le connaissent, ils vivent avec car ils savent que dès l'instant où ils s'installent dans la résistance leur vie est menacée ainsi que celle de toute leur famille. Pourtant, ils sont tous plus ordinaires les uns que les autres et bien souvent semblent ne pas mesurer les dangers qu'ils prennent.
Dans cet ouvrage écrit en pleine guerre, de multiples portraits défilent sous le paysage de l'occupation française. Il y a de la gravité et de l'insouciance dans cette armée improvisée qui doit apprendre a se dissimuler. C'est une partie de cette réalité qui est retracée par Joseph Kessel de manière tout à fait précise, dans toute sa terrible froideur mais aussi dans toute son humanité en nous infiltrant dans un réseau de la résistance. Il nous laisse entrevoir le coeur de l'hydre, les règles qui la régissent, son fonctionnement mais aussi tout ce qui questionne ses hommes et ses femmes dont l'espoir d'un monde libre anime les actes jusqu'au dernier souffle.
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Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
candlemascandlemas   26 janvier 2018
Je reviens de Londres (...). Là-bas, c'est vivre en France qui paraît admirable. La faim, le froid, les privations, les persécutions dont nous avons pris l'habitude par force, touchent là-bas l'imagination et la sensibilité à un point extrême. Quant aux gens de la résistance, ils suscitent une émotion presque mystique.On sent déjà se former la légende.
Si je disais cela ici, je ferais hausser les épaules. Jamais une femme qui rechigne des heures entières dans les queues, pleure d'impuissance en voyant ses enfants s'anémier, maudit le gouvernement et l'ennemi qui lui enlèvent son mari pour l'envoyer en Allemagne, fait des bassesses auprès du crémier et du boucher pour avoir une goutte de lait ou un gramme de viande, jamais cette femme ne croira qu'elle est un être exceptionnel. Et jamais le garçon qui, chaque semaine, transporte une vieille valise pleine de nos journaux clandestins , l'opérateur qui pianote nos messages de radio, la jeue fille qui tape mes rapports, le curé qui soigne nos blessés, et surtout Félix, et surtout Le Bison, jamais ces gens ne croiront qu'ils sont des héros, et je ne le crois pas davantage.
Les opinions subjectives et les sentiments n'ont aucune valeur. La vérité est seulement dans les faits. Je veux, quand j'en aurai le loisir, tenir note quelques temps des faits que peut connaitre un homme placé par les événements à un bon poste d'écoute de la résistance. Plus tard, avec le recul, ces détails accumulés feront une somme et me permettront de former un jugement.
Si je survis.
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OlsbuOlsbu   09 octobre 2007
Ces gens auraient pu se tenir tranquilles. Rien ne les forçait à l’action. La sagesse, le bon sens leur conseillait de manger et de dormir à l’ombre des baïonnettes allemandes et de voir fructifier leurs affaires, sourire leurs femmes, grandir leurs enfants. Les biens matériels et les liens de la tendresse étroite leur étaient ainsi assurés. Ils avaient même, pour apaiser et bercer leur conscience, la bénédiction du vieillard de Vichy. Vraiment, rien ne les forçait au combat, rien que leur âme libre.
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PingouinPingouin   21 avril 2012
Tu comprends, ils sont venus dans leurs chars, avec leurs yeux vides. Ils pensaient que les chenilles des chars sont faites pour tracer la nouvelle loi des peuples. Comme ils avaient fabriqué beaucoup de chars, ils avaient l'assurance d'être nés pour écrire cette loi. Ils ont en horreur la liberté, la pensée. Leur vrai but de guerre c'est la mort de l'homme pensant, de l'homme libre. Ils veulent exterminer tout ce qui n'a pas les yeux vides. Ils ont trouvé en France des gens qui avaient les mêmes goûts et ceux-là sont entrés à leur service. Et ceux-là t'ont mis à pourrir ici, toi qui n'avait pas commencé à vivre. Ils ont fait mourir le petit Armel. Tu les as vu livrer le malheureux qui croyait au droit d'asile. En même temps, ils publiaient que le conquérant était magnanime. Un immonde vieillard essayait de suborner le pays. "Soyez sages, soyez lâches" enseignait-il. "Oubliez que vous avez été fiers, joyeux et libres. Obéissez et souriez au vainqueur. Il vous laissera vivoter tranquilles." Les gens qui entouraient le vieillard calculaient que la France était crédule et qu'elle était douce. Qu'elle est le pays de la mesure et du juste milieu. "La France est tellement civilisée, tellement amollie, pensaient-ils, qu'elle a perdu le sens du combat souterrain et de la mort secrète. Elle acceptera, elle s'endormira. Et dans son sommeil nous lui ferons des yeux vides." Et ils pensaient encore : "Nous ne craignons pas les enragés. Ils n'ont pas de liaisons. Ils n'ont pas d'armes. Et nous avons toutes les divisions allemandes pour nous défendre." Tandis qu'ils se réjouissaient ainsi, naissait la résistance.
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PseudoPseudo   19 décembre 2011
La France est une prison. On y sent la menace, la misère, l'angoisse, le malheur comme une voûte pesante et qui s'affaisse chaque jour davantage sur les têtes. La France est une prison, mais l'illégalité est une évasion extraordinaire. Les papiers ? On les fabrique. Les tickets d'alimentation ? On les vole, dans les mairies. Voitures, essence ? On les prend aux Allemands. Gêneurs ? On les supprime. Les lois, les règles n'existent plus. L'illégal est une ombre qui glisse à travers leur réseau. Plus rien n'est difficile, puisque l'on a commencé par le plus difficile : négliger ce qui est essentiel : l'instinct de conservation.
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VALENTYNEVALENTYNE   06 février 2016
Mon hôte maintenant est le baron de V…Et mon logement un beau château Louis XIII. La propriété comprend un parc, un bois, un étang, des terres étendues et riches. On ne peut imaginer un refuge plus sûr et plus agréable. Je vais pouvoir rétablir les liaisons et former des plans avec tranquillité. Le baron se met entièrement à mon service. C’est un personnage. Un long nez, le teint brûlé par le soleil et le vent, des yeux petits et durs, il tient à la fois du loup et du renard. Il n’aime que ses terres et la chasse. Ancien officier de cavalerie, bien entendu. Sa femme et ses enfants vivent dans la terreur. Le seul être qui lui en impose est sa sœur aînée, vieille fille qui ne quitte jamais sa culotte de cheval. Le baron de V…était un ennemi juré de la République. Il avait composé avant la guerre, avec ses métayers, ses valets de chiens et ses piqueurs, un peloton armé de fusils de chasse et de revolvers, qui était destiné à enlever d’assaut, à cheval, la préfecture voisine, en cas d’insurrection royaliste. Ce peloton, parfaitement organisé, parfaitement entraîné, existe toujours. Mais il agira contre les allemands. Les armes ne manquent pas. On fait de nombreux parachutages sur les terres du baron. Il n’appartient à aucune organisation de résistance. Mais il les aide toutes. Quand sa femme et ses enfants sont couchés, il part avec sa sœur, à cheval tous les deux, faire la réception des parachutes.
C’est à ce féodal que m’a confié notre chef de secteur, secrétaire de syndicat. J’ai plaisanté le baron de V…sur sa complicité avec un révolutionnaire. Il m’a dit : "je préfère, Monsieur, une France rouge à une France qui rougisse".
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Videos de Joseph Kessel (39) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Kessel
Le choix des libraires vous invite à la rencontre de Nicole Zagouri, propriétaire de la librairie « le Phare » à Paris. Avec elle, partagez ses coups de c?ur et ses auteurs favoris comme Silvia Avallone, Joseph Kessel, ou encore Emily St. John Mandel, l'auteure de « Station Eleven ».
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Avec son neveu, il est l'auteur des paroles d'un hymne à la révolte et à la résistance écrit à Londres dans les années 40 :

L'affiche rouge
Potemkine
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