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ISBN : 2246813808
Éditeur : Grasset (16/08/2017)
Résumé :
« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.
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Critiques, Analyses & Avis (97) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  29 septembre 2017
Jusqu'où peut-on s'arranger avec la vérité ?
Jusqu'où peut-on vivre dans la culpabilité ? Ce sont les deux interrogations qu'il me reste après la lecture de ce foudroyant roman de Sorj Chalandon qui démontre, une fois encore, comment mêler réalité et fiction pour asseoir son humanité et sa sensibilité. C'est tellement plus qu'un coup de coeur !
Jojo Flavent et son petit frère Michel s'entendent comme larrons en foire. Jojo rêve de devenir pilote de course comme son idole Steve McQueen dans le film « le Mans ». Il sera mineur. Métier éprouvant, dangereux, où l'on ne retrouve jamais vraiment la couleur de sa peau tant la poussière de charbon s'incruste dans les pores, dans les yeux, sous les ongles. La mort rôde souvent, la silicose toujours.
Le 27 décembre 1974, à la fosse Saint-Amé de Liévin-Lens (Nord-Pas-de-Calais) un coup de grisou tue 42 mineurs et laisse des familles dévastées par le chagrin et la colère. Les veuves doivent rembourser au patron le prix des vêtements et des godillots détruits par l'incendie ! « Un jour un madrier s'écroule. le lendemain un bloc se détache. Une galerie s'affaisse. Un wagonnet s'emballe. Un câble cède. Une lampe explose. Ce ne sont pas des catastrophes, seulement des accidents dont on ne parle pas. C'est lorsque la mine les tue qu'on se souvient qu'il y avait des mineurs ».
40 ans plus tard, Michel Flavent n'a pas oublié. Il tente de combattre le mépris des autres, jusqu'à l'obsession. Depuis la catastrophe, il achète sur les brocantes ou sur Internet des habits de mineur, un casque en cuir bouilli, une lampe, garde le savon et le miroir de Jojo, découpe tous les articles de presse, les photos, les documents de commémoration. Tout et ses pensées sont contenus dans des carnets qu'il stocke dans un garage qui devient le mausolée de son frère, un lieu de secret et de respect. La perte du frère, le suicide de désespoir du père, le chagrin mortel de la mère.
Devenu chauffeur routier, il sillonne l'Europe aux commandes d'un poids lourd bâché d'une immense photo de Steve McQueen. A la mort de son épouse, il décide de quitter Paris et de retourner dans les corons. Il veut se venger, comme son père le lui a demandé. Mais comment retrouver le responsable du drame ? Les houillères sont fermées depuis longtemps, beaucoup d'anciens sont morts. Reste un café où, peut-être…
Le talent de Sorj Chalandon, toujours inspiré par du vécu, passe par la sidération tant les soubresauts sont inattendus, palpitants, dignes d'un excellent scénario de film dont le Steve McQueen d'emprunt tient la vedette. Ne manquez pas de découvrir le réquisitoire terrible de l'avocat général et la plaidoirie sobre et poignante de la défense. Car, un nouveau drame se joue tout aussi humain et bouleversant.
La catastrophe de Liévin-Lens de 1974 m'a immanquablement fait penser au drame du Bois du Cazier à Marcinelle (Belgique) en août 1956. 262 morts de douze nationalités dont une grande majorité d'Italiens. Je me souviens que des collectes étaient faites dans nos écoles et que nos institutrices nous avaient invitées à faire des élocutions sur la mine. Souvenir ravivé de ce désastre humain.
Ce livre est un magnifique hommage à cette région du bassin minier, désormais désaffecté depuis la fin du XXe siècle, mais dont l'intérêt patrimonial et historique a été reconnu par l'Unesco au début de ce XXIe siècle.
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joedi
  17 septembre 2017
5 ⋆ ce n'est pas assez, je voudrais en mettre une ligne entière ! Un vrai coup de ♡ !
En 1974, Michel Flavent est adolescent, son père Jean est cultivateur, son frère Joseph abandonne son métier de mécanicien pour celui de mineur. Joseph va travailler à la fosse Saint-Amé à Liévin, mine qui fera la Une le 27 décembre 1974 lorsque 42 mineurs périront à cause d'un coup de grisou. Michel Flavent se donnera aussi le nom de Michel Delanet, nom francisé par son frère Joseph, de Michael Delaney, pilote automobile qui a tenu le rôle de Steve McQueen dans le film Le Mans. Plus tard, Michel, devenu chauffeur routier, fera peindre Steve McQueen sur la bâche de son gros cube.
Sorj Chalandon rend hommage aux mineurs et, avec son humanité coutumière dépeint les sentiments de revanche et le remords de Michel toujours ressentis quarante ans après le mort de Joseph.
Le Jour d'avant, une oeuvre magistrale de Sorj Chalandon, une histoire qui emmène le lecteur de surprises en surprises.
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palamede
  27 septembre 2017
Ils font partie de l'armée des simples gens, celle des mineurs et des agriculteurs : Michel et Joseph, deux frères qui s'aiment à la vie à la mort, rêvent de pilotes et de courses automobiles.
Joseph devient mécanicien puis mineur - contre l'avis de son père qui l'aurait voulu agriculteur comme lui - et meurt dans un accident. Nous sommes le 27 décembre 1974, après un coup de grisou quarante-deux mineurs perdent la vie dans la fosse de Saint-Amé à Liévin.
Inconsolable et intraitable, Michel vengera son frère des hommes sans scrupules pour qui seul le rendement compte au détriment de la sécurité. Michel qui a trouvé le mot écrit par son père avant de se pendre : " Michel venge-nous de la mine ". Mais sentiment de culpabilité, déni pur, besoin d'être confondu, Michel finira par vouloir être jugé pour la mort de Joseph.
Militant (Chalandon est un ancien maoïste), Le jour d'avant prend le parti des plus faibles. Récit d'un drame national presque ignoré, récit d'un naufrage familial et personnel, il nous raconte la faiblesse de la justice des hommes face à l'indicible. C'est triste et pudique, éprouvant, et fort.
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fanfanouche24
  19 août 2017
"Je n'avais pas envie de parler. Pas envie de jouer. Mon frère était mort il y avait quarante ans, en ouvrier.Et cette terre n'était plus la sienne. Plus la mienne non plus.
Notre bassin n'avait plus rien de minier. Je ne reconnaissais ni les hommes ni leurs rêves. Je n'aimais pas les questions rances qui les souillaient. A mon retour, je m'étais enivré des couleurs, la lumière du ciel, l'odeur de terre mouillée, la beauté des terrils, la majesté du chevalement. (...) Je pensais retrouver des éclats d'enfance et j'en ramassais des lambeaux. "(p. 117)

Une éternité que je reporte ma curiosité pourtant bien réelle de lire
cet écrivain... Me voilà lancée avec son dernier roman, qui m'interpelle
plus directement par son sujet...et son décor !
Mise en avant de ceux à qui on ne donne jamais la parole, sacrifiés sur
l'autel des puissants et du profit : les hommes de la mine, les paysans,
les gens de la terre, etc. Mais surtout, en noyau dur, central, LA MINE...
Le narrateur a été traumatisé , marqué au fer , tout jeune, par la mort
prématurée de son frère aîné, Joseph, dit Jojo, au demeurant décédé
en descendant dans la mine, le suicide peu après du père , qui n'a pu
supporter la mort trop injuste de son fils...
Ne sont restés que la cadet et la mère esseulée...devant continuer la
route, malgré le chagrin insupportable !
"Venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère,morte en esseulée; j'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. (...)
Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de de travail que leurs maris avaient abîmés en mourant." (p. 130)
Je termine ce roman bouleversant , captivant, riche en suspens et en rebondissements déroutants...en fausses pistes, mais je ne m'attaquerai pas à rentrer dans les détails, car l'une des richesses de ce roman se trouve justement dans les nombreux effets de surprise !
Une histoire qui tourneboule...Un roman de la Mémoire et de la culpabilité, poussé aux confins de l'imaginable ...Un moment très , très fort de lecture... Ouvrage lu en 48 heures, tant j'étais accroché au destin du narrateur, ce petit frère, Michel... pris en tenailles entre son drame personnel et la mémoire collective...
Cette lecture à peine achevée, je vais poursuivre mon entrée dans l'univers de monsieur Chalandon, avec "Une promesse", et "Le Quatrième mur"... ces précisions pour confirmer mon enthousiasme et curiosité redoublée pour l'écriture de cet auteur, qui me touche infiniment !!
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latina
  03 octobre 2017
« Ne fais jamais d'enfant. C'est trop de souffrances ».
Voilà ce que sa mère lui dit. Et puis elle s'en va. Et elle a raison, la mère : son fils ainé vient de mourir, quelques jours après la catastrophe de la mine de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974.
Et puis le père s'en va. Suicide. Plus moyen d'encaisser ce malheur.
Démarre alors pour Michel une vie de deuil, de calvaire, de poids énorme. Cet enfant de Vaast-les-Mines se sent mal, il porte toute la douleur de sa famille, de son pays. Et surtout, il cache en lui une blessure profonde.
Il choisit la vengeance pour se débarrasser de ce fardeau, d'autant plus que Cécile, l'amour de sa vie, s'en est allée elle aussi rejoindre les étoiles.
« J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. J'allais rendre leur dignité aux sacrifiés de la fosse 3bis. Faire honneur aux martyrs de Courrières, aux assassinés de Blanzy, aux calcinés de Forbach, aux lacérés de Merlebach, aux déchiquetés d'Avion, aux gazés de Saint-Florent, aux brûlés de Roche-la-Molière. Aux huit de la Mûre, qu'une galerie du puits du Villeret avait ensevelis. J'allais rendre vérité aux grévistes de 1948, aux familles expulsées des corons, aux blessés, aux silicosés, à tous les hommes morts du charbon sans blessures apparentes. Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de travail que leurs maris avaient abimés en mourant ».
La première partie de ce roman m'a vivement intéressée, quoique agacée à certains moments par l'écriture trop « théâtralisée ». Oui, Michel, tu as mal. Oui, tu vas te venger. Oui, tu collectionnes tout ce que tu peux sur la mine, sur la catastrophe, sur les chefs – dont un en particulier. Oui, tu te rappelles, encore et encore, ton grand frère, son rire, ses cheveux blonds, son désir de vivre, sa bonté. le jour d'avant la catastrophe, aussi, lorsque vous êtes partis tous les 2 sur la même mobylette. Cela te taraude, t'envahit, te mobilise. T'enterre, aussi.
Et puis la vengeance approche, envahit tout ton être. Tu fonces. Tu t'enfonces dans l'acte maudit, mais tu te délivres. Et là, je frémis. Je t'accompagne. Je suis persuadée qu'il va se passer « quelque chose ».
Effectivement : un coup de théâtre magistral va remplacer les sempiternelles lamentations. La tension monte pour exploser lors du procès, notamment lors de l'intervention des protagonistes.
Et là, tout déborde, les tensions comme les émotions. le silence fait face à des phrases en lettres de feu.
Je tremble, je murmure, je pleure. Sorj Chalandon a réussi à me plonger dans l'atroce quotidien des mineurs en leur rendant hommage de la meilleure façon qui soit, mais il est parvenu aussi à me faire comprendre la culpabilité qui ronge le coeur de l'homme.
Un livre inoubliable !
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Les critiques presse (4)
LaCroix   11 septembre 2017
Dans le nord de la France, un homme est mort à la mine un jour de décembre 1974. Son frère revient quarante ans après pour le venger.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   01 septembre 2017
En 1974, l’écrivain, alors journaliste à « Libé », a été marqué par la catastrophe de Liévin et ses 42 mineurs morts. Longtemps différé, « Le Jour d’avant » leur rend hommage.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LePoint   28 août 2017
La trahison et la culpabilité, les deux mamelles du journaliste romancier, rôdent à chaque page de ce livre intrigant et bouleversant.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaLibreBelgique   22 août 2017
Sorj Chalandon avait déjà un public fidèle. Il va en acquérir un nouveau avec ce superbe roman, le plus réussi de son auteur, coup de cœur de cette rentrée littéraire.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations & extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
rolandm1rolandm1   14 octobre 2017
L'escorte. Le couloir souterrain. Le portique de la maison d'arrêt. Mon lit, ma table, ma chaise noire en plastique. J'avais emprunté Germinal à la bibliothèque. Mon père m'en avait parlé, mon frère l'avait lu deux fois mais je ne l'avais jamais ouvert.
"Dès quatre heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant..."
+ Lire la suite
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rolandm1rolandm1   13 octobre 2017
J'ai déboutonné ma chemise, défait mes lacets, ôté mon caleçon et mes chaussettes. J'étais nu.
De mon sac, j'ai sorti le morceau de charbon. J'ai maquillé mon front, mes joues, mon visage tout entier, mon cou. J'ai passé mes bras au noir, mes épaules, mes jambes, mon torse, le dessus de mes pieds nus, mes orteils, mes cuisses, mes fesses. En mémoire de mon frère, je me barbouillais de sa mine.
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KirzyKirzy   12 octobre 2017
Toute notre enfance, mon père nous avait répété que le charbon était fini, que les puits appartenaient à l'histoire du pays. Qu'ils seraient comblés, les un après les autres. Mon frère lui répondait que la terre aussi, était morte. Les villes l'encerclaient, la dévoraient, les hommes y faisaient pousser des briques.
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KirzyKirzy   12 octobre 2017
- Tu les as vus les vieux mineurs ?
Mon frère n'a pas répondu.
- Tu les reconnais ?
Jojo tête basse, notre père penché vers lui. Un pécheur et son confesseur.
- Dis-moi que tu les reconnais quand tu les croises dans la rue. Dis-le.
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rolandm1rolandm1   10 octobre 2017
J'ai aussi décollé une vieille image. L'équipe de la fosse 3, photographiée à la fin du XIXe siècle. Les hommes étaient sur cinq rangs. Tous avaient leur lampe à huile accrochée sur l'épaule. Certains portaient le pic. Les sabots. Assis devant, un galibot pieds nus. Douze ans peut-être. Un regard de vieux. Ils revenaient du fond. Noirs de poussière, tristes de fatigue.
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