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ISBN : 2253073792
Éditeur : Le Livre de Poche (22/08/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.29/5 (sur 618 notes)
Résumé :
« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.
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Critiques, Analyses et Avis (275) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  29 septembre 2017
Jusqu'où peut-on s'arranger avec la vérité ?
Jusqu'où peut-on vivre dans la culpabilité ? Ce sont les deux interrogations qu'il me reste après la lecture de ce foudroyant roman de Sorj Chalandon qui démontre, une fois encore, comment mêler réalité et fiction pour asseoir son humanité et sa sensibilité. C'est tellement plus qu'un coup de coeur !
Jojo Flavent et son petit frère Michel s'entendent comme larrons en foire. Jojo rêve de devenir pilote de course comme son idole Steve McQueen dans le film « le Mans ». Il sera mineur. Métier éprouvant, dangereux, où l'on ne retrouve jamais vraiment la couleur de sa peau tant la poussière de charbon s'incruste dans les pores, dans les yeux, sous les ongles. La mort rôde souvent, la silicose toujours.
Le 27 décembre 1974, à la fosse Saint-Amé de Liévin-Lens (Nord-Pas-de-Calais) un coup de grisou tue 42 mineurs et laisse des familles dévastées par le chagrin et la colère. Les veuves doivent rembourser au patron le prix des vêtements et des godillots détruits par l'incendie ! « Un jour un madrier s'écroule. le lendemain un bloc se détache. Une galerie s'affaisse. Un wagonnet s'emballe. Un câble cède. Une lampe explose. Ce ne sont pas des catastrophes, seulement des accidents dont on ne parle pas. C'est lorsque la mine les tue qu'on se souvient qu'il y avait des mineurs ».
40 ans plus tard, Michel Flavent n'a pas oublié. Il tente de combattre le mépris des autres, jusqu'à l'obsession. Depuis la catastrophe, il achète sur les brocantes ou sur Internet des habits de mineur, un casque en cuir bouilli, une lampe, garde le savon et le miroir de Jojo, découpe tous les articles de presse, les photos, les documents de commémoration. Tout et ses pensées sont contenus dans des carnets qu'il stocke dans un garage qui devient le mausolée de son frère, un lieu de secret et de respect. La perte du frère, le suicide de désespoir du père, le chagrin mortel de la mère.
Devenu chauffeur routier, il sillonne l'Europe aux commandes d'un poids lourd bâché d'une immense photo de Steve McQueen. A la mort de son épouse, il décide de quitter Paris et de retourner dans les corons. Il veut se venger, comme son père le lui a demandé. Mais comment retrouver le responsable du drame ? Les houillères sont fermées depuis longtemps, beaucoup d'anciens sont morts. Reste un café où, peut-être…
Le talent de Sorj Chalandon, toujours inspiré par du vécu, passe par la sidération tant les soubresauts sont inattendus, palpitants, dignes d'un excellent scénario de film dont le Steve McQueen d'emprunt tient la vedette. Ne manquez pas de découvrir le réquisitoire terrible de l'avocat général et la plaidoirie sobre et poignante de la défense. Car, un nouveau drame se joue tout aussi humain et bouleversant.
La catastrophe de Liévin-Lens de 1974 m'a immanquablement fait penser au drame du Bois du Cazier à Marcinelle (Belgique) en août 1956. 262 morts de douze nationalités dont une grande majorité d'Italiens. Je me souviens que des collectes étaient faites dans nos écoles et que nos institutrices nous avaient invitées à faire des élocutions sur la mine. Souvenir ravivé de ce désastre humain.
Ce livre est un magnifique hommage à cette région du bassin minier, désormais désaffecté depuis la fin du XXe siècle, mais dont l'intérêt patrimonial et historique a été reconnu par l'Unesco au début de ce XXIe siècle.
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Sebthos
  18 août 2017
"C'est comme ça la vie."
Les Houillères, 1974. Un coup de grisou vient de tuer des dizaines de personnes et de laisser des familles entières dans le besoin et l'injustice.
Comme Michel Flavent, dont le frère est mort. "Venger son frère" deviendra son obsession, car "le coup de grisou avait des complices" : "les patrons appellent ça le profit".
D'une plume sensible et ciselée, une plongée dans le milieu des mineurs du Nord de la France, mais aussi dans celui de l'âme humaine.
Social, psychologique, parfaitement maîtrisé, le récit de Sorj Chalandon est un coup de maître ! Un incontournable de cette rentrée littéraire de septembre 2017.
Une histoire de fraternité, d'identité, de mémoire sociale et politique. Le tout, servi par une langue charnelle, dans laquelle l'émotion affleure à chaque page. Un grand livre !
Lu en juin 2017.
Mon article sur Fnac.com/Le conseil de libraires :
Lien : https://www.fnac.com/Le-Jour..
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joedi
  17 septembre 2017
5 ⋆ ce n'est pas assez, je voudrais en mettre une ligne entière ! Un vrai coup de ♡ !
En 1974, Michel Flavent est adolescent, son père Jean est cultivateur, son frère Joseph abandonne son métier de mécanicien pour celui de mineur. Joseph va travailler à la fosse Saint-Amé à Liévin, mine qui fera la Une le 27 décembre 1974 lorsque 42 mineurs périront à cause d'un coup de grisou. Michel Flavent se donnera aussi le nom de Michel Delanet, nom francisé par son frère Joseph, de Michael Delaney, pilote automobile qui a tenu le rôle de Steve McQueen dans le film Le Mans. Plus tard, Michel, devenu chauffeur routier, fera peindre Steve McQueen sur la bâche de son gros cube.
Sorj Chalandon rend hommage aux mineurs et, avec son humanité coutumière dépeint les sentiments de revanche et le remords de Michel toujours ressentis quarante ans après le mort de Joseph.
Le Jour d'avant, une oeuvre magistrale de Sorj Chalandon, une histoire qui emmène le lecteur de surprises en surprises.
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palamede
  27 septembre 2017
Ils font partie de l'armée des simples gens, celle des mineurs et des agriculteurs : Michel et Joseph, deux frères qui s'aiment à la vie à la mort, rêvent de pilotes et de courses automobiles.
Joseph devient mécanicien puis mineur - contre l'avis de son père qui l'aurait voulu agriculteur comme lui - et meurt dans un accident. Nous sommes le 27 décembre 1974, le jour où après un coup de grisou quarante-deux mineurs vont aussi perdre la vie dans la fosse de Saint-Amé à Liévin.
Inconsolable et intraitable, Michel vengera son frère des hommes sans scrupules pour qui seul le rendement compte au détriment de la sécurité. Michel qui a trouvé le mot écrit par son père avant de se pendre : " Michel venge-nous de la mine ". Mais sentiment de culpabilité, déni pur, besoin d'être confondu, Michel finira par vouloir être jugé pour la mort de Joseph.
Militant (Chalandon est un ancien maoïste), Le jour d'avant prend le parti des plus faibles. Récit d'un drame national presque ignoré, récit d'un naufrage familial et personnel, il nous raconte la faiblesse de la justice des hommes face à l'indicible. C'est triste et pudique, éprouvant, et fort.
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fanfanouche24
  19 août 2017
"Je n'avais pas envie de parler. Pas envie de jouer. Mon frère était mort il y avait quarante ans, en ouvrier.Et cette terre n'était plus la sienne. Plus la mienne non plus.
Notre bassin n'avait plus rien de minier. Je ne reconnaissais ni les hommes ni leurs rêves. Je n'aimais pas les questions rances qui les souillaient. A mon retour, je m'étais enivré des couleurs, la lumière du ciel, l'odeur de terre mouillée, la beauté des terrils, la majesté du chevalement. (...) Je pensais retrouver des éclats d'enfance et j'en ramassais des lambeaux. "(p. 117)

Une éternité que je reporte ma curiosité pourtant bien réelle de lire
cet écrivain... Me voilà lancée avec son dernier roman, qui m'interpelle
plus directement par son sujet...et son décor !
Mise en avant de ceux à qui on ne donne jamais la parole, sacrifiés sur
l'autel des puissants et du profit : les hommes de la mine, les paysans,
les gens de la terre, etc. Mais surtout, en noyau dur, central, LA MINE...
Le narrateur a été traumatisé , marqué au fer , tout jeune, par la mort
prématurée de son frère aîné, Joseph, dit Jojo, au demeurant décédé
en descendant dans la mine, le suicide peu après du père , qui n'a pu
supporter la mort trop injuste de son fils...
Ne sont restés que la cadet et la mère esseulée...devant continuer la
route, malgré le chagrin insupportable !
"Venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère,morte en esseulée; j'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. (...)
Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de de travail que leurs maris avaient abîmés en mourant." (p. 130)
Je termine ce roman bouleversant , captivant, riche en suspens et en rebondissements déroutants...en fausses pistes, mais je ne m'attaquerai pas à rentrer dans les détails, car l'une des richesses de ce roman se trouve justement dans les nombreux effets de surprise !
Une histoire qui tourneboule...Un roman de la Mémoire et de la culpabilité, poussé aux confins de l'imaginable ...Un moment très , très fort de lecture... Ouvrage lu en 48 heures, tant j'étais accroché au destin du narrateur, ce petit frère, Michel... pris en tenailles entre son drame personnel et la mémoire collective...
Cette lecture à peine achevée, je vais poursuivre mon entrée dans l'univers de monsieur Chalandon, avec "Une promesse", et "Le Quatrième mur"... ces précisions pour confirmer mon enthousiasme et curiosité redoublée pour l'écriture de cet auteur, qui me touche infiniment !!
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critiques presse (6)
Actualitte   26 octobre 2018
L’histoire de Michel Flament s’accroche aux marges de ce drame pour le faire remonter à la mémoire collective et tenter de refaire le procès escamoté par la justice d’alors, en recréant les conditions d’un nouveau procès pour juger une vengeance criminelle.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Culturebox   15 décembre 2017
"Le jour d'avant", de l'écrivain et journaliste Sorj Chalandon, est enraciné dans la noirceur des mines et des terrils du Nord, avec comme point de départ la catastrophe du 27 décembre 1974 qui tua 42 mineurs dans la fosse 3bis de Lievin. Un hommage aux "gueules noires".
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaCroix   11 septembre 2017
Dans le nord de la France, un homme est mort à la mine un jour de décembre 1974. Son frère revient quarante ans après pour le venger.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   01 septembre 2017
En 1974, l’écrivain, alors journaliste à « Libé », a été marqué par la catastrophe de Liévin et ses 42 mineurs morts. Longtemps différé, « Le Jour d’avant » leur rend hommage.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LePoint   28 août 2017
La trahison et la culpabilité, les deux mamelles du journaliste romancier, rôdent à chaque page de ce livre intrigant et bouleversant.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaLibreBelgique   22 août 2017
Sorj Chalandon avait déjà un public fidèle. Il va en acquérir un nouveau avec ce superbe roman, le plus réussi de son auteur, coup de cœur de cette rentrée littéraire.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (179) Voir plus Ajouter une citation
ClairumClairum   04 décembre 2018
Mon frère manquait. Il était absent, ici aussi. Comme partout ailleurs, dans les journeaux d'hier, sur les plaques aujourd'hui, dans les coeurs et dans les mémoires.
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SebthosSebthos   11 mai 2018
Je n’avais pas honte. Moi aussi, j’étais un ouvrier. Pour toujours. Paris ne changerait rien, je le savais. Mais il fallait que je quitte le bassin. Je ne voulais pas d’un horizon de terrils. De l’air âcre des cheminées. Je ne pouvais plus passer devant les grilles de la mine, croiser les gars sur leurs mobylettes. Baisser les yeux face aux survivants. Entendre le souffle des chevalements que seul mon Jojo avait le droit d’imiter. J’étais épuisé des hommes à gueules de charbon. Je ne supportais plus de voir leurs mains balafrées, entaillées, leurs peaux criblées à vie d’échardes noires. Les regards harassés me faisaient de la peine. Même le dimanche, même nettoyés dix fois, les cous, les fronts, les oreilles racontaient la poussière de la fosse.
Et mon frère disparu.

Page 33, Grasset, 2017.
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SebthosSebthos   10 mai 2018
Mourir pour le profit de la Compagnie nationale des Houillères? C’est ça que tu veux Jojo? Crever comme ton oncle à vingt et un ans, les lunettes coulées sur le visage et les doigts soudés par la chaleur? Suer dans les entrailles de la terre pour engraisser les planqués du carreau? Passer tes jours à percer la nuit? C’est ça ton rêve, mon fils? Et si tu tombes à la fosse, tu auras gagné quoi? Qui te tiendra hommage? Deux écharpes tricolores venues d’une autre ville, un sous-ministre arrivé de Paris, un discours honteux sur le mauvais sort, trois fleurs payées par le syndicat et une garde d’honneur de copains qui n’oseront même pas regarder votre pauvre mère en face?

Pages 18-19, Grasset, 2017.
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SebthosSebthos   15 mai 2018
— Lorsqu’il remonte au jour, le mineur n’est qu’un survivant. Même s’il est décrassé, il rapporte le charbon en surface. Il lui en reste dans les cheveux, dans le nez, au coin des yeux, entre les dents. La mine a pris la place de l’air dans ses poumons. Le mineur n’est pas mort, non. Mais il sait que la mort l’attend

Page 287, Grasset, 2017.
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SebthosSebthos   12 mai 2018
Les mines de France avaient fermé les unes après les autres. En 1978, quatre ans après la catastrophe de Liévin, la fosse Saint-Amé a cadenassé ses grilles, et le puits 3bis a été comblé. Cinq ans plus tard, le chevaleret du 3 a été abattu comme un vieux chêne. Un éclat de son béton m’a servi de presse-papier. Mais le gibet métallique 3bis a été conservé. Pour le tourisme, pour la mémoire, pour ajouter aux larmes des crocodiles parisiens.

Page 43, Grasset, 2017.
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Videos de Sorj Chalandon (75) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sorj Chalandon
Rencontre avec Justin Torres et Sorj Chalandon à la Librairie Millepages le 1er décembre 2015
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