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ISBN : 2070144410
Éditeur : Gallimard (06/03/2014)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 134 notes)
Résumé :
Un vieux criminel de guerre et sa fille dînent dans une auberge au milieu des Dolomites et se retrouvent à la table voisine de celle du narrateur, qui travaille sur une de ses traductions du yiddish. En deux récits juxtaposés, comme les deux tables de ce restaurant de montagne, Erri De Luca évoque son amour pour la langue et la littérature yiddish, puis, par la voix de la femme, l'existence d'un homme sans remords, qui considère que son seul tort est d'avoir perdu l... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
27 octobre 2016
Deux hommes et une femme.
L'un, écrivain, a appris l'hébreu pour lire la Bible, et le yiddish, bouleversé par une visite au ghetto de Varsovie reconstruit et à Auschwitz-Birkenau, en mémoire de ces onze millions de personnes qui le parlaient dans les pays de l'Est avant la Seconde Guerre mondiale. L'autre, citoyen autrichien, s'est lancé dans l'étude de la kabbale, après une rencontre fortuite, pour comprendre la défaite du Troisième Reich. La femme découvre, à vingt ans, que son père est un criminel de guerre, nazi sans remords, masqué sous une fausse identité, facteur de métier, quasi muet en public pour que sa voix ne soit pas reconnue par d'anciennes victimes des camps.
La kabbale est au centre du récit.
L'auteur aime l'esthétique des lettres hébraïques et la sonorité des mots qu'il murmure. le criminel de guerre les décortique pour saisir pourquoi les chefs allemands n'ont pas désintégré le livre sacré, noyau du judaïsme, alors que l'éradication du peuple élu par la destruction des corps, a été un échec.
L'un traduit en italien des oeuvres en yiddish d'auteurs peu connus dans son pays.
L'autre associe les chiffres aux lettres pour donner sens, son sens, aux Sephiroth. Il découvre que tout y existe que la persécution des Juifs est annoncée, que la vengeance y est inscrite. Il se sent traqué depuis son retour à Vienne, non pas par ceux de son pays mais par « eux ». Il veut savoir pourquoi le nazisme a échoué et pourquoi, lui, soldat obéissant, doit errer à travers le monde.
Après le départ de sa femme, il trouve un appartement plus proche de son lieu de travail, tout près de l'Institut Wiesenthal où il dépose chaque jour du courrier, croyant prendre à revers ses poursuivants. Sa fille accepte de rester à ses côtés, sans complicité et sans conflit. Elle a reçu son père en héritage à un âge où elle aurait pu recevoir un fils. C'est un poids dont elle ne sent aucune culpabilité, aucun besoin de retrouver des enfants de nazis, aucun besoin de connaître l'identité réelle de son père. Elle pose comme modèle à l'Académie des beaux-arts. Elle se sent « faite pour le métier de statue ».
Lors de quelques jours de vacances au Tyrol, le père et la fille s'arrêtent dans une auberge. C'est là qu'a lieu la rencontre avec l'auteur, revenu d'une journée d'alpinisme.
L'un lit un texte en yiddish tout en remuant les lèvres comme à son habitude ; l'autre y voit un signe, il croit qu'il a été rattrapé, que la vengeance est proche, que sa défaite est consommée.
Ce livre comporte deux parties : la première narrée par un écrivain qui a appris l'hébreu pour lire la Bible et le yiddish par devoir de mémoire, qui ressemble tellement à son napolitain « deux langues de grande foule dans des espaces étroits ». Il brosse avec délicatesse les victimes de la Shoah.
La deuxième partie est racontée par la fille du criminel de guerre. Son enfance innocente bercée par un mensonge sur sa filiation. Sa vie d'adulte auprès d'un père qu'elle ne veut pas renier mais pas accréditer non plus.
Erri de Luca sait, en peu de mots et avec sobriété, donner de la profondeur et de l'épaisseur à ses personnages, comme il sait à merveille manier des conceptions contraires sans juger, sans prendre parti tant il connaît la complexité humaine.
Une grande humilité pour aller à l'essentiel. La classe.


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latina
28 août 2016
« le tort du soldat est la défaite. La victoire justifie tout. »
L'officier nazi qui déclare cela se sent traqué, perpétuellement, où qu'il aille. Sa femme beaucoup plus jeune que lui l'a quitté. Sa fille apprend à ce moment qu'il est son père, et non son grand-père comme on lui avait fait croire. Elle perd une mère en même temps qu'elle accepte son père. Non ses exactions, non ses crimes, mais son père.
Durant son enfance, elle a supporté le silence lourd de ses parents, mais elle a expérimenté également la légèreté des mains d'un garçon sourd-muet ouvert à la douceur du monde. Jeune fille, jeune femme, elle a offert au regard des élèves des Beaux-Arts son corps hermétique et parfait.
Tandis que son père étudiait la kabbale et la symbolique des nombres. Tandis qu'il était taraudé par l'essence du judaïsme, hanté par les Juifs.
D'un autre côté, il y a l'écrivain napolitain hanté par le yiddish qui « ressemble au napolitain, deux langues de grande foule dans des espaces étroits. Expertes en misères, émigrations et théâtres ». Chargé par son éditeur de traduire des manuscrits d'Israel Josuah Singer, il s'immerge dans ces textes et en retire une jouissance extrême.
Le couple père-fille et l'écrivain se retrouvent fortuitement dans une auberge des Dolomites. La montagne pesante et majestueuse au soleil couchant accentue l'atmosphère d'incompréhension, de souvenirs, de nostalgie, de peur et de jouissance.
Tout cela, oui, tout cela rassemblé dans une atmosphère qui m'a subjuguée et m'a appris la plénitude.
J'aurais voulu tout noter, j'aurais voulu tout retenir. Chaque mot est pesé, chaque phrase forme un collier de sagesse. Je quitte ce livre riche de tout ce que j'ai lu. Je me sens pleine.
Lumière, profondeur.
Regard hanté, regard traqué.
Cri.
Apparence intime.
Jouissance des mots. Secret des nombres.
Silence. Mystère, toujours.
J'ai adoré
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Archie
21 février 2017
Est-il possible de commenter ce livre si court – 90 pages –, au contenu si dense et si épars ? Comment extraire l'essentiel, quand tout est essentiel ? Qui suis-je pour juger la justesse et la grâce des mots d'Erri de Luca, cet homme napolitain, ouvrier, intellectuel, poète, alpiniste, écrivain, traducteur (de la Bible), provocateur altermondialiste, exégète reconnu de la langue et de la littérature yiddish ?
Une salle d'auberge, à la montagne, une belle fin d'après-midi d'été. Brève rencontre de trois personnages : l'auteur soi-même, dans une première partie largement consacrée à un récit autobiographique ; un vieil autrichien, ancien criminel de guerre nazi ; une femme d'une quarantaine d'années, autrichienne elle aussi, narratrice de la seconde partie du livre.
Erri de Luca revient sur un parcours personnel engagé à Varsovie, où il assista au cinquantenaire de l'insurrection du ghetto ; il en arpenta les rues en quête de signes de mémoire introuvables. Un périple poursuivi à Auschwitz ; il y explora de fond en comble les installations, s'attardant sur des vestiges qu'il identifiait à partir de témoignages qu'il avait lus. A son retour, il décida de redonner la parole au yiddish, langue muette depuis la destruction totale de ceux à qui elle appartenait. « le yiddish a été mon entêtement de colère et de réponse », dit-il.
Une langue dont il a appris à maîtriser l'écrit, ce qui lui vaut d'être sollicité pour traduire en italien les écrivains ashkénazes, comme les frères Singer, Isaac Bashevis et Israël Joshua. Une langue dont les lettres – hébraïques – le fascinent au point d'en voir partout autour de lui, dans les feuillages des arbres, dans leurs racines qui dépassent du sol, dans une tache sur une nappe, ou même dans un vieux boulon tordu ramassé à Auschwitz sur l'ancienne voie ferrée. Une langue qu'il lit sans pouvoir s'empêcher d'en prononcer les mots – longtemps enfermés et étouffés, dit-il – et qui sortent de ses lèvres comme le « battement d'aile d'un moineau confié de nouveau à l'air ».
En cavale depuis des décennies, le vieil Autrichien nazi se dissimule pour échapper à ceux qui le recherchent pour crimes de guerre. Il se sent traqué mais n'a jamais ressenti la moindre culpabilité. Son seul tort, à lui ancien soldat, c'est d'avoir perdu la guerre. le tort du soldat, c'est la défaite, ressasse-t-il : « Je suis un soldat vaincu. Tel est mon crime, pure vérité ».
Un jour, il tombe incidemment sur un livre de la kabbale juive, auquel il prête intérêt par simple curiosité ; une curiosité qui basculera dans l'obsession. La kabbale, cette matière de lettres et de nombres, contiendrait-elle les secrets du peuple juif ? N'y trouverait-on pas la chronique d'une défaite annoncée du nazisme ? Comment a-t-il pu échapper aux grands chefs nazis que le combat contre les Juifs aurait dû se mener sur ce terrain mystique, où l'égalité des valeurs numériques des lettres ouvre le champ de tous les possibles ?... La force cachée de la kabbale avait inversé le destin du peuple allemand !... Il en est certain : c'est la « pure vérité ».
La pure vérité ! Comme s'il suffisait de l'affirmer ! En yiddish, on dirait èmet. C'était le mot inscrit au front du Golem et cela ne suffisait pas à en faire un être humain. A méditer en ces jours où certains imaginent et diffusent des vérités dites alternatives, alimentant toutes sortes de théories complotistes.
La femme raconte. Elle avait vingt ans quand elle apprit que le vieil homme était son père et qu'il était recherché pour crimes de guerre. Un statut qu'elle assume avec une neutralité affective revendiquée : il est son père, point barre. Mais cette neutralité lui interdit toute aspiration sentimentale, comme toute sensation, jouissance ou émotion, à l'exception de quelques « digressions » dont elle croit curieusement devoir s'excuser. Immobile et silencieuse telle une statue, elle flotte en apesanteur sur sa vie, comme jadis sur la mer, quand elle apprenait à faire la planche, à peine soutenue par deux doigts d'un jeune garçon sourd-muet.
Ce souvenir lointain émerge lorsqu'elle voit cet homme émacié et silencieux entrer à l'auberge et s'installer à la table voisine. Un homme qui pourrait ne pas être insensible à cette femme, qui lui sourit et dont le visage lui évoque aussi un souvenir... Ils se regardent...
Mais un détail alerte le vieux nazi : ils l'ont retrouvé ! Il faut partir, s'enfuir… pour un envol terminal au goût de vengeance. Tout est symbole dans cette histoire...
Quelle est la part du romanesque dans le tort du soldat ?... C'est un terrain où Erri de Luca, un homme solitaire, laisse le lecteur en plan, un peu à la manière de Patrick Modiano...
Inspiré par une passante qui lui avait jeté un coup d'oeil prometteur mais fugace – « un éclair… puis la nuit ! » –, Baudelaire avait lâché, sans illusion : « Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! »
Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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nadejda
09 février 2015
Deux parties dans ce livre court mais dense, deux parties qui se répondent et par certains côtés s'opposent. Mais elles retrouveront leur unité dans l'Aleph, première lettre de l'alphabet hébreu qui est égale à un.
Car tout au long de ce récit à deux voix, une voix masculine, celle de l'auteur et une voix féminine, celle de la fille d'un criminel de guerre nazi, c'est la langue hébraïque qui va servir de fil conducteur, l'interrogation sur son usage associée à la question de la vérité dont le narrateur nous dit : « Il est des mots qui exigent le féminin, vérité en fait partie ». C'est par une femme, fille de criminel nazi et narratrice de la seconde partie que la vérité apparaîtra.
Dans les deux parties revient souvent l'expression de « vérité pure » et le mot Èmet (vérité en hébreu), « mot écrit sur le front du Golem, l'homme d'argile qui, par cette formule, se transforme en automate vivant . La légende hébraïque de Prague inspira ensuite le personnage de Frankenstein » nous explique l'auteur.
Pour lui, il n'existe pas de vérité pure ce que nous démontrera la seconde partie car si le criminel nazi s'intéresse comme le traducteur à la langue hébraïque c'est en fait pour se plonger dans la kabbale car « Il prétendait résoudre l'enquête sur l'échec du nazisme avec la kabbale hébraïque. Il n'admettait pas la simple défaite militaire. Des forces s'étaient mobilisées en profondeur qui avaient inversé les destinées. »
De même « il s'était mis à l'étude de la légende du Golem de Prague, la statue sur le front de laquelle le mot èmet, « vérité », infusait la vie. En revanche, la chute de la première lettre, aleph, la lui retirait car sans elle il veut dire : « Il est mort. » Oeuvre d'un rabbin, le Golem était pour lui l'incarnation du peuple juif, automate de la divinité qui l'avait créé à partir de l'argile. « Il suffisait de détruire toutes les lettres aleph, c'est la pure vérité. »
Voilà comment l'usage d'une langue peut être dévoyé, retourné.
Pour le narrateur elle est la vie
« le yiddish a été mon entêtement de colère et de réponse. Une langue n'est pas morte si un seul homme au monde peut encore l'agiter entre son palais et ses dents, la lire, la marmonner, l'accompagner sur un instrument à cordes. »
Tandis que le criminel nazi en arrive à penser que c'était « l'espionnage de l'âme juive qui avait manqué au nazisme pour réussir. Ils avaient échoué en préférant le massacre à l'enquête. »
J'ai choisi d'insister sur ces aspects du livre car ils m'ont passionnée mais il ne faut pas croire que cela en fait un livre hermétique. Les autre critiques parlent largement de la rencontre entre le narrateur et ce couple énigmatique que forme le père et sa fille dans une auberge des dolomites et de ce qui va s'ensuivre. Et ce livre est aussi plein de douceur et de poésie.
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palamede
17 mai 2016
Un ancien nazi pense trouver une vérité dans la lecture de la Kabbale ; pour lui le tort du soldat allemand est la défaite dont il faut chercher l'explication dans la culture de l'ennemi juif, et la compréhension de son âme. Sa fille raconte la révélation tardive de la véritable identité de son père, une vérité qu'elle tente d'exorciser grâce à la lecture d'auteurs juifs. Dans une auberge des Dolomites, Erri de Luca (ou son double littéraire) croise leur route, en quête lui aussi d'une vérité sur la Shoah avec la traduction de récits d'Israël Joshua Singer. Tous les trois ont la même démarche : ils cherchent une réponse qui ne peut être que dans la culture hébraïque.
Le tort du soldat est une réflexion élaborée sur le mal absolu de l'extermination des juifs. Une quête de vérité qui converge vers une même langue - et une même culture - celle qu'Erri de Luca aime et a apprise pour comprendre le pourquoi de « ces lieux du 20e siècle où l'irréparable avait été immense. »
Un texte profond, poétique et singulier.
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Les critiques presse (4)
LaLibreBelgique07 juillet 2014
Erri De Luca réunit, par hasard, dans une auberge, un criminel nazi et un traducteur du yiddish. La langue et l’Histoire du monde.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox10 avril 2014
L'attachement à des géographies (la montagne, la mer), le yiddish, la sensualité des premiers émois du corps et du coeur à l'adolescence dans une île baignée de soleil, la littérature… toutes les obsessions du romancier italien sont concentrées dans ce bref et magnifique roman.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LesEchos27 mars 2014
Le tort du soldat, c’est d’avoir abandonné son humanité en revêtant l’uniforme nazi. Mais, pour Erri De Luca, il n’y a pas de doute : elle aura le dernier mot.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LeFigaro07 mars 2014
Dans les Dolomites, un traducteur italien du yiddish et la fille d'un vieux nazi se croisent.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations & extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
MoglugMoglug29 mai 2016
[incipit]
« Comme vous le savez sûrement, les droits d’auteur de l’écrivain Israel Joshua Singer, frère aîné du Prix Nobel Isaac Bashevis Singer, tomberont dans le domaine public en 2014. Notre maison d’édition a l’intention de publier un choix d’œuvres en yiddish de cet auteur inconnu des lecteurs italiens. Nous voudrions donc vous charger de sélectionner dans sa vaste production de récits ceux qui vous semblent les plus intéressants. Nous vous confierons la traduction et la direction de ce recueil. Nous savons que vous êtes un lecteur passionné de littérature yiddish et que vous avez traduit le dernier chapitre du roman Die Familie Mushkat d’Isaac Bashevis Singer. Si vous acceptez notre proposition, nous vous enverrons les photocopies en yiddish des récits d’Israel Joshua Singer… »
+ Lire la suite
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nadejdanadejda08 février 2015
Le yiddish ressemble à mon napolitain, deux langues de grande foule dans des espaces étroits. Elles sont donc rapides, composées de mots apocopés, capables de se faire de la place au milieu des cris. Elles ont la même quantité de mendiants et de superstitions. Elles sont expertes en misères, émigrations et théâtres. Elles utilisent des proverbes identiques et railleurs : « Mieux vaut apprendre le métier de barbier sur le visage des autres. »
Elles disent du progrès : « Un coup de pied dans le derrière est aussi un pas en avant. »
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AelaAela18 avril 2014
La dernière année, il continuait à me répéter les détails de l'enlèvement d'Eichmann. Son fils aîné était tombé amoureux d'une fille. Elle était juive, ce qu'elle ne savait pas elle-même. Son nom de famille, Hermann, n'était pas juif. Elle vivait avec son père qui, après six mois de captivité à Dachau, avait réussi à se rendre en Argentine pendant la guerre. Il s'était installé dans le quartier de Buenos Aires où Eichmann avait emménagé ensuite avec sa famille, sous le faux nom d'un habitant du Haut-Adige.
La rue était bien choisie, calle Garibaldi, quelques maisons isolées, où les présences étrangères étaient faciles à contrôler. Le père de la jeune fille ne lui avait pas raconté son histoire, c'était un homme en fuite aussi. Les deux jeunes gens se fréquentaient dans leurs maisons respectives. Il arrivait au garçon de prononcer de violents discours antisémites, que la jeune fille écoutait et rapportait sans leur accorder d'importance. Une fois, dans un élan enthousiaste, le fils d'Eichmann lui révéla son vrai nom de famille. La jeune fille le dit à son père, qui avertit les services secrets d'Israël.
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adtraviataadtraviata31 mai 2017
En juillet, je m’installe dans les Dolomites. J’escalade des montagnes, je dis tout juste quelques bonjours, j’écris si j’ai de quoi. L’écriture reste pour moi une fête, pas une obligation.

Mon corps s’en va sur les parois, déplaçant ses quatre points de contact, et il passe sur la page ouverte de la roche. Je l’appelle ainsi car elle est ouverte et vide, mais le corps n’écrit pas dessus, et ne laisse aucune trace sur la surface traversée.

Escalader est le lent déplacement du corps humain. Le poids sur chaque prise est une syllabe pensée, en gagnant des centimètres.

La peau de la pierre change selon le vent et la température. Elle change quand le nuage s’accroupit sur la montagne et s’effrite en une poussière de gouttes. Elle change au bruit du tonnerre qui avertit de loin et s’approche.

Parfois, je répète des voies déjà escaladées, je les refais en sachant où le passage est plus aisé, où la séquence des mouvements est plus serrée. Les mains ouvrent le chemin, goûtent la tenue de la prise, appellent le corps à le suivre.

A la fin d’une journée sur la paroi, je regarde mes mains qui m’ont guidé. Je pense qu’elles sont sourdes, muettes, aveugles, et pourtant elles avancent. Elles n’ont besoin que du toucher, le système de communication du corps le plus diffus. (p. 25-26)
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SachenkaSachenka14 septembre 2016
Celui qui passe une journée à fouiller les rochers à quatre pattes a du temps à revendre pour s'inventer des histoires. En rentrant, il lui est salutaire de s'asseoir et de s'en faire raconter par un livre de bonne facture. Je me tiens compagnie avec l'écriture que je fais, mais quand je me mets à lire j'ouvre grand les yeux et je me retrouve dans une chambre de Montedidio.
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