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EAN : 9782081514140
288 pages
Éditeur : Pere Castor (17/06/2020)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.76/5 (sur 1769 notes)
Résumé :
Après quelques premières expéditions, Robinson Crusoé, marin d'York, s'embarque pour la Guinée le 1er septembre 1659. Mais le bateau essuie une si forte tempête qu'il dérive pendant plusieurs jours et finalement fait naufrage au nord du Brésil. Seul survivant, Robinson parvient à gagner une île située au large de l'Orénoque où il va peu à peu s'assurer une subsistance convenable : il y restera près de vingt-huit ans, d'abord seul, puis accompagné d'un fidèle indigèn... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (114) Voir plus Ajouter une critique
Jeanfrancoislemoine
  07 février 2019
Robinson Crusoë , ce n'est pas un livre ,c'est un mythe .Comment dire sans émotion ? C'est une tranche de vie , un livre fondateur , un livre qui a fasciné et imprégné jusqu'à la moëlle , des milliers ,des millions de lecteurs.Quand on avait lu Robinson , emprunté , à tour de rôle , à la bibliothèque de l'école, on dessinait , on rêvait ,on envisageait , malgré notre jeune âge, une île , un bateau , une tempête, des dangers ....Et , à ceux qui ne savaient pas lire ( mais oui,ça existait...) ou qui lisaient mal , on racontait , et leurs yeux s'illuminaient , ce qui nous permettait de prolonger fièrement et , avouons- le , avec exagération, des aventures dangereuses qui étaient devenues les nôtres . Oui,je me souviens avoir joué à Robinson et ,comme je racontais bien , le petit gringalet que j'étais, trouvait sa légitimité dans une communauté de costauds gentils , adorables , mais qui ne savaient pas forcément découvrir par eux-mêmes des histoires qui les fascinaient ..C'était ça la camaraderie entre enfants d'un même bourg de la Creuse il y a prés de soixante ans . Robinson Crusoë . Quand j'y repense , je me dis que , vraiment , c'était extraordinaire cette découverte d'un monde si lointain , si secret , si hostile , si fascinant....Et vous savez quoi ? Les costauds gentils , dans mon village , ils attrapaient les vipères vivantes par la queue...Jamais ils ne m'ont effrayé avec et pourtant...Chacun ses compétences , chacun son apport...C'était ça , Robinson...Et tout le monde s'en souvient,un élément fédérateur de la société de l'époque dans laquelle chacun trouvait sa place.
Le relire aujourd'hui ? Pour moi , inutile ,il est gravé en moi , et ,j'ai la faiblesse de le penser , en beaucoup d'entre mes copains de l'époque et puis , soixante ans après, laissez-moi ce merveilleux souvenir . Et s'il ne séduit pas la génération actuelle , peu importe , l'essentiel étant que les enfants d'aujourd'hui trouvent dans leurs lectures , leur Robinson. C'est mon souhait le plus sincère, un bienfait pour bâtir sa propre histoire. Pour le petit creusois que j'étais, ca s'appelait " le bonheur ".
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Tandarica
  09 avril 2020
Comment réussir vos vacances en naufrage ? Première fonction du livre : l'apologie du système D. La psychologie est assez inexistante. de nos jours, l'étude fait plutôt sourire, entre autres pour son puritanisme aussi. Robinson ne cesse de se repentir de ses aventures, d'avoir renié son père et Dieu. En ce qui concerne les sauvages, il y a d'abord le commerce triangulaire et ensuite l'éducation de Vendredi (le jour où Robinson l'a trouvé). À noter l'importance des dates que Robinson retient et mentionne scrupuleusement, ainsi que le fait que Defoe se soit inspiré d'une histoire vraie.
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Asterios
  06 avril 2018
C'est avec un peu d'émotion que j'ai relu les aventures de Robinson. 25 ans plus tard mon regard n'est certainement pas le même, mais c'est avec nostalgie que j'ai parcouru de nouveau ces pages.
Robinson n'était pas un innocent, il participait au commerce des esclaves, bizarrement j'avais occulté ce passage de la vie du héro.
Mais j'ai retrouvé le plaisir que j'avais ressenti au récit de la découverte d'un territoire vierge et de sa reconquête, de la survie de l'homme seul face à lui même.
J'ai certainement eu aussi un regard plus critique sur la relation de domination de Robinson sur le bon sauvage dont il fait la rencontre et qui est caractérisé par sa naïveté et son insouciante paresse.
Mais c'est l'esprit d'aventure toujours présent au long de l'ouvrage qui m'a de nouveau saisi et capté avec en toile de fond l'émotion de la jeunesse quelques instants retrouvée...
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Patsales
  15 juillet 2019

J'étais persuadée d'avoir déjà lu Robinson Crusoé. Ah, bien sûr, j'ai avalé les réécritures de Michel Tournier et sans doute 2 ou 3 versions jeunesse. Mais j'ignorais tout de l'original dont les aventures ne se réduisent pas à sa longue reclusion sur une île qui d'ailleurs ne porte aucun nom. Oui, quand on s'aperçoit que Robinson vient d'être recueilli par un navire alors qu'on n'est qu'à grand peine à la moitié de ses aventures, on se dit que ça va être long. Et de fait, oui, on baille pas mal, surtout vers la fin.
Mais quand même ! La puissance du mythe est incontestable, d'autant plus qu'il naît dans ce qui pourrait s'analyser comme un condensé du Xviii ° siècle. Defoe reprend le canevas du roman picaresque (Un roman picaresque se compose du récit censément autobiographique d' un jeune homme en rupture de ban, vivant des aventures souvent extravagantes au cours desquelles il entre en contact avec toutes les couches de la société). Il y ajoute l'Encyclopédie: Robinson recrée le monde civilisé en reprenant toutes les techniques de son époque et que ce soit en matière de fromage de chèvre, de génie civil ou de création vestimentaire, il dresse un incomparable panorama du génie humain. À cela s'ajoute une longue réflexion sur la Providence par laquelle Robinson s'efforce de justifier son sort. Il attend un bateau et non pas Godot et pour ne pas devenir fou s'accroche à la rationalité. Bien sûr que son sort se justifie, qu'il mérite d'avoir été puni par Dieu, étant donné les épouvantables péchés par lui commis! Bon, le lecteur se dit qu'il s'est fait avoir et qu'on lui a sucré la description de toutes les turpitudes dans lesquelles son héros s'est vautré; mais, plus vraisemblablement, les péchés ne sont invoqués que pour que Robinson se sente appartenir au grand dessein divin et non expédié loin de tout tel une crotte de nez négligeable.
Mais ce qui fait surtout de Defoe un écrivain des Lumières, c'est l'égalité qu'il professe entre les hommes. Ben si. Oui, bien sûr, les Noirs sont des cannibales même pas fichus de respecter la syntaxe anglaise et Vendredi pose le pied de Robinson sur sa propre tête pour montrer sa pleine conscience de la supériorité de l'homme blanc. Faut pas rêver, ce livre a été écrit il y a 3 siècles. Mais Defoe a une capacité incroyable à dépasser bien des préjugés de son temps - et du nôtre. Par exemple, il explique que si le cannibalisme est vraiment horrible, ce n'est finalement pas pire que les crimes de l'Inquisition. D'autant plus que les sauvages ont le bon goût de ne manger leurs ennemis qu'après leur mort alors que les inquisiteurs ne manquent pas de les torturer avant! Parole de protestant en haine des papistes? Même pas: c'est à un prêtre français que Robinson confiera le soin de catéchiser son île.
Car après avoir recréé la civilisation à lui tout seul, Robinson observera comment l'homme fait société en retournant sur une île désormais habitée et partagée entre natifs, Anglais et Espagnols. Il est clair que l'île correspond à l'Eden où Dieu plus malin que la première fois a envoyé à son Adam non une Ève tentatrice mais un serviteur asexué (C'est sidérant de voir à quel point personne ne s'intéresse au sexe dans cette histoire). Quand la population de l'île s'accroît, Robinson se fait Dieu, envoie de l'aide et prêche la bonne parole, puis s'esquive et abandonne tout ce beau monde comme une espèce de mise en abyme de la création. Les mecs, je comprends que vous comptiez sur moi, mais j'ai autre chose à faire dit Robinson-Dieu en substance.
Robinson abandonne son île comme il a abandonné ses parents puis ses enfants et après avoir vécu à l'Ouest part à l'Est où là, je l'admets, s'étale un racisme décomplexé et du coup presque drôle contre les Japonais cruels, les Tatars brutaux et les Chinois prétentieux. Mais qu'est-ce qu'il leur passe aux Chinois ! D'ailleurs, dit-il, ils ne seraient même pas capables de défaire une ville comme Dunkerque...
Et le roman s'arrête, pourquoi là ? Si Defoe donne finalement une égale dignité aux sauvages et aux civilisés, il ne supporte pas ce qu'il considère comme un entre-deux autant éloigné de la nature que de la culture. C'est pourtant dans cet Est honni que Robinson prendra une leçon d'humilité : lui qui, après avoir chanté les vertus régénératrices de son île, s'en est tiré vite fait dès qu'il l'a pu, a rencontré un exilé à qui il offre la possibilité de revenir chez lui. Mais l'exilé a chanté les vertus du renoncement et s'y tient: lui reste dans sa prison.
La toute dernière partie du livre est donc bien détestable : Robinson y renie son refus du fanatisme, il a troqué sa caravelle pour une caravane et son aventure sombre dans la mauvaise foi. Il était temps que ça s'arrête.
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LaBiblidOnee
  03 août 2020
Bien calée dans le sable d'une plage battue par les vents, j'ai lu Robinson Crusoé. Surprise qu'il date autant (1719), je me réjouis immédiatement de l'écriture confortable qui en découle, et prends la mer avec le héros (inspiré d'un personnage réel). Robinson est un aventurier dans l'âme : Il a tout sur le continent pour vivre comblé mais, contre les avertissements de ses parents, il décide de prendre le large. Sauf qu'il se repentira de ne pas avoir su apprécier ce qu'il avait, car tout va lui être enlevé. Une succession de péripéties en mer aurait pu lui faire entendre raison, mais Robinson a soif de liberté et d'aventure. Lorsqu'il repart en mer, son navire est pris dans une tempête. Tout le monde périt sauf lui, bon nageur que le hasard ou la providence va échouer sur une île… plus ou moins déserte.

Il va y rester presque 30 ans. Pourtant, aucune longueur dans le texte de Defoe. On se prend au jeu au contraire : on se cherche un coin sur l'île où être abrité tout en pouvant surveiller d'éventuels bateaux, puis on vide l'épave du navire pour sauver de quoi vivoter un temps. On se construit un nid douillet, on le fortifie contre d'éventuels envahisseurs bestiaux ou humains, on finit par regretter qu'aucun envahisseur ne vienne nous tenir compagnie, on tombe sur une vieille bible dans une vieille caisse et on renoue avec Dieu ; on apprend à apprécier ce que l'on a : être en vie sur une île fournissant à boire et à manger, c'est déjà tellement extraordinaire ! Alors on chasse, on cultive, on apprend à se faire du pain et puis du beurre, on s'invente des barbec' à la broche et, par nécessité, on s'initie à la poterie. On se forge un troupeau de chèvre, on apprivoise Poll le perroquet pour qu'il nous fasse un peu la conversation. Et l'on continue de méditer sur le destin et d'invoquer le réconfort de Dieu, qui jusqu'alors n'était pour nous qu'un vague concept…

On a tout le temps pour fabriquer un bateau mais le manoeuvrer seul dans ces courants est impossible. Pourtant, le bout d'île que l'on aperçoit au loin est tentant. Et effrayant aussi : si elle était peuplée de ces sauvages cannibales dont la côte regorge ?
Les années filent, on coche les jours ; plus de quinze ans déjà et… Mais que vois-je ? Une empreinte de pas plus grande que la mienne …?!…

*****
Même si l'histoire est connue, j'ai redécouvert certains « détails » déformés par le dessin-animé de ma jeunesse « Flo et les Robinsons suisses », comme l'apparition de Vendredi, la découverte d'ossements dans une crique, etc…
Il y a peu, je vous disais qu'« Au nom du Japon » m'avait déçue car on ressortait de cette lecture sans savoir ce que le soldat japonais avait bien pu faire concrètement de ses trente années sur l'île. Dans Robinson au contraire, on éprouve avec le personnage le contenu de ce temps élastique. Les petites aventures du quotidien, des explorations aventureuses, quelques rencontres inattendues, et de grandes frayeurs ponctuent le récit.

La démarche n'est pas celle d'un retour à la nature volontaire et militant comme avec Thoreau ou Abbey. Mais on y retrouve, une fois qu'on y est, l'apprentissage puis l'acceptation de la solitude, ainsi que la valeur du travail autant pour survivre que pour s'occuper et vivre dans le présent.
Et ne pas devenir fou. Car on imagine que trente années de solitude forcée doivent finir par peser. Cependant, même retourné à une sorte de vie sauvage, Robinson ne semble jamais faire l'objet de pulsions comme dans certains autres romans (« sa majesté des mouches », « l'île », etc…) : il n'est jamais question de femmes, jamais d'envie de mourir mais au contraire une volonté farouche de vivre, même si c'est pour rester seul sur l'île ; et jamais non-plus d'envies de meurtres même après trente ans de vie sauvage : Quelle que soit la créature, il ne tuera toujours que par nécessité et avec respect.

Qu'est-ce qui protègera Robinson de tout cela, à part son flegme britannique ? Probablement sa redécouverte de la vieille bible, qui l'invite à méditer sur le concept de possession quand on n'a presque rien, de chance dans un malheur qui aurait pu plus mal tourner, et de signes du destin prouvant que Dieu ne l'a pas abandonné, et qu'il n'est pas seul. Les pires moments ne sont-ils pas souvent les plus propices pour se raccrocher à la foi ? Il retrouvera ainsi l'émerveillement de ce que la vie nous prodigue et qu'on ne voit pas toujours. Pour autant la religion n'y est présente qu'en tant que faisant partie intégrante de notre société, mais il s'agit d'un roman d'éducation au sens plus large, d'évasion et d'aventure. Etrangement d'ailleurs, une notion ne quittera jamais Robinson malgré toutes ces années : celle de propriété, de possession ; et celle de « cheffer ».

Une (re)découverte idéale pour les vacances estivales !

« Le plus haut degré de la sagesse humaine est de savoir plier son caractère aux circonstances et se faire un intérieur calme en dépit des orages extérieurs. »

Je vous fais des bises salées et m'en retourne à mon yoga sur la plage !
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Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
oberman71oberman71   18 octobre 2012
Il advint qu’un jour, vers midi, comme j’allais à ma pirogue, je fus excessivement surpris en découvrant le vestige humain d’un pied nu parfaitement empreint sur le sable. Je m’arrêtai court, comme frappé de la foudre, ou comme si j’eusse entrevu un fantôme. J’écoutai, je regardai autour de moi, mais je n’entendis rien ni ne vis rien. Je montai sur un tertre pour jeter au loin mes regards, puis je revins sur le rivage et descendis jusqu’à la rive. Elle était solitaire, et je ne pus rencontrer aucun autre vestige que celui-là. J’y retournai encore pour m’assurer s’il n’y en avait pas quelque autre, ou si ce n’était point une illusion ; mais non, le doute n’était point possible : car c’était bien l’empreinte d’un pied, l’orteil, le talon, enfin toutes les parties d’un pied. Comment cela était-il venu là ? je ne le savais ni ne pouvais l’imaginer. Après mille pensées désordonnées, comme un homme confondu, égaré, je m’enfuis à ma forteresse, ne sentant pas, comme on dit, la terre où je marchais. Horriblement épouvanté, je regardais derrière moi touts les deux ou trois pas, me méprenant à chaque arbre, à chaque buisson, et transformant en homme chaque tronc dans l’éloignement. – Il n’est pas possible de décrire les formes diverses dont une imagination frappée revêt touts les objets. Combien d’idées extravagantes me vinrent à la tête ! Que d’étranges et d’absurdes bizarreries assaillirent mon esprit durant le chemin !

Quand j’arrivai à mon château, car c’est ainsi que je le nommai toujours depuis lors, je m’y jetai comme un homme poursuivi. Y rentrai-je d’emblée par l’échelle ou par l’ouverture dans le roc que j’appelais une porte, je ne puis me le remémorer, car jamais lièvre effrayé ne se cacha, car jamais renard ne se terra avec plus d’effroi que moi dans cette retraite.

Je ne pus dormir de la nuit. À mesure que je m’éloignais de la cause de ma terreur, mes craintes augmentaient, contrairement à toute loi des choses et surtout à la marche, ordinaire de la peur chez les animaux. J’étais toujours si troublé de mes propres imaginations que je n’entrevoyais rien que de sinistre. Quelquefois je me figurais qu’il fallait que ce fût le diable, et j’appuyais cette supposition sur ce raisonnement : Comment quelque autre chose ayant forme humaine aurait-elle pu parvenir en cet endroit ? Où était le vaisseau qui l’aurait amenée ? Quelle trace y avait-il de quelque autre pas ? et comment était-il possible qu’un homme fût venu là ? Mais d’un autre côté je retombais dans le même embarras quand je me demandais pourquoi Satan se serait incarné en un semblable lieu, sans autre but que celui de laisser une empreinte de son pied, ce qui même n’était pas un but, car il ne pouvait avoir l’assurance que je la rencontrerais. Je considérai d’ailleurs que le diable aurait eu pour m’épouvanter bien d’autres moyens que la simple marque de son pied ; et que, lorsque je vivais tout-à-fait de l’autre côté de l’île, il n’aurait pas été assez simple pour laisser un vestige dans un lieu où il y avait dix mille à parier contre un que je ne le verrais pas, et qui plus est, sur du sable où la première vague de la mer et la première rafale pouvaient l’effacer totalement. En un mot, tout cela me semblait contradictoire en soi, et avec toutes les idées communément admises sur la subtilité du démon.

Quantité de raisons semblables détournèrent mon esprit de toute appréhension du diable ; et je conclus que ce devaient être de plus dangereuses créatures, c’est-à-dire des Sauvages de la terre ferme située à l’opposite, qui, rôdant en mer dans leurs pirogues, avaient été entraînés par les courants ou les vents contraires, et jetés sur mon île ; d’où, après être descendus au rivage, ils étaient repartis, ne se souciant sans doute pas plus de rester sur cette île déserte que je ne me serais soucié moi-même de les y avoir.
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genougenou   23 août 2015
Je les priai de me dire, quant à eux, ce qu’ils avaient à alléguer pour que je ne les fisse pas exécuter comme des pirates pris sur le fait, ainsi qu’ils ne pouvaient douter que ma commission m’y autorisât.

Un d’eux me répondit au nom de tous qu’ils n’avaient rien à dire, sinon que lorsqu’ils s’étaient rendus, le capitaine leur avait promis la vie, et qu’ils imploraient humblement ma miséricorde. - « Je ne sais quelle grâce vous faire, leur repartis-je : moi, j’ai résolu de quitter l’île avec mes hommes, je m’embarque avec le capitaine pour retourner en Angleterre ; et lui, le capitaine, ne peut vous emmener que prisonniers, dans les fers, pour être jugés comme révoltés et comme forbans, ce qui, vous ne l’ignorez pas, vous conduirait droit à la potence. Je n’entrevois rien de meilleur pour vous, à moins que vous n’ayez envie d’achever votre destin en ce lieu. Si cela vous convient, comme il m’est loisible de le quitter, je ne m’y oppose pas ; je me sens même quelque penchant à vous accorder la vie si vous pensez pouvoir vous accommoder de cette île. » - Ils parurent très reconnaissants, et me déclarèrent qu’ils préféreraient se risquer à demeurer en ce séjour plutôt que d’être transférés en Angleterre pour être pendus : je tins cela pour dit.

Néanmoins le capitaine parut faire quelques difficultés, comme s’il redoutait de les laisser. Alors je fis semblant de me fâcher contre lui, et je lui dis qu’ils étaient mes prisonniers et non les siens ; que, puisque je leur avais offert une si grande faveur, je voulais être aussi bon que ma parole ; que s’il ne jugeait point à propos d’y consentir je les remettrais en liberté, comme je les avais trouvés ; permis à lui de les reprendre, s’il pouvait les attraper.
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LydiaBLydiaB   17 mai 2010
En 1632, je naquis à York, d’une bonne famille, mais qui n’était point de ce pays. Mon père, originaire de Brème, établi premièrement à Hull, après avoir acquis de l’aisance et s’être retiré du commerce, était venu résider à York, où il s’était allié, par ma mère, à la famille ROBINSON, une des meilleures de la province. C’est à cette alliance que je devais mon double nom de ROBINSON-KREUTZNAER ; mais, aujourd’hui, par une corruption de mots assez commune en Angleterre, on nous nomme, nous nous nommons et signons CRUSOÉ. C’est ainsi que mes compagnons m’ont toujours appelé.

J’avais deux frères : l’aîné, lieutenant-colonel en Flandre, d’un régiment d’infanterie anglaise, autrefois commandé par le fameux colonel Lockhart, fut tué à la bataille de Dunkerque contre les Espagnols ; que devint l’autre ? j’ignore quelle fut sa destinée ; mon père et ma mère ne connurent pas mieux la mienne.

Troisième fils de la famille, et n’ayant appris aucun métier, ma tête commença de bonne heure à se remplir de pensées vagabondes. Mon père, qui était un bon vieillard, m’avait donné toute la somme de savoir qu’en général on peut acquérir par l’éducation domestique et dans une école gratuite. Il voulait me faire avocat ; mais mon seul désir était d’aller sur mer, et cette inclination m’entraînait si résolument contre sa volonté et ses ordres, et malgré même toutes les prières et les sollicitations de ma mère et de mes parents, qu’il semblait qu’il y eût une fatalité dans cette propension naturelle vers un avenir de misère.
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kouette_kouettekouette_kouette   05 juillet 2018
Retourner à la maison était évidemment et sans contredit le parti le plus sensé ; mais la mauvaise honte me le faisait rejeter bien loin. Je m’imaginais que je serais montré au doigt dans tout le voisinage, et que j’aurais honte de paraître, non devant mon père et ma mère seulement, mais même devant qui que ce fût. D’où j’ai souvent pris occasion de remarquer combien est perverse est déraisonnable l’humeur ordinaire de la plupart des hommes, et surtout des jeunes gens, qui, au lieu de se guider par la raison en pareilles circonstances, ont à la fois honte de pécher et honte de se repentir ; rougissant, non pas de l’action qui doit les faire passer pour des insensés, mais de l’amendement, qui seul peut leur mériter le titre de sages.
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DonaSwannDonaSwann   08 février 2016
Je lui demandai s'il était jamais allé parler [à son dieu]. Il me répondit que non ; que les jeunes gens n'y allaient jamais, que personne n'y allait que les vieillards, qu'il nommait leurs Owookkée, c'est-à-dire, je me le fis expliquer par lui, leurs religieux ou leur clergé, et que ces vieillards allaient lui dire : O ! - c'est ainsi qu'il appelait faire des prières-, puis que lorsqu'ils revenaient ils leur rapportaient ce que Benamuckée avait dit. Je remarquai par là qu'il y a des fraudes pieuses même parmi les plus aveugles et les plus ignorants idolâtres du monde, et que la politique de faire une religion secrète, afin de conserver au clergé la vénération du peuple, ne se trouve pas seulement dans le catholicisme, mais peut-être dans toutes les religions de la terre, voir même celles des sauvages les plus brutes et les plus barbares.
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