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ISBN : 2072797926
Éditeur : Gallimard (01/11/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.69/5 (sur 1317 notes)
Résumé :
Après quelques premières expéditions, Robinson Crusoé, marin d'York, s'embarque pour la Guinée le 1er septembre 1659. Mais le bateau essuie une si forte tempête qu'il dérive pendant plusieurs jours et finalement fait naufrage au nord du Brésil. Seul survivant, Robinson parvient à gagner une île située au large de l'Orénoque où il va peu à peu s'assurer une subsistance convenable : il y restera près de vingt-huit ans, d'abord seul, puis accompagné d'un fidèle indigèn... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
Asterios
  06 avril 2018
C'est avec un peu d'émotion que j'ai relu les aventures de Robinson. 25 ans plus tard mon regard n'est certainement pas le même, mais c'est avec nostalgie que j'ai parcouru de nouveau ces pages.
Robinson n'était pas un innocent, il participait au commerce des esclaves, bizarrement j'avais occulté ce passage de la vie du héro.
Mais j'ai retrouvé le plaisir que j'avais ressenti au récit de la découverte d'un territoire vierge et de sa reconquête, de la survie de l'homme seul face à lui même.
J'ai certainement eu aussi un regard plus critique sur la relation de domination de Robinson sur le bon sauvage dont il fait la rencontre et qui est caractérisé par sa naïveté et son insouciante paresse.
Mais c'est l'esprit d'aventure toujours présent au long de l'ouvrage qui m'a de nouveau saisi et capté avec en toile de fond l'émotion de la jeunesse quelques instants retrouvée...
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ibon
  07 octobre 2018
Au XVIII ème siècle, Robinson Crusoë est un héros de son temps: il est un croyant fanatique mais aussi un aventurier négrier!
Bien sûr, les nombreuses versions de ce classique ont gommé ces caractéristiques. On peut ainsi trouver chez Tournier un Robinson altruiste et agnostique ou chez d'autres un solitaire sans son Vendredi qui se perd, dans tous les sens du terme, dans sa propre trace dans le sable(Chamoiseau) ou encore un autre vénérant un ballon (dans le film “Seul au monde” de Zemeckis).
Daniel Defoe a créé ce personnage à partir de faits réels. En commençant par sa propre vie, l'écrivain a comme son héros écumé des océans. Mais la principale source d'inspiration est celle d'Alexandre Selkirk, marin écossais échoué sur une île du Pacifique au XVIIème siècle.
Bien que la première partie du roman demeure célèbre avec le naufrage et la survie d'un homme sur une île déserte, le récit se développe bien au-delà de l'île et de nombreuses péripéties se passeront sur terre et mer à travers le monde connu à l'époque.
En suivant toutes les aventures de Crusoé, le lecteur en a pour son argent mais on n'échappe pas aux travers d'un XVIII ème siècle dont la violence sursoit souvent au dialogue et à la tolérance.
J'ai été surpris du saccage des temples dit païens ou de massacres de populations indigènes qui ne demandaient que justice après l'agression d'un des leurs.
Il faut lire ce livre pour s'en rendre compte: l'esclavage est un commerce lucratif et les droits de l'homme sont bafoués surtout dès que l'on sort d'Europe.
On peut éprouver de l'agacement quand le héros ne prône qu'une seule religion, la sienne, et de l'empathie quand il est seul sur son île.
Cette immersion dans le siècle en fait pourtant à mon avis un chef d'oeuvre et le personnage de Robinson est bien complexe.
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KrisPy
  29 mai 2016
De la légendaire histoire de Robinson Crusoe, je ne connaissais que la lumineuse version de Michel Tournier « Vendredi ou les limbes du Pacifique », et me restait aussi des bribes éparses d'images de vieux films, du genre « L'ile mystérieuse ».
J'ai enfin comblé cette lacune en lisant l'original, le seul, l'unique : Robinson Crusoé de Daniel Defoe, dont on connait tous l'histoire en résumé.
Le livre se découpe en trois parties inégales : la vie de Crusoé de sa naissance à sa vie d'homme, devenu propriétaire de nombreuses terres agricoles au Brésil ; le naufrage et les années sur l'ile ; le retour à la civilisation.
Robinson Crusoé n'était pas une très bonne personne avant son naufrage ; il n'était ni croyant, ni altruiste, ni vraiment mauvais d'ailleurs. Il était un homme de son temps - le 17ème siècle - pressé de faire des affaires et d'agrandir son patrimoine. Pas très différent de tout homme d'affaire actuel.
Mais ce qui causera sa perte, pour son salut ironiquement, sera de vouloir encore augmenter son capital par l'entremise de traite d'esclaves… Il est déjà amusant de voir à l'oeuvre la morale religieuse.
Car ce livre, bien que terriblement attachant et distrayant par son côté historique et vieillot, se veut manichéen à souhait, et mine de rien, d'un grand prosélytisme religieux.
Car comment qualifier autrement la sainte exultation de Robinson quand il prend conscience qu'il est béni de Dieu… ? Une pénitence qui durera 26 ans… Une leçon doublement assénée ; la solitude salvatrice, rédemptrice, puis l'accueil de Vendredi, le bon sauvage à évangéliser. Et pour finir, ce retournement de Crusoé, qui préférera rester en Angleterre, après avoir distribué ses largesses en réparation de son passé, plutôt que de retourner au Brésil, pays de papistes, afin de n'avoir pas à abdiquer… L'argent comme moyen de rédemption. Hum. La bonne conscience à bon prix. Ce n'est pas joli-joli tout ça…
Ceci dit, allez, je vais aussi jouer à être manichéenne, si les préceptes moraux et religieux de Defoe avaient eu autant de succès que le sensationnalisme de l'histoire, on n'en serait peut-être pas là… ceci dit aussi, il a peut-être participer à la prise de conscience du peuple sur l'énormité de l'esclavage… ? Mais j'en doute.
Il n'en reste pas moins que ce Robinson Crusoé de Defoe fut une lecture très plaisante, et maintenant, je connais enfin le récit original qui a inspiré tellement d'écrivains et de cinéastes.
note : la version que j'ai lu est celle annotée et revue par Jean-Pierre Naugrette, à partir d'une traduction de Petrus Borel. J'ai trouvé parfois pénibles les annotations de bas de pages, surtout quand elles expliquent des mots ou expressions relativement connues... mais parfois utile.
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brumaire
  09 février 2017
Cela ne m'étonne guère que le roman de Daniel Defoë destiné à la jeunesse aie été souvent édulcoré, tronqué,passé à la moulinette d'un moralisme bêtifiant. Je viens de terminer le texte intégral dans une vieille édition Marabout, celle traduite par Pétrus Borel. Nonobstant le style un peu archaïque de la traduction on découvre un héro bien éloigné du preux écologiste avant l'heure qui recueille Vendredi pour en faire un ami le tout dans un décor de rêve où la "nature" ne peut qu'être bonne. Daniel Defoë était un homme de son temps et Robinson porte certainement sa "vision" du monde. Dans l'essor fantastique de l'Angleterre de la fin du 17e siècle son héros ne pouvait être qu'un négociant et un marin. Ce qu'on ne dit pas aux petits enfants qui lisent "Robinson Crusoë" dans une édition pour la jeunesse c'est que Robinson était aussi un vil esclavagiste , c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il fit naufrage puisqu'il allait chercher sur les côtes de Guinée quelques esclaves pour sa plantation du Brésil (et ceci en fraude car le Portugal avait paraît-il un monopole sur la traite des esclaves). Alors non seulement il s'adonnait à la "traite" , ce qui est un point Goldwin de discussions de fin de soirée, mais , en plus , il tuait les bébés animaux !
"(......) je tuai une bique qui avait auprès d'elle un petit cabri qu'elle nourrissait, ce qui me fit beaucoup de peine.Quand la mère fut tombée, le petit chevreau, non seulement resta auprès d'elle jusqu'à ce que j'allasse la ramasser, mais encore quand je l'emportai sur mes épaules, il me suivit jusqu'à mon enclos. Arrivé là, je la déposai par terre, et prenant le biquet dans mes bras, je le passai par dessus la palissade dans l'espérance de l'apprivoiser. Mais il ne voulu point manger, et je fus donc obligé de le tuer et de le manger moi-même".
Sincèrement peut-on laisser lire cela à ses enfants (mes petits enfants pour mon compte...) eux qui versent une larme quand la maman de Bambi est cernée par un incendie et que Marguerite , la vache de Fernandel dans la Vache et le prisonnier, est abandonnée dans un pré allemand alors que le dit Fernandel prend le train pour la France !
Vous l'aurez compris j'ai chargé la mule. Ce que je veux dire c'est que la sensibilité des lecteurs de l'époque n'a rien de commun avec la nôtre. Nous nous offusquons que des hommes aient pu vendre et acheter d'autres hommes mais toute l'économie et le commerce hors Europe était fondé sur le commerce triangulaire. D'ailleurs lorsque Robinson, au début de l'ouvrage lors de ses premiers voyages comme négociant , fait naufrage et est capturé comme esclave par les Maures, il ne se rebelle pas, n'invoque pas "Les Droits de l'Homme". Il ne pense qu'a s'échapper. Pragmatisme anglo-saxon peut-être...
Le séjour sur l'île (que j'étais sûr de situer dans le Pacifique...alors qu'elle se situe dans les Caraïbes) ne dure qu'une petite centaine de pages (sur 630). le reste du livre raconte les multiples aventures du héros. Car il a la bougeotte Robinson. Alors qu'une opportunité lui permet de retrouver son pays le revoilà naviguant sur un navire commandé par son neveu. Il revient dans "son"île où prospère une petite communauté sur laquelle il entend bien régner . Là se situent une bonne cinquantaine de pages moralisatrices et moralisantes (dé....)qui ont dû barber pas mal de lecteurs ! Constatant que ses "colons" vivent avec des femmes indigènes (des sauvages de peuplades cannibales) sans être passé par les sacrements du mariage , Daniel Defoë nous inflige un pensum indigeste où l'on voit Robinson dialoguer avec un prêtre français (donc papiste) sur la meilleure façon de ramener dans le droit chemin ces âmes perdues....). Car, époque oblige, Dieu et la Providence sont constamment présents dans l'histoire. La Providence toujours invoquée par Robinson pour justifier le hasard des circonstances....
Loin d'un manichéisme qui semble évident si l'on ne prend pas en compte le contexte (l'époque) j'ai trouvé dans le livre des accents précurseurs des Lumières (qui comme on sait doivent beaucoup à la chrétienté). Robinson , toujours très bavard..., ne manque jamais une occasion de mettre en avant son "humanité" : lors des batailles contre les sauvages cannibales qui envahissent "son" île, lors des nombreuses aventures en mer (batailles encore...),et même lors de ses transactions commerciales (là on a du mal à le croire...).
"(....) car je souffrais de voir tuer de pareils pauvres misérables sauvages,même en cas de défense personnelle, dans la persuasion où j'étais qu'ils croyaient ne faire rien que de juste, et n'en savaient pas plus long. Et, bien que ce meurtre pût être justifiable parce qu'il avait été nécessaire et qu'il n'y a point de crime nécessaire dans la nature, et je n'en pensais pas moins que c'est là une triste vie que celle où il nous faut sans cesse tuer nos semblables pour notre propre conservation, et, de fait, je pense ainsi toujours ; même aujourd'hui j'aimerai mieux souffrir beaucoup que d'ôter la vie à l'être le plus vil qui m'outragerait."
Autre passage prémonitoire : Robinson fait escale à Madagascar. Il y a une embrouille (un marin viole une native). Les indigènes tuent deux marins en représailles. Pendant la nuit l'équipage part incendier le village et massacrer la population. Nous sommes blasés . Algérie, Vietnam....et combien d'autres avant. Ce qui est remarquable c'est que Robinson prend ses distances avec le pogrom ; général de la Bollardiere avant l'heure.
Sinon les aventures continuent : l'Inde,le détroit de Mallaca,la Chine, retour par la terre ferme , enfin, dans son Angleterre natale pour y finir sa vie.
Et nous les babas cools soixante-huitards qui frimions devant les nanas pour avoir fait Paris-Kaboul en deuche (Aller-retour quand même...).


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ahasverus
  26 décembre 2015
Alexandre Selkirk était un marin écossais à fort caractère. S'étant querellé avec son commandant, il demanda à être débarqué dans une île déserte des mers du Sud où il vécu seul de 1704 à 1708. On pense que Daniel Defoé s'est inspiré de son histoire pour écrire Robinson Crusoé en 1719.
A l'âge de 59 ans, après une vie aventureuse d'espion, de commerçant, et de pamphlétaire condamné au pilori, l'Anglais Daniel Defoe présente au public le roman qui le fait entrer dans la postérité : "La Vie et les aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé de York, marin, qui vécut 28 ans sur une île déserte sur la côte de l'Amérique, près de l'embouchure du grand fleuve Orénoque, à la suite d'un naufrage où tous périrent à l'exception de lui-même, et comment il fut délivré d'une manière tout aussi étrange par des pirates."
Si l'on a oublié le titre original, Robinson Crusoé s'est lui gravé dans notre patrimoine culturel . Sans l'avoir lu, nous savons tous que ce marin échoue sur une île déserte où il finit par rencontrer Vendredi, un insulaire.
Mais Robinson Crusoé c'est un peu plus que cela. Tellement plus que c'est un peu confus selon l'édition que vous consultez, selon ce que j'ai pu voir chez les distributeurs.
Allez, suivez moi, je vous explique...
Defoé publie en 1719 son livre au titre interminable, qui va de la jeunesse de Robinson à son retour en Angleterre 35 ans après l'avoir quittée. C'est parfois ce qu'on trouve sous le titre "Robinson Crusoé", voire "Robinson Crusoé partie 1"
Quelques mois après la parution de ce premier volume, Daniel Defoé publie "Les Nouvelles Aventures de Robinson Crusoé", jugées moins intéressantes par la plupart des critiques : Robinson retourne sur son île et apprend ce qu'il est advenu de la colonie. Après de multiples péripéties dans lesquelles Vendredi perd la vie, il revient en Angleterre, en passant par la Chine et la Russie, à l'âge de 72 ans. On trouve généralement cette suite sous le titre "Robinson Crusoé partie 2", cependant toutes les éditions n'assurent pas le même découpage.
Enfin,vers 1720-1721, Defoé écrit ses "Réflexions Morales de Robinson Crusoé" aussi traduites en "Réflexions sérieuses de Robinson Crusoé". Réputées ennuyeuses et dispensables, elles sont difficiles à trouver. Vous pouvez acquérir l'intégrale chez Gallimard, La Pleiade. Quant à moi, je vous recommande l'édition Rencontre Lausanne, de 1967, qu'on découvre facilement d'occasion à des tarifs abordables. Elle contient les deux premières parties des aventures de Robinson.
Réflexions morales ou pas, Robinson Crusoé est un livre qui fait un grand cas de l'obéissance au père, de la foi, et de la rédemption, s'inscrivant dans les valeurs de son époque colonialiste.
L'édition que j'ai pu lire a donc l'avantage de présenter ces deux premières parties dans leur traduction la plus prestigieuse, celle de Petrus Borel (1809-1859). Bien que la seconde partie des aventures de notre héros comporte quelques longueurs - les interminables sermons sur le mariage - les deux forment un tout et méritent d'être lues. Il existe cependant une très récente traduction en poche par Françoise du Sorbier qui semble avoir bonne réputation et se rapprocher du style original.
Pour vous orienter dans le choix de votre Robinson Crusoé, s'il se termine par (traduction Petrus Borel) : "de mes nouvelles aventures durant encore dix années, je donnerai une relation plus circonstanciée ci-après", c'est que vous avez sous les yeux la première des trois parties. Ce n'est malheureusement pas expliqué par tous les éditeurs.
Daniel Defoé a incarné en Robinson Crusoé, un mythe moderne du retour à la nature. Son écriture n'est pas destinée aux enfants. Sa méthode - avec notamment des inventaires détaillés des biens du naufragé, son journal, des descriptions de lieux ou de coutumes - rappelle fortement les relations de voyages des grands découvreurs (Bougainville, La Pérouse - au fait, quelqu'un a des ses nouvelles ?-, Cook, Darwin) et donne au récit l'apparence générale de la crédibilité. Les préfaces des deux parties laissent d'ailleurs planer le doute sur la nature de l'oeuvre, "narration exacte des faits" sans "aucune apparence de fiction".
Malgré ses trois cents ans, Robinson Crusoé se porte bien ! Rousseau voyait en lui le seul ouvrage propre à éduquer Emile, et il a ouvert la voie à toutes sortes de "Robinsonnades", dont l'énumération serait fastidieuse, mais dont le dernier spécimen qui me vient à l'esprit est l'excellent Lost on Mars de Ridley Scott. Il est aussi intéressant de voir ce que cette matière brute a donné sous la plume de quelques écrivains, et je pense particulièrement à Michel Tournier et ses deux Vendredi.
Enfin, puisqu'il faut bien en terminer avec ce Robinson-là, sachez qu'il existe au Chili une île Robinson Crusoé, dont la légende veut qu'elle soit celle de Selkirk, vous vous souvenez ? L’irascible naufragé volontaire du début de l'histoire.
Si ça ce n'est pas ce qu'on appelle la postérité...
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
oberman71oberman71   18 octobre 2012
Il advint qu’un jour, vers midi, comme j’allais à ma pirogue, je fus excessivement surpris en découvrant le vestige humain d’un pied nu parfaitement empreint sur le sable. Je m’arrêtai court, comme frappé de la foudre, ou comme si j’eusse entrevu un fantôme. J’écoutai, je regardai autour de moi, mais je n’entendis rien ni ne vis rien. Je montai sur un tertre pour jeter au loin mes regards, puis je revins sur le rivage et descendis jusqu’à la rive. Elle était solitaire, et je ne pus rencontrer aucun autre vestige que celui-là. J’y retournai encore pour m’assurer s’il n’y en avait pas quelque autre, ou si ce n’était point une illusion ; mais non, le doute n’était point possible : car c’était bien l’empreinte d’un pied, l’orteil, le talon, enfin toutes les parties d’un pied. Comment cela était-il venu là ? je ne le savais ni ne pouvais l’imaginer. Après mille pensées désordonnées, comme un homme confondu, égaré, je m’enfuis à ma forteresse, ne sentant pas, comme on dit, la terre où je marchais. Horriblement épouvanté, je regardais derrière moi touts les deux ou trois pas, me méprenant à chaque arbre, à chaque buisson, et transformant en homme chaque tronc dans l’éloignement. – Il n’est pas possible de décrire les formes diverses dont une imagination frappée revêt touts les objets. Combien d’idées extravagantes me vinrent à la tête ! Que d’étranges et d’absurdes bizarreries assaillirent mon esprit durant le chemin !

Quand j’arrivai à mon château, car c’est ainsi que je le nommai toujours depuis lors, je m’y jetai comme un homme poursuivi. Y rentrai-je d’emblée par l’échelle ou par l’ouverture dans le roc que j’appelais une porte, je ne puis me le remémorer, car jamais lièvre effrayé ne se cacha, car jamais renard ne se terra avec plus d’effroi que moi dans cette retraite.

Je ne pus dormir de la nuit. À mesure que je m’éloignais de la cause de ma terreur, mes craintes augmentaient, contrairement à toute loi des choses et surtout à la marche, ordinaire de la peur chez les animaux. J’étais toujours si troublé de mes propres imaginations que je n’entrevoyais rien que de sinistre. Quelquefois je me figurais qu’il fallait que ce fût le diable, et j’appuyais cette supposition sur ce raisonnement : Comment quelque autre chose ayant forme humaine aurait-elle pu parvenir en cet endroit ? Où était le vaisseau qui l’aurait amenée ? Quelle trace y avait-il de quelque autre pas ? et comment était-il possible qu’un homme fût venu là ? Mais d’un autre côté je retombais dans le même embarras quand je me demandais pourquoi Satan se serait incarné en un semblable lieu, sans autre but que celui de laisser une empreinte de son pied, ce qui même n’était pas un but, car il ne pouvait avoir l’assurance que je la rencontrerais. Je considérai d’ailleurs que le diable aurait eu pour m’épouvanter bien d’autres moyens que la simple marque de son pied ; et que, lorsque je vivais tout-à-fait de l’autre côté de l’île, il n’aurait pas été assez simple pour laisser un vestige dans un lieu où il y avait dix mille à parier contre un que je ne le verrais pas, et qui plus est, sur du sable où la première vague de la mer et la première rafale pouvaient l’effacer totalement. En un mot, tout cela me semblait contradictoire en soi, et avec toutes les idées communément admises sur la subtilité du démon.

Quantité de raisons semblables détournèrent mon esprit de toute appréhension du diable ; et je conclus que ce devaient être de plus dangereuses créatures, c’est-à-dire des Sauvages de la terre ferme située à l’opposite, qui, rôdant en mer dans leurs pirogues, avaient été entraînés par les courants ou les vents contraires, et jetés sur mon île ; d’où, après être descendus au rivage, ils étaient repartis, ne se souciant sans doute pas plus de rester sur cette île déserte que je ne me serais soucié moi-même de les y avoir.
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genougenou   23 août 2015
Je les priai de me dire, quant à eux, ce qu’ils avaient à alléguer pour que je ne les fisse pas exécuter comme des pirates pris sur le fait, ainsi qu’ils ne pouvaient douter que ma commission m’y autorisât.

Un d’eux me répondit au nom de tous qu’ils n’avaient rien à dire, sinon que lorsqu’ils s’étaient rendus, le capitaine leur avait promis la vie, et qu’ils imploraient humblement ma miséricorde. - « Je ne sais quelle grâce vous faire, leur repartis-je : moi, j’ai résolu de quitter l’île avec mes hommes, je m’embarque avec le capitaine pour retourner en Angleterre ; et lui, le capitaine, ne peut vous emmener que prisonniers, dans les fers, pour être jugés comme révoltés et comme forbans, ce qui, vous ne l’ignorez pas, vous conduirait droit à la potence. Je n’entrevois rien de meilleur pour vous, à moins que vous n’ayez envie d’achever votre destin en ce lieu. Si cela vous convient, comme il m’est loisible de le quitter, je ne m’y oppose pas ; je me sens même quelque penchant à vous accorder la vie si vous pensez pouvoir vous accommoder de cette île. » - Ils parurent très reconnaissants, et me déclarèrent qu’ils préféreraient se risquer à demeurer en ce séjour plutôt que d’être transférés en Angleterre pour être pendus : je tins cela pour dit.

Néanmoins le capitaine parut faire quelques difficultés, comme s’il redoutait de les laisser. Alors je fis semblant de me fâcher contre lui, et je lui dis qu’ils étaient mes prisonniers et non les siens ; que, puisque je leur avais offert une si grande faveur, je voulais être aussi bon que ma parole ; que s’il ne jugeait point à propos d’y consentir je les remettrais en liberté, comme je les avais trouvés ; permis à lui de les reprendre, s’il pouvait les attraper.
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LydiaBLydiaB   17 mai 2010
En 1632, je naquis à York, d’une bonne famille, mais qui n’était point de ce pays. Mon père, originaire de Brème, établi premièrement à Hull, après avoir acquis de l’aisance et s’être retiré du commerce, était venu résider à York, où il s’était allié, par ma mère, à la famille ROBINSON, une des meilleures de la province. C’est à cette alliance que je devais mon double nom de ROBINSON-KREUTZNAER ; mais, aujourd’hui, par une corruption de mots assez commune en Angleterre, on nous nomme, nous nous nommons et signons CRUSOÉ. C’est ainsi que mes compagnons m’ont toujours appelé.

J’avais deux frères : l’aîné, lieutenant-colonel en Flandre, d’un régiment d’infanterie anglaise, autrefois commandé par le fameux colonel Lockhart, fut tué à la bataille de Dunkerque contre les Espagnols ; que devint l’autre ? j’ignore quelle fut sa destinée ; mon père et ma mère ne connurent pas mieux la mienne.

Troisième fils de la famille, et n’ayant appris aucun métier, ma tête commença de bonne heure à se remplir de pensées vagabondes. Mon père, qui était un bon vieillard, m’avait donné toute la somme de savoir qu’en général on peut acquérir par l’éducation domestique et dans une école gratuite. Il voulait me faire avocat ; mais mon seul désir était d’aller sur mer, et cette inclination m’entraînait si résolument contre sa volonté et ses ordres, et malgré même toutes les prières et les sollicitations de ma mère et de mes parents, qu’il semblait qu’il y eût une fatalité dans cette propension naturelle vers un avenir de misère.
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kouette_kouettekouette_kouette   05 juillet 2018
Retourner à la maison était évidemment et sans contredit le parti le plus sensé ; mais la mauvaise honte me le faisait rejeter bien loin. Je m’imaginais que je serais montré au doigt dans tout le voisinage, et que j’aurais honte de paraître, non devant mon père et ma mère seulement, mais même devant qui que ce fût. D’où j’ai souvent pris occasion de remarquer combien est perverse est déraisonnable l’humeur ordinaire de la plupart des hommes, et surtout des jeunes gens, qui, au lieu de se guider par la raison en pareilles circonstances, ont à la fois honte de pécher et honte de se repentir ; rougissant, non pas de l’action qui doit les faire passer pour des insensés, mais de l’amendement, qui seul peut leur mériter le titre de sages.
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DonaSwannDonaSwann   08 février 2016
Je lui demandai s'il était jamais allé parler [à son dieu]. Il me répondit que non ; que les jeunes gens n'y allaient jamais, que personne n'y allait que les vieillards, qu'il nommait leurs Owookkée, c'est-à-dire, je me le fis expliquer par lui, leurs religieux ou leur clergé, et que ces vieillards allaient lui dire : O ! - c'est ainsi qu'il appelait faire des prières-, puis que lorsqu'ils revenaient ils leur rapportaient ce que Benamuckée avait dit. Je remarquai par là qu'il y a des fraudes pieuses même parmi les plus aveugles et les plus ignorants idolâtres du monde, et que la politique de faire une religion secrète, afin de conserver au clergé la vénération du peuple, ne se trouve pas seulement dans le catholicisme, mais peut-être dans toutes les religions de la terre, voir même celles des sauvages les plus brutes et les plus barbares.
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