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Seloua Luste Boulbina (Éditeur scientifique)Christine Cadot (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070357697
176 pages
Éditeur : Gallimard (19/06/2008)
3.12/5   37 notes
Résumé :
Texte présenté et annoté par Colas Duflo. " Je crois vous avoir dit que j'avais fait un dialogue d'Alembert et moi. En le relisant, il m'a pris en fantaisie d'en faire un second, et il a été fait. Les interlocuteurs sont d'Alembert qui rêve, Bordeaux et l'amie de d'Alembert, mademoiselle de Lespinasse. Il n'est pas possible d'être plus profond et plus fou. J'y ai ajouté après coup cinq à dix pages capables de faire dresser les cheveux à mon amoureuse, aussi ne les v... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Cer45Rt
  31 octobre 2018
L'on ne peut comprendre le Rêve de d'Alembert qu'à l'aune de cette affirmation : "Il vaut mieux risquer des conjectures chimériques que d'en laisser perdre d'utiles". J'en conviens, Denis, mais mon rôle de critique consiste précisément à juger desdites conjectures. Or, eh bien, les conjectures que tu mets dans la bouche de D'Alembert sont plus que douteuses. Et d'abord est-ce de la philosophie ? Métaphysique ou physique ? La question est centrale, car des travaux scientifiques demandent à être traités scientifiquement. Eh bien là, en l'occurrence, c'est de la médecine, car c'est l'étude du corps humain. C'est donc un sujet scientifique qui n'est pas traité scientifiquement, qui est traité sans méthode, en fait, mais plutôt à la fantaisie d'un philosophe ( qui n'est, par définition, pas scientifique ! ).
Comme si cela ne suffisait pas, il faut encore que Denis y mette des conjectures tellement fantaisistes qu'on ne peut pas penser, scientifiquement parlant, qu'elles ait l'ombre d'une vérité !
Donc, en résumé, voilà un assez mauvais texte. J'espère les autres philosophes des Lumières sont plus lumineux !
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micky05
  08 janvier 2014
Dans l'ENTRETIEN ENTRE D'ALEMBERT ET DIDEROT nous avions évoqué la relation entre D Alembert et Mademoiselle de Lespinasse. Voici dans cet entretien les deux amants, face à face, dans des conditions de vie qu'ils ont connues et partagées. Diderot utilise un personnage réel pour se placer. Théophile de Bordeu (1722-1776) qui fut l'un des plus célèbres médecins du XVIII°. Mais personne ne peut ignorer que ce médecin est le Mentor de Diderot. Les propos qu'il tient sont évidemment ceux de l'auteur et il a peut-être été influencé par la science de ce savant.
En lisant le début de ce « dialogue » à trois, Mlle de Lespinasse servant la soupe à Bordeu, j'ai rapidement remarqué qu'en inversant les syllabe du nom Bordeu, à la manière du verlan avec ses retournements et ses élisions, ce que dit Bordeu devient ce que dit deu-ro(b) ; enfin ce que Dit-derot. Bien voici Diderot mis en place et ce rêve peut-être relaté. [Cette interprétation n'engage que moi, c'est à dire peu, bien peu… au regard de Diderot.]
D'Alembert, rentré fort tard a une nuit très agitée. Mademoiselle de Lespinasse passe la nuit à son chevet et note soigneusement (avec une rigueur toute scientifique) les propos du mathématicien. Elle appelle un médecin, le Docteur Bordeu, davantage par curiosité afin d'élucider des propos que pour les besoins de l'histoire elle juge incohérents, que pour prendre soin de l'homme alité. Bien sûr les propos tenus par D Alembert sont ceux de l'encyclopédiste et Mademoiselle de Lespinasse joue les candides.
Voici l'occasion pour l'auteur de « La lettre aux aveugles » de nous faire part d'audacieuses considérations sur la biologie, l'évolution, en particulier le Lamarckisme et même la génétique, pas loin d'un siècle avant les travaux de Gregor Mendel. On y trouve même certaine curiosité concernant l'eugénisme. Mais on assiste aussi à un véritable cours d'éducation sexuelle sur l'anatomie et le développement ontogénique de l'embryon et du foetus. On peut comprendre que la véritable Mademoiselle de Lespinasse fut effrayée par les propos que Diderot lui faisait tenir et entendre, considérant la morale officielle de l'époque, et fit interdire l'ensemble des trois oeuvres, le Rêve, L'Entretien et sa suite.
C'est un véritable foisonnement d'idées novatrices que nous offre Diderot même si celles-ci étaient déjà dans l'air du temps, mais pas souvent sur le papier. Mademoiselle de Lespinasse relate à Bordeu les propos de d'Alembert qui commence par des considérations sur l'origine animale de l'homme. Mieux il évoque la continuité entre l'inerte et le vivant. Avec l'aide de Mademoiselle de Lespinasse il fait apparaître que le « Je » n'est pas dû à l'existence d'une force animiste, mais d'une succession de sensations de nos organes et tissus, avec pour centre de commande le cerveau. Sur la matière on est frappé dans certains passages où Diderot considère les atomes par le fait qu'il dit à peu près ce que Carl Sagan affirmera plus tard « Ce qu'un homme peut faire, un atome peut le faire ». Et comme lui il envisage un lien entre tous les éléments matériels de l'univers pour en arriver à un seul grand individu, un Être pour lequel chaque chose en vient à être une partie du tout. Conscients de tisser une toile phénoménologique qui emprisonne tous les hommes et toutes les pensées, il fait imaginer par Mademoiselle de Lespinasse une énorme araignée et un réseau de fils tous en relation entre eux. Il y a là quelque chose de Panthéiste dans ce foisonnement d'idées stupéfiantes de modernité. Nous nous sentons chez nous avec cet Encyclopédiste de haute volée.
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chartel
  19 septembre 2010
Comment rendre la lecture d'un sujet hautement sérieux, scientifique et philosophique, plaisante et passionnante ?
Faites appel à Monsieur Diderot.
Il vous fera se rencontrer un philosophe, un médecin et une fausse ingénue pour poser les bonnes questions. Tout en prenant le temps d'exposer ses vues et ses principes sur la structuration, la composition et le fonctionnement du corps humain, il donnera l'impression de ne s'attarder sur aucun sujet, afin de donner de la vitalité à son dialogue. Il agrémentera ses raisonnements d'exemples croustillants et surprenants montrant en cela qu'un philosophe et un docteur n'en sont pas moins des hommes. Il imposera le respect d'un impertinent, ne cachant pas ses positions matérialistes au risque de sa tête (certains de ses contemporains furent torturés sur la place publique pour moins que ça). Il étonnera enfin, en annonçant , un siècle avant Darwin, le caractère évolutif des espèces et, deux siècles avant Freud, les liens entre frustrations sexuelles et troubles psychiques.
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bfauriaux
  26 avril 2020
Un livre de Diderot qui se presente sous la forme d'un conte, très simple à lire, bien fait, un bon moment en ces periodes de confinement !
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   23 octobre 2020
MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Attendez, attendez,… j’en étais à mon araignée.

BORDEU.
Oui, oui.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Docteur, approchez-vous. Imaginez une araignée au centre de sa toile. Ébranlez un fil, et vous verrez l’animal alerte accourir. Eh bien ! si les fils que l’insecte tire de ses intestins, et y rappelle quand il lui plaît, faisaient partie sensible de lui-même ?…

BORDEU.
Je vous entends. Vous imaginez en vous, quelque part, dans un recoin de votre tête, celui, par exemple, qu’on appelle les méninges, un ou plusieurs points où se rapportent toutes les sensations excitées sur la longueur des fils.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
C’est cela.

BORDEU.
Votre idée est on ne saurait plus juste ; mais ne croyez-vous pas que c’est à peu près la même qu’une certaine grappe d’abeilles ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Ah ! cela est vrai ; j’ai fait de la prose sans m’en douter.

BORDEU.
Et de la très-bonne prose, connue vous allez voir. Celui qui ne connaît l’homme que sous la forme qu’il nous présente en naissant, n’en a pas la moindre idée. Sa tête, ses pieds, ses mains, tous ses membres, tous ses viscères, tous ses organes, son nez, ses yeux, ses oreilles, son cœur, ses poumons, ses intestins, ses muscles, ses os, ses nerfs, ses membranes, ne sont, à proprement parler, que les développements grossiers d’un réseau qui se forme, s’accroît, s’étend, jette une multitude de fils imperceptibles.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Voilà ma toile ; et le point originaire de tous ces fils c’est mon araignée.

BORDEU.
À merveille.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Où sont les fils ? ou est placée l’araignée ?

BORDEU.
Les fils sont partout ; il n’y a pas un point à la surface de votre corps auquel ils n’aboutissent ; et l’araignée est nichée dans une partie de votre tête que je vous ai nommée, les méninges, à laquelle on ne saurait presque toucher sans frapper de torpeur toute la machine.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Mais si un atome fait osciller un des fils de la toile de l’araignée, alors elle prend l’alarme, elle s’inquiète, elle fuit ou elle accourt. Au centre elle est instruite de tout ce qui se passe en quelque endroit que ce soit de l’appartement immense qu’elle a tapissé. Pourquoi est-ce que je ne sais pas ce qui se passe dans le mien, ou le monde, puisque je suis un peloton de points sensibles, que tout presse sur moi et que je presse sur tout ?

BORDEU.
C’est que les impressions s’affaiblissent en raison de la distance d’où elles partent.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Si l’on frappe du coup le plus léger à l’extrémité d’une longue poutre, j’entends ce coup, si j’ai mon oreille placée à l’autre extrémité. Cette poutre toucherait d’un bout sur la terre et de l’autre bout dans Sirius, que le même effet serait produit. Pourquoi tout étant lié, contigu, c’est-à-dire la poutre existante et réelle, n’entends-je pas ce qui se passe dans l’espace immense qui m’environne, surtout si j’y prête l’oreille ?

BORDEU.
Et qui est-ce qui vous a dit que vous ne l’entendiez pas plus ou moins ? Mais il y a si loin, l’impression est si faible, si croisée sur la route ; vous êtes entourée et assourdie de bruits si violents et si divers ; c’est qu’entre Saturne et vous il n’y a que des corps contigus, au lieu qu’il y faudrait de la continuité.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
C’est bien dommage.

BORDEU.
C’est vrai, car vous seriez Dieu. Par votre identité avec tous les êtres de la nature, vous sauriez tout ce qui se fait ; par votre mémoire, vous sauriez tout ce qui s’y est fait.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Et ce qui s’y fera ?

BORDEU.
Vous formeriez sur l’avenir des conjectures vraisemblables, mais sujettes à erreur. C’est précisément comme si vous cherchiez à deviner ce qui va se passer au dedans de vous, à l’extrémité de votre pied ou de votre main.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Et qui est-ce qui vous a dit que ce monde n’avait pas aussi ses méninges, ou qu’il ne réside pas dans quelque recoin de l’espace une grosse ou petite araignée dont les fils s’étendent à tout ?

BORDEU.
Personne, moins encore si elle n’a pas été ou si elle ne sera pas.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Comment cette espèce de Dieu-là…

BORDEU.
La seule qui se conçoive…

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Pourrait avoir été, ou venir et passer ?

BORDEU.
Sans doute ; mais puisqu’il serait matière dans l’univers, portion de l’univers, sujet à vicissitudes, il vieillirait, il mourrait.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Mais voici bien une autre extravagance qui me vient.

BORDEU.
Je vous dispense de la dire, je la sais.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Voyons, quelle est-elle ?

BORDEU.
Vous voyez l’intelligence unie à des portions de matière très-énergiques, et la possibilité de toutes sortes de prodiges imaginables. D’autres l’ont pensé comme vous.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Vous m’avez devinée, et je ne vous en estime pas davantage. Il faut que vous ayez un merveilleux penchant à la folie.

BORDEU.
D’accord. Mais que cette idée a-t-elle d’effrayant ? Ce serait une épidémie de bons et de mauvais génies ; les lois les plus constantes de la nature seraient interrompues par des agents naturels ; notre physique générale en deviendrait plus difficile, mais il n’y aurait point de miracles.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
En vérité, il faut être bien circonspect sur ce qu’on assure et sur ce qu’on nie.

BORDEU.
Allez, celui qui vous raconterait un phénomène de ce genre aurait l’air d’un grand menteur. Mais laissons là tous ces êtres imaginaires, sans en excepter votre araignée à réseaux infinis : revenons au vôtre et à sa formation.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
J’y consens.

D’ALEMBERT.
Mademoiselle, vous êtes avec quelqu’un : qui est-ce qui cause là avec vous ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
C’est le docteur.

D’ALEMBERT.
Bonjour, docteur : que faites-vous ici si matin ?

BORDEU.
Vous le saurez : dormez.

D’ALEMBERT.
Ma foi, j’en ai besoin. Je ne crois pas avoir passé une autre nuit aussi agitée que celle-ci. Vous ne vous en irez pas que je ne sois levé.

BORDEU.
Non. Je gage, mademoiselle, que vous avez cru qu’ayant été à l’âge de douze ans une femme la moitié plus petite, à l’âge de quatre ans encore une femme la moitié plus petite, fœtus une petite femme, dans les testicules [8] de votre mère une femme très-petite, vous avez pensé que vous aviez toujours été une femme sous la forme que vous avez, en sorte que les seuls accroissements successifs que vous avez pris ont fait toute la différence de vous à votre origine, et de vous telle que vous voilà.
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PartempsPartemps   06 octobre 2020
Unité profonde du vivant

BORDEU. Oui, jusqu'à ce qu'on vous pique l'une ou l'autre; alors la distinction renaît. Il y a donc en vous quelque chose qui n'ignore pas si c'est votre main ou votre cuisse qu'on a piquée, et ce quelque chose-là, ce n'est pas votre pied, ce n'est pas même votre main piquée, c'est elle qui souffre, mais c'est autre chose qui le sait et qui ne souffre pas.
Mlle DE L'ESPINASSE. Mais je crois que c'est ma tête.
BORDEU. Toute votre tête?
Mlle DE L'ESPINASSE. Non ; mais tenez, Docteur; je vais m'expliquer par une comparaison; les comparaisons sont presque toute la raison des femmes et des poètes. Imaginez une araignée...
D'ALEMBERT. Qui est-ce qui est là?.. Est-ce vous Mademoiselle de l'Espinasse?
Mlle DE L'ESPINASSE. Paix, paix... (Mlle de l'Espinasse et le Docteur gardent le silence pendant quelque temps, ensuite Mlle de l'Espinasse dit à voix basse) Je le crois rendormi.
BORDEU. Non, il me semble que j'entends quelque chose.
Mlle DE L'ESPINASSE. Vous avez raison; est-ce qu'il reprendrait son rêve?
BORDEU. Écoutons.
D'ALEMBERT. Pourquoi suis-je tel? c'est qu'il a fallu que je fusse tel... Ici, oui, mais ailleurs? au pôle? mais sous la ligne? mais dans Saturne ?... Si une distance de quelques milliers de lieues change mon espèce, que ne fera point l'intervalle de quelques milliers de diamètres terrestres ?…Et si tout est en flux général, comme le spectacle de l'univers me le montre partout, que ne produiront point ici et ailleurs la durée et les vicissitudes de quelques millions de siècles ?... Qui sait ce qu'est l'être pensant ou sentant en Saturne ?... Mais y a-t-il en Saturne du sentiment et de la pensée... pourquoi non?... L'être sentant et pensant en Saturne aurait-il plus de sens que je n'en ai ?... Si cela est, ah! qu'il est malheureux le Saturnien !... Plus de sens, plus de besoins
BORDEU. Il a raison; les organes produisent les besoins, et réciproquement les besoins produisent les organes
Mlle DE L'ESPINASSE. Docteur, délirez-vous aussi?
BORDEU. Pourquoi non? J'ai vu deux moignons devenir à la longue deux bras.
Mlle DE L'ESPINASSE. Vous mentez.
BORDEU. Il est vrai, mais au défaut de deux bras qui manquaient, j'ai vu deux omoplates s'allonger, se mouvoir en pince, et devenir deux moignons.
Mlle DE L'ESPINASSE. Quelle folie!
BORDEU. C'est un fait. Supposez une longue suite de générations manchotes, supposez des efforts continus, et vous verrez les deux côtés de cette pincette s'étendre, s'étendre de plus en plus, se croiser sur le dos, revenir par devant, peut-être se digiter à leurs extrémités, et refaire des bras et des mains. La conformation originelle s'altère ou se perfectionne par la nécessité et les fonctions habituelles. Nous marchons si peu, nous travaillons si peu et nous pensons tant, que je ne désespère pas que l'homme ne finisse par n'être qu'une tête.
Mlle DE L'ESPINASSE. Une tête! une tête! c'est bien peu de chose; j'espère que la galanterie effrénée... Vous me faites venir des idées bien ridicules.
BORDEU. Paix.
D'ALEMBERT. Je suis donc tel, parce qu'il a fallu que je fusse tel. Changez le tout, vous me changez nécessairement; mais le tout change sans cesse... L'homme n'est qu'un effet commun, le monstre qu'un effet rare; tous les deux également naturels, également nécessaires, également dans l'ordre universel et général... Et qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à cela ?... Tous les êtres circulent les uns dans les autres, par conséquent toutes les espèces... tout est en un flux perpétuel... Tout animal est plus ou moins homme; tout minéral est plus ou moins plante; toute plante est plus ou moins animal. Il n'y a rien de précis en nature... Le ruban du père Castel !... Oui, père Castel, c'est votre ruban et ce n'est que cela. Toute chose est plus ou moins une chose quelconque, plus ou moins terre, plus ou moins eau, plus ou moins air, plus ou moins feu; plus ou moins d'un règne ou d'un autre... donc rien n'est de l'essence d'un être particulier... Non, sans doute, puisqu'il n'y a aucune qualité dont aucun autre être ne soit participant... et que c'est le rapport plus ou moins grand de cette qualité qui nous la fait attribuer à un être exclusivement à un autre... Et vous parlez d'individus, pauvres philosophes! laissez là vos individus; répondez-moi. Y a-t-il un atome en nature rigoureusement semblable à un autre atome ?... Non... Ne convenez-vous pas que tout tient en nature et qu'il est impossible qu'il y ait un vide dans la chaîne? Que voulez-vous donc dire avec vos individus? Il n'y en a point, non, il n'y en a point... Il n'y a qu'un seul grand individu, c'est le tout. Dans ce tout, comme dans une machine, dans un animal quelconque, il y a une partie que vous appellerez telle ou telle; mais quand vous donnerez le nom d'individu à cette partie du tout, c'est par un concept aussi faux que si, dans un oiseau, vous donniez le nom d'individu à l'aile, à une plume de l'aile... Et vous parlez d'essences, pauvres philosophes! laissez là vos essences. Voyez la masse générale, ou si, pour l'embrasser, vous avez l'imagination trop étroite, voyez votre première origine et votre fin dernière... O Architas! vous qui avez mesuré le globe, qu'êtes-vous? un peu de cendre... Qu'est-ce qu'un être ?... La somme d'un certain nombre de tendances... Est-ce que je puis être autre chose qu'une tendance ?... Non, je vais à un terme... Et les espèces ?... Les espèces ne sont que des tendances à un terme commun qui leur est propre... Et la vie ?... La vie, une suite d'actions et de réactions... Vivant, j'agis et je réagis en masse.., mort, j'agis et je réagis en molécules... Je ne meurs donc point?... Non, sans doute, je ne meurs point en ce sens, ni moi, ni quoi que ce soit... Naître, vivre et passer, c'est changer de formes... Et qu'importe une forme ou une autre? Chaque forme a le bonheur et le malheur qui lui est propre. Depuis l'éléphant jusqu'au puceron... depuis le puceron jusqu'à la molécule sensible et vivante, l'origine de tout, pas un point dans la nature entière qui ne souffre ou qui ne jouisse.
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PartempsPartemps   23 octobre 2020
Et du sommeil, docteur, qu’en dites-vous ? c’est une bonne chose.

BORDEU.
Le sommeil, cet état où, soit lassitude, soit habitude, tout le réseau se relâche et reste immobile ; où, comme dans la maladie, chaque filet du réseau s’agite, se meut, transmet à l’origine commune une foule de sensations souvent disparates, décousues, troublées ; d’autres fois si liées, si suivies, si bien ordonnées que l’homme éveillé n’aurait ni plus de raison, ni plus d’éloquence, ni plus d’imagination ; quelquefois si violentes, si vives, que l’homme éveillé reste incertain sur la réalité de la chose…

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Eh bien, le sommeil ?

BORDEU.
Est un état de l’animal où il n’y a plus d’ensemble : tout concert, toute subordination cesse. Le maître est abandonné à la discrétion de ses vassaux et à l’énergie effrénée de sa propre activité. Le fil optique s’est-il agité ? L’origine du réseau voit ; il entend si c’est le fil auditif qui le sollicite. L’action et la réaction sont les seules choses qui subsistent entre eux ; c’est une conséquence de lu propriété centrale, de la loi de continuité et de l’habitude. Si l’action commence par le brin voluptueux que la nature a destiné au plaisir de l’amour et à la propagation de l’espèce, l’image réveillée de l’objet aimé sera l’effet de la réaction à l’origine du faisceau. Si cette image, au contraire, se réveille d’abord à l’origine du faisceau, la tension du brin voluptueux, l’effervescence et l’effusion du fluide séminal seront les suites de la réaction.

D’ALEMBERT.
Ainsi il y a le rêve en montant et le rêve en descendant. J’en ai eu un de ceux-là cette nuit : pour le chemin qu’il a pris, je l’ignore.

BORDEU.
Dans la veille le réseau obéit aux impressions de l’objet extérieur. Dans le sommeil, c’est de l’exercice de sa propre sensibilité qu’émane tout ce qui se passe en lui. Il n’y a point de distraction dans le rêve ; de là sa vivacité : c’est presque toujours la suite d’un éréthisme, un accès passager de maladie. L’origine du réseau y est alternativement active et passive d’une infinité de manières : de là son désordre. Les concepts y sont quelquefois aussi liés, aussi distincts que dans l’animal exposé au spectacle de la nature. Ce n’est que le tableau de ce spectacle réexcité : de là sa vérité, de là l’impossibilité de le discerner de l’état de veille : nulle probabilité d’un de ces états plutôt que de l’autre ; nul moyen de reconnaître l’erreur que l’expérience.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Et l’expérience se peut-elle toujours ?

BORDEU.
Non.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Si le rêve m’offre le spectacle d’un ami que j’ai perdu, et me l’offre aussi vrai que si cet ami existait ; s’il me parle et que je l’entende ; si je le touche et qu’il fasse l’impression de la solidité sur mes mains ; si, à mon réveil, j’ai l’âme pleine de tendresse et de douleur, et mes yeux inondés de larmes ; si mes bras sont encore portés vers l’endroit où il m’est apparu, qui me répondra que je ne l’ai pas vu, entendu, touché réellement ?

BORDEU.
Son absence. Mais, s’il est impossible de discerner la veille du sommeil, qui est-ce qui en apprécie la durée ? Tranquille, c’est un intervalle étouffé entre le moment du coucher et celui du lever : trouble, il dure quelquefois des années. Dans le premier cas, du moins, la conscience du soi cesse entièrement. Un rêve qu’on n’a jamais fait, et qu’on ne fera jamais, me le diriez-vous bien ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Oui, c’est qu’on est un autre.

D’ALEMBERT.
Et dans le second cas, on n’a pas seulement la conscience du soi, mais on a encore celle de sa volonté et de sa liberté. Qu’est-ce que cette liberté, qu’est-ce que celle volonté de l’homme qui rêve ?

BORDEU.
Qu’est-ce ? c’est la même que celle de l’homme qui veille : la dernière impulsion du désir et de l’aversion, le dernier résultat de tout ce qu’on a été depuis sa naissance jusqu’au moment où l’on est ; et je défie l’esprit le plus délié d’apercevoir la moindre différence.

D’ALEMBERT.
Vous croyez ?

BORDEU.
Et c’est vous qui me faites cette question ! vous qui, livré à des spéculations profondes, avez passé les deux tiers de votre vie à rêver les yeux ouverts, et à agir sans vouloir ; oui, sans vouloir, bien moins que dans votre rêve. Dans votre rêve vous commandiez, vous ordonniez, on vous obéissait ; vous étiez mécontent ou satisfait, vous éprouviez de la contradiction, vous trouviez des obstacles, vous vous irritiez, vous aimiez, vous haïssiez, vous blâmiez, vous alliez, vous veniez. Dans le cours de vos méditations, à peine vos yeux s’ouvraient le matin que, ressaisi de l’idée qui vous avait occupé la veille, vous vous vêtiez, vous vous asseyiez à votre table, vous méditiez, vous traciez des figures, vous suiviez des calculs, vous dîniez, vous repreniez vos combinaisons, quelquefois vous quittiez la table pour les vérifier ; vous parliez à d’autres, vous donniez des ordres à votre domestique, vous soupiez, vous vous couchiez, vous vous endormiez sans avoir fait le moindre acte de volonté. Vous n’avez été qu’un point ; vous avez agi, mais vous n’avez pas voulu. Est-ce qu’on veut, de soi ? La volonté naît toujours de quelque motif intérieur ou extérieur, de quelque impression présente, de quelque réminiscence du passé, de quelque passion, de quelque projet dans l’avenir. Après cela je ne vous dirai de la liberté qu’un mot, c’est que la dernière de nos actions est l’effet nécessaire d’une cause une : nous, très-compliquée, mais une.
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PartempsPartemps   23 octobre 2020
MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Vous avez raison ; est-ce qu’il reprendrait son rêve ?

BORDEU.
Écoutons.

D’ALEMBERT.
Pourquoi suis-je tel ? c’est qu’il a fallu que je fusse tel… Ici, oui, mais ailleurs ? au pôle ? mais sous la ligne ? mais dans Saturne ?… Si une distance de quelques mille lieues change mon espèce, que ne fera point d’intervalle de quelques milliers de diamètres terrestres ?… Et si tout est un flux général, comme le spectacle de l’univers me le montre partout, que ne produiront point ici et ailleurs la durée et les vicissitudes de quelques millions de siècles ? Qui sait ce qu’est l’être pensant et sentant en Saturne ?… Mais y a-t-il en Saturne du sentiment et de la pensée ?… pourquoi non ?… L’être sentant et pensant en Saturne aurait-il plus de sens que je n’en ai ?… Si cela est, ah ! qu’il est malheureux le Saturnien !… Plus de sens, plus de besoins.

BORDEU.
Il a raison ; les organes produisent les besoins, et réciproquement les besoins produisent les organes [5].

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Docteur, délirez-vous aussi ?

BORDEU.
Pourquoi non ? J’ai vu deux moignons devenir à la longue, deux bras.
MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Vous mentez.

BORDEU.
Il est vrai ; mais au défaut de deux bras qui manquaient, j’ai vu deux omoplates s’allonger, se mouvoir en pince, et devenir deux moignons.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Quelle folie !

BORDEU.
C’est un fait. Supposez une longue suite de générations manchotes, supposez des efforts continus, et vous verrez les deux côtés de cette pincette s’étendre, s’étendre de plus en plus, se croiser sur le dos, revenir par devant, peut-être se digiter à leurs extrémités, et refaire des bras et des mains. La conformation originelle s’altère ou se perfectionne par la nécessité et les fonctions habituelles. Nous marchons si peu, nous travaillons si peu et nous pensons tant, que je ne désespère pas que l’homme ne finisse par n’être qu’une tête [6].

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Une tête ! une tête ! c’est bien peu de chose ; j’espère que la galanterie effrénée… Vous me faites venir des idées bien ridicules.

BORDEU.
Paix.

D’ALEMBERT.
Je suis donc tel, parce qu’il a fallu que je fusse tel. Changez le tout, vous me changez nécessairement ; mais le tout change sans cesse… L’homme n’est qu’un effet commun, le monstre qu’un effet rare ; tous les deux également naturels, également nécessaires, également dans l’ordre universel et général… Et qu’est-ce qu’il y a d’étonnant à cela ?… Tous les êtres circulent les uns dans les autres, par conséquent toutes les espèces… tout est en un flux perpétuel… Tout animal est plus ou moins homme ; tout minéral est plus ou moins plante ; toute plante est plus ou moins animal. Il n’y a rien de précis en nature… Le ruban [7] du père Castel… Oui, père Castel, c’est votre ruban et ce n’est que cela. Toute chose est plus ou moins une chose quelconque, plus ou moins terre, plus ou moins eau, plus ou moins air, plus ou moins feu ; plus ou moins d’un règne ou d’un autre… donc rien n’est de l’essence d’un être particulier… Non, sans doute, puisqu’il n’y a aucune qualité dont aucun être ne soit participant… et que c’est le rapport plus ou moins grand de cette qualité qui nous la fait attribuer à un être exclusivement à un autre… Et vous parlez d’individus, pauvres philosophes ! laissez là vos individus : répondez-moi. Y a-t-il un atome en nature rigoureusement semblable à un autre atome ?… Non… Ne convenez-vous pas que tout tient en nature et qu’il est impossible qu’il y ait un vide dans la chaîne ? Que voulez-vous donc dire avec vos individus ? Il n’y en a point, non, il n’y en a point… Il n’y a qu’un seul grand individu, c’est le tout. Dans ce tout, comme dans une machine, dans un animal quelconque, il y a une partie que vous appellerez telle ou telle : mais quand vous donnerez le nom d’individu à cette partie du tout, c’est par un concept aussi faux que si, dans un oiseau, vous donniez le nom d’individu à l’aile, à une plume de l’aile… Et vous parlez d’essences, pauvres philosophes ! laissez là vos essences. Voyez la masse générale, ou si, pour l’embrasser, vous avez l’imagination trop étroite, voyez votre première origine et votre fin dernière… Ô Architas ! vous qui avez mesuré le globe, qu’êtes-vous ? un peu de cendre… Qu’est-ce qu’un être ?… La somme d’un certain nombre de tendances… Est-ce que je puis être autre chose qu’une tendance ?… non, je vais à un terme… Et les espèces ?… Les espèces ne sont que des tendances à un terme commun qui leur est propre… Et la vie ?… La vie, une suite d’actions et de réactions… Vivant, j’agis et je réagis en masse… mort, j’agis et je réagis en molécules… Je ne meurs donc point ?… Non, sans doute, je ne meurs point en ce sens, ni moi, ni quoi que ce soit… Naître, vivre et passer, c’est changer de formes… Et qu’importe une forme ou une autre ? Chaque forme a le bonheur et le malheur qui lui est propre. Depuis l’éléphant jusqu’au puceron… depuis le puceron jusqu’à la molécule sensible et vivante, l’origine de tout, pas un point dans la nature entière qui ne souffre ou qui ne jouisse.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Il ne dit plus rien.

BORDEU.
Non ; il a fait une assez belle excursion. Voilà de la philosophie bien haute ; systématique dans ce moment, je crois que plus les connaissances de l’homme feront des progrès, plus elle se vérifiera.
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PartempsPartemps   23 octobre 2020
BORDEU.
Rien cependant n’est plus faux que cette idée. D’abord vous n’étiez rien. Vous fûtes, en commençant, un point imperceptible, formé de molécules plus petites, éparses dans le sang, la lymphe de votre père ou de votre mère ; ce point devint un fil délié, puis un faisceau de fils. Jusque-là, pas le moindre vestige de cette forme agréable que vous avez : vos yeux, ces beaux yeux, ne ressemblaient non plus à des yeux que l’extrémité d’une griffe d’anémone ne ressemble à une anémone. Chacun des brins du faisceau de fils se transforma, par la seule nutrition et par sa conformation, en un organe particulier : abstraction faite des organes dans lesquels les brins du faisceau se métamorphosent, et auxquels ils donnent naissance. Le faisceau est un système purement sensible ; s’il persistait sous cette forme, il serait susceptible de toutes les impressions relatives à la sensibilité pure, comme le froid, le chaud, le doux, le rude. Ces impressions successives, variées entre elles, et variées chacune dans leur intensité, y produiraient peut-être la mémoire, la conscience du soi, une raison très-bornée. Mais cette sensibilité pure et simple, ce toucher, se diversifie par les organes émanés de chacun des brins ; un brin formant une oreille, donne naissance à une espèce de toucher que nous appelons bruit ou son ; un autre formant le palais, donne naissance à une seconde espèce de toucher que nous appelons saveur ; un troisième formant le nez et le tapissant, donne naissance à une troisième espèce de toucher que nous appelons odeur ; un quatrième formant un œil, donne naissance à une quatrième espèce de toucher que nous appelons couleur.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Mais, si je vous ai bien compris, ceux qui nient la possibilité d’un sixième sens, un véritable hermaphrodite, sont des étourdis. Oui est-ce qui leur a dit que nature ne pourrait former un faisceau avec un brin singulier qui donnerait naissance à un organe qui nous est inconnu ?

BORDEU.
Ou avec les deux brins qui caractérisent les deux sexes ? Vous avez raison ; il y a plaisir à causer avec vous : vous ne saisissez pas seulement ce qu’on vous dit, vous en tirez encore des conséquences d’une justesse qui m’étonne.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Docteur, vous m’encouragez.

BORDEU.
Non, ma foi, je vous dis ce que je pense.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Je vois bien l’emploi de quelques-uns des brins du faisceau ; mais les autres, que deviennent-ils ?

BORDEU.
Et vous croyez qu’une autre que vous aurait songé à cette question ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Certainement.

BORDEU.
Vous n’êtes pas vaine. Le reste des brins va former autant d’autres espèces de toucher, qu’il y a de diversité entre les organes et les parties du corps.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Et comment les appelle-t-on ? Je n’en ai jamais entendu parler.

BORDEU.
Ils n’ont pas de nom.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Et pourquoi ?

BORDEU.
C’est qu’il n’y a pas autant de différence entre les sensations excitées par leur moyen qu’il y en a entre les sensations excitées par le moyen des autres organes.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Très-sérieusement vous pensez que le pied, la main, les cuisses, le ventre, l’estomac, la poitrine, le poumon, le cœur ont leurs sensations particulières ?

BORDEU.
Je le pense. Si j’osais, je vous demanderais si parmi ces sensations qu’on ne nomme pas…

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Je vous entends. Non. Celle-là est toute seule de son espèce, et c’est dommage. Mais quelle raison avez-vous de cette multiplicité de sensations plus douloureuses qu’agréables dont il vous plaît de nous gratifier ?

BORDEU.
La raison ? c’est que nous les discernons en grande partie. Si cette infinie diversité de toucher n’existait pas, on saurait qu’on éprouve du plaisir ou de la douleur, mais on ne saurait où les rapporter. Il faudrait le secours de la vue. Ce ne serait plus une affaire de sensation, ce serait une affaire d’expérience et d’observation.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Quand je dirais que j’ai mal au doigt, si l’on me demandait pourquoi j’assure que c’est au doigt que j’ai mal, il faudrait que je répondisse non pas que je le sens, mais que je sens du mal et que je vois que mon doigt est malade.

BORDEU.
C’est cela. Venez que je vous embrasse.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Très-volontiers.

D’ALEMBERT.
Docteur, vous embrassez mademoiselle, c’est fort bien fait à vous.

BORDEU.
J’y ai beaucoup réfléchi, et il m’a semblé que la direction et le lieu de la secousse ne suffiraient pas pour déterminer le jugement si subit de l’origine du faisceau.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.
Je n’en sais rien.

BORDEU.
Votre doute me plaît. Il est si commun de prendre des qualités naturelles pour des habitudes acquises et presque aussi vieilles que nous.
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Exposition "Tempêtes et naufrages, de Vernet à Courbet" Musée de la Vie Romantique
Le musée de la Vie romantique invite à découvrir une thématique emblématique et fascinante de la première moitié du XIXe siècle et l'une des plus puissantes sources d'inspiration de l'univers romantique : les tempêtes et les naufrages. La mer, par sa démesure et sa violence, fait écho aux tourments intérieurs des artistes qui s'emparent des motifs de coups de vents, de nuages menaçants, de vagues se brisant sur des récifs, de navires en perdition et de personnages en danger afin de créer de véritables mises en scène sublimes et dramatiques. Ce véritable spectacle des éléments déchaînés dévoile aussi toute une palette de sentiments exacerbés comme la terreur, le courage ou l'admiration devant la force et la beauté de la nature. À travers une sélection d'une soixantaine d'oeuvres – peintures, dessins, estampes, manuscrits – de plus de trente artistes des XVIIIe et XIXe siècles, cette exposition embarque le visiteur dans un récit vivant et illustré de la tempête maritime, depuis le déchaînement des éléments jusqu'aux conséquences souvent dramatiques du naufrage et de la perte avant le retour au calme en mer et sur terre. Grâce à une scénographie immersive, le parcours s'organise en trois parties chrono-thématiques, correspondant aux trois espaces du musée dévolus aux expositions temporaires : Aux sources de la représentation de la tempête – le spectacle de la tempête en pleine mer, au coeur du romantisme – Après la tempête : épaves et naufragés. Au côté de tableaux et dessins de Joseph Vernet, Joseph Mallord William Turner, Théodore Géricault, Théodore Gudin, Eugène Isabey, Eugène Boudin ou Gustave Courbet, résonnent les écrits tempétueux de René Diderot, Henri Bernardin de Saint-Pierre, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo et Jules Michelet ainsi que les créations musicales de Ludwig van Beethoven, Franz Liszt ou Richard Wagner. En écho aux oeuvres présentées, une sélection de textes littéraires avec la voix de Guillaume Gallienne de la Comédie-Française et une bande sonore élaborée par la Médiathèque musicale de Paris viennent compléter le parcours. Cette exposition s'accompagne également d'une riche programmation culturelle, d'animations et de dispositifs de médiation comme un voyage olfactif conté, un parcours de visite pour les enfants, des visites guidées et des ateliers thématiques qui inviteront le public du musée de la Vie romantique à explorer cet imaginaire de la tempête à la fois effrayant et sublime.
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