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EAN : 9782851814685
74 pages
Éditeur : L'Arche (18/08/2000)

Note moyenne : 3/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Mademoiselle
On m'a dit que vous étiez la plus belle femme de cette ville où je suis venu me fixer depuis peu. Je suis allé vous regarder pendant que vous vous promeniez dans le parc avec votre père.
C'est exact. Vous êtes la plus belle. Je vais vous épouser. Fernando Krapp.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Nastasia-B
  24 février 2016
C'est à une Babelionaute que je dois d'avoir poussé ma curiosité jusqu'à Tankred Dorst. Cela m'a permis de découvrir un auteur contemporain que j'ignorais et de trouver dans Fernando Krapp M'A Écrit Cette Lettre beaucoup de liens avec d'autres pièces ou oeuvres littéraires très fameuses.
Pour ma part, j'y ai perçu des liens forts avec au moins quatre oeuvres majeures : avec Pygmalion de George Bernard Shaw, avec Othello de William Shakespeare, avec Barbe Bleue de Charles Perrault et avec Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald.
Mais on pourrait aussi très certainement y percevoir des traits communs avec des pièces d'Anton Tchekhov comme Platonov et Ivanov ou des nouvelles de Raymond Carver. Je vous avoue encore que le personnage de Julia m'a énormément rappelé à certains moments la Mademoiselle Else d'Arthur Schnitzler. J'imagine, enfin, que beaucoup d'autres liens m'auront échappé et ce sera à vous d'aller les trouver, car, à n'en pas douter, ils existent.
Si je vous cite autant d'auteurs et d'oeuvres, c'est qu'à la lecture de cette pièce, j'avais toujours le sentiment d'avoir déjà lu un truc comme ça quelque part, déjà ressenti ce genre d'ambiance ailleurs et puis je basculais dans un autre souvenir, puis un autre et toujours comme ça jusqu'à la fin. Ce n'est pas si fréquent.
C'est à la fois rassurant et dérangeant. Rassurant parce que , consciemment ou inconsciemment, notre cerveau aime bien se retrouver en terrain connu (et non en terre inconnue !). Dérangeant parce que lorsque l'on branche le pilote automatique, on n'aime pas se rendre compte que l'on change imperceptiblement de cap et qu'on nous entraîne vers une destination insoupçonnée.
Eh bien c'est un peu cet effet, qu'à produit sur moi cette pièce de Tankred Dorst : on part de choses bien établies, d'endroits où l'on a pied pour aller vers des sols inexplorés. Sont-ils mous ? sont-ils friables ? sont-ils brûlants ? Ça c'est à voir sur place, il faut prendre le risque d'oser poser le pied pour se rendre compte.
Ce n'était pas inintéressant. Je n'étais pas très à l'aise, mais ça ne m'a pas déplu ; un peu comme certaines expériences culinaires où l'on sent bien qu'on a quitté notre sol natal et qu'on arrive dans d'autres systèmes de valeurs gustatives.
Bref, ici, nous avons affaire à une belle jeune fille à marier, Julia. C'est une espèce de rebelle qui se targue d'avoir son indépendance, aussi bien dans les actes que dans les pensées. Son père est sans le sou et même moins que ça, car apparemment, il a même creusé du côté du négatif.
Fernado Krapp, quant à lui est plein aux as. On ne sait pas trop d'où il débarque ni d'où lui vient sa fortune, mais il arrive dans la région avec la ferme intention de s'y installer. Comme il a entendu parler de la réputation de beauté de Julia, ni une ni deux, il la demande en mariage, sans même envisager la possibilité qu'elle puisse lui dire non. Il faut dire, bien évidemment, qu'il a trouvé un petit arrangement avec le papa…
Mélange d'attirance et de répulsion, Julia ne parvient néanmoins pas à résister et finit donc, fatalement, avec la bague au doigt. Ça la surprend elle-même. Il n'y a pas que cela d'ailleurs : tout ce que touche et approche Fernando Krapp a de quoi surprendre. Cependant, des bruits courent désormais sur les origines troubles de son immense fortune. On sait qu'il a déjà été marié à une femme incroyablement riche et que la malheureuse est morte…
Qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui est faux dans ces racontars ? Mais peu importe cela. Fernando n'est jamais là. Il témoigne une confiance aveugle à sa femme qui, pour sa part, fréquente un comte ruiné, apprenti poète. Ont-ils une liaison l'un avec l'autre ? Qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui est faux dans tout ça ? Il y a de quoi en perdre un peu la tête…
Au demeurant, l'auteur donne pour sous-titre à sa pièce : « Essai sur la vérité. » Qu'est-ce qui est de l'ordre de nos représentations ? Qu'est-ce qui est authentiquement véridique ? Qu'est-ce, même, que la vérité ? Qu'est-ce qu'une illusion ? Beaucoup de questions semées à tout vent, telle la semeuse, et que nous devons tâcher de picorer comme des poules goulues, sans être bien certaines de les digérer tout à fait.
Une expérience à tenter, en somme. Mais ce n'est que mon avis de tenthrède à tête raide, c'est-à-dire, très peu de chose.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   03 mars 2016
JULIA : C'est toi qui as tout manigancé avec lui ! (Elle lui jette la lettre à la figure.)
LE PÈRE : Je t'en prie, Julia, mon trésor, dis-moi ce que tu lui as répondu.
JULIA : Ah !
LE PÈRE : Je ne pense pas que tu lui aies répondu « ah ! ». Je sais bien les lettres que tu es capable d'écrire : bien tournées et pleines d'imagination !
JULIA : Je vais te dire ce que j'ai écrit à Fernando Krapp : « Monsieur, je comprends à votre lettre que vous m'avez achetée à mon père. Quel prix a-t-il demandé pour chaque livre de ma chair ? Quel tarif au kilo, pour la viande sur pied ? Est-ce que vous avez tout de suite été d'accord avec le prix exigé, ou avez-vous essayé de marchander ? J'imagine le visage de mon père, crispé par l'anxiété, sa lèvre qui tremble, et peut-être même une larme qui coule sur sa joue veinée de bleu… Simplement parce que vous hésitez à payer le prix demandé ! Mais vous savez que vous le tenez, le pauvre homme, il a tellement de dettes qu'il est obligé de vendre la marchandise à n'importe quel prix ! »
LE PÈRE : Mais tu plaisantes ! Tu plaisantes, Julia !
JULIA : « À moins qu'en m'observant vous n'ayez par hasard surpris chez moi un sourire qui vous aura paru valoir quelques billets de mille supplémentaires, qu'alors vous aurez allongés de bon gré. Je puis vous assurer, Monsieur, que j'ai les dents régulières, et de jolis lobes d'oreille, sans parler d'autres choses que les convenances interdisent d'exposer autrement que voilées. Mais si vous vous présentez au domicile de mon père, le vendeur, vous pourrez inspecter la marchandise avant de faire figurer dans le contrat la somme définitive. »

Scène 1.
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Nastasia-BNastasia-B   02 mars 2016
LE COMTE : Beaucoup de gens sont incapables d'aimer. Ils exigent l'amour. Comme s'il existait un droit à l'amour et à la fidélité sans limites. Un homme prend possession d'une beauté célèbre et la promène au bout d'une laisse : Regardez ma belle femme, regardez ma tigresse ! Voyez comme elle m'obéit ! Mais pour autant, ne croyez pas qu'il aime sa tigresse : simplement, ça lui plaît de la posséder.

Scène 5.
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Nastasia-BNastasia-B   21 février 2016
FERNANDO KRAPP : L'amour ne s'exige pas ! Il y a des hommes qui l'exigent de leurs femmes, et les femmes acceptent cette exigence. Elles jouent à leur mari toute la comédie stupide qu'on attend traditionnellement d'une femme amoureuse : des intonations suaves, des regards profonds, des descriptions interminables et répétées de sentiments dont elles prétendent qu'ils sont parfois plus faibles — sans toutefois qu'ils disparaissent — et tantôt que soudain ils débordent… Soupirs ! Chuchotements ! Du bluff, tout ça ! Et leurs maris y croient, par-dessus le marché ! Du bluff ! L'amour ne se demande pas.

Scène 7.
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Nastasia-BNastasia-B   26 février 2016
LE COMTE : J'aurais dû savoir qu'il existe des êtres qui, étant par eux-mêmes insensibles, éprouvent sans doute leur propre insensibilité comme un manque et, de ce fait, ressentent le besoin de tourmenter les autres, et même y prennent plaisir, afin que la douleur d'autrui réchauffe leur cœur froid.

Scène 5.
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Nastasia-BNastasia-B   22 février 2016
FERNANDO KRAPP : Quand on s'aime, moins on en parle et mieux ça vaut.

Scène 3.
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Théâtre
Les improvisations musicales sont interprétées par Christian IVALDI au piano et au clavecin. Guy DUMUR, Matthieu GALEY, Alfred SIMON et Gilles SANDIER parlent de : - A 3'37" : hommage rendu à André BARSACQ, récemment disparu (2'17") - "Toller", de Tankred DORST, mis en scène par Patrice CHEREAU (Théâtre de la Cité, Villeurbanne). - "Martin Luther et Thomas Munzer", de...
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