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Henri Christophe (Traducteur)Roland Jaccard (Préfacier, etc.)
EAN : 9782253063445
93 pages
Le Livre de Poche (28/04/1993)
3.9/5   332 notes
Résumé :
Mademoiselle Else ou le soliloque tragique d'une femme piégée par les oscillations de l'âme.

A travers les mots et les errances désespérées de son personnage, Schnitzler brosse le tableau exemplaire des fascinants déchirements de la morale viennoise au tournant de la modernité, valse - hésitation entre désir et devoir, entre fantasmes de prostitution et rêves de continence.

Publié en 1924, ce texte demeure l'un des plus beaux exercices... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
3,9

sur 332 notes
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Nastasia-B
  09 juin 2015
Avez-vous aimé les monologues décousus et déjantés d'Ariane dans Belle du Seigneur ? Alors vous aimerez certainement ceux de Mademoiselle Else, en proie au questionnement, dans son hôtel de luxe de San Martino di Castrozza (situé dans le massif des Dolomites en Italie du Nord).
Nous voilà aux côtés d'Else, une jeune demoiselle de dix-neuf ans, bourgeoise, fille d'un célèbre avocat viennois. Elle est belle comme un ange et n'ignore pas ce détail. Elle est en villégiature avec sa tante et son cousin. C'est une bourgeoise mais elle vit comme une aristocrate ; elle a des goûts d'aristocrate, et son éducation familiale n'y est certainement pas étrangère.
Son père est brillant, renommé, recherché pour ses talents devant la cour, mais il vit notablement au-dessus de ses moyens. Avec le train de vie qu'il mène et qu'il offre à sa famille, les gages de trente-six plaidoiries par jour, même très bien rémunérées, n'y suffiraient pas.
Else est donc dans son hôtel bien prout-prout : on navigue dans ses pensées et ses réflexions personnelles lorsqu'elle reçoit un courrier express de sa mère, qui lui indique qu'une nouvelle fois, son père est au bord du gouffre et que cette fois-ci, s'il ne trouve pas trente mille florins pour dans deux jours, ce sera les menottes aux poignets, et sa carrière brisée, et la catastrophe pour la famille, et la fin de la vie dorée, et tout ce que vous pouvez imaginer encore.
Or, il s'avère qu'auprès d'Else, dans cet hôtel séjourne un certain von Dorsday, ami de la famille et qui a déjà, par le passé, mis la main au porte-feuille pour colmater une fuite d'ordre similaire. La maman, en épouse modèle, demande donc instamment à sa fille de bien vouloir faire l'entremetteuse entre lui et la dette de son père.
Else, avec ses allures altières (je l'imagine très bien en Katharine Hepburn, par exemple dans le film Indiscrétions), est catastrophée d'avoir à s'abaisser de la sorte devant ce vieillard qui lui glisse de temps à autres des regards lubriques. Comment le lui dire ? Doit-elle le lui dire ? le déshonneur ou la chute ? Dans un cas comme dans l'autre, il y a à y perdre du prestige, n'est-ce pas mademoiselle Else ? But what else ?
Arthur Schnitzler nous fait vivre l'ébullition sous ce joli crâne, les contradictions, les déterminations, les contre-ordres, les battements de coeur de cette petite Else. Et l'autre, von Dorsday, comment va-t-il réagir ? Comment va-t-il la recevoir ? Ne va-t-il rien lui demander en échange ? Comment faire ? Comment savoir ?...
… et bien en lisant Mademoiselle Else, pardi ! ce que je vous laisse le soin d'accomplir si ce n'est déjà fait. Un roman disent certains, une nouvelle prétendent d'autres, on s'en fiche éperdument rétorquent les derniers. Tous ont probablement un peu raison bien que personnellement j'inclinerais davantage sur la désignation de nouvelle.
Une nouvelle donc très plaisante, très bien menée, tout-à-fait maîtrisée quant à sa forme et sa constitution mais qui n'est pas forcément hyper accessible car elle nous oblige à nous fondre dans le moule de la pensée d'Else, ce qui n'est pas forcément du goût de tous.
Personnellement, j'y vois, pour mille et une raisons, qu'il serait long et fastidieux de développer ici, un fort lien de parenté avec Belle du Seigneur, en particulier pour le personnage d'Ariane, car tout génial qu'il était, Albert Cohen ne pouvait pas créer cela de rien et je parie ma main gauche et mon oreille droite qu'il connaissait cette nouvelle de Schnitzler avant de nous servir son monument.
Mais tout ceci n'est que mon avis et, what else ? pas grand-chose.
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Sabrinaaydora
  13 août 2021
Je me sens encore un peu en colère, alors que j'ai laissé passer quelques jours après cette lecture. J'aime découvrir une histoire et son dénouement par moi-même, mais à peine quelques lignes de la préface lue que j'en connaissais déjà la fin. Cela m'a profondément abîmée dans ma lecture, car j'avais directement un sentiment différent et une attente consciente du dénouement... Et même s'il s'agit d'une réédition, d'un livre écrit il y a plusieurs années, je préfère découvrir un livre par moi-même et m'interroger plus avant si j'en ressens le besoin... Un gout amer et une pointe fâchée encore aujourd'hui. Il m'arrive de me "spoiler", mais cela ne m'est pas imposé...
Quoi qu'il en soit, l'histoire d'Else est intrigante, fascinante dans un sens. On suit son interrogation permanente sur une situation qu'elle souhaite maîtriser, mais qui finit par lui échapper. le livre est écrit sous forme d'un monologue continu, mêlant les réflexions de la jeune fille et les tiraillements qu'elle ressent. En voyage avec sa tante et son cousin, elle dépeint ses journées et les pensées profondes concernant les personnes qu'elle côtoie. Else est une jolie jeune fille de la bourgeoisie. Son père est un avocat reconnu, mais qui semble vivre bien au-dessus de ses moyens et ce qu'il gagne ne suffit pas à profiter de ce train de vie actuel.
C'est un courrier de sa mère qui vient perturber les habitudes vacancières : le besoin de liquidité est tel, que son père risque la prison. Elle lui demande, au nom de son père, de la famille, de pouvoir parler avec une personne qui se trouve dans le même hôtel qu'elle actuellement et qui est déjà venu en aide à son père par le passé : M. von Dorsday. Ce dernier, d'un âge certain, entend la demande de la jeune fille mais lui demande en retour un petit quelque chose, trois fois rien : pouvoir l'observer à minuit dans une clairière baigné par la lumière de la lune, entièrement nue...
On suit les interrogations, les paradoxes, les tiraillements d'Else dès la lecture de la lettre de sa mère. Il y a l'envie et le besoin de venir en aide à la famille, puis des interrogations diverses concernant la demande, la réalisation de celle-ci, mais aussi la faisabilité.
Une telle demande est somme toute indécente, encore plus à cette époque où la nudité est cachée, proscrite voire dangereuse. On s'immisce dans les pensées de cette jeune fille dont l'auteur arrive à nous faire ressentir moult subtilités.
Arthur Schnitzler dépeint avec brio cette relation au père qu'Else admire et aime, mais en même temps cette colère sourde de se dire que ses parents se doutent bien de la situation dans laquelle ils la placent. L'auteur nous plonge dans ses doutes, ses peurs, ses décisions, ses incertitudes. Elle peut sauver son père, sa famille de la honte, mais en portant en elle l'opprobre et cette part de "vice".
Le portrait dépeint par Arthur Schnitzler est vraisemblable. Si au début, j'ai été un peu énervée par le ton et les propos d'Else, j'ai été vite rattrapée par le mode "pensées décousu". Il s'agit d'une jeune fille de 19 ans, à une époque où puritanisme, famille, religion sont quasi permanent dans la société. Ses pensées ne sont pas permanentes, ou fluides. Elles sont percutantes, hachées, déstructurées, paradoxales pour certaines. Là où je me suis sentie agacée au début, c'était par ce côté parfois simpliste et/ou fantasmé. Et pourtant, tout l'intérêt est là : être remué par des pensées qui finalement "ne nous appartiennent pas".
Mon grand bémol est que ce roman/nouvelle va trop vite : suivre les pensées d'Else était par moment laborieux. J'aurais eu besoin et aimé approfondir davantage certains passages. Connaitre un peu le contexte historique de l'époque donne des clefs de compréhension.
Là où j'ai été conquise, c'est par le côté profondeur de la pensée : cette histoire a dû être à plusieurs points de vue choquante à sa sortie. Comment une jeune fille peut déjà avoir ce genre de pensée sur elle-même alors que sa famille lui demande de l'aider à régler une situation complexe pour sortir le père des risques juridiques qui pèsent sur lui. En me replaçant dans ce contexte, Else me semble forte derrière son sourire sa politesse. Ses choix et sa réflexion autour de la situation sont pertinents.
En bref : un roman court entrant dans les méandres et les pensées d'une jeune fille tiraillée entre la bienséance et l'envie d'aider sa famille.
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Erik35
  29 septembre 2018
LE MESSAGE EST À L'INTÉRIEUR...
Mlle Else est, vue de l'extérieur, une jeune fille bien sous tous rapports : Jeune (19 ans), belle, charmante, élégante, vive ; elle est - du moins pour les apparences - de bonne famille bourgeoise, fille d'un avocat d'affaire de la Vienne de la fin du XIXème (ou du début du XXème. L'auteur nous donne trop peu d'éléments pour mieux situer l'époque. La nouvelle est de 1924) et réside en villégiature dans un palace italien avec sa tante.
Coup de tonnerre : une rapide missive de sa mère l'informe du drame en action. Son père s'est (une fois de plus, mais nous ne l'apprendrons qu'au fil du récit) mis dans une situation financière tellement délicate - le démon du jeu semble en être d'abord la cause principale - et même illégale qu'il risque non seulement la prison mais le déshonneur le plus infamant, pour lui et, par voie de conséquence, pour la famille toute entière. On comprendra très vite cependant que ce père est un avocat véreux ayant l'habitude de solliciter son entourage pour le tirer d'affaires scabreuses. Cette fois, il semble s'en être pris à l'argent de pupilles dont la gestion des biens lui furent confiés... Sans l'ombre d'un ressentiment, il a donc téléguidé ce courrier, via son épouse, afin que sa propre fille se vende, littéralement, à un certain Monsieur von Dorsday, riche, vieux et libidineux marchand d'art en relation avec son père (lequel est au courant d'une de ses récentes et fructueuses ventes de toiles) et par ailleurs présent dans la station thermale où se repose sa fille. Le courrier demande à Else qu'elle fasse l'emprunt de 30 000 gulden, lesquels deviendront très vite 50 000, le montant dû par ce père indigne étant plus élevé qu'il l'avait d'abord prévu. L'intrigue peut, dès à présent, se nouer.
On peut très vite imaginer les remous, la souffrance, les interrogations intérieures de la jeune femme, qui confinent au pire des dilemmes : sauver son père - et, incidemment, sa famille - de la faillite et de la honte publique ou porter le déshonneur dans sa chair mais sans que nul autre que les deux protagonistes directs de l'affaire - elle, le vieux bougre, moins satyre qu'il y paraît de prime abord mais qui ne se rend pas compte de la portée apocalyptique de sa prétention - en sache rien de concret. En un mot comme en cent, se prostituer pour la survie du clan... D'ailleurs, c'est presque en ces termes qu'elle se pose à elle-même ce qu'on lui demande d'accomplir : «Je ne me vends pas ; non, jamais je ne me vendrai. Je me donnerai. À l'homme de mon choix je me donnerai. Me vendre, ah non. Je veux bien être une dévergondée mais pas une putain.» On peut d'autant mieux les imaginer, ces tempêtes intimes, que tout l'art, magistral, d'Arthur Schnitzler nous y invite. Ainsi, cette nouvelle (il ne s'agit en rien d'un roman mais la densité et le brio avec laquelle elle est exécutée en vaut mille) use-t-elle d'un procédé stylistique encore très nouveau à l'époque, inventé par un littérateur français aujourd'hui totalement oublié, un certain Emile Dujardin, pour sa nouvelle parue en 1887 "Les lauriers sont coupés" et qui sera très rapidement qualifié de "monologue intérieur". Ainsi, tout au long des quelques quatre-vingt pages de ce texte haletant, sans répit, mené tambour battant par un maître de la nouvelle, ce sont les pensées de la jeune femme que l'on suit. À peine sont-elles ici et là entrecoupées de dialogues que la jeune femme échange avec son entourage et qui permettent de créer un pont entre intérieur et extérieur, donnant ainsi encore un peu plus de ressort, de suspens à ce texte diabolique par sa conception et sa réalisation. Ainsi, on "entend" les pensées volubiles, parfois volatiles, toujours en tension, d'Else ; des pensées souvent «coq à l'âne» d'une jeune âme forte et fragile à la fois - un peu narcissique, légèrement "hystérique", elle suit une cure dans laquelle lui est prescrit du véronal - , elle souffre et est évidemment en droit de souffrir que d'être auto-sacrifiée par une famille sans vergogne et sans amour sur l'autel de la faute paternelle, qui ne trouve de sens à sa vie que dans la mise en scène d'une fin qu'elle va mettre en scène mais qui va s'avérer parfaitement ratée, rongée par une culpabilité qu'elle échoue à mettre à l'écart, partagée entre désir immense de vivre, de profiter de l'existence (elle a des rêves de maris riches, d'amants nombreux et de vie plus libre que la société de son temps lui promet) et volonté plus où moins outrée, surjouée de se donner la mort...
Le Docteur Arthur Schnitzler connaissait bien son sujet, lui qui était féru des découvertes du Dr Freud avec lequel il correspondait, lui qui s'intéressait de très près aux avancées de ce que l'on appellerait plus tard la psychanalyse, et plus particulièrement aux premières découvertes d'importance en matière d'hystérie et de névrose, s'intéressant de près aux pulsions inconscientes, aux rêves, etc. Partageant avec son aîné de six ans un judaïsme laïque assumé, l'amour pour une même ville, Vienne, une même profession, la médecine, des auteurs proches voire identiques, il est inconcevable de ne pas lire cette nouvelle incomparable à l'aune du "psychologisme" en cours à l'époque. Mais - et, dans un certain sens, les nazis ne s'y étaient pas trompés qui vouèrent le génial autrichien aux gémonies, l'accusnat de participer à la décadence et à la destruction d'une société antique, parfaite et fantasmée - il ne faudrait pas oublier la dimension sociale - sociétale exprimerait-on aujourd'hui - de ce texte brillantissime. Car c'est rien moins qu'à une société aussi sclérosée qu'abominablement hypocrite que le nouvelliste s'attaque ici une nouvelle fois. Une société dans laquelle l'honneur d'une famille, sa réputation, valent mieux que l'intégrité physique et psychologique d'une femme au commencement de sa vie d'adulte ; une société dans laquelle l'individu ne compte guère sans le groupe et, au sein de ces individualités, où la femme demeure assujettie à la figure masculine (ici : paternelle), même si cette dernière est des plus contestables, des plus immorales et mortifères.
Mademoiselle Else est aussi bien plus que cela. C'est, par la grâce d'un écrivain de génie, le portrait incroyablement crédible d'une jeune femme, certes de son temps par bien des réflexions, par son mode de vie, par son entourage et pour cela certains éléments peuvent sembler aujourd'hui terriblement passés, désuets ; mais c'est aussi une demoiselle excessivement moderne, d'abord parce qu'avec une finesse psychologique inouïe, Arthur Schnitzler nous convainc, dès les premières lignes, que c'est bel et bien une personne vivante à laquelle nous avons affaire et dont, par un pouvoir télépathique incroyable, nous pourrions lire chacune des pensées, parce que c'est une charmante opportuniste qui se sait l'être (sans vergogne mais sans malice non plus), parce que si son âge peut nous la rendre parfois naïve, elle est loin d'être niaise ni godiche. Qu'elle est d'une intelligence redoutable derrière ses sautes d'humeur, ses incertitudes, son désir de faire son devoir mais qu'un très fort sentiment de sa propre liberté de conscience, de son individualité lui permet de contrebalancer afin de la sortir du rôle guindé de la "fifille à son papa ou à sa maman".
Si James Joyce avait utilisé ce procédé deux auparavant (en 1922) dans son célèbre Ulysse, c'est bien plus au personnage de Solal, d'Albert Cohen, que cette Mademoiselle Else nous renvoie et qui en fut d'ailleurs, possiblement, l'un des modèles. Même liberté de ton, même sautes d'humeurs, même virulence, même intransigeances, même envies de bien faire, mais sans que leurs créateurs cédassent pour autant jamais aux sirènes désagréables de l'auto-analyse, du contentement de soi dans la contemplation de leurs créatures. L'une comme l'autre sont dans l'action, dans la vie, mieux : elles sont la vie, et c'est ce qui rend d'autant plus troublant ce véritable morceau de bravoure littéraire, dont il semble en outre qu'il n'était pas un coup d'essai pour Arthur Schnitlzer, une nouvelle datant de plus de vingt-cinq ans auparavant et intitulée "Le Lieutenant Gustl" l'ayant déjà utilisé, sans que la postérité s'en souvienne autant. Quoi qu'il en soit, ce bref texte est indubitablement de ceux dont on peut affirmer qu'il n'a pas un mot de trop ni qu'un seul manque tant il est ciselé à la manière d'un diamant magnifique. Quant à sa brièveté, elle devrait être gage que tout lecteur un rien curieux prenne un jour la peine de lire ce monument des lettres germaniques et de la littérature mondiale tout court : le temps d'un court voyage en train, en métro et c'est le monde qui s'illumine un peu plus d'intelligence et de grâce autour de son lecteur !
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Annette55
  13 septembre 2021
C'est l'histoire d'une jeune fille intelligente, jeune ,jolie, de la bourgeoisie viennoise , un peu vaniteuse , Else , fille d'un célèbre avocat : le texte a été écrit en 1924…
En vacances en villégiature avec sa tante , dans un palace italien ,elle apprend par une lettre de sa mère que son père ,il vit au - dessus de ses moyens , ruiné à la suite de malversations financières——- il est même au bord du gouffre cette fois ——ne pourra être sauvé du déshonneur que si elle parvient à soutirer à un ancien ami de la famille , le marchand d'art Dorsday, trente mille florins .
Surtout que ce n'est pas la première fois que Dorsday a mis la main au porte- feuille afin de colmater les dettes de son ami …
L'histoire d'Else est fascinante : le lecteur suit ses interrogations, , ses pensées intimes , ses réflexions lors d'un long monologue intérieur , sur une situation délicate qu'elle aimerait tant maîtriser.
L'auteur s'immisce avec brio dans la relation d'Else avec son père , elle le chérit mais se rend compte avec amertume que sauver son père ne pourra que la plonger dans la honte d'elle même .
Très dévouée à son père, pensons à l'époque : elle est tiraillée entre la bienséance et l'envie absolue d'aider sa famille.
Elle passe par tous les états possibles et imaginables : doutes , craintes , sidération , fantasmes , acceptation, désespoir, souffrance rêves ,pulsions de vie , pulsions de mort, folie ….désir de mort …désirée …
Elle apparaît agaçante ,frivole parfois , pathétique….

Le ton est juste : cas de conscience entre l'amour paternel et le propre amour propre d'une jeune fille tiraillée , la rencontre d'une ingénue et le jouisseur pernicieux : le marchand d'art Dorsday.
Un conte cruel éblouissant, tout en tension , moderne à travers des mots forts et des errances désespérées.
Merci aux amis de Babelio de m'avoir fait acheter ce livre, une fois de plus !
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Ambages
  20 octobre 2015
Schnitzler est magistral. Il dissèque avec brio l'esprit de cette jeune fille intelligente, un peu vaniteuse certes, mais surtout dévouée à son père. Nous la suivons dans sa descente en enfer avec émotion. Elle nous livre toute une palette de sentiments au travers de ses réflexions. Je retiens surtout sa solitude. Dans cette bourgeoisie pleine de faux semblants, elle devra assumer seule l'irresponsabilité de ses parents. Ce livre est envoûtant car toutes les tentatives que la narratrice imagine, nous laissent croire qu'une issue est encore possible, et d'un coup de plume _une écriture très moderne_ nous plongeons dans ses doutes, ses craintes, ses peurs. A dix-neuf ans tout est si extrême...
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   28 août 2018
Qui pleurera quand je serai morte ? Que ce serait beau d'être morte. Mon cercueil dans le salon, avec les cierges allumés. De grands cierges. Douze grands cierges. Le corbillard attend en bas. Des gens devant le portail. Quel âge avait-elle ? Seulement dix-neuf ans. Dix neuf ans seulement, c'est vrai? ... Et pensez donc, son père est en prison. Pourquoi s'est-elle suicidée ? Chagrin d'amour, pour un filou. Où allez-vous chercher tout cela !? Elle attendait un enfant. Non, elle a fait une chute du haut du Cimone. Un accident. Bonjour, monsieur Dorsday, vous venez aussi rendre un dernier hommage à la petite Else ? La petite Else, dit cette vieille carne... Pourquoi pas ? Évidemment que je lui rends un dernier hommage, puisque je lui ai aussi rendu le premier outrage. Oh, cela en valait la peine, madame Winawer, jamais je n'ai vu un corps aussi beau. Cela ne m'a coûté que trente millions. Un Ruben coûte le triple. Elle s'est empoisonnée au haschisch. Elle avait envie de quelques belles visions, mais elle en a pris trop, et elle ne s'est pas réveillée.
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Erik35Erik35   29 août 2018
Qu'est-ce que j'attends ? Puisque je suis prête. Le spectacle peut commencer. Ne pas oublier la lettre. Une écriture aristocratique, selon Fred. Au revoir, Else. Tu es belle avec ce manteau. Les Florentines se sont fait peindre ainsi. Leurs portraits sont accrochés dans les Offices. Et c'est un honneur pour elles... On ne se rend pas nécessairement compte avec ce manteau. Sauf les pieds, les pieds. Je vais mettre mes chaussures vernies noires et on pensera que je porte des bas couleur chair. Je traverserai le hall et personne ne se doutera que sous ce manteau il n'y a que moi, que moi. Et puis, il sera toujours temps de remonter...
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Nastasia-BNastasia-B   01 août 2012
- Vous me regardez, Else, comme si j'étais devenu subitement fou. Je le suis un peu, car il émane de vous un charme dont vous semblez inconsciente. Ne sentez-vous pas que ma prière n'a rien d'offensant pour vous ? Oui, c'est une prière même si elle ressemble à s'y méprendre à un chantage. Je ne suis pas un maître chanteur, un homme seulement, un être humain, qui connaît la vie, et qui sait par expérience que tout en ce monde a son prix et que celui qui donne son argent, quand il pourrait le troquer, n'est qu'un pauvre fou. Et ce que je veux acheter, cette fois, Else, quel qu'en soit le prix, vous ne serez pas appauvrie pour me l'avoir vendu. Et cela restera un secret entre vous et moi, je vous le jure, Else, de par tous les charmes que vous dévoilerez devant moi, pour me combler.
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Nastasia-BNastasia-B   16 juillet 2012
Je ne me vends pas ; non, jamais je ne me vendrai. Je me donnerai. À l'homme de mon choix je me donnerai. Me vendre, ah non. Je veux bien être une dévergondée mais pas une putain.
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AmbagesAmbages   19 octobre 2015
De toute façon, je commencerai une autre vie. Nous serons bien obligés, tous ! Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Je vais parler à Papa... si toutefois il en est encore temps. Oui, il sera encore temps. Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? A la maison, on évacue tout avec des plaisanteries, même si personne n'a le coeur à plaisanter. Chacun a peur de l'autre, chacun est seul. Maman est seule parce qu'elle n'est pas assez maligne et qu'elle ne sait rien de personne, ni de moi, ni de Rudi, ni de Papa. Mais elle ne s'en rend pas compte ; Rudi non plus. Il est gentil, il a une certaine élégance, mais à vingt et un ans, il promettait davantage. Ca lui fera du bien de partir en Hollande. Où partirai-je, moi ? J'aimerais voyager et n'en faire qu'à ma tête. Si Papa se sauve en Amérique, je l'accompagne. Je perds la tête... Le portier doit me prendre pour une folle, assise là sur cet accoudoir, à fixer le vide...

p. 34 le livre de poche
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Videos de Arthur Schnitzler (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arthur Schnitzler
« Moi qui ai grandi dans sa ville, dans son univers, j'ai aimé de loin, dès l'éveil de ma conscience, le poète, et j'aime encore plus Arthur Schnitzler depuis qu'il m'a été donné de voir en diverses occasions qu'il avait conservé intactes sa merveilleuse humanité, sa chaleur, sa bonté. […]  […] Schnitzler eut ce destin unique en son genre : son monde lui a été arraché des mains et, nous le savons, de façon irrémédiable, avant qu'il ne se flétrisse, qu'il ne s'épuise. Et il aurait vraiment disparu, disparu à jamais si quelqu'un – lui justement, Arthur Schnitzler – ne l'avait pas fixé, ne nous l'avait pas préservé, s'il n'avait reflété l'esprit, les sentiments de ce monde perdu, emporté dans un tourbillon, s'il ne lui avait donné une existence durable dans ses oeuvres […]. une jeune génération […] aura à son tour la joie d'approuver, de partager notre amour, notre vénération pour cet artiste si grave sous une façade frivole et si profond en dépit de tout son charme. […] » (Stefan Zweig, Hommes et destins, traduit par Hélène Denis-Jeanroy, Éditions le Livre de Poche, 2000)
« Dans la production des aphorismes, Schnitzler (1862-1931) n'est pas un cas isolé en Autriche. […] Tout se passe en fait comme s'il y avait dans le contexte des années 1880-1930 « une école viennoise des aphoristes ». […] le plus précis, le plus clinique […], Schnitzler s'efforce toujours d'être le plus exact possible, ce qui donne parfois à ses aphorismes une longueur inhabituelle. […] » (Pierre Deshusses)
Relations et solitudes 0:00 - 1er aphorisme 0:16 - 2e aphorisme 0:48 - 3e aphorisme 1:07 - 4e aphorisme Politique et guerre 1:22 - 1er aphorisme 1:51 - 2e aphorisme Esprit et religion 2:11 - 1er aphorisme 2:44 - 2e aphorisme 3:02 - 3e aphorisme Observation de l'homme 3:22 - 1er aphorisme 3:43 - 2e aphorisme 4:00 - Générique
Référence bibliographique : Arthur Schnitzler, Relations et Solitudes, Aphorismes, traduction de Peirre Deshusses, Éditions Rivage, 1988
Image d'illustration : https://www.invaluable.com/auction-lot/ferdinand-schmutzer-1870-1928-arthur-schnitzler-v-15-c-04543359ad
Bande sonore originale : Igor Popov - Woman Woman by Igor Popov is licensed under a CC-By license.
Site : https://icones8.fr/music/track/woman--igor-popov
#ArthurSchnitzler #RelationsEtSolitudes #Aphorismes
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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