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EAN : 9782330139261
368 pages
Éditeur : Actes Sud (19/08/2020)
3.46/5   84 notes
Résumé :
Pionnier de la pensée écologique, Adam Thobias est sollicité pour prendre la tête d’une “Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel”. Pas dupe, il tente de transformer ce hochet géopolitique en arme de reconstruction massive. Au cœur du dispositif, il crée le réseau Télémaque, mouvant et hybride, constitué de scientifiques ou d’intuitifs, de spécialistes ou de voyageurs qu’il envoie en missions discrètes, du Pacifique s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
3,46

sur 84 notes

Fandol
  19 septembre 2020
Jubilation, déception, espoir, désenchantement, nouveau départ, le grand vertige, dernier roman de Pierre Ducrozet, est dense, foisonnant d'idées, comme cet auteur l'a déjà démontré dans Eroica et L'invention des corps, les deux romans qui m'ont permis de découvrir un écrivain qui s'affirme au fil du temps.
Sans hésiter, comme dans L'invention des corps, il s'attaque ici à des thèmes très actuels, déterminants pour l'avenir, mais très complexes. Il choisit de se frotter à l'écologie, à l'état de notre planète que nous voyons se dégrader de jour en jour et j'ai beaucoup apprécié ce livre, édité par Actes Sud, découvert dans le cadre des Explorateurs de la Rentrée littéraire 2020 de Lecteurs.com.
Adam Thobias, scientifique de renom mais aussi romancier, a été nommé à la tête de la CICC (Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel). Même si Trump et Poutine ont refusé d'allouer des crédits pour son action, Adam prend son rôle très à coeur et n'est pas décidé à se contenter de gérer un hochet pour faire croire à l'opinion publique que de grandes décisions vont être prises.
Je le constate à nouveau, Pierre Ducrozet allie encore parfaitement le réel et le fictionnel. Alors, il présente un à un les principaux éléments du réseau Télémaque mis en place par Adam Thobias, secondé par Chloé Tavernier : le Canadien Nathan Régnier, star de la microbiologie et de la vie des plantes, Tomas Grøben, spécialiste en recherches sur Google earth, mais surtout June Demany (22 ans) qui fut élevée par Adam, Mia Casals, anthropologue, et Arthur Bailly, photographe. Parmi ces principaux personnages que j'ai croisés dans ce roman, June revêt une importance primordiale, d'abord par les tourments physiques et moraux qu'elle subit, ensuite par le rôle qu'elle joue jusqu'au terme de l'histoire. Elle est jeune et ce monde qui se prépare, c'est celui dans lequel elle va vivre.
En Amazonie, une fameuse plante – voir la superbe couverture du livre – est capable de concentrer l'énergie solaire à un niveau jamais atteint. Elle apporterait des solutions à tous les problèmes d'énergie que l'homme produit en détruisant l'équilibre naturel planétaire.
Il faut rêver pour innover mais surtout ne pas déranger les pouvoirs établis, les lobbys tout puissants et les intérêts financiers. La partie consacrée au pétrole est captivante et édifiante.
Avec cette histoire à la fois utopique et poétique, Pierre Ducrozet effleure parfois le polar mais aussi la fable tout en sachant pertinemment entrer dans l'intime, livrant des portraits attachants. J'ai bien senti aussi qu'il n'aimait pas trop Paris, un peu Berlin et Lyon où il est né, mais beaucoup Barcelone où il vit ou a vécu.
Le grand vertige, titre bien choisi, c'est celui que nous connaissons tous pour peu que nous acceptions d'ouvrir les yeux et que nous entendions ceux qui nous alertent. le changement climatique est en marche et nous en payons chaque jour le prix, même si, aujourd'hui, une pandémie absorbe l'essentiel de nos préoccupations.
Le livre ayant été écrit avant cette grave crise sanitaire, l'auteur ne pouvait pas y faire allusion mais je pense qu'elle contribue au pessimisme que j'ai éprouvé à la lecture des dernières pages.
Il ne faudrait pas que le grand vertige nous entraîne dans l'abîme. Malgré tout, Pierre Ducrozet réussit à me laisser un peu d'espoir en notre espèce humaine dont il retrace habilement et succinctement toute l'évolution, un peu avant la fin du livre.
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Cancie
  06 octobre 2020
Le grand vertige, dernier roman de Pierre Ducrozet nous interpelle doublement. Pouvons-nous encore sauver la planète, est-il encore temps et devons-nous choisir pour cela des moyens radicaux?
Adam Thobias, 65 ans, universitaire, pionnier de la pensée écologique, un génie, reçoit à Brighton, dans sa retraite, l'eurodéputé Carlos Outamendi, autour d'une tasse de thé. Trois semaines plus tard, à Bruxelles, il finit par accepter la proposition de ce dernier qui l'invite à prendre la tête de la CICC, Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel et il déclare alors : "il doit y avoir des mesures politiques, des accords internationaux à respecter, mais nous devons surtout nous réinventer".
Le projet est beau et il est tentant de faire partie d'un groupe d'éclaireurs susceptibles d'avoir une véritable influence sur le cours des choses. Pour le mener à bien, Adam fait appel à des ingénieurs, professeurs, voyageurs, botanistes, architectes, géologues, écrivains qui ont tous un jour collaboré avec lui. Ils formeront le réseau Télémaque. Nous en suivrons certains tout au long du roman, notamment Nathan Régnier, l'une des stars mondiale de la microbiologie, Tomas Grøben, Mia Casal, anthropologue, Arthur Bailly, photographe et June, cette jeune fille un peu paumée qui cherche du sens à sa vie et a connu Adam quand elle était enfant. Ils ont pour tâche entre autre de parcourir la planète, virtuellement sur Google Earth par exemple, pour Tomas, de trouver cette fameuse plante si rare qui pourrait révéler une formule porteuse d'espoir, de localiser les industries polluantes, les lieux où la nature est saccagée, de repérer où passe le gigantesque pipeline qui achemine le pétrole du Moyen-Orient vers la Chine, dans l'enfer vert birman...
En dressant un état du monde et en imaginant une réaction face au changement climatique, qui se révèle être un échec, ceci, dans les années 2017, l'auteur nous amène à réfléchir sur l'urgence écologique et à penser qu'il est peut-être déjà trop tard ... La folie des humains ne détruit-elle pas tout, même les meilleures intentions ?
Le grand vertige, c'est ce sentiment dont nous prenons conscience et que ressentent tous ces personnages auxquels on s'attache très rapidement, devant le gâchis que l'homme a engendré.
Ce roman est une saga écolo-humaniste, où réalité et fiction s'entremêlent, un roman d'aventures très rythmé avec une belle rencontre amoureuse entre Mia et June et dans lequel les enjeux géopolitiques sont plus que présents. La longue digression sur la manière dont le pétrole a complètement bouleversé le cours de l'humanité est magnifique. En contant l'histoire de cet or noir, Pierre Ducrozet dit : "Bientôt, il n'y a plus un recoin des consciences, plus une terre, une ambition qui ne soient irriguées par l'inflammable liquide."
Ce roman est découpé en quatre mouvements conçus pour être dessinés, chacun ayant une couleur et un rythme différents.
C'est un livre qui ne peut pas nous laisser insensible. Il nous ouvre les yeux sur une réalité, hélas très noire dans laquelle les politiques jouent un rôle négatif, toujours prêts à prendre des engagements, mais les laissant vite choir pour de intérêts financiers immédiats, prônant encore et toujours une croissance à tout va. Il paraît de plus en plus utopiste de penser que nous pourrons échapper à notre propre destruction. J'aimerais me tromper...
En lisant le grand vertige qui définit notre monde, un monde où le sol s'ouvre sous nos pieds, on ne peut qu'avoir une vision assez pessimiste de l'avenir même si la fin du roman laisse une petite bouffée d'espérance. Il vaut peut-être mieux ne pas abandonner !
Je ne peux que recommander cet auteur au talent incontestable dont le roman L'invention des corps m'avait particulièrement plu et qui avec le grand vertige confirme l'admiration que j'ai pour lui.

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fbalestas
  13 décembre 2020
Ils sont quelques uns, une poignée, quatre ou cinq, dix, vingt, peut-être trente, guère plus.
Ils ont été recrutés par un certain Adam Thobias, qu'ils sont croisés ici ou là, à l'occasion de leurs études en Angleterre, d'un colloque, ou par d'autres voies encore. Adam est un homme extraordinaire – certains diront génial, d'autres fou – et il a été placé à la tête de la « CICC », soit la « Commission Internationale pour le Changement Climatique, et pour un nouveau contrat naturel » : tout est dans le titre.
Ils sont réunis au coeur d'une vaste entreprise, quelque chose qui pourrait peut-être sauver la planète. Adam est secondé par la sympathique Chloé Tavernier, belge de nationalité, et recrute son équipe.
Ils sont ingénieurs, chercheurs, botanistes, photographes, ou simplement conscients des dangers du changement climatique. Ils doivent observer, raconter, photographier, rendre compte de l'état de la planète, et renvoyer le tout via une application au nom prometteur : Télémaque.
On suit ainsi June, partie loin de chez elle jusqu'à Calcutta, où elle va croiser – par hasard ? – Mia, envoyée par Adam pour la recruter, qui va partir en direction de la Birmanie. Ce ne sera pas une partie de plaisir : l'aventure va tourner au drame.
Mais finalement la jeune June va s'en sortir.
On suit en parallèle, Nathan, un jeune prodige scientifique, parti à la recherche de LA plante qui pourrait tous nous sauver. Mais Nathan souffre d'un mal étrange. Une tâche dans l'oeil, qui grandit et ne disparaît pas. Effet du stress ? Somatisation ? Elle va subitement disparaître alors qu'il va faire une expérience extrême lors d'une plongée sous-marine.
On va aussi suivre un instant Arthur Bailly, le photographe. Qui se fera arrêter parce qu'il fait, sur commande de Adam Thobias, des photographies d'endroits tenu secrets.
Mia et June vont découvrir l'amour des corps. Avec Nathan, ils vont vivre d'amitié. Mais bientôt June repartira pour rejoindre une petite communauté, au pays de nulle part, qui tente d'appliquer tous les principes qu'ils ont listé sur Télémaque.
On y apprend aussi beaucoup de chose à propos du pétrole, de la façon dont il s'est déposé, pendant un temps infini, et ce que les hommes en ont fait, pendant un temps très court à l'échelle de la planète.
Polar ? Fiction ? Fable écologique ? Manifeste collapsologiste ? Dystopie ?
« le grande vertige » est un peu tout à la fois. Et vertigineux, oui, plutôt.
On pense à Richard Powers et à son roman choral « L'Arbre monde ». Ou à d'autres essais liés à la thématique de l'effondrement – Babelio en fournit d'ailleurs de bonnes listes.

J'avais beaucoup aimé « L'invention des corps », son précédent récit, avec le plaisir de découvrir un nouvel auteur, et de lire un récit mené tambour battant. le rythme ici est un peu plus ralenti, et mon intérêt un peu moindre, même si Pierre Ducrozet pose les vraies bonnes questions : y a-t-il une chance d'inverser le cours des choses ? Des hommes et des femmes de bonne volonté peuvent-ils agir et transformer le monde ? Faut-il agir pacifiquement, en informant les populations, ou bien accepter des actes de l'ordre de la désobéissance civile ?
Si le titre n'était pas déjà pris, « le grand vertige » aurait pu s'appeler « Un autre fin du monde est peut-être possible ». Mais pas sûr. Parce que la fin laisse peu d'espoir – juste une lueur.
Mais maintenant, c'est à nous de nous poser les questions que pose ce roman.
Parce que tout ce n'est plus de la fiction : le constat est bien là.
Alors à nous de jouer.
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hcdahlem
  03 septembre 2020
Une équipe de choc pour sauver la planète
Dans le droit fil de ses chroniques pour Libération, Pierre Ducrozet prend le pouls de la planète dans son nouveau roman. le grand vertige retrace le projet fou du «réseau Télémaque», bien décidé à changer le monde.
Face à la montée des revendications et aux craintes de l'opinion sur les questions environnementales, le gouvernement décide d'appuyer la création d'une «Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel». Sollicité pour en prendre la tête, Adam Thobias, qui lutte depuis des décennies pour davantage d'écologie, accepte de relever le défi, même s'il ne semble pas se faire trop d'illusions sur la concrétisation des idées qu'il soumettra aux politiques. Autour de lui, il va rassembler une équipe d'ingénieurs, de professeurs, de voyageurs, de botanistes, d'architectes, de géologues et écrivains d'où émergent quelques personnages haut-en-couleur qui Pierre Ducrozet va nous présenter successivement.
Nathan Régnier, malgré des ennuis de santé récurrents, accepte de se joindre au groupe parce qu'il «est hanté, dès ces jeunes années passées dans les massifs du Labrador, par un mystère. L'organisation en rhizomes des sols, des plantes, des champignons, de l'air, de l'ensemble du vivant et des morts est proprement sidérante, il y a là un mystère et une clef auxquels il sait déjà qu'il devra consacrer son existence».
Mia Casal rejoint fait aussi partie de l'aventure. Anthropologue «post-punk,
écoféministe néo-sorcière», elle est d'une «beauté presque effrayante, des yeux qui vous rentrent dans le crâne, harmonie sévère et mélange mystérieux de gènes qui lui a été légué par une ascendance complexe, père d'Osaka fils d'une Russe et d'un Japonais, mère Brésilienne fille d'un Allemand et d'une Carioca.»
Arrêtons-nous aussi sur June Demany, sa vie faite de familles recomposées, de petits boulots, de grandes révoltes. Un jour, elle prend un avion pour Buenos-Aires où elle a failli se perdre avant de partir pour Ushuaia. «Elle se découvre une montagne de défis: voyager seule, voyager durable, se perdre, se trouver, se ressaisir, ne pas laisser de traces.» Elle se veut libre et renonce à rejoindre l'équipe.
Jusqu'au jour où elle va croiser la route de Mia. Entre les deux jeunes femmes c'est peu de dire que le courant passe. Après une nuit torride, June va se laisser convaincre de faire partie de l'aventure.
Disons enfin un mot sur Tomas Grøben à qui on a confié la mission d'explorer la planète sans bouger de chez lui. Il passe ses journées devant Google Earth à scruter la planète dans ses moindres détails.
Et puis il y a Arthur Bailly, le photographe. « Il dit qu'il est là pour ça. Il observe tout ce qu'on ne voit pas, toutes les misères et les flux qu'on s'échange pour deux sacs, toutes les têtes qui tombent en arrière, les quartiers des vagues à l'âme et des regards absents, les mains qui se tendent et prennent, il voit ce qui s'y échange, quelques grammes d'infini, la mer noire derrière, tous les petits trafics sans nom et les rêves qu'on garde serrés dans la paume.»
Pierre Ducrozet a construit son roman en détaillant d'abord l'équipe du projet avant de passer aux missions qu'Adam Thobias leur confie, tout en restant vague sur la finalité des tâches confiées aux uns et aux autres. Une série de photos à faire pour Arthur, une plante, l'Echomocobo, dont l'étude est confiée à Nathan, l'étude du trajet d'un nouvel oléoduc qui passe en Birmanie pour Mia, accompagnée de June.
Au fur et à mesure que les choses se précisent, le récit gagne en densité. Au projet écologique un peu vague du début - enfin changer le monde - viennent se greffer les services secrets et les grandes manoeuvres géopolitiques. La dimension globale du projet commence à inquiéter, les fouineurs à devenir gênants. En retraçant la grande histoire de l'or noir, on découvre aussi combien cette matière première a charrié de convoitises, de guerres, de coups bas. le tout débouchant sur "un bordel international, état d'alerte maximum".
De la fable écologique, on bascule dans le roman noir mêlé d'espionnage, le tout agrémenté de machinations politiques pour s'assurer la mainmise sur les matières premières. Un combat de coqs qui «font avancer les choses vers leur inévitable cours, celui de la bêtise et de la destruction».
Et alors qu'Adam dévoile son vrai visage et le réel but de son «Réseau Télémaque», l'équipe découvre qu'elle a été manipulée. L'épilogue de cette géopolitique de l'écologie vous surprendra sans doute. Mais Pierre Ducrozet aura ainsi réussi haut la main son pari: vous faire réfléchir aux enjeux qui vont déterminer l'avenir de la planète et celui des générations futures.

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Litteraflure
  15 octobre 2020
L'accumulation des ressources a façonné l'histoire du monde : le charbon au XIXième siècle et le pétrole au XXième (une magnifique épopée racontée pages 137-154 – ça vaut « La face cachée du pétrole » d'Éric Laurent). Et au XXIième ? le lithium ! La Bolivie peut commencer à trembler (Elon Musk a dit qu'il était prêt au coup d'état, si nécessaire). Il faut présager le pire car un des grands enjeux de demain, c'est l'exploitation et le stockage de l'énergie « propre ». Pierre Ducrozet pose la question avec son roman : les hommes joindront-ils leurs forces pour garantir l'avenir du plus grand nombre ? Votre tendance à répondre oui ou non déterminera votre caractère : optimiste ou pessimiste.
Mais à la lecture du Grand Vertige, on verra le verre à moitié vide. L'appât du gain freine les ardeurs écologiques. Pourtant, le désir d'une ère nouvelle est fort : « Elle voudrait trouver une manière d'être au monde qui ne soit ni prédatrice, ni autoritaire, ni arrogante ». On retrouve le thème cher à Michel Serres (p191) et qu'il avait développé dès 1990 dans son livre « le contrat naturel » : l'homme a désormais la capacité de scier la branche sur laquelle il a niché.
Personne n'écoute, on désespère… cette envie de tout faire péter, de tout réinventer, comme au premier jour : « Sur ces bâtiments détruits ou simplement mis hors d'usage, nous pourrions bâtir quelque chose de neuf ».
Le salut pourrait venir d'une invention, d'une plante qui mange le soleil par exemple, mais pourquoi toujours souhaiter la rupture technologique alors qu'il suffirait de s'inscrire dans le mouvement du monde. Se fondre dans le décor, au lieu d'y foncer.
On pourra regretter quelques facilités dans l'intrigue, quelques largesses dans l'action (comme dans un James Bond). Une broutille au regard du plaisir de lecture procuré par ce roman. On voyage, on s'instruit, on réfléchit, et on passe un excellent moment.
Bilan : 🌹🌹
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critiques presse (4)
Liberation   07 décembre 2020
Une fiction écologiste qui invente une autre lutte face à l’urgence climatique.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeSoir   23 novembre 2020
Pierre Ducrozet parcourt le globe en quatre mouvements et une aube qui sont les chapitres de son nouveau roman, «Le grand vertige».
Lire la critique sur le site : LeSoir
LePoint   10 novembre 2020
Après s'être interrogé sur notre manière d'habiter nos corps dans L'Invention des corps, c'est avec une saisissante maîtrise du mouvement, du défilement, de la vitesse, et du vertige, que Ducrozet s'attaque à notre façon d'habiter le monde.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeFigaro   17 septembre 2020
Le Grand Vertige est un roman d’action dont le rythme chaloupé et haletant magnifie les corps en mouvement [...], un roman de combat dont les personnages sont habités par une intranquillité tragique [...]. C’est aussi un cri d’alerte qui semble venir du fond des âges.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (91) Voir plus Ajouter une citation
CancieCancie   07 octobre 2020
Le gouvernement et les entreprises françaises découvrent par ailleurs avec bonheur que la transition écologique réclamée partout est surtout une merveilleuse manière de faire du blé. Les opportunités sont infinies : voitures électriques, biomasse, carburants neutres, industries vertes, tourisme vert, tous les secteurs doivent se racheter une éthique, des pratiques, et c'est une fabuleuse occasion de créer des emplois, de relancer l'économie et un système à bout de souffle. Si on verdit un peu, on regagne la confiance des consommateurs, on recommence à produire "comme au bon vieux temps", on flingue toujours le monde mais dans une bonne humeur retrouvée. La société peut recommencer à tourner. L'avenir s'annonce radieux.
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hcdahlemhcdahlem   03 septembre 2020
INCIPIT
1er mouvement
Adam Thobias a indiqué à Carlos Outamendi le fauteuil rouge à franges. Dans les deux tasses il a versé du thé qu’ils ont bu en silence. On entend des gouttes d’eau qui tombent dans le puits, quelques tuiles qui craquent. L’eurodéputé est arrivé ce matin à Brighton dans la retraite d’Adam Thobias pour essayer de l’en sortir. Un peu plus de thé ? Avec plaisir. On parle de la lumière, bien pâle à cette époque de l’année, et des canards qui aiment poser leurs becs sur le réservoir d’eau. Outamendi, après une première attaque, trop discrète, revient à la charge sur le côté, vous savez, c’est une opportunité historique, il y aura des moyens importants, une grande marge de manœuvre. Adam Thobias, les deux mains reposant sur les accoudoirs en velours, le corps long et las perdu entre les étagères en bois brut de la bibliothèque, regarde l’eurodéputé d’un air étrange dans lequel flotte de la circonspection, mais aussi, peut-être, de l’indifférence. Celui que je préfère, c’est le petit, là-bas, dit Thobias en pointant du doigt la bande de canards. Il ne sait pas, il ne sait rien, il cancane quand même. Il glisse son bec dans le puits pour tenter de boire. Bientôt, il comprendra. Outamendi boit une nouvelle gorgée de cet earl grey haute cuvée. Il a la vessie qui va exploser mais il faut qu’il tienne. Pendant un moment, le maître des lieux a semblé vaciller. Mais il s’est ressaisi et étudie à présent la baie vitrée qui s’ouvre sur un jardin triste et humide ponctué de statues mousseuses et de bégonias presque partis déjà. Une demi-heure plus tard, alors qu’ils évoquent les derniers remous au Parlement européen, Thobias dit oui, au détour d’une phrase, de sa voix grave et lointaine, sans rien ajouter mais Outamendi comprend. Est-ce l’aspect nouveau du projet qui l’a convaincu, ou bien l’enveloppe allouée – il n’en dira rien.
Et c’est un long oiseau ébouriffé, aux cheveux encore abondants malgré ses soixante-cinq ans, qui débarque trois semaines plus tard, la tête légèrement inclinée, les yeux bleus perçants, dans la grande bâtisse à moitié flinguée de la rue du Vallon, dans le centre de Bruxelles. Trois étages, des bruits de pas émis par une cinquantaine de jambes, des Mac tout juste sortis de leurs étuis, des classeurs, des cartes, des documents étalés partout. On est pleins d’idées, de projets, d’ardeur, comme au début d’une histoire d’amour.
Le nouveau bateau, dont Adam Thobias prend les commandes, porte le sigle de CICC, Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel – CICCNCN, c’était à peu près imprononçable, on a décidé à l’unanimité de raccourcir. Une centaine de gouvernements (à l’exception notable, quoique attendue, des États-Unis de Donald Trump et de la Russie de Vladimir Poutine), d’instances internationales (principalement l’ONU, l’Union européenne et la Banque mondiale) lui ont accordé des crédits : 120 milliards en tout pour aborder le défi bio-écologique depuis un autre versant que les politiques publiques, jusqu’à présent parfaitement inefficaces.
Quelque chose est en train de se passer. Il aura fallu une suite de catastrophes, incendies, épidémies, disparition d’écosystèmes et fonte des glaces pour qu’un spectaculaire revirement s’opère. Chloé Tavernier a bien senti le vent tourner. Militante de longue date, elle s’était jusqu’alors heurtée à un mur d’indifférence et de mépris, ah ouais t’aimes les arbres et les vaches, génial, mais en 2016 quelque chose s’est débloqué et alors tout est allé très vite sous la pression d’une nouvelle vague, vive et déjà exaspérée, portant l’agneau sacrifié par leurs parents. À moins que ce ne soit tout simplement la folle température qui brûla les peaux, cet été-là, et réveilla les cerveaux endormis. Cela déboucha, autre surprise, sur la création de cette organisation entièrement consacrée à la réinvention d’un pacte naturel. Lorsqu’on proposa à Chloé Tavernier de faire partie de l’équipe, elle esquissa dans son salon de la rue des Rigoles à Paris le pas de zouk des grands jours.
— Et qui va prendre la tête de la commission ?
Elle espérait, comme tous, que l’homme ayant mené le combat pendant quarante ans rejoigne l’aven¬ture, mais il s’était semble-t-il éloigné des affaires, fatigué de ne rien voir venir.
— Si je viens, en revanche, avait finalement soufflé Adam Thobias à Carlos Outamendi en lui serrant la main devant le seuil pavoisé de sa maison, ce ne sera pas pour le plaisir de la balade.
Et il n’avait pas menti ; attrapant sa baguette, il donna aussitôt le tempo, suivi par ses vingt-quatre collaborateurs venus du monde entier.
En réalité, Adam Thobias a accepté à une condition. La création d’une entité à part, à l’intérieur de la commission, constituée de “spécialistes chargés de missions”.
— Qui serait comme le bras armé du reste, avait-il expliqué autour de la table de réunion. On envoie des gens enquêter partout dans le monde. Il faut ça si on veut réussir. On peut bien s’enfermer à Bruxelles pour imaginer le futur, si on n’a pas le présent ça ne servira à rien.
Les têtes autour de lui, tout à leur joie d’avoir at¬¬trapé le gros poisson dans leur escarcelle, opinèrent longuement.
— Ils seront environ une cinquantaine, a continué Adam. On les choisit ensemble, il nous faut les meilleurs. Des scientifiques, des géographes, des anthropologues, des voyageurs. Pour qu’ils nous apportent quelque chose, ils doivent être un peu hors normes, si on prend les spécialistes typiques ils vont nous ressortir les mêmes âneries que d’habitude. Ils seront chargés de recenser tout ce qui se tente, de nous dresser un état des lieux mondial mais aussi d’imaginer ce qui pourrait se faire, et ce dans tous les domaines qui nous intéressent, énergie, évolution des territoires, biodiversité, mobilité.
Chloé Tavernier, assise à la droite d’Adam Thobias, essaie depuis plusieurs jours de déceler ce qui se cache derrière cette voix traînante, laquelle passe tour à tour sur elle comme un baume ou du papier de verre. Elle entend de la détermination, de la folie, de l’humour sec, de la sagesse, de l’arrogance peut-être ; elle entend à peu près tout et son contraire.
— Nous communiquerons avec les membres de cette équipe sur un réseau fermé. Le groupe Télémaque, j’ai pensé qu’on pourrait l’appeler comme ça. C’est un peu les mêmes aventures qui les atten¬dent. Qui veut s’en occuper avec moi ?
Plusieurs personnes lèvent la main.
— Vous deux, là, et vous aussi.
Sous la table, Chloé serre le poing de joie.
— Vous en pensez quoi, vous ? demande au même moment, à Paris, le ministre français de l’Environnement à sa directrice de cabinet.
— De la nouvelle commission ? Oh c’est bien, c’est très très bien, dit-elle. Et surtout, ça nous fout un peu la paix.
— Ah bon ? dit le ministre en touillant son café.
— L’opinion publique est à cran, ça commence à devenir compliqué, continue la directrice de cabinet, qui se sent plutôt en forme aujourd’hui. Les gens n’ont que les mots climat et réchauffement à la bouche. Si cette commission pouvait les calmer, ce serait parfait.
— Et pendant ce temps ?
— On laisse venir, dit-elle. Et on fait passer la réforme des retraites.
— C’est brillant, dit le ministre en se brûlant la langue.
Adam Thobias déplace sa carcasse dans l’immense open space ceinturé de moquette bleue et de plaques en métal. Il a trouvé un appartement tout en boiseries XIXe juste à côté, dans la rue Clos-du-Parnasse. Il y a posé ses deux valises, pas grand-chose, des fringues, quelques livres. Sa femme Caroline devrait le rejoindre bientôt.
Non seulement tout le monde ici connaît le parcours et l’œuvre d’Adam Thobias, mais il est, pour plusieurs, à l’origine de leur vocation. Né à Paris en 1952 d’un couple franco-anglais, il étudie la géographie à la Sorbonne avant de devenir professeur à Oxford. Au milieu des années 1970, ses articles sur le réchauffement climatique, terme encore inconnu à l’époque, lui valent l’intérêt de ses pairs et la circonspection des étudiants, étonnés de voir l’honorable professeur se fourvoyer dans l’impure actualité.
On perd sa trace pendant quelques années, il se plonge visiblement dans l’étude – puis on le retrouve au bout du monde, en Alaska, en Sibérie, au Zimbabwe, d’où il envoie régulièrement des romans d’aventures mâtinés de science bon marché que l’on s’arrache en Europe et aux États-Unis. Il devient Adam Thobias le romancier à chapeau, qui ne cesse par ailleurs d’alerter la communauté internationale des changements visibles partout dans la biodiversité.
Il s’installe, au début des années 1990, aux États-Unis, et participe à la grande opération Medea lancée par le vice-président Al Gore. Le projet est à la fois simple et impossible : mettre à disposition de la communauté scientifique quarante-quatre années de photographies du globe terrestre réalisées par les aérospatiales américaine et russe sous le contrôle des services secrets. Pendant ces quatre décennies de guerre froide, des satellites ont photographié sans trêve l’ensemble du territoire, et en particulier les secteurs d’activité adverse, depuis le pôle Nord, où les sous-marins russes ne cessent d’entrer et de sortir, jusqu’aux recoins du Pacifique sud ou du delta du Mozambique. Ces millions de photographies du ciel seraient une ressource phénoménale pour les géologues, les biologistes et les physiciens dans leurs recherches autour du changement climatique. Al Gore et son équipe parviennent à leurs fins : la CIA et le KGB acceptent de collaborer ; la guerre froide est définitivement enterrée.
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fbalestasfbalestas   14 décembre 2020
Il est 15h20, ce 25 octobre 2017, à vingt-trois kilomètres à l’est des côtes de Shangaï, et, dans ce bouillon glacé de la mer de Chine, Nathan brusquement voit.
Pour la première fois de sa courte existence tous les instants de sa vie passée, présenter et future se trouvent réunis en un seul. Il comprend quelque chose de si large et profond qu’il ne peut pas le nommer. Submergé par la puissance de la vision, il se dit qu’il est peut-être surtout en train de faire un AVC. Oui, c’est ça, le sang ne doit plus affluer dans son cerveau, il se sent partir, il ne peut plus respirer : tout son corps se contracte, il devient en quelques secondes un bloc de marbre impossible à déplacer en chute libre vers le fond. Il halète, l’eau se transforme en muraille. Il se tourne vers son accompagnateur, plongeur professionnel qui lui fait signe de se détendre, tout va bien, c’est parfaitement normal. Nathan parvient à se calmer en fermant les yeux et en visualisant l’air qui rentre et sort, rentre et sort, rentre et sort : sa respiration reprend un cours plus normal.
(…) Nathan a alors, devant les poissons Napoléon amochés, une vision qui prend la taille du monde. Ce qu’il sait depuis longtemps s’incarne pour la première fois : tout se meut dans tout, éternellement. L’air se meut dans l’espace qui se meut dans le temps, la plante crée l’atmosphère dont se nourrit le vivant : animaux, bactéries et humains. Personnes ne vient rompre ce grand tout.
S’il y a bien ruptures, luttes, virages, rien ni personne ne parvient à rompre la logique ni le mouvement.
Si : l’homme seulement, Nathan le saisit alors parfaitement. L’être est parvenu à rassembler une telle force entre ses mains – une force unique dans l’histoire, qu’aucun élément naturel n’avais jusqu’alors acquise – qu’il a réussi à rompre unilatéralement cette loi pourtant universelle.
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CancieCancie   07 octobre 2020
Je ne dis pas que nous sommes innocents. Nous sommes tous complices et acteurs de ce système que nous perpétuons chaque jour par nos actes, nos faiblesses, nos compromissions. cela dit, les régimes politiques et économiques sont toujours, au départ, le fruit d'une décision d'une minorité de personnes, d'une révolution technique, d'un changement social. Ensuite le reste de la population fait le choix de suivre ou pas. Dans notre cas, nous avons tous sauté à pieds joints dans ce monde d'abondance et de plaisirs - on aurait été bien fous de ne pas le faire. Nous avons maintenant les deux pieds coincés dedans jusqu'à la base.
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hcdahlemhcdahlem   03 septembre 2020
Mia a trente-trois ans, des cheveux blond vif décolorés, coiffés en crête, un visage d’une beauté presque effrayante, des yeux qui vous rentrent dans le crâne, harmonie sévère et mélange mystérieux de gènes (on lui aura tout dit, toi t’es une Jap, on voit bien ton sang arabe, c’est la Latine qui bout en toi, y a que les Scandinaves pour être aussi dures), qui lui a été légué par une ascendance complexe, père d’Osaka fils d’une Russe et d’un Japonais, mère Brésilienne fille d’un Allemand et d’une Carioca. Elle déplace son corps effilé comme elle ferait autre chose. Elle a des taches brunes aux pommettes et elle danse comme personne la techno et la mazurka.
Les gens dans la rue se retournent au passage de cet étonnant visage androgyne, sorte de masque aux yeux tirés et aux larges joues.
Elle fume ce soir un montecristo sur un toit du quartier de Gràcia, à Barcelone. Ses potes Alex et Carlota l’ont invitée pour un festin qui s’achève en volutes dans le ciel. Elle attrape son verre de rouge, sa main tangue. p. 38
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Vidéo de Pierre Ducrozet
"Je suis au monde" nous invite à un grand tour du monde pour observer les phénomènes, les mystères, les changements, pour nous immerger dans l'océan et nous perdre dans la forêt, pour approcher la banquise et nous promener dans la ville. Pour comprendre comment nous aussi appartenons au monde.
Un album-documentaire signé Julieta Cánepa & Pierre Ducrozet, illustré par Stéphane Kiehl. ACTES SUD junior, mars 2021 (dès 9 ans).
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