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ISBN : 2020308959
Éditeur : Seuil (07/11/1996)

Note moyenne : 4.31/5 (sur 535 notes)
Résumé :
A coup sûr, le premier des Pibrac n'avait pas la vocation.
Si le seigneur de Bellerocaille, dans l'Aveyron, n'avait eu prestement besoin d'un exécuteur, si Pibrac n'avait eu à choisir entre cet état et les galères, nul doute qui lui même et sa descendance n'eussent point arboré la devise de ceux qu'on nomme familièrement les " bourreaux " : Dieu et nous seuls pouvons.
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
Cricri124
  09 avril 2018
Dieu et nous seuls pouvons !
Nous, c'est la dynastie des Pibrac.
Sept générations d'exécuteurs des hautes oeuvres qui ont officiés dans l'Aveyron du 17ème siècle au début du 20ème siècle.
Le bras armé de la Justice commissionné pour décapiter, pendre, bruler, rouer...
Une lignée de bourreaux de père en fils.
Ca aurait pu être une histoire vraie...
C'est parfois glaçant, certaines scènes sont très dures, tant dans les crimes commis que dans le rituel d'exécution des peines, mais c'est aussi tempéré, pour ne pas dire illuminé, par un humour noir savamment distillé et par un vocabulaire joliment bigarré qui nous transporte au coeur des époques, et ça c'est truculent! Même en compagnie de bourreaux :)
J'ai particulièrement aimé me retrouver au 17ème siècle au côté de celui qui va devenir l'ancêtre fondateur de la dynastie Pibrac, Justinien 1er (bin oui, il faut bien le différencier des autres Justinien qui vont suivre). Âgé d'une vingtaine d'années, un peu candide, un peu voleur, un peu amoureux aussi, il n'avait pourtant pas le profil de l'emploi. Mais y a-t-il vraiment un profil? C'est son parcours que nous découvrons dans la première partie. Un regret cependant: on passe de 1686 aux années 1900, du premier au septième de la lignée, comme le couperet d'une guillotine! Pas que le parcours du septième, et ses descendants, soit inintéressant. Au contraire, la vision du bourrel (comme le désigne les villageois) y est sans doute encore plus édifiante. Mais la transition, ou plutôt l'absence de transition, est assez déstabilisante. Je suis au final restée sur ma faim, l'imagination un peu étouffée dans l'oeuf.
Malgré cette petite déception, ce récit n'en demeure pas moins captivant avec des personnages hauts en couleur. J'ai apprécié le style de l'auteur qui permet de garder une certaine distance tout en nous maintenant les pieds dans le purin ! Tour à tour drôle et cruel, et avec une précision affutée, il met en exergue 'les coulisses' de cette profession, assez méconnue finalement, les traditions et superstitions qui l'entourent, le mépris et la crainte suscités par les bourreaux, les relations avec la population locale, avec la famille, avec la confrérie des bourreaux, une vie en marge de la société. Une bien belle découverte qui pourrait en estourbir plus d'un!
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kateginger63
  10 août 2018
"Dieu et nous seuls pouvons" ceci est la devise des Pibrac.
Mais qui sont-ils? Pour cela il faudra commencer par le fondateur, le 1er du nom. L'histoire s'ouvre donc par un meurtre. Un crime terrible qui s'abat sur la douce terre en Aveyron, au 17ème siècle.
On retrouve le coupable. Qui doit commuer sa peine. Mais dans la ville, personne ne veut le punir et commettre le péché mortel, celui de donner la mort.
Dans cette époque superstitieuse et très catholique, il n'y a que Dieu.....et un bourreau qui puisse tuer pour la justice. Trouvons un bourreau parmi les prisonniers, pardi!
IL est tout trouvé bé ! C'est Justinien Trouvé, un jeune homme un peu candide et maladroit, au nez en bois. Il n'a pas le choix, sinon il devra aller aux galères.
Le voilà donc bourreau commis d'office. Avec des avantages en nature et surtout des inconvénients (on se signe sur son passage, "il doit converser avec le diable", résider hors de la ville, porter uniquement du rouge...).
Mais Justinien s'en sortira avec panache et ingéniosité pour bâtir un empire puisqu'on retrouve ses descendants aisés sept générations plus tard.
*
Fin XIX ème siècle, voilà son 7ème descendant, dans le manoir originel, au chômage. En France, la profession de bourreau est abolie dans les campagnes. Mais cet ultime descendant n'a pas dit son dernier mot.
*
Un récit historique et bien sûr romancé qui ne manque pas de charme. Avec une plume agréable et d'humour noir , l'auteur a réussi le pari de nous faire (presque!) aimer les bourreaux. C'est rustique, c'est brut. On se prend d'affection pour les personnages. Ils sont si excentriques quelquefois.
Le récit est scindé en deux parties. J'ai largement préféré la première avec la genèse des Pibrac. En vieille langue française qui m'a immergé complètement dans cette période effroyable où la barbarie n'est pas un vain mot.
J'aurais peut-être voulu connaître les histoires des autres descendants notamment le 3ème, l'inventeur de plusieurs "outils de torture".
Une parenthèse historique et instructive des plus délicieuses !
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Luniver
  14 janvier 2014
La situation est embarrassante pour le baron de Bellerocaille : il a condamné à mort, comme il se doit, un cuisinier coupable d'un meurtre particulièrement atroce, mais il n'y a aucun bourreau à l'horizon, tous sont retenus ailleurs ou retardés par des brigands de grand chemin. La populace gronde, une solution de rechange devient urgente.
Justinien saisira l'occasion : condamné aux galères jusqu'à ce que mort s'ensuive pour avoir cru sur parole les jolis yeux d'une saltimbanque, il choisit d'apprendre sur le tas le métier de bourreau en échange de sa grâce. Les débuts dans le métier sont difficiles, l'ostracisme social qui accompagne tout ceux qui travaillent un peu trop près de la mort est ressenti comme une injustice. Mais Justinien ne manque pas de ressources, et découvre que les préjugés, quand on les manie bien, peuvent se retourner contre ceux qui les possèdent.
La seconde partie du roman se déroule sept générations plus tard : Justinien a fondé une véritable dynastie de bourreaux, chaque père transmettant ses secrets à son fils aîné. Autant dire que la population ne peut pas grand chose contre cent cinquante ans d'expérience dans la manipulation des superstitions. L'horizon s'obscurcit pourtant pour la famille : les décrets s'accumulent pour la limitation des condamnations à mort, et son abolition pure et simple n'est plus très loin. Mais les Pibrac ne se rendront pas sans un dernier baroud d'honneur.
Un roman historique sur les bourreaux avait déjà tout pour me plaire, réussir à y mêler en plus un humour délicieusement noir est juste jubilatoire ! Les personnages sont très charismatiques, et l'auteur parvient à retourner des situations macabres en mortifiant les gens qui les ont provoquées. Devoir laisser Justinien pour aller observer sa descendance est un peu difficile sur le coup, tant l'envie est grande de prolonger l'aventure avec lui. Ceci dit, les arrières-arrières-arrières-petits-fils ne manquent pas non plus d'intérêt. Tout acquis à leur cause, on se surprend, l'espace d'un instant, à s'indigner aussi contre la disparition de la guillotine sur la place publique.
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Bruidelo
  20 février 2019
D'accord, bourreau, ce n'est pas le métier qui vous fait rêver. Mais si, comme à Justinien Trouvé, on ne vous laissait le choix qu'entre devenir galérien ou exécuteur des hautes oeuvres...
Drôle de saga familiale donc, qui nous conte l'histoire d'une dynastie de bourreaux. le sujet pourrait être assez pesant, mais en même temps c'est plutôt drôle, parfois savoureux, il y a de la malice, de l'humour qui introduisent une certaine forme de légèreté. Même l'horrible crime qui ouvre le roman est narré de telle sorte qu'on se retrouve à esquisser un sourire malgré l'atrocité.
Ce bon roman historique, prenant, nous fait découvrir l'étrange condition de bourreaux, à la fois parias et nantis, en s'attachant surtout aux périodes de la fin XVIIème et tout début XXème. J'ai appris plein de choses et c'était bien intéressant.
Merci Bobby_The_Rasta_Lama de m'avoir fait découvrir cet auteur!
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Arakasi
  06 juillet 2016
« Dieu et nous seuls pouvons. » Tel est la devise des Pibrac, transmise glorieusement de père en fils et de bourreau en bourreau depuis que leur ancêtre, Justinien 1er, est devenu exécuteur de la baronnie de Bellorocaille au XVIIe siècle. Il était pourtant loin d'avoir la vocation, le Justinien… Enfui de chez lui à dix-sept ans, il a atterri dans les geôles de Bellorocaille suite à une erreur judicaire. Condamné aux galères, il a dû faire face un choix cruel : partir suer sous les tropiques ou rouer un malheureux en place publique. En effet, un cuisinier coupable d'infanticide devait être exécuté mais le bourreau du voisinage était malade et ne pouvait se déplacer. Justinien, soucieux de conserver sa bonne santé, accepta le travail et s'en acquitta avec tant de bonne volonté et de sens du spectacle – qualités nécessaires à tout bon exécuteur qui se respecte – que le baron Boutefeux lui offrit le poste permanent.
Ce métier, il le transmettra à son fils, à son petit-fils, puis à son arrière-petit-fils jusqu'à que le nom des Pibrac soit devenu dans toute la région synonyme de pouvoir et de terreur. Jusqu'au jour fatal où, à la fin du XIXe siècle, le métier de bourreau de campagne est aboli, mettant au chômage le dernier Pibrac, Hyppolite dit « le septième ». Mais le vieil exécuteur n'a pas encore dit son dernier mot et réserve à ses contemporains quelques dernières et morbides surprises !
Voici un roman aussi original que sympathique ! Ecrit dans une langue truculente pleine de verve et d'humour noir, il nous plonge dans un Moyen-âge à la fois réaliste – avec sa boue, ses paysans crasseux, ses nobles arrogants et ses exécutions publiques – et délicieusement déluré. On se lie très facilement d'affection aux membres de la famille Pibrac, tous plus rusés, excentriques et grande gueule les uns que les autres, au point de ne les abandonner qu'à regret une fois la partie du récit qui leur est consacrée terminée. Les esprits morbides se délecteront de tous les petits détails sur la profession de bourreau que l'on apprend au passage, de la meilleure façon d'entretenir une guillotine à celle de rouer avec style son prochain. Outre son aspect picaresque, le récit aborde aussi, l'air de rien, des thématiques très intéressantes comme la puissance des préjugés et de la superstition, la fascination de la foule pour la mort et la soif de vengeance. le tout donne un petit livre tout à fait savoureux et qui laisse même une impression de trop peu : on aurait voulu en savoir plus sur toutes les générations de Pibrac entre Justinien 1er et le vieil Hyppolite ! Et un auteur à qui je ne manquerai pas de rendre à nouveau visite.
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Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   09 janvier 2014
— Voilà qui est fâcheux, Monseigneur. Vous n’avez donc rien rapporté de la Terre sainte ? Aucun trésor, pas une seule relique ? s’étonna le banquier.
Béranger soupira : sa mère et son frère lui avaient posé la même question.
— Non, rien.

Il revit tous ces insolents gardes-babouches qui harcelaient les croisés autour de la mosquée du Berceau, du mont des Oliviers ou du Saint Sépulcre, colportant toutes sortes de reliques. Ce rustre de Gauthier Fendard faisait fortune depuis qu’il avait ramené le prépuce du petit Jésus et l’exposait dans une chapelle. « Si j’avais su », regretta-t-il amèrement en songeant à cette fiole de verre soufflé contenant trente-trois gouttes du lait de Marie qu’on lui avait proposée pour un demi-besant seulement. Et que penser de ce gros morceau de la Vraie Croix et du clou de bronze encore fiché dedans et taché de sang séché ? Son authenticité était garantie par le vendeur qui lui avait affirmé qu’à l’époque ses descendants possédaient un négoce d’huile d’olive sur le Golgotha et qu’ainsi, une nuit, après le crucifiement...

Béranger n’en avait pas voulu et c’était Bohémond qui l’avait acheté, recevant en prime la pierre de David qui avait occis Goliath. Et comment ne pas envier Baudoin de Boulogne, le frère de Godefroi de Bouillon, à qui tout réussissait depuis qu’il s’était offert une écaille ayant appartenu au seul poisson sur le dos duquel Jésus avait marché par mégarde lors de sa traversée pédestre du lac de Tibériade ? Ne venait-il pas de se faire oindre roi de Jérusalem ? Hélas !
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Cricri124Cricri124   24 mars 2018
Le front bas du baron Raoul se plissa sous sa perruque poudrée. Ses yeux sombres fortement encavés dans leurs orbites brillèrent méchamment.

Pour lui il ne faisait aucun doute que la diffamation était à l’esprit ce que l’empoisonnement était au corps. Pis même puisqu’il était bien plus commode de colporter un propos trucidant l’honneur d’un honnête homme que de lui faire ingurgiter une potion assassine. Aussi, tenant compte du fait qu’il n’existait point d’antidote contre la calomnie alors qu’il en savait plusieurs contre les poisons, le baron dit :

— Assurez-vous de ces médisants et percez-leur la langue !

Puis on en revint au problème initial : où trouver un bourreau rapidement ?
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LuniverLuniver   15 janvier 2014
S’approchant du commissaire Delguay qu’il connaissait bien, Anatole sortit son palmarès, un carnet aux pages numérotées, et dit :
— Je sais qu’elle a tué son père, mais j’en ignore les motifs, je n’ai pas suivi l’affaire.
Le commissaire ne se fit pas prier. Il connaissait la coutume des exécuteurs et la respectait : lui-même tenait un compte détaillé de toutes ses arrestations et comptait le publier un jour.
— Il était grabataire, elle l’a étouffé durant son sommeil. Elle n’a jamais voulu dire pourquoi.
— Quelle est l’arme du crime ?
Delguay eut un rire sec.
— Je me demande ce que vous allez inscrire, monsieur Deiler, quand vous saurez qu’elle s’est assise sur son visage.
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Cricri124Cricri124   25 mars 2018
— On vous a seriné sur tous les tons qu’il était devenu indécent chez les honnêtes gens de cracher ainsi…, dit la baronne Irène à son fils. Il en est de même pour votre odieuse manie de vous moucher dans vos doigts tel le dernier des rustres. Allez-vous donc un jour user de tous ces mouchoirs que je vous ai baillés ?
— Par mon cap ! s’emporta le baron, cognant sur la table de son poing fermé, de quel extraordinaire privilège bénéficie donc ce sale excrément pour que vous lui réserviez un beau linge fin et brodé pour le recevoir ? Et même pour l’y empaqueter et le serrer tendrement contre vous ? Jamais, Madame, jamais !
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LuniverLuniver   13 janvier 2014
— Hum..., fit sobrement Malzac. Sous quelle forme cette « tradition » vous a-t-elle été inculquée ?
— Comme à l’école. Avec des leçons à apprendre par cœur, des devoirs à rendre, des exercices pratiques.
— Pratiques, mais encore ?
— C’est que... je ne sais plus, il y a si longtemps. Voyons... Bon, par exemple, le jour de mes sept ans, j’ai dû décapiter ma première chèvre. Je n’y suis pas arrivé, ç’a été une vraie boucherie. J’ai eu 0 sur 20.
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