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ISBN : 2714302610
Éditeur : José Corti (01/08/1989)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 60 notes)
Résumé :
Trois récits composent ce volume :

"La route" (avait été publié par André Dalmas dans "Le Nouveau Commerce", cahier 2, automne-hiver 1963, p. 7-23). Dans ce court texte, "La Route", Julien Gracq signe une dérive onirique, sur décor de catastrophe et de civilisation – on pense au "Rivage des Syrtes" ou au "Désert des Tartares" de Buzzati – au cœur de ce sentiment d’amarres larguées qui est partout sa force et son objet romanesque. [Revue 303]
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
ninamarijo
  31 mai 2018
Ce livre est composé de trois textes : La Route,
La Presqu'île et le Roi Cophetua
J'ai pris l'option de vous donner un aperçu et mes impressions sur un texte, « La Route » qui m'a enchanté. C'est vrai que la lecture des récits de Julien Gracq n'est pas aisée (longueur et constructions des phrases). Si j'ai choisi ce texte c'est dans le but d'éveiller votre curiosité et de vous pousser à pénétrer dans son univers, bercé par sa poésie foisonnante, vous ne serez pas déçus.
La Route, c'est un récit extrait d'un roman abandonné au profit d'un « Balcon en forêt ».
La Route, c'est une ancienne voie romaine « un étroit chemin pavé qui conduisait sur des centaines de lieues de la lisière des Marches aux passes du Mont-Harbré… L'étrange – l'inquiétante route ! le seul grand chemin que j'aie jamais suivi, dont le serpentement, quand bien même tout s'effacerait autour de lui de ses rencontres et de ses dangers – de ses taillis crépusculaires et de sa peur – creuserait encore sa trace dans ma mémoire comme un raide diamant sur une vitre. »
Gracq lit sur le chemin et dans les paysages : les traces des roues, du passage de la charrette, des troupeaux les « allées et venues des charbonniers ou de bûcherons, colporteurs qui se risquaient jusque là à la lisière des Marches… »
Son récit est puissant, son écriture riche, sa vision des lieues très poétique, sa description est finement détaillée ; l'atmosphère qu'il crée baigne dans une lumière, vive ou clair-obscur, elle est inondée de pluie, de végétaux, de sons et de senteurs. Julien Gracq convie tous nos sens… « Alors on s'avançait le coeur battant un peu dans la lumière plus fine : on eut dit que soudain la Route ensauvagée, crépue d'herbe, avec ses pavés sombrés dans les ortie, les épines noires, les prunelliers… allait déboucher dans le clair obscur de hallier qui sentait le poil mouillé et l'herbe fraîche sur une de ces clairières où les bêtes parlaient aux hommes… Les odeurs des plantes et les bruits des bêtes, laissant les branches mouillées nous fouetter le visage quand nous traversions les bois »
Julien Gracq nous plonge dans une atmosphère intime, sensuelle et érotique parfois, sur ce chemin, les seules rencontres sont des femmes ; « elles mordillaient une branche fleurie : les bois dans le brouillard de verdure jaune étaient pleins d'appels de coucous, mais c'étaient ces bouches seules tout à coup sur le chemin plein de fondrières et d'eaux neuves qui nous apprenaient que la terre fleurissait… elles allaient tête nue et les cheveux libres, une lourde crinière chaude qui leur tombait jusqu'aux reins, pleine d'épines et d'odeurs sauvages…Quand la nuit s'était épaissie autour du lit de braises rouges – une bouche cherchait votre bouche dans le noir avec une confiance têtue de bête douce qui essaie de lire sur le visage de son maître, et c'était soudain toute une femme, chaude, dénouée comme une pluie, lourde comme une nuit défaite, qui se laissait couler entre vos bras ».

Dans la presqu''île julien Gracq évoque l'attente et toutes ses facettes. Simon est sur le quai, sa compagne n'arrivera pas par ce train, il a 6 heures devant lui ! C'est l'occasion de nous convier à une longue promenade dans la presqu'île de Coatliguen… Un ravissement aussi !
Si vous aimez la littérature, si vous aimez l'excellence, alors, vous avez rendez-vous avec Julien Gracq.
J'y reviendrai comme vers un plat fin et gourmand !


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michfred
  04 juillet 2015
Attendre c'est occuper un espace encore vacant et creux en le peuplant de nos rêves, de nos espoirs, de nos doutes et de nos craintes. Attendre c'est le thème surréaliste par excellence : les surréalistes se mettaient en état d'attente pour mieux surprendre…l'inattendu, justement.
C'est aussi le thème favori, avec celui du paysage, de Julien Gracq, qu'il s'agisse de ses poèmes, de ses romans, ou comme ici, de ses nouvelles.
Trois nouvelles, donc, avec pour thème central l'attente. Trois paysages, trois tonalités différentes. Une variation musicale sur l'attente.
La Route d'abord, la plus courte, et aussi ma préférée : je l'ai lue et relue, j'en connais des passages quasiment par coeur.
Un Narrateur avec ses compagnons voyage sur La Route : il la connaît bien, l'a prise souvent et la reprend une dernière fois, avec prudence. Car la Route s'est ensauvagée, des événements guerriers sans doute, l'ont rendue moins sûre, plus menaçante. C'est la somme de ses cheminements et toutes les traces de souvenir qu'elle lui a laissées, les strates de la mémoire dans celles du paysage, que nous raconte le Narrateur.
Nouvelle poétique et fantastique –avec discrétion, comme dans le Rivage des Syrtes. On croise parfois de loin les peuples de la route « mais leurs allures peu franches et le peu de souci qu'elles semblaient avoir d'être abordées faisaient penser à une tribu en maraude aux confins de son territoire ou aux gens qui battent l'estrade le long des grèves de mer » - je cite de mémoire, mon livre est loin de moi- le Narrateur rencontre aussi les femmes de la Route : ces amazones libres et graves qui se donnent à eux la nuit, comme une pluie chaude, et repartent, guerrières bottées et armées , au petit matin sur La Route…
Une nouvelle pleine d'images, de poésie de sensualité, de mystère. Tout sauf de l'ennui ! Je proteste contre cette accusation faite à Gracq : « il ne se passe rien »…Comme si on faisait ce reproche à un poète, à un peintre, à un musicien…
La Presqu'île, deuxième nouvelle, éponyme du recueil : je l'aime parce qu'elle se passe à Crozon, la plus belle partie de mon cher Finistère, en fin de saison : un homme y attend une femme, elle tarde à venir, sans doute ne viendra-telle pas- il arpente la Presqu'île qui retombe dans sa léthargie elfique de fin d'été et voit partir, un à un, les estivants.
Chaque fois que je la lis, la même nostalgie me saisit : celle des fins de vacances de mon enfance, au bord de la mer : odeurs de sable humide et de serviettes de bain salées jamais vraiment sèches, voiture au coffre ouvert d'où sortent les pelles et les râteaux qui ne serviront que l'année prochaine, volets qu'on clôt , un à un, alors que les dunes continuent à vous appeler de leur chaude vibration et que la mer clapote, tentatrice…De la pure poésie, le temps et l'espace sont captés avec une magistrale ampleur : on en sort comme grisé de douce mélancolie.
La troisième nouvelle a fait l'objet d'une très belle adaptation cinématographique du cinéaste André Delvaux en 1971 : « Rendez-vous à Bray ». Dans le recueil, elle s'appelle le Roi Cophetua…encore une attente, et cette fois le thème érotique de la servante-maîtresse : le Narrateur attend un ami dans la propre maison de ce dernier, mais le propriétaire, étrangement, ne vient pas. Il laisse à son ami et invité les bras et l'accueil de sa servante, sans doute sa maîtresse à lui aussi , pour meubler son attente. Un tableau, au mur, intitulé « le Roi Cophétua » reprend le motif de cet étrange "don" d'hospitalité, comme une mise en abyme picturale.. Nouvelle plus classique, moins paysagée, plus narrative. Erotisme et mystère. Légende et réalisme.
Trois nouvelles rares, poétiques, pleines d'images, de sensations et de rêves.
Vous n'attendrez plus jamais un être, un moment ou même un train en vous disant : « C'est emm… d'attendre : il ne se passe rien ! »
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cicou45
  20 juin 2011
Trois récits composent cet ouvrage : La route, La presqu'île et le roi Cophetua. La première se déroule à une époque indéterminée dans une ville assiégée et l'on y croise des hommes qui sont envahis par la peur et le doute et qui attendent...mais attendent quoi ?
Dans la deuxième nouvelles, le lecteur fait la connaissance de Simon qui attend lui aussi, mais sur le quai d'une gare, la femme qu'il aime. Celle-ci n'arrivant pas par le premier train, Simon décide alors d'errer dans la ville et le lecteur suit ses pérégrinations et ses réflexions tout au long de la nouvelle. Enfin, le troisième et dernier récit qui compose cet ouvrage narre l'histoire d'un homme, le narrateur, dont on ne connait pas le nom, et qui a été invite par un de ses amis journaliste. Cela se passe en 1917 dans la banlieue parisienne. Cependant, cet ami n'arrivant toujours pas, le narrateur se retrouve alors seul avec la servante de ce dernier.
Ces trois nouvelles qui ont pour sujet principal ; l'Attente, comme vous l'aurez compris, peuvent parfois paraître ennuyeuses car il ne se passe rien. Cependant, l'écriture de Gracq est d'une telle beauté que je ne pouvais pas me permettre de ne pas porter une note convenable à cet ouvrage.
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Wyoming
  30 avril 2018
Trois petites nouvelles où poésie et mélancolie sont la dominante; il ne faut pas attendre qu'il se passe quelque chose dans les textes de Julien Gracq, il faut prendre le temps de l'attente et observer avec lui cette route, cette presqu'île, entrer à sa suite dans leur mystère, se laisser porter par son écriture magnifique, entendre alors la musique de son style et s'émerveiller, rien de plus, mais n'est-ce pas l'essentiel?
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aureliejan
  11 janvier 2013
On attend pendant toute la lecture...et au final il ne se passe rien. impression étrange à la fin du livre, entre déception et interrogation. Et pourtant à moi ça me plait, Julien Gracq parvient à nous mettre en suspension, en nous intégrant à son oeuvre et à son projet même. Une oeuvre particulière et originale, mais très riche.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
ninamarijoninamarijo   31 mai 2018
La route de loin en loin, désincarnée continuait à nous faire signe, comme ces anges énigmatiques des chemins de la Bible qui, loin devant, du seul doigt levé faisaient signe de les suivre, sans daigner même se retourner. Elle ressemblait aux rivières des pays de sable qui cessent de couler à la saison chaude et se fragmentent en un chapelet de mares, entre lesquelles un filet d'eau gargouille parfois encore entre les cailloux ; depuis des âges lointains le sang avait cessé d'y battre de bout en bout, mais on devinait, à des passages marqués de traces plus fraîches de roues ou de sabots, que le sens une fois perdu et jusqu'à l'idée même du long voyage, le sommeil n'était pas descendu d'un seul coup : de façon discontinue, et sur des parcours de faible longueur, on avait continué à l'emprunter par endroits, comme un laboureur fait cahoter sa charrette sur un bout de voie romaine qui traverse son champ...
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ninamarijoninamarijo   01 juin 2018
Le vent de la mer était tombé ; le soir baignait le visage et les mains avec la fraîcheur d’une source. « Lueur au couchant, lueur au levant – ici crépuscule, pensa-t-il, et là clair de
lune », et il commença à se redire les vers du vieil Hugo, où passait pour lui la lumière de cette heure indécise du vert bocage.
Le coche qui va d’Avranche à Fougères
Fait claquer son fouet comme un vif éclair
Voici le moment où flottent dans l’air
Tous ces bruits confus que l’ombre exagère.
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dourvachdourvach   14 mai 2014
LE ROI COPHETUA (extrait /2)

" La nudité des murs n'était rompue que par un seul tableau, de dimensions assez petites (...). Je dus approcher le flambeau tout près pour le déchiffrer. De la pénombre qui baignait le coin droit, au bas du tableau, je vis alors se dégager peu à peu un personnage en manteau de pourpre, le visage basané, le front ceint d'un diadème barbare, qui fléchissait le genou et inclinait le front dans la posture d'un roi-mage. Devant lui, à gauche, se tenait debout -- très droite, mais la tête base -- une très jeune fille, presque une enfant, les bras nus, les pieds nus, les chevaux dénoués. Le front penché très bas, le visage perdu dans l'ombre, la verticalité hiératique de la silhouette pouvaient faire penser à quelque Vierge d'une Visitation, mais la robe n'était qu'un haillon blanc déchiré et poussiéreux, qui pourtant évoquait vivement et en même temps dérisoirement une robe de noces. "

(Julien GRACQ, "Le Roi Cophetua", in "La Presqu'île", 1970, éd. José Corti : scène d'évocation du fameux tableau d'Edward Burne-Jones, "Le Roi Cophetua et la mendiante vierge",1884)
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GrapheusGrapheus   24 décembre 2010
... il sembla d'abord que ce fût le silence. Puis le froissement faible des roseaux passa avec une bouffée de vent ; des cris d'enfants montèrent de l'autre bout du pâtis, aussi suraigus que des cris de martinets. Puis des voix d'hommes toutes proches, à l'abri derrière un appentis de charrettes : voix du soir qui parlent pour parler, plus égales et moins hautes, déjà au bord du silence, avec de longs intervalles, comme si à travers elles la trame de la journée se défaisait. Puis le gong lointain d'une casserole heurtée, passant par une porte ouverte — l'épais froissement de roseaux d'une toue invisible, le râclement mou, étouffé, de la proue plate glissant pour l'accostage sur la vase de la berge, et le bruit final de bois heurté de la gaffe reposée sur les planches, pareil au verrou tiré sur la journée finie...
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dourvachdourvach   14 mai 2014
LE ROI COPHETUA (extrait /1)

" Quand je reviens en pensée à l'époque où finissait ma jeunesse, rien ne me paraît plus oppressant, plus trouble, que le souvenir des mois où mûrissait, sans qu'on le sût encore, la décision de la guerre de 1914. Avec ses capotes bleues à paniers, aux pans relevés et boutonnés en triangle par une intendance ménagère des genoux de pantalon, ses masques à groin, la noria terreuse et usée de ses permissionnaires qui trinquaient uniformément aux portières de leur bidon bleu -- sortes d'ilotes de tranchée, bardés de sacs de pommes de tere jargonnant entre eux comme des Flamands qui redescendent du nord avec la saison des betteraves -- elle plonge, maintenant que le modern-style retrouve pour nous une espèce de noblesse, dans l'un de ces entre-deux de la mode qui n'ont pas accès encore au musée du costume et semblent des mannequins défraîchis oubliés derrière la vitrine. "

(Julien GRACQ, "Le Roi Cophetua", in "La Presqu'île", 1970, éd. José Corti)
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Videos de Julien Gracq (57) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Julien Gracq
Julien Gracq à propos de Chateaubriand Extraits avec Julien Gracq de l'émission "Portrait souvenir" consacrée à Chateaubriand. Une émission de Roger Stephane et Roland Darbois, diffusée le 13 mai 1963 sur la RTF.
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