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Raymond Guérin (Préfacier, etc.)
ISBN : 226607489X
Éditeur : Pocket (12/09/1999)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 68 notes)
Résumé :
En juin 1940, des centaines de milliers de vaincus s'acheminent vers les stalags sous les coups et les cris du vainqueur. Georges Hyvernaud, instituteur charentais, marche dans ce troupeau en guenilles, hébété de faim, de fatigue et de honte.
Au bout du voyage, cinq ans de nuit et de boue. Dix-huit cents jours d'humiliation, de promiscuité répugnante, de pestilence et d'abjection. Le prisonnier de guerre est cet homme nu, privé d'identité, d'espoir et de rê... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Annette55
  13 mai 2014
Des centaines de milliers de vaincus s'acheminent vers les stalags de l'Allemagne nazie, sous les coups et les hurlements du vainqueur.
Nous sommes en juin 1940.
Hébété de faim,de fatigue et surtout de honte, un professeur charentais :Georges Hyvernaud marche dans ce troupeau en guenilles.
On éprouve des difficultés à écrire sur ce livre.......
Au bout du voyage, cinq ans de nuit, de boue, de pestilence, d'humiliation, de promiscuité répugnante, d'abjection .....
"Rien ne compte plus pour un homme qui ne compte pas ".
Le prisonnier de guerre est un homme nu, privé d'identité et d'espoir.......
C'est un témoignage qui dérange, cru, insoutenable, sur le vide, sur la faim,sur la servitude, sur l'abaissement du corps qui ne compte plus,juste bon à recevoir les coups , à la merci d'un numéro dérisoire :"les allemands nous ont retiré nos pièces d'identité, tous pareils, des hommes sans papiers, sans place, sans poids".
Un livre cru :" Et la vérité, c'est la faim, la servitude, la peur, la merde, comme aux pires époques.Elle est jolie , leur Europe, ces types qui gueulent dans la neige, le ventre ouvert, parmi des mécaniques défoncées, ces esclaves qu'on pousse sur les routes à coups de crosse!"
L'auteur raconte l'indifférence polie ou égrillarde au retour des prisonniers du stalag:"Parce que votre existence a été éventrée, retournée par l'événement, vous imaginez vaguement que vous aviez droit à du neuf, que vous alliez repartir de zéro.
Pas du tout , ça se recolle, ça se retape, c'est comme avant, on remet ça, on remet sa vieille veste, on remet sa vieille vie....."
"Je me sens oublié comme un mort à son enterrement.
Je n'intéresse personne. On fait semblant. Chacun parle de soi. On écoute les autres pour pouvoir leur parler de soi. Mais au fond on s'en fout."
La Peau et les os est un témoignage terrible dont je ne peux citer certains passages tellement ils sont insoutenables, un chef d'oeuvre oublié qui saisit , qui dit des vérités criantes, avec seulement la peau et les os, la pire des déchéances pour cet homme dépossédé à ce moment là de lui même.
Un petit livre que l'on ne devrait pas oublier .
On sent que l'atroce, pour l'auteur,dans sa bonne foi et son humilité était dans le dénuement de son esprit et qu'il craignait la pire des déchéances,celle de l'homme que d'autres hommes ont dépossédé de lui même.
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MarianneL
  11 novembre 2014
La mémoire écorchée d'un prisonnier de guerre
Découvert grâce à Xavier Boissel, libraire invité à la librairie Charybde en septembre 2014, «La peau et les os» témoigne des cinq années de captivité en oflag de Georges Hyvernaud, de 1940 à 1945. Publié des décembre 1946 dans "Les Temps modernes", il fut ignoré lors de sa publication, comme on refusait alors d'écouter les récits des prisonniers et des déportés.
Ce récit terrible témoigne d'une expérience humaine humiliante et destructrice, souffrance aggravée par la surdité des proches et du public après la guerre, concentrés sur leurs propres malheurs («on en a bavé») pour ne pas avoir à écouter les récits indécents de captivité, de la souffrance médiocre mais inhumaine de l'homme rabaissé au rang de bête dans les camps de prisonniers.
«Mes vrais souvenirs, pas question de les sortir. D'abord ils manquent de noblesse. Ils sont même plutôt répugnants. Ils sentent l'urine et la merde. Ça lui paraîtrait de mauvais ton, à la Famille […] Nous n'avons à offrir, nous autres, qu'une médiocre souffrance croupissante et avachie. Pas dramatique, pas héroïque du tout.»
Ce que raconte Hyvernaud, en cherchant à retranscrire cette expérience le plus fidèlement possible, dans toute son abjection, c'est une métamorphose de la condition humaine, l'anéantissement de la possibilité du bonheur par cette expérience de la promiscuité et de l'avilissement.
«Ce qui m'intéresse, c'est de dire sans tricher ce malheur mou, ce malheur bête où nous pataugeons.»
La captivité qui défait l'homme et lui fait perdre sa dignité, la faim, la nudité et l'humiliation de faire partie d'un groupe de prisonniers confondus les uns avec les autres comme des larves, est rendue encore plus misérablement palpable par la banalité vulgaire des noms des «compagnons» de détention d'Hyvernaud : Pochon, Vignoche, Tronc, Pimbard, Beuret et Chouvin.
«On se figurait qu'on était à part, qu'on était soi. Mais maintenant on est les autres. Des êtres sans frontières, pareils, mêlés, dans l'odeur de leurs déjections. Englués dans une fermentante marmelade d'hommes.»
Perte d'humanité dont souffrent aussi les pauvres, qui comme les captifs sont privés de leurs rêves, de leur solitude et de leur dignité, et, au-delà de la guerre, Georges Hyvernaud dresse finalement un réquisitoire violent contre la pauvreté et ceux qui la préservent.
«Rien ne compte plus pour un homme qui ne compte pas.»
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dechosal
  17 octobre 2018
Ce bouquin, publié peu de temps après la fin de la guerre, est une pépite. Osons une comparaison (même si les degrés de souffrance ne sont pas comparables) : il est à la captivité ce que "Si c'est un homme" de Primo Levi est à la déportation. Une lecture indispensable.
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topocl
  06 avril 2017
Quand Georges Hyvernaud revient de cinq années dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne, il retrouve tout ce qu'il a fantasmé pendant si longtemps: Louise qui l'a patiemment attendu, les repas dominicaux de Tante Julia, et Ginette qui dit gentiment "Ce que tu dois être heureux". Tout ce qu'au fil des mois il a associé au bonheur. Seulement
" L'expérience de la faim, de l'humiliation et de la peur donne aux choses leur dimension exacte."

Parce que raconter est impossible, troubler cette douceur retrouvée avec des récits de latrines immondes, de cadavres, de numéros , d'humiliations... Parler d'un monde dépourvu du moindre sens dans un monde qui croit en avoir un, et ne le comprendra pas... A quoi bon. Alors il raconte quelque anecdote qui répond aux attentes, et ainsi achève de se trahir.
Car là-bas la promiscuité et l'ennui ont rendu l'amitié et la grandeur impossible. Et cette micro-société livrée au néant lui a tendu comme un miroir déformant de la nôtre. le camp, comme la folie, n'est jamais qu'un petit décalage de notre vie quotidienne, l'horreur en plus. Là-bas il a compris que les petites compromissions, les rituels sécurisants qui font accepter l'inacceptable, l'humilité pour passer entre les gouttes, les yeux détournés pour tenir, ne sont qu'un chemin balisé vers la destruction de soi, et ne sont pas si différents de ce qui se joue tous les jours ici, le jeu permanent du "tenir encore un peu" et du "faire comme si".
La langue d' Hyvernaud est violente, vivante, interpellante, dure, belle. Elle crie le désespoir de l'impossible retour.
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mikekol
  12 octobre 2013
C'est un roman de George Hyvernaud, instituteur charentais. Où on découvre la vie de George dans ce camp, comme travailleur forcé, et pas du tout déporté ; où il est arrivé en 1940 et reparti 5 ans plus tard. Ce roman narre sa vie qui été réduite à rien et il reste indifférent. La condition inhumaine dans laquelle il vit nous montre la cruauté. Passage vraiment touchant surtout à la fin du livre quand George voit un de ces propres élèves jeter dans une fausse commune.
Dans c'est histoire il n'est plus George, mais un numéro 995. Dans ce roman l'homme est réduit à des chiffres et la seule occupation c'est de tourner en rond dans la cour. Même, la prison actuelle respecte un peu plus la dignité humaine.
Ce qui m'a troublé dans ce livre est que George raconte cette histoire qui selon lui n'est pas importante, quand il est sorti dans du camp, il n'en parle pas à sa famille. de plus, le roman nous montre des faits historiques, mais peut nous montrer la vie en prison, la solitude de leurs journées, de leurs nuits.
J'ai aimé ce livre qui est un coup de coeur et l'un des romans qui m'a touché au plus profond de moi-même. de voir que la vie humaine en est réduite à des chiffres. Ce livre pourrait paraitre dur à lire, mais non, pas du tout, car l'auteur a utilisé des phrases courtes et directes, mais franchement directes.
Lien : http://mikechronikol.blogspo..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Zora-la-RousseZora-la-Rousse   09 juillet 2011
Personne ne peut souffrir personne. On a parfois l'air de s'entendre. On rigole des mêmes obscénités. On se montre des photos de gosses. On joue aux cartes. Mais il circule là-dessous une haine patiente, attentive, subtile, méticuleuse. Une âcre méchanceté de bureaucrate ou de vieille dame. De jour en jour on aiguise, on recuit, on perfectionne ses griefs et ses répulsions. C'est forcé. C'est à cause de cette misère à odeur de latrines où l'on est barattés tous ensemble, crève-la-faim et crève-l'ennui. On en veut aux autres d'être toujours là. On leur en veut des gueules qu'ils ont, de leurs voix, de leurs goûts et de leur dégoûts, de la place qu'ils tiennent, de dire ce qu'ils disent, de chanter ce qu'ils chantent, de Nietzsche, de la p'tite Amélie, de renifler, de roter, d'exister. On leur en veut de cette existence immuable, inévitable, où se déchire notre existence. Et à tout moment les antipathies crèvent en disputes extravagantes. On ne sait même pas pourquoi.
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse   10 juillet 2011
On a une trop longue habitude de la soumission. On a tant obéi pendant des siècles, tant accumulé de fatigue, on s'est tellement usé à des tâches misérables, tellement accoutumé à l'étroitesse, à la sévérité, à la grisaille de la vie, qu'on finit par se satisfaire de ce qu'on est et de ce qu'on a. Cet ordre qu'il faudrait changer est si lourd et si ancien qu'on perd courage. Il n'y a qu'à rester à sa place. C'est déjà bien beau d'avoir ça. Une petite place à soi, avec du travail à faire, du pain assuré. On sait qu'on ne pourra pas s'en sortir. On n'en a même plus envie. On se trouve bien là. On s'y trouve heureux. On y sauve même une espèce d'orgueil.
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sroulsroul   24 juillet 2008
La pauvreté, ce n'est pas la privation. La pauvreté, c'est de n'être jamais seul. Je me rends compte maintenant que je suis de l'autre côté. Le pauvre n'a pas droit à la solitude. Il crève avec les autres à l'hôpital. Entre la crèche et l'hospice il y a les garderies et les asiles, les taudis et les casernes. Sa vie, de bout en bout, il lui faut la vivre en commun. On joue dans le sable public des squares et sur le trottoir de tout le monde. On couche à dix dans la même pièce. On se heurte dans les escaliers et les couloirs. Et c'est plein de murs, d'escaliers et de couloirs, la pauvreté. Les portes ferment mal. Les murs ne séparent pas. N'importe qui peut entrer chez les autres pour emprunter cent sous, pour rapporter une casserole, ou simplement s'asseoir les mains aux genoux et raconter sa peine. Et on ne sait même pas où cela commence et où cela finit, "chez les autres".
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse   09 juillet 2011
Et il se trouvera des gens pour prétendre que ces années de captivité furent un temps de recueillement. Ce temps où l'on est livré aux autres. Condamné aux autres. Condamné à Vignoche et à Pochon. Envahi par les autres au point de ne savoir plus ce qu'on est, ni si on est encore quelque chose. De l'homme partout. Le frôlement, le frottement continuel de l'homme contre l'homme. Les fesses des autres contre mes fesses. Les chansons des autres dans ma cervelle. L'odeur des autres dans mon odeur. C'est de cela que nous sommes captifs, plus que des sentinelles et des fils barbelés. Captifs des captifs – des autres.
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse   10 juillet 2011
L'aventure individuelle et l'aventure collective sont soumises à des transpositions, à des dissociations et à des éparpillements infinis. Voix sans corps, corps sans épaisseur et sans poids, visages sans dimensions, existences sans dates. Une vie, la vie, c'est devenu des signes sur du papier, des sillons sur la cire, du noir et du blanc sur dix mille écrans, des mots tombant en pluie sur cinquante millions de demeures. Notre destin de chair est absorbé par notre destin d'ombre.
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Video de Georges Hyvernaud (1) Voir plusAjouter une vidéo

Georges Hyvernaud : Le wagon à vaches
Olivier BARROT retrace la vie et l'éphémère carrière littéraire de Georges HYVERNAUD et évoque l'histoire du livre "Le wagon à vaches".
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