AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2072823978
Éditeur : Gallimard (14/02/2019)

Note moyenne : 2.99/5 (sur 145 notes)
Résumé :
Un homme a écrit un énorme scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l'enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York : Cimino lit le manuscrit.
S’ensuivent une série d’aventures rocambolesques entre le musée de la Chasse à Paris, l’île d’Ellis Island au larg... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  20 septembre 2017
Je n'ai vraiment pas de bol ! le tout premier livre que je reçois dans le cadre de l'opération masse critique de Babelio, a accueilli, jusqu'à présent, 9 critiques défavorables sur notre site préféré, certains jugent l'ouvrage même carrément mauvais. Un cadeau empoisonné donc, ou est-ce que Babelio et les Éditions Gallimard s'attendent à ce que je me propulse comme le sauveur de l'opus ?
Comme gentleman, je remercie Babelio et Gallimard, en tout cas, pour l'envoi et partant du principe du bénéfice du doute et de celui de faire contre mauvaise fortune bon coeur, je vais essayer de faire de mon mieux. Ce qui ne sera pas simple, d'autant plus que l'auteur m'a légèrement déplu avec son ouvrage "Jan Karski", qui, comparé à l'oeuvre de Karski lui-même "Mon témoignage devant le monde - Souvenirs 1939-1943" me paraît assez fantaisiste. Qui sait, une forte dose de scepticisme au départ me mettra peut-être sur la bonne voie pour rendre un tantinet justice à Yannnick Haenel ?
Mais ma bonne volonté du départ est déjà, sur la 2ème page du texte, confrontée à rude épreuve avec la formule "l'intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville" J'avoue que même avec l'aide du petit Larousse je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Ou plutôt théoriquement quelque part si, mais pas assez pour pouvoir en expliquer toute la portée à mon épouse par exemple. Mais passons, petit incident de parcours.
Heureusement que l'on passe assez vite sur le régisseur Michael Cimino, dont j'ai beaucoup aimé - comme l'auteur d'ailleurs - son "Voyage au bout de l'enfer" avec Robert de Niro. le projet de l'auteur consiste en fait à réaliser un film "The Great Melville". Pour cela, il a écrit un scénario de 700 pages sur la vie et l'oeuvre d'Herman Melville (1819-1891), le père spirituel de la baleine blanche, Moby Dick, et espère que Cimino en fera une oeuvre maîtresse. Que le cinéaste américain accepte de rencontrer l'auteur, lui qui mène une vie de reclus après le fiasco financier de son "La Porte du paradis", donne un nouvel élan à la narration.
Pour les fans du 7e art, l'opus est une source quasi encyclopédique de régisseurs, tels Cimino, Francis Ford Coppola, Jean-Luc Godard, etc., d'acteurs comme de Niro, Marlon Brando... et de l'actrice Isabelle Huppert, qu'il rencontre d'ailleurs en personne au resto Bofinger, près de la Bastille. Détail amusant, le maître d'hôtel de la fameuse brasserie alsacienne ressemble à un certain Emmanuel Macron (page 119) ! Mais des excursions ne manquent pas nom plus dans le domaine littéraire avec des noms comme Ovide et William Shakespeare, de qui on a droit à des vers en version bilingue (bref extrait de "La Tempête", p. 121). Et pour compléter le tableau honoraire : l'écrivain et poète américain juif, Charles Reznikoff (1894-1976), célèbre pour son "Holocauste" de 1975.
Le protagoniste principal de l'oeuvre, qui fête à un moment donné ses 50 ans, est un écrivain qui mène une vie un brin spécial autour de "3 grands pôles...ordinateur, frigo, vodka" (p. 100). À part des problèmes avec sa concierge acariâtre, il lui arrive de tomber amoureux d'une Anouk et d'une Léna Schneider. Même les amateurs d'animaux y trouveront un certain confort avec la présence digne de Sabbat, le dalmatien de son voisin de palier, un joueur professionnel de poker, du nom charmant de Tot (mort en allemand).
Dans l'ouvrage de Yannick Haenel il y en a donc pour tous les goûts et l'auteur s'y montre un magicien des mots. Dommage qu'il fait parfois de l'excès de zèle. Emporté par son enthousiasme, il a tendance à voler, là où pour le lecteur c'eût été peut-être souhaitable qu'il s' etait borné à marcher.
 la question spécifique de recommander la lecture de "Tiens ferme ta couronne", je préfère me retrancher derrière la phrase standard de feu Harold Wilson, Premier ministre britannique, : "No comment !"
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          7519
carre
  16 août 2017
C'est toujours frustrant de donner un avis négatif sur un livre dont on vous donne la possibilité de le découvrir avant sa sortie grâce à Babelio et aux Editions Gallimard que je remercie. Mais ici, peu de plaisir à lire cette histoire que Yannick Haenel (dont j'avais aimé le controversé "Jan Karsky") a imaginé. L'histoire d'un homme qui pense avoir écrit le scénario le plus génial qui soit, le proposé au tout aussi génial et maudit réalisateur Michael Cimino, tout en montrant un addiction au film de Coppola "Apocalypse Now" ce que l'on peut comprendre et que vous saurez tout à la fin de ce roman. Il y a aussi l'arrivée d'un chien dans la vie du narrateur puis aussi bien sur l'amour avec un grand A. Des lignes et des lignes que Haenel a du peser et soupeser pour rendre tout cela intéressant, mais rien n'y a fait, encéphalogramme émotionnel constamment plat. Bien sur, on sent derrière tout cela la patte d'un écrivain, que Haenel propose un texte décalé et original, mais pour quoi au final ? Pas grand-chose, en tout cas, rien d'inoubliable pour moi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          580
pleasantf
  17 août 2017
Un écrivain ressemblant beaucoup à Yannick Haenel raconte quelques mois de sa vie. Le roman est construit en trois parties qui se suivent chronologiquement même si de nombreux flashbacks en cassent le déroulement linéaire. Dans la première (‘Des films') le narrateur, auteur d'un scénario sur la vie de Melville, rencontre à New York le cinéaste Michael Cimino grâce à l'aide d'un producteur. De retour à Paris, l'écrivain s'enfonce dans la solitude et la déchéance et consacre son temps à visionner des films et en particulier Apocalypse Now, qu'il repasse en boucle. Dans la seconde partie, (‘Des histoires'), quelques mois plus tard, l'écrivain passe une soirée au restaurant en compagnie du producteur, d'Isabelle Huppert et de Léna, conservatrice du Musée de la Chasse, dont il tombe immédiatement amoureux. Cette longue soirée alcoolisée fait naître des récits racontés par les protagonistes et marque un tournant dans la vie de l'écrivain. La troisième partie (‘Des noms') débute le lendemain de cette soirée d'ivresse. L'écrivain a certes une méchante gueule de bois mais il retrouve sa place dans le monde et le désir de vivre. Après quelques péripéties, il part en Italie où il attend d'être rejoint par Léna et écrit le roman que le lecteur tient entre ses mains. Il a ressuscité en retrouvant grâce à l'amour sa force vitale et son pouvoir créateur.

Ce roman se lit facilement et on suit les pérégrinations et les rencontres de l'écrivain avec un certain intérêt. Néanmoins le livre repose avant tout sur les idées. Dans un entretien avec Michel Crépu publié en 2010, Yannick Haenel s'est longuement exprimé sur ses ambitions littéraires et les fondements de son écriture. Ce roman s'inscrit dans la parfaite continuité de ce programme. Obnubilé par la littérature et pas son destin d'écrivain, Haenel a choisi pour titre de son livre une citation de Proust. Il symbolise l'idée que la littérature est un royaume, que l'écrivain en est le roi, un élu, que l'écrivain ne doit pas se laisser écarter de sa vocation, de son désir comme le fait le narrateur dans la première partie. L'oeuvre d'un écrivain est l'extrémité d'une branche qui continue de pousser et elle est la continuation de l'arbre constitué de tous ces ‘noms' qui l'ont précédé. L'écrivain est celui qui fait coïncider l'expérience de la parole et l'expérience de l'être. Le narrateur va sortir de son enfermement de la première partie pour rentrer à nouveau dans le réel et cette expérience sera la source d'un livre. Le roman de Haenel pose ainsi la question suivante : comment concilier le besoin de solitude, la nécessité du silence avec l'expérience du monde, l'épaisseur du réel, la rencontre avec l'Autre ?

Haenel développe aussi l'idée qu'il subsiste toujours une possibilité de lumière après l'obscurité du chaos et de la destruction, une possibilité d'espérance après la tragédie. L'idée quasi mystique que la vie peut vaincre la mort. L'idée non moins mystique de la rédemption. La tonalité mystique du livre culmine lors d'une scène de cérémonie mortuaire se déroulant devant le retable d'Issenheim. Le roman est à ce titre fortement métaphorique. Exemple assez drôle : le voisin est un chasseur, il s'appelle Tot (la mort en allemand) et le narrateur craint qu'il ne s'empare de sa carabine Haenel pour le tuer… Ou lorsque le producteur raconte comment, victime d'un accident, il s'est retrouvé coincé dans sa voiture par les bois d'un cerf.

Le programme est ambitieux mais Haenel ne surmonte pas toujours la difficulté de transformer cette ambition en oeuvre littéraire. Car le récit m'est trop souvent apparu comme un pré-texte ne servant qu'à justifier ses théories. Le roman souffre par moment de grandiloquence (particulièrement dans les passages évoquant les attentats parisiens de novembre 2015), de lourdeur et de pédanterie. Haenel en fait trop et son cabotinage didactique est parfois lassant. Certes on peut voir le bon côté des choses et apprécier le système d'échos et résonnances multiples que développe Haenel tout au long du livre (le cerf et la symbolique qui s'y rattache, la chasse, la figure du reclus, génie incompris ou génie du Mal…) mais il gagnerait à laisser plus souvent l'imagination du lecteur faire son propre chemin plutôt que mettre systématiquement les points sur les i, surtout lorsque ces points restent abscons. Une digression sur Apocalypse Now par exemple se transforme en réflexion assez fumeuse sur le mal, la vie et la mort, réflexion toute aussi fumeuse que l'on retrouve sur le trottoir devant le restaurant où le narrateur en attente d'une table convoque les vers de Shakespeare.

J'ai retrouvé chez Haenel ce travers propre à certains écrivains actuels de multiplier à longueur de pages les références littéraires ou culturelles. L'obsession de se retrouver dans la cour des Grands pousse Haenel à citer Melville bien sûr, sa référence absolue, mais aussi Kafka, Dostoievski, Malraux, Flaubert, Rimbaud, Fitzgerald, Lowry, Kerouac, Homere, Ovide, Wittgenstein et je dois en oublier. Sans oublier les peintres bien sûr, Rembrandt et son cavalier polonais (déjà invité dans Jan Karski) ou Turner. Cela frise parfois le ridicule comme lorsque pris d'hallucinations en voyant Paris transformée en lac de sang, le narrateur se met instantanément à penser à Rimbaud. Je crois que l'art d'aujourd'hui (y compris la littérature) n'a plus rien à voir avec l'art de la table rase prisé par les avant-gardes et qu'il fait volontiers référence aux grands artistes du passé mais multiplier les références et les exhiber à ses lecteurs n'est pas forcément un gage de qualité.

Au crédit de ce roman, je dois dire que j'ai trouvé certains passages drôles : la gestion par le maître d'hôtel Macron de l'arrivée du narrateur et de son chien au restaurant, ou la première rencontre avec Cimino que le narrateur ne reconnaît pas parce qu'il le prend pour une femme (allusion aux rumeurs sur la transsexualité de Cimino).

Et il y a, malgré l'emphase un peu lourde, quelques beaux passages poétiques notamment lorsque Haenel évoque les êtres dont l'intérieur de la tête est mystiquement alvéolé (citation de Moby Dick évidemment !) : les être habités par un feu sacré, capables de décrypter les signes pour accéder à la vérité, capables de distinguer les deux faces du monde, la face visible, matérielle, profane et la face invisible, étrange, pleine de mystère.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          372
colimasson
  10 septembre 2017
La page blanche, ça n'arrive pas qu'aux écrivains, ça arrive aussi à ces ratés qui parlent des livres qu'ils ont lus, sans jamais en avoir écrit un. C'est la grosse honte. Ça peut aussi être le signe d'une sympathie profonde avec l'auteur. Ça peut vouloir dire : mec, je comprends parfaitement ce que tu as ressenti lorsque tu as voulu écrire ton histoire. Imaginez : l'écrivain-narrateur de ce roman écrit un bouquin parce qu'il n'a pas réussi à faire publier son scénario. Ecrire parce que l'écriture a été un échec. Faut le faire. C'est peut-être ça le drame de l'être humain, qu'il ne désespère jamais. Et moi donc, j'essaie de trouver quelque chose à dire sur ce livre qui ne dit rien. On y trouvera bien un peu de baise, comme dans tous les livres du moment. Un peu de branlette intellectuelle, pour montrer que l'âme et le corps peuvent se rencontrer, révolution des sphères ! Des personnages célèbres, parce que le mec, même s'il est un looser, sait s'y prendre avec la jet-set. Des bons mots, des phrases agréables à lire, une littérature bien menée, même pas de quoi cracher dessus. C'est ça qui est pénible avec les romans contemporains : on n'a pas encore eu le temps de les oublier.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          463
beatriceferon
  24 août 2017
Le narrateur, un type un peu paumé, passe son temps à errer « dans l'appartement en quête d'un reste de vodka, ouvr[ant] et referm[ant] le frigo en pestant contre le fait qu'il n'y avait jamais rien à manger. »
A part boire et se vautrer dans le canapé devant des films qu'il visionne inlassablement, de façon hallucinée, il ne fait rien .
Il a bien écrit un scénario consacré à l'écrivain star de son panthéon personnel, mais personne n'en veut. Aussi, lorsqu'un ami lui donne le numéro de téléphone privé de Michael Cimino, se met-il à rêver de rencontrer ce réalisateur mythique et de lui faire lire « The great Melville ».
Je n'avais jamais rien lu de Yannick Haenel, quoique j'en aie entendu dire beaucoup de bien. Lorsque j'ai reçu la proposition, via une Masse critique privilégiée, de découvrir son nouveau roman, avant même qu'il sorte, j'ai sauté sur l'occasion.
Résumer ce livre est une tâche ardue, voire impossible : il n'y a pas vraiment d'histoire à proprement parler. Dès la première page, le lecteur est désarçonné par l'univers étrange d'un narrateur qui n'est jamais vraiment nommé, si on excepte un moment (à la page 81) où il est poursuivi par un homme qui l'interpelle « Jean, Jean ». J'ai lu que l'auteur utilisait ce prénom pour désigner un double de lui-même dans d'autres ouvrages. Je n'en sais pas plus. J'ai toutefois remarqué, ici et là, des allusions qui font penser que le narrateur ressemble à Yannick Haenel. Il est écrivain, fête son cinquantième anniversaire, évoque plusieurs fois le groupe des « renards pâles » (le titre d'un de ses précédents romans) et est fasciné par une carabine Haenel qui porte donc son nom. (Après vérification, j'apprendrai que cette arme existe bel et bien.)
S'il n'y a pas d'histoire, il y a néanmoins un fil rouge qui coud ensemble les étranges pièces de ce patchwork.
Notre homme est l'auteur d'un scénario de sept cents pages consacré à Herman Melville, un de ses dieux littéraires dont il constate que, en dépit de son talent, personne ou presque n'a lu les oeuvres. Michael Cimino est le seul capable de réaliser ce film qui représente « la pensée de Melville – la population de ses pensées. Cette population de pensées est un monde et même les livres et écrits publiés par Melville ne suffisent pas à donner une idée de l'immensité qui peuple la tête d'un écrivain comme lui. » Ce qu'il résume par une expression qu'apparemment il aime beaucoup puisqu'il la répète comme un leitmotiv : « l'intérieur mystiquement alvéolé de [sa] tête ». Il distillera donc sa quête tout au long de son roman, en l'interrompant par une foule de réflexions et d'anecdotes, d'épisodes tragi-comiques, de toute une galerie de personnages hauts en couleur, comme le Baron, Guy « le Cobra », la femme vêtue de fausse hermine, etc.
Le texte est ponctué par des listes de noms qu'il se répète comme des mantras, écrivains, réalisateurs, personnages de romans ou de films.
Les phrases très longues sont interrompues par d'innombrables parenthèses qui contribuent à égarer le lecteur, des formules en anglais, des citations de Melville, Fitzgerald, Shakespeare et quantité d'autres. Bien entendu, les références au cinéma sont légion. Notre héros analyse des passages de « Voyage au bout de l'enfer » et se passe en boucle et ad nauseam « Apocalypse now », établissant des parallèles avec la réalité. Il est, par exemple, obsédé par une scène de chasse au daim blanc qui se trouve déclinée sous diverses formes tout au long du récit.
Le personnage central est irritant au plus haut point (à mon avis). Il vit seul dans un appartement qu'il va bientôt être obligé de quitter, et dans lequel il se comporte comme un vrai clochard, créant autour de lui un chaos indescriptible, passant son temps avachi devant son écran et se nourrissant principalement de hamburgers ou de la nourriture périmée qui traîne dans son frigo et surtout, buvant sans limite à tel point que cela me donnait la nausée. Par exemple, invité au restaurant, il avale plusieurs bouteilles de vin, du champagne, de l'armagnac et poursuit la soirée en faisant la tournée des bars, de telle sorte qu'il finit dans un coma éthylique, absolument incapable de se souvenir de ce qu'il a fait.
Pour répondre à cette démesure, des scènes de sexe orgiaques qui me mettent mal à l'aise.
Il se comporte comme un adolescent irresponsable. Avant de partir, son copain lui demande deux services a priori simples : sortir le chien et arroser les plantes. Autant cet ami est méticuleux (il a laissé sur des fiches des consignes bien précises, telles que brumiser la verdure, nettoyer le feuillage, respecter un régime de croquettes très strict pour le chien) autant le narrateur est bordélique : son appartement est jonché de canettes de bière, il se présente dans un restaurant chic avec un chien dont il a oublié la laisse, il pense ressusciter des végétaux réduits à l'état de squelettes grisâtres et cendreux en les plongeant simplement dans l'eau...
Tout le récit baigne dans une atmosphère mystique : l'ami s'appelle Tot (comme le dieu égyptien Thot, dieu du savoir et juge des âmes?) et le chien Sabbat. le cerf de Saint Hubert trotte allègrement au fil des pages, une scène dantesque se déroule face au retable d'Issenheim, les « Métamorphoses » d'Ovide fournissent l'épisode récurrent du chasseur Actéon transformé en cerf pour avoir surpris Diane au bain. Dans l'appartement désordonné, une sorte de sanctuaire rassemble des papyrus et une hirondelle, symboles de renaissance, tandis qu'une boîte oblongue en forme de cercueil abrite le manuscrit.
Le récit est ponctué d'anecdotes qui prennent la forme de scènes cinématographiques très visuelles : l'invitation au restaurant dont l'entrée est gardée par un maître d'hôtel arrogant et agressif qui ressemble à Emmanuel Macron et qui tourne au burlesque lorsque notre narrateur se croit poursuivi par deux moustachus. L'accident de voiture de Pointel avec un cerf sur une route déserte dans une forêt polonaise est proprement hallucinant. Il y a aussi un enterrement cauchemardesque, un film imaginaire résumé par Cimino et bien d'autres.
A la fin de ma lecture, je ressens un sentiment étrange. le livre est sans doute très riche et rempli de symboles ésotériques que je n'ai pas été capable de déchiffrer. Il est certainement très intéressant. Mais avec moi, la rencontre ne s'est pas faite. Ce n'est pas le genre de livres qui me plaît et je ne pense pas en lire d'autres du même auteur.
Ce qui ne m'empêche pas d'être très reconnaissante envers Babelio et son opération Masse critique, ainsi qu'aux éditions Gallimard qui ont eu la gentillesse de me permettre de le découvrir en avant-première.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190

critiques presse (4)
LaCroix   02 novembre 2017
Un roman en forme de chasse à la vérité des êtres et de l’art, parmi les ruines de notre société de consommation à bout de souffle : extravagant et primordial…
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaLibreBelgique   31 octobre 2017
"Tiens ferme la couronne" est un roman ébouriffant et éblouissant sur la quête d’absolu. Il nous emmène du côté de Melville, des films de Michael Cimino, on y croise Huppert et un sosie de Macron.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   27 octobre 2017
Avec l’intense « Tiens ferme ta couronne », le romancier lance son double littéraire à la poursuite de Michael Cimino, le cinéaste américain maudit.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs   22 septembre 2017
“Tiens ferme ta couronne” annonce d'emblée la couleur : “A cette époque, j'étais fou.” En effet.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   13 septembre 2017
J’ai dit qu’à l’époque j’étais fou -disons que j’étais possédé : les noms, les livres, les phrases, les films n’arrêtaient pas de vivre à l’intérieur de ma tête, ils se donnaient des rendez-vous pour former entre eux des extases, sans même que je puisse les séparer. J’étais littéralement habité par ce flux de noms, de phrases, de titres de livres et de films dont la circulation s’était progressivement substituée à mon souffle et à mes nerfs. […]
Chaque nom en allumait un autre, ça ne finissait jamais : je passais mes journées à me réciter des listes, des bouts de phrases, des citations, et tout se mettait en rapport et s’ouvrait démesurément, comme une terre sans limites, avec des flammes de bonheur qui s’arrachent au monde éteint.
On peut considérer, bien sûr, que j’étais malade, mais cette vie des noms dont j’étais chargé me rendait étrangement plus léger, comme si, à chaque instant, le daim blanc de Melville m’apparaissait. Voilà : je vivais au milieu d’un cortège de daims blancs, et en un sens, c’était cela ma folie, mais c’était aussi ma gloire, parce que dans ce cortège qui défilait dans ma tête, j’étais accueilli : évoluer parmi les noms me donnait des ailes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
colimassoncolimasson   11 octobre 2017
J’aime que mes journées soient complètement vides. Même si je ne fais rien, il faut qu’elles restent à disposition ; il faut que le matin, l’après-midi, le soir restent ouverts. Lorsque j’ai un rendez-vous, le désir d’annuler devient d’heure en heure irrésistible ; car alors la journée entière tend vers ce point qui la comprime, les angles se resserrent ; il n’est plus possible de penser à autre chose, on n’a plus de solitude, on étouffe.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
ulostcontrolulostcontrol   22 juin 2017
Depuis mon retour de New York, j'avais la certitude de détenir un secret. Et j'étais assez fou pour croire qu'il circule à travers des films ; assez fou pour imaginer qu'il soit possible d'y accéder. Ce secret, je l'avais cherché à travers les films de Michael Cimino, et voici que la recherche s'élargissait encore, car la vérité est comme le corps immense des déesses : elle est là et pas là - on la voit et on ne la voit pas.
Moi, je la voyais : en suivant Melville à travers le monde, en chassant avec lui une baleine qui avait pris la place de Dieu, j'avais découvert qu'une étincelle s'allume au cœur de la destruction, et que cette étincelle suffit pour mettre le feu au monde.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
carrecarre   27 juillet 2017
Certains soirs, le velours glisse entre les voix comme si les étoiles s'allumaient dans nos gorges.
Commenter  J’apprécie          330
colimassoncolimasson   19 septembre 2017
En général, je visionnais mon premier film vers midi, puis un deuxième vers 14 heures ; et après avoir vaqué à mes occupations, c’est-à-dire être allé me ravitailler en bières et en vodka chez Franprix, puis en cigarettes au tabac de la rue Pelleport, je lançais un troisième film dans la soirée , souvent plus long, esthétiquement plus ambitieux, un de ces films qui supposent qu’on pense avec eux, c’est-à-dire qu’on mette à l’épreuve notre pensée, et que celle-ci accepte de se modifier, un de ces films qui attendent qu’on se rende disponible au feu éventuel qui les consume et que soi-même on prenne éventuellement feu : un film qui répondait à ma recherche, et dont les flammes m’apportaient des lueurs.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Videos de Yannick Haenel (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yannick Haenel
Dans un bel essai plongeant dans la vie du Caravage, Yannick Haenel interroge l?intériorité du plus grand des peintres. Comment peignait-il ? Que cherchait-il à travers ces scènes de crime, ces têtes coupées, cette couleur noire qui envahit peu à peu tous ses tableaux ?
https://www.fayard.fr/litterature-francaise/la-solitude-caravage-9782213706306
Résumé :
« Vers 15 ans, j'ai rencontré l'objet de mon désir. C'était dans un livre consacré à la peinture italienne : une femme vêtue d'un corsage blanc se dressait sur un fond noir ; elle avait des boucles châtain clair, les sourcils froncés et de beaux seins moulés dans la transparence d'une étoffe. » Ainsi commence ce récit d'apprentissage qui se métamorphose en quête de la peinture. En plongeant dans les tableaux du Caravage (1571-1610), en racontant la vie violente et passionnée de ce peintre génial, ce livre relate une initiation à l'absolu. À notre époque d'épaississement de la sensibilité, regarder la peinture nous remet en vie. On entre dans le feu des nuances, on accède à la vérité du détail. C'est une aventure des sens et une odyssée de l'esprit. Aimer un peintre comme le Caravage élargit notre vie. Yannick Haenel co-anime la revue Ligne de risque. Il est notamment l'auteur de " Cercle " (Gallimard, 2007, prix Décembre), " Jan Karski " (Gallimard, 2009, prix Interallié) et " Tiens ferme ta couronne " (Gallimard, 2017, prix Médicis).
+ Lire la suite
autres livres classés : solitudeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Livres et Films

Quel livre a inspiré le film "La piel que habito" de Pedro Almodovar ?

'Double peau'
'La mygale'
'La mue du serpent'
'Peau à peau'

10 questions
5182 lecteurs ont répondu
Thèmes : Cinéma et littérature , films , adaptation , littérature , cinemaCréer un quiz sur ce livre
.. ..