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ISBN : 2081200937
Éditeur : Flammarion (19/08/2009)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 56 notes)
Résumé :
"Parfois le soir, seul devant la glace, il avance ses lèvres pour dire le mot, il les rassemble comme pour une moue ou un demi-baiser, il tend la bouche vers l'avant et cale les incisives pour souffler la décisive consonne, mais là, le mot ne vient pas, il lui reste sur la langue comme un noyau de cerise, un chewing-gum qui refuserait de buller. " On n'imagine pas l'embarras de ne plus pouvoir prononcer ce simple mot: non. C'est pourtant ce qui arrive à Beaujour, em... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  14 septembre 2012
Dialogue fictif :
Mr Joncour : Alors vous avez aimé mon livre?
Kittiwake : Oui
Mr Joncour : Vous l'emmeneriez sur une île déserte?
Kittiwake : Pourquoi pas
Mr Joncour : c'est le meilleur livre que vous ayez jamais lu?
Kittiwake : Oui
Mr Joncour : Vous l'avez jeté à la poubelle?
Kittiwake : Oui
Mr Joncour, interloqué : Ah bon?!!!!
Dans ce court échange, je me suis permis de prendre la place du personnage principal (je n'ose pas parler de héros) de cette fiction, interrogé par son créateur, l'auteur. Ce personnage a perdu un mot, un petit mot, simple (comme Beaujour?), mais indispensable si l'on ne veut pas se retrouver dans des situations professionnelles ou sentimentales ingérables . Il ne peut pas dire non. Alors il dit oui, aux collègues qui lui proposent un café, au patron qui lui demande de venir un Samedi, au bus qui s'arrête devant lui et lui demande s'il veut monter. Et comme il travaille dans un institut de sondage, et qu'il est chargé de rédiger les questions et les choix de réponse, les réponses proposées sont oui ou oui ou ne sait pas! Que de belles victoires démocratiques en perspective!
Mr Beaujour doit donc affronter de multiples quiproquos et surtout faire face à un destin qu'il n'a pas de son plein gré choisi, incapable de s'opposer à toute proposition. C'est drôle et on rit, mais un peu jaune car il est impossible de ne pas se reconnaître au moins partiellement dans ce portrait poussé à l'extrême : qui n'a pas un jour accepté une proposition en se maudissant à peine le oui prononcé? C'est difficile de dire non : «allez lui faire comprendre que c'est aux autres qu'il faut dire non, et pas à soi même, à ses désirs, à ses envies, à ses besoins sans quoi on n'en finit pas de se trahir».
C'est donc un agréable et court récit juste assez caricatural pour être presque crédible, entrecoupé de «broderies» qui guident le lecteur vers les sources du problème.
Avec une belle écriture poétique et affutée.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Ziliz
  13 novembre 2013
Brillant !
Grégoire Beaujour a perdu un mot. Il ne l'a pas sur le bout de la langue, non, il ne peut plus le prononcer, ni même l'écrire. Ce mot est "non". Ce handicap semble difficilement compatible avec son emploi d'enquêteur pour un Institut de sondages et d'Études de marché. Quoique...
Pour la vie sociale et amoureuse, cela pourrait paraître appréciable a priori. Mais de conciliant à faible et/ou lâche, il n'y a qu'un pas aux yeux des autres, et on se fait vite manipuler.
Serge Joncour part de cette fable pour présenter des réflexions passionnantes sur le pouvoir des mots dans nos rapports à autrui et à nous-mêmes, sur les vertus libératrices et thérapeutiques de l'écriture. Ecriture pour soi à la recherche de son propre passé et de celui de ses ancêtres, pour retrouver ses bases, ses racines englouties (tout comme ont été noyés ces vieux villages recouverts pour construire des barrages, je trouve brillante cette métaphore qui revient en leitmotiv dans l'ouvrage).
A travers le regard de son personnage et ses souvenirs d'enfance, Joncour décortique aussi l'art de manipuler l'opinion publique, le conformisme, les phénomènes de mode et de masse qui se sont amplifiés avec les Trente glorieuses (dans les années 70 en particulier), et l'essor de la société de consommation.
Entre roman et essai, psychologie, philosophie et sociologie, cet ouvrage se dévore, sans prise de tête - n'ayons pas peur de ces "grands" mots en -ie.
Un régal d'intelligence, subtil et cynique sans être moralisateur.
--- Mais pourquoi faut-il que la plupart des couvertures en format poche et des titres de cet auteur soient si niais, moches, rédhibitoires ? Dommage, il cible probablement mal son public, de cette façon.
Son talent s'exerce pourtant dans des registres très variés (romans, nouvelles, thrillers). On retrouve ici le ton du recueil 'Combien de fois je t'aime'. J'ai apprécié également les ressemblances avec Tonino Benacquista ('Homo Erectus' en particulier) et Jean-Paul Dubois.
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Seraphita
  19 mai 2013
C'est l'histoire d'un homme, Beaujour, employé dans un institut de sondage, qui a perdu un mot, et pas n'importe lequel : un mot qui permet bien souvent de s'affirmer… en s'opposant, un mot sacrément utile au quotidien. C'est un mot magique, l'un des tous premiers à apparaître chez le petit d'homme, bien avant le « oui » en tout cas. Face à un choix auquel on se trouve confronté, ce petit mot de 3 lettres vient désigner une forme de notre liberté : celle simplement de dire « non » à l'autre. Voilà ! Donc, Beaujour découvre qu'il a perdu le « non », il ne sait plus dire non. Alors il va s'inscrire à un atelier d'écriture, histoire de retrouver ce sacré mot. C'est à une longue descente en lui-même que notre homme va être convié, et, ce faisant, à une remontée vers les origines du « non »… jusqu'au moment où il découvre que, finalement, il n'a peut-être jamais prononcé ce sacré mot…
« L'homme qui ne savait pas dire non » est un roman polymorphe, à la fois très drôle, tendre, nostalgique, douloureux. C'est l'histoire d'une quête, celle d'un homme d'abord, à la recherche du fameux « non » et qui bute au quotidien douloureusement sur le rempart d'un impossible refus à l'autre, à ses désirs. En s'inscrivant à un atelier d'écriture, le bien nommé : « Ouvroir des mots perdus », Beaujour plonge en lui-même en dénouant le fil de l'écriture, en tricotant un langage qui le détricote au quotidien. Il s'ouvre aux mots qui jaillissent là et dévoilent, à son insu, beaucoup de lui. Comme le dit René Char (ces vers figurent en incipit du roman) : « Les mots qui vont surgir savent de nous / des choses que nous ignorons d'eux ». Et ce que Beaujour commence à découvrir, à la faveur de ces mots qui giclent d'il ne sait quelle faille en lui, c'est que son enfance y est sûrement pour beaucoup, son milieu social d'origine, ainsi que la période à laquelle il est né… Et dans « l'ouvroir des mots perdus », en tissant des broderies de mots en quête du non, Beaujour découvre que c'est en fait un nom qu'il cherche, tant il est vrai que « c'est aux autres qu'il faut dire non, pas à soi-même, à ses désirs, à ses envies, à ses besoins, sans quoi on n'en finit pas de se trahir » (p. 296)… Et le temps presse, car son patron, flairant l'aubaine, le promeut à un poste délicat sur le plan éthique : Beaujour devient cyniquement « sondeur à gages », extorquant à des employés lambda leur promesse de mutation vers des terres lointaines - voire de licenciement - par le biais d'un sondage aux apparences anodines, tout cela bien évidemment à leur insu…
C'est un beau roman, sensible, délicat, qui rejoint l'humain au plus profond d'une de ses peurs nodales : celle de déplaire, d'abord à l'autre…
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Christw
  30 avril 2013

"Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d'eux." (René Char)
Perdre le mot non équivaut à devenir un béni-oui-oui, ne plus s'opposer à rien, devenir un interlocuteur sympathique et conciliant qui caresse systématiquement ses proches et amis dans le sens du poil: "...il tend la bouche vers l'avant et cale les incisives pour souffler la décisive consonne, mais là, le mot ne vient pas, il lui reste sur la langue comme un noyau de cerise, un chewing-gum qui refuserait de buller."
Un seul mot vous manque et le monde vacille, écrit le Magazine Littéraire. Voilà ce qui arrive à Beaujour, employé dans un institut de sondage. le handicap lui réserve quelques situations cocasses et le conduit à des comportements de nature à modifier le cours de son existence paisible. Ainsi ne plus laisser le choix à ses sondés qu'entre oui et ne sait pas, ce qui convient idéalement à ceux qui cherchent à tirer bénéfice des enquêtes d'opinion, ceux qui considèrent qu'un sondage doit délivrer les conclusions attendues. Sa technique involontaire transforme Beaujour − oui permanent aux desideratas du patron −, en concepteur très demandé de questionnaires biaisés dangereux, comme celui qui consiste à faire dire à un ouvrier, malgré lui, qu'il souhaite sa délocalisation à l'étranger.
Ne pas trouver ses mots, ne fût-ce qu'un seul, amène naturellement à fréquenter un atelier d'écriture. Beaujour y suit les conseils d'un animateur intuitif: "...Les mots c'est un peu le prénom des choses, une manière de les apprivoiser, sans quoi on serait environné d'inconnus. [...]. La mémoire est un mensonge, seul l'imaginaire dit vrai." Partant de là, l'auteur insère dans le récit une série de broderies, compositions de Beaujour dans le cadre de l'atelier, textes joliment travaillés, désignés sous la belle appellation L'ouvroir des mots perdus. Un retour aux origines, au plus lointain, pour retrouver le nouveau-né, là où le mot s'est perdu, l'enfant chéri et dorloté qui n'aurait pu que dire oui aux égards et à l'affection dont il était l'objet. du oui de l'enfant bienheureux, il n'y a qu'un pas au oui des citoyens pour les évolutions sociales et technologiques pleines de promesse de la seconde moitié du vingtième siècle, la télévision pour tous, la voiture et en point de mire le merveilleux an 2000 qui promet un monde formidable: comment dire non à cela ?
Conséquence inespérée de la lacune verbale: Beaujour, alors qu'il quitte son bureau pour aller aux toilettes, ne peut refuser l'invitation de sa collègue Marie-Line qui, pensant qu'il prend sa pause de table, l'invite à partager le restaurant de midi. On devine l'embarras de notre personnage quand sa partenaire, sortant une cigarette, lui demande si la fumée le dérange: oui, forcément. Sur le coup, le gentil Beaujour devient aux yeux de Marie-Line l'homme qui sait ce qu'il veut, qui s'affirme. Une idylle sauvera-t-elle l'homme qui ne savait plus dire non ?
"Dire oui [...] donne l'impression d'un pouvoir absolu, de tout comprendre, de tout accepter, de régler le sort du monde, de tout faciliter." Beaujour dit toujours oui pour rendre sa vie plus confortable. "S'exposer à un non peut être perçu comme un rejet, une trahison, le non renvoie au néant, du moins à l'impression que nous sommes fondamentalement seuls, incompris, ou mauvais." Serait-ce par empathie que Beaujour ne dit pas non ?

Serge Joncour est l'auteur d'une dizaine de romans, dont UV prix France Télévision 2003. Il collabore à l'émission Les papous dans la tête sur France-Culture.
En certifiant ne subir aucune altération par contagion de mon vocabulaire critique négatif, j'émets pour ce livre divertissant, pas idiot du tout, qui réserve quelques pages mûries, d'une agréable langue limpide, j'émets sans ambages un indéniable OUI.

Lien : http://www.christianwery.be/..
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ninachevalier
  27 février 2016
L'homme qui ne savait pas dire non de Serge Joncour
( Flammarion – 297 pages )
Imaginez votre quotidien privé de « cette simple molécule de langage » qu'est la syllabe «  non ». C'est pourtant le handicap de Grégoire Beaujour, chargé d'enquêtes,
de questionnaires pour l'agence « Opinion Factory ». Incapable de formuler ce mot essentiel, il se retrouve confronté à de multiples situations quasi inextricables.
Comment réussir à dompter un GPS bavard et récalcitrant ?
Pas facile de gérer la forêt de sollicitations tous azimuts : au marché au bureau, à la cafétéria, dans le métro.
Comment décliner une invitation, répondre à un texto, refuser un café, des tracts, des journaux ? Quand descendre d'un bus qu'on n'avait pas l'intention de prendre ? Comment négocier avec son patron une entrevue, un autre jour que le samedi ?
C'est tout le talent de Serge Joncour de tirer les ficelles. En réponses : une cascade de
scènes hilarantes imparables, à la manière d'un film de Charlot.
On peut ajouter les politesses à la japonaise, les gestes matinaux conditionnés par le programme radio, le choix d'une cravate «  cet instrument indispensable pour déjeuner dans un prestigieux restaurant », le bébé qui le désigne en hurlant, la séquence chez le dentiste.
Même si la tare de Beaujour devient un atout pour sa vie professionnelle, le gratifiant d' une promotion (« sondeur à gages »), de félicitations pour l'invention des« QCU :
questions à choix unique », lui offrant le privilège de partager le bureau de Marie-Line, il reste conscient de comptabiliser un record de « oui ».
Taraudé par une amnésie, il décide de suivre des séances d'écriture, « territoire fascinant », ayant été convaincu que « chaque être est le fruit d'une somme de biographies et que le présent se rédige sur les sensations passées ».
Il applique les conseils du maître de Richepin à la lettre : « brodez, brodez pour faire parler les mots. Chacun étant le dépositaire de l'histoire des siens ».
Ainsi, il rembobine son histoire familiale, remontant à plusieurs générations. Il autopsie son passé : « le passé étant à chacun ce que le brouillard est à l'accident : responsable de rien mais cause de tout cependant ».
Le retour aux sources est l'occasion pour l'auteur de comparer la vie de ses aïeux à celle de ses parents, de montrer combien le progrès a révolutionné les loisirs, l'habitat, laissant entrevoir « un frisson de nostalgie, quand le monde était une allégorie d'allégresse, une offrande, la vallée onctueuse, heureuse, où l'eau serpentait dans l'émeraude des prairies ».
En filigrane, l'auteur épingle la politique menée, la société de consommation, les ratés de l'électronique. Il revisite son enfance, une publicité mettant en scène un bébé dans une bulle ainsi qu'une photo de nourrisson emmailloté, ayant déclenché les réminiscences des événements majeurs de sa vie depuis sa naissance, sa communion, rejoignant « l'enfant calfeutré en lui dans un diaporama de souvenirs intacts ».
Cette thérapie jugulera-t-elle son blocage?Agira-t-elle comme catharsis ?
Serge Joncour sait ménager le suspense. le roman se termine sur un gros plan :
le pique-nique improvisé, en tête à tête, de Marie-Line et Beaujour, mettant en lumière l'idylle naissante. Scène conjuguant tendresse et poésie devant l'émerveillement de la beauté de la nature si généreuse.
Dans ce récit à deux voix, rien de superficiel sous une légèreté de ton, l'auteur y soulève des questions de société comme les sondages orientés pour manipuler l'opinion, l'âge de la retraite, le travail dominical, les familles recomposées.
Serge Joncour distille des réflexions sur la vie à portée philosophique: «  La vie est un fleuve aux rives qui se rapprochent ». On retrouve avec plaisir son humour corrosif, son imagination fertile générant une pléthore de comparaisons ( «  le parking de l'hypermarché ressemble à une grande marelle », « les sourires des enfants sont des soleils de poche »), l'acuité de regard de l'observateur hors pair qui sait traquer les manies et les travers de ses semblables et brosser des portraits très détaillés.
Sa créativité forge une pléiade de formules originales, inattendues, drôles : « la bière du Japon est tellement légère qu'elle ne saoule que de l'intérieur ».
Comme Beaujour, laissez-vous « caresser l'âme par ces formules prometteuses »,
car avec le roman de Serge Joncour, vous avez de « beaux jours » de lecture à venir.
Craquant, époustouflant, incontournable.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
ZilizZiliz   13 novembre 2013
Allez parler à cet enfant en vous, il est là, à vous attendre, il n'attend que vous cet enfant plus ou moins souverain que l'on a tous été, et qui reste là en soi, générateur de nos détresses et de nos mélancolies, de nos blocages aussi, il est cette part de nous qui cherche toujours à être pris dans les bras, il est la persistance de nous qui s'inquiète, oui, il est là ce mirage de l'enfant qu'on a été, dans le fond c'est bien lui qui est la cause de tout, c'est lui la source du symptôme, c'est lui qui a initié nos premières sensations, nos premiers rapports avec le monde, c'est de lui que nous viennent nos algorithmes de stratégies mentales qui aujourd'hui encore nous font répondre aux situations que nous traversons. Tendez-lui la main. Allez, engagez le dialogue, écrivez-lui, prenez une feuille et approchez-le, ou écrivez à haute voix, qu'importe (...)
(p. 192-193)
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ninachevalierninachevalier   02 février 2017
Etre au monde, c'est accepter d'entrer dans le tumulte. La vie est une floraison de décisions de tous les instants, on n'est jamais à l'abri d'une demande ou d'une invitation, il arrive même qu'on vous importune en cherchant à vous faire plaisir, il le ressent bien maintenant, ce serait pure folie que de se résoudre à la disponibilité permanente, d'être offert comme le sont les fontaines ou les bancs publics, alors qu'il le sait le calme est là, l'idée d'une volonté est tentante, en tout cas elle lui plaît, il en subodore les bienfaits, il sait aussi que les remparts de cette tranquillité tiennent avant tout à un mot, un simple adverbe par lequel on tient le réel à distance, un mot net et tranchant, le plus souverain et le plus décisif qui soit.
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ZilizZiliz   14 novembre 2013
Ces années soixante-dix, du moins celles du début, sont celles qui auront fait le plus d'efforts en direction de l'homme, celles qui l'auront le plus gâté, tout se proposait, tout semblait pouvoir s'acquérir, n'importe quel travail, n'importe quelle envie, le monde était une allégorie d'allégresse, un jardin offrant tous ses fruits, et surtout, on se savait sur la pente d'un progrès qui n'en finirait pas de nous hisser jusqu'au sommet : l'An 2000 ! (...)
(p. 205)
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Corboland78Corboland78   29 mars 2012
En même temps une forme de mauvaise conscience le taraudait, car après tout, à bien y regarder, pourquoi contrer l’humeur d’un patron, par nature fondé à savoir ce qu’est le bien de son entreprise et de ses employés, autant prétendre en remontrer à Dieu. L’ordre des choses voudrait, quoi que le président décide, qu’il ait raison. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à consentir, à obéir, c’est la règle même du respect. Il n’avait pas l’âme d’un révolté, même si dans le fond la rébellion ça n’est jamais que souscrire à l’idée de tout remettre en cause, se révolter c’est dire oui à tout un tas de prétentions parfaitement contrariantes, se révolter c’est accepter bien plus de choses encore que simplement dire oui à tout …
+ Lire la suite
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ninachevalierninachevalier   01 février 2017
Ouvrir la porte de chez soi est parfois un intime soulagement. Il voulait prendre un bain pour se remettre de cette heure de marche parfaitement superflue d'autant qu'il s'était perdu pour de bon.
Là encore il s'allonge dans la baignoire vide en ouvrant les robinets, il se laisse progressivement immerger, et quand il a de l'eau jusqu'au menton, il ferme les robinets en les tournant du bout du pied. |...]
Il y retrouve un peu de cette paix sourde qui baigne en ce moment la ferme de ses grands-parents, en fermant les yeux il la voit, enfermée comme dans une boule de neige, la petite maison au fond du lac, noyée avec les prés autour, les arbres et les chemins, tout ça sous cent mètres d'eau.
C'est là que d'un coup il a ressenti un genre de trop -plein , ou de vertige, au point même qu'il a dû ressortir instantanément de son bain, il mettait de l'eau partout mais c'était plus fort que lui, il fallait qu'il trouve une feuille et un stylo, les mots lui venaient de toute part, ça dégoulinait comme une pluie, ça lui prenait le corps comme une envie de danser, ou de se battre probablement.
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Vidéo de Serge Joncour
Le Parvis a interrogé Serge Joncour sur son dernier roman, Chien-Loup, publié aux Éditions Flammarion en 2018.
L'idée de passer tout l'été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrec?ur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L'annonce parlait d'un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix.
Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n'habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses lions pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s'était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu'on avait apprivoisée aussi bien qu'un animal de compagnie, n'avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s'entretuaient, avait cédé la place à d'autres guerres, plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c?était en arrivant.
Serge Joncour raconte l'histoire, à un siècle de distance, d'un village du Lot, et c'est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu'il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, il nous montre que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au c?ur de nos existences civilisées.
Serge Joncour est l'auteur de onze livres parmi lesquels UV(Le Dilettante, prix France Télévisions 2003) et, aux éditions Flammarion, Combien de fois je t'aime (2008), L'Amour sans le faire (2012), L'Écrivain national (2014) et Repose-toi sur moi (prix Interallié 2016)
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