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Catherine Cheval (Traducteur)
EAN : 9782070338306
291 pages
Gallimard (18/05/2006)
  Existe en édition audio
3.95/5   3592 notes
Résumé :
Quelques règles élémentaires de survie dans le bush australien : 1) Ne jamais conduire en pleine nuit sur une route déserte : un kangourou se ferait une joie de défoncer votre pare-chocs. 2) Ne jamais céder aux charmes d'une auto-stoppeuse du cru. 3) Et ne jamais se laisser droguer, enlever et épouser par ladite autochtone. Dans son village, en effet, le divorce n'est pas autorisé. Mais le nombre de veuves y est impressionnant...
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Critiques, Analyses et Avis (397) Voir plus Ajouter une critique
3,95

sur 3592 notes
Mariage express, direction Las Vegas... Euh non, l'Australie et son accueil singulier !

"Piège nuptial" est une seconde traduction de "Cul-de-sac" dont le titre original est «The Dead Heart», jeu de mot avec red heart, désignant la partie centrale désertique de l'Australie. Cet ouvrage s'avère être le premier roman de Douglas Kennedy, écrivain américain mais parfaitement francophone dont le style a évolué au fil de ses publications. Ce opus a été publié en 1994 en anglais, puis traduit en français en 1998 et enfin paru sous une nouvelle traduction en novembre 2009 sous le nom de "Piège nuptial".

Nicholas Hawthorne, journaliste pigiste de 38 ans pour des petits journaux aux États-Unis, débarque en Australie sur un coup de tête. Ayant vendu ses maigres biens en Amérique, Nick utilise ses économies pour acheter un combi Volkswagen pour traverser le bush.

Sur la route interminable qui le mène à Kununurra, il percute un kangourou et se demande encore ce qu'il fait sur cette route déserte. Son véhicule réparé, Nick prend une auto-stoppeuse, Angie, qui lui plait plutôt bien.

Et puis... réveil difficile et bascule dans un autre monde,Wollanup, cauchemardesque ! Et sans aucun répit, pour notre Nick préféré et le lecteur que je suis, jusqu'à la fin du récit…

"Piège nuptial", petit roman de Kennedy... petit par la taille, mais ô combien grand par le talent... Ce livre est un véritable électrochoc que vous lirez d'un trait, en sueur et exténué à la fin du roman. Un véritable sprint vers la sortie, s'il y a une sortie. A vous de le découvrir, sans tarder...

Un petit chef d'oeuvre, court et très original, que j'ai adoré. A lire absolument...

A noter pour les amateurs de BD que "Piège Nuptial" a été adapté par Christian de Metter dans la collection Rivages/Casterman/Noir en septembre 2012. Cet auteur avait déja réalisé avec succès l'adaptation de "Shutter Island" de Dennis Lehane qui lui avait valu le "Prix des Libraires de Bande Dessinée" en 2009.

PS : Attention ! Les lecteurs de Kennedy qui sont habitués à lire un roman d'amour vont être sacrément surpris. Bien sûr qu'il s'agit de piège nuptial, mais l'environnement familial est très loin d'être idyllique pour les deux tourtereaux qui se sont unis par le sacrément du mariage australien ! Si vous cherchez l'amour fleur bleue, passez votre chemin. Si vous chercher l'originalité et les sensations fortes, foncez l'acheter pour le dévorer...
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Trois mots : bref, étouffant, génial

Avant de découvrir ce livre, j'avais commencé "L'homme qui voulait vivre sa vie" et abandonné pour quelques mois. Entre temps, sur un conseil d'un proche, je tombe sur ce petit roman de Kennedy, petit par la taille, mais O combien grand par le talent... Sans rien connaitre de l'histoire, je croque dans ce bouquin dont le récit débute en Australie, bien loin de l'oncle tom comme je l'imaginais.

"Cul-de-sac" (ou l'autre version "Piège nuptial") est le premier roman de Douglas Kennedy, écrivain américain très apprécié en France. Ce roman a été publié en 1994, puis traduit en français quatre ans plus tard.

Nicholas Hawthorne, journaliste pigiste de 38 ans pour des petits journaux aux États-Unis, débarque en Australie sur un coup de tête. Ayant vendu ses maigres biens en Amérique, Nick utilise ses économies pour acheter un combi Volkswagen pour traverser le bush. Sur la route interminable qui le mène à Kununurra, il percute un kangourou et se demande encore ce qu'il fait sur cette route déserte. Son véhicule réparé, Nick prend une auto-stoppeuse, Angie, qui lui plait plutôt bien. Et puis... Réveil difficile et bascule dans un autre monde, cauchemardesque ! Et sans aucun répit, pour notre Nick préféré et le lecteur que je suis, jusqu'à la fin du récit…

Agrippé sur mon siège, obnibulé par cette lecture irrespirable, j'avais l'impression d'être en Australie et d'y laisser ma peau !
Ce livre est un véritable sprint vers l'issue de secours, sachant que l'on ne voit pas la petite lumière verte comme les trouve dans les salles de cinéma. A vous de découvrir la sortie, sans tarder...

Un petit chef d'oeuvre, très original, que j'ai adoré, presque trop court. A lire absolument...
En voyant la note d'appréciation globale donnée par les lecteurs en dessous de quatre, je me demande si de nombreux lecteurs de Kennedy ne s'attendaient pas à lire un vrai roman d'amour ? Si c'est le cas, ils se sont effectivement trompés de roman . D'où cette note anormalement basse pour un livre d'une telle qualité !
Foncez l'acheter ou l'emprunter à votre voisin ou voisine...

PS : après cette réussite absolue, j'ai persévéré sur "L'homme qui voulait vivre sa vie", comme quoi la première impression n'est pas forcément la bonne.
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WAW, quel voyage en terre australe je viens de me faire, moi ! Par contre, je maudis tous ces auteurs de polars qui me font rayer des destinations sur ma carte des voyages de rêves : Caryl Férey m'a fait rayer la Nouvelle-Zélande et Kennedy (Douglas, pas John) vient de m'ôter toute envie de sillonner le continent des marsupiaux.

D'ailleurs, pour mieux vous parler de ma lecture, je vais laisser la parole à Jacquouille la Fripouille qui pourra mieux que moi résumer en un mot ce livre : DIIINNNGGUUEEE !

Imaginez un peu : Nicholas Hawthorne fait partie de ce que ne nommerais des journalistes "pisse-copie", heu, pardon, Nick est un journaliste pigiste, il a 38 ans et bosse pour des petits journaux aux États-Unis.

Rien de bien transcendantal. Oui, mais voilà, il vient de trouver une vieille carte de l'Australie et en est tombé amoureux. Son rêve ? "L'Australie ! L'Australie ! Je veux la voir, et je l'aurai" chantonne-t-il dans sa salle de bain.

Il vend tout (il a pas grand-chose) et le voilà débarqué au pays des Aborigènes, claquant ses économies pour acheter un combi Volkswagen avec la ferme intention traverser le bush (mais pas Georges W.).

Le con oublie une règle simple : ne pas conduire la nuit parce vu qu'il fait plus noir que dans le ...., et bien, on risque de percuter un 'rou. Je parle de "Kangourou", pas d'un type avec des cheveux couleur de feu.

Les emmerdes sont arrivées quand il a pris une auto-stoppeuse, Angie, et qu'il a joué à la bêbête à deux dos avec elle.

"Angie", si Mick Jagger l'avait connue, il n'aurait sûrement pas écrit une sublime chanson sur son pire cauchemar !

Notre Angie, elle est aussi douce et tendre qu'un pilier de mêlée, elle a une sacrée descente et rote comme deux hommes. C'est Nick qui le dit.

Quand elle fait l'amour c'est... Nick, précise-nous un peu plus, si tu veux bien !

"Le sexe, avec elle, ressemblait à une resucée du sac de la Gaule par Attila : on se retrouvait nettoyé en deux temps trois mouvements. Elle ne faisait pas l'amour, elle vous prenait d'assaut. Sans plus de tendresse que de sentiments. Comme la majorité des hommes au plumard, quoi...".

Merci, Nick, pour ces précisions.

"Ce n'est pas tous les jours qu'une femme se roule sur vous avec l'ardeur d'un bulldozer, ou sollicite instamment vos hommages toutes les deux heures".

Stop, nous avons tous bien compris l'affaire que tu as levée, mon vieux Nick (sans Barbe-Noire, les lecteurs de vieilles bédés comprendront) !

Ce livre est jouissif, tout simplement ! Des éclats de rire, des pouffements, des yeux écarquillés tellement on n'en croit pas ses yeux.

Un voyage de malade au pays des kangoufous (non, pas de faute de frappe) ! Sérieux, nous sommes bien dans le pays des dingos !

Chez Angie, il y a de la mauvaise foi à faire pâlir de jalousie un ministre surpris en train de nier ses comptes offshore ou un président en train de nier une relation buccale avec sa stagiaire. Face à elle, ils ne font pas le poids. Effroyable. Ma mâchoire s'en est décrochée, de stupeur et de rire.

Mauvaise foi aussi dans le cadre des trois dirigeants du village d'allumés, qui, tels des bons petits communistes, mettent leurs ouailles au régime "steak de 'rou" mais s'empiffrent, en cachette, de rôti et d'aloyau cent pour cent pur boeuf. Tiens donc...

Vous cherchez de la tendresse dans votre prochaine lecture ? Passez votre chemin.

De l'amour ? Heu, pas au sens d'Harlequin, en tout cas. de la baston et des coups ? Oh oui. Ruez-vous dessus.

Et en prime, on vous servira du 'rouburger à tous les repas. C'est 'Rounald Macdonald à domicile. Ici, la bière coule à flot et on fume comme des dragons. Artères bouchées garanties sur facture.

J'ai dévoré mes 290 pages presque d'une traite, accélérant la cadence de lecture sur les 40 dernières, tellement je voulais connaître la fin.

La seule chose qui m'ait déroutée, au départ, c'est le langage un peu argotique utilisé par Nick (le livre est à la première personne du singulier) et venant de mes dernières lectures où j'étais dans les pensées d'un chien de traineau dans le Grand Nord... ça dépote. Mais on s'y fait très vite et on ne le lâche plus.

Un vrai truc de ouf !

Lien : http://the-cannibal-lecteur...
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Nick n’aurait jamais dû rencontrer Angie.
Nick décide un beau jour de changer de vie, il vend tout et s’embarque pour l’Australie. Un pays que le journaliste américain espère découvrir tranquillement, à l’écart des grandes villes, à bord de son combi Volkswagen acheté d’occasion. Mais sa rencontre, en plein désert du bush, avec un kangourou et une jeune auto-stoppeuse va arrêter net ses rêves de liberté. Car après avoir été séduit par la belle Angie, il se réveille sonné et prisonnier dans un coin totalement isolé du monde, au milieu de gens qui manifestement ne lui veulent pas du bien. Pour leur échapper il va devoir faire preuve d’imagination, réunir toutes ses forces et même plus.

Un Piège nuptial qui est pour moi une révélation du talent de Douglas Kennedy dont je n’avais lu aucun livre. Une histoire non dénuée d’humour, bien écrite, du suspens digne des meilleurs romans policiers, des personnages avec une vraie épaisseur dans une Australie réaliste, tout y est pour faire de ce roman une vraie réussite.
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Je ne m'étais jamais intéressée à la bibliographie de Douglas Kennedy, qui avait pour moi une image d'auteur de bluettes à l'eau de rose, avant de lire une excellente critique de Lehane-fan de l'adaptation en BD de ce "Piège nuptial" (aka "cul de sac"). Je m'étais donc acheté ce roman en me disant que malgré mon intérêt pour le sujet il dormirait longtemps dans ma PAL. Mais c'était sans compter Sarahdu91 qui avait été désignée comme ma piocheuse pour la pioche dans ma PAL de ce mois. Et contre toute attente, ce fut une très bonne surprise.

Dans sa critique de la BD tirée du roman, Lehane-Fan évoquait les "touchants autochtones de Delivrance", remarque drôlatique qui m'avait incitée à acquérir le roman original. En fait, plus qu'aux adeptes du banjo du chef-d'oeuvre susnommé, les bouseux dégénérés de "piège nuptial" m'ont surtout fait penser à la tendre famille de Leatherface dans "massacre à la tronçonneuse". le roman de Kennedy partage avec le génial film de Tobe Hooper une atmosphère similaire de déliquescence. Wollanup partage avec le bled texan de "MALT" (= massacre à la tronçonneuse) le même genre de passé, une région économiquement sinistrée qui va peu à peu se replier sur elle-même, se couper du reste du monde pour vivre en quasi autarcie. Dans "piège nuptial", c'est une mine qui ferme, laissant la communauté sans sa raison d'être, dans "MALT" c'était les abattoirs qui avaient fermé leurs portes. Abattoirs que l'on retrouve d'ailleurs dans "piège nuptial" puisque Wollanup s'est reconverti dans l'équarrissage de kangourous. Est-ce une simple coïncidence ? Je pense plutôt que Kennedy fait ici un clin d'oeil appuyé au film de Hooper. En grande fan de ce film culte, cet hommage n'est pas pour me déplaire. D'autant que comme dans "MALT", le récit du calvaire du héros, s'il est oppressant à souhait, n'est pas dénué d'un certain humour. Humour très noir, mais humour quand même.

La grande réussite du roman de Douglas Kennedy réside dans l'ambiance qu'il installe à coups de descriptions très évocatrices. L'atmosphère y est à la fois étouffante, on imagine bien la sueur et la poussière aride qui collent à la peau, et putride. La peinture de la petite bourgade de Wollanup est saisissante. le lecteur visualise parfaitement le bled et des images prennent vie dans sa tête, des visions presque apocalyptiques d'un monceau d'ordures à l'air libre, d'une route parsemée de cadavres de kangourous en putréfaction, et encore d'autres images poétiques.

Quant à la galerie de personnages imaginée par Kennedy, elle est aux petits oignons. Côtoyer ces cinglés imbibés, violents, ayant perdu tout sens de la normalité, fait osciller le lecteur entre stupéfaction horrifiée et rire jaune.

L'écriture de Kennedy sert parfaitement le récit. D'une belle simplicité, l'écriture est nerveuse, vive et l'auteur fait preuve d'un sens de la formule qui fait mouche. Un style efficace qui tient le lecteur en haleine.

Un petit regret tout de même, j'ai trouvé la fin un peu expédiée. J'ai un peu eu le sentiment que l'auteur ne savait plus comment tirer sont héros du merdier dans lequel il l'avait fourré. Mais je ne vais pas faire la fine bouche pour si peu, "piège nuptial" est un petit roman très divertissant qui m'a fait passer un très bon moment.

Challenge Multi-Défis 2016 - 14 (un livre pioché au hasard dans ma PAL)
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critiques presse (2)
ActuaBD
29 août 2012
[…]Piège Nuptial fascine continuellement. Et l’auteur nous mène à la pirouette finale sans qu’on n’envisage une seconde d’interrompre la lecture. Un véritable modèle de BD noire.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
BoDoi
24 août 2012
De son style très pictural, tout en nuances si humaines, l’auteur de Marilyn, de l’autre côté du miroir ou Scarface offre un suspense terrifiant.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Citations et extraits (147) Voir plus Ajouter une citation
J'ai trouvé sa naïveté adorable, même si son ignorance de la réalité en dehors de Wollanup était plutôt... sidérante. Quoi, jamais entendu parler de McDonald's ? De CNN ? De Michael Jackson ? Quelle veine ! Il y avait aussi les chansons qu'elle ne cessait de fredonner, des ringardises des années 1960 comme ''Happy Together'' ou ''Along Came Mary'', ainsi que... ''La Ballade des bérets verts'', ce qui m'a laissé pantois :
Au pays une jeune femme attend.
Son béret vert n'reviendra pas.
Il est tombé pour tous les opprimés,
Lui laissant son ultime souhait;
Veille à ce que mon fils ait ses ailes
d'argent,
Que les plus braves de l'Amérique
guident ses pas.
Je n'avais jamais entendu cette ritournelle revancharde de l'époque ''Cassons du Viet'' depuis au moins vingt-cinq ans; qu'Angie en connaisse par coeur les paroles était pour le moins surprenant, mais elle m'a expliqué que son éducation musicale provenait d'une pile de vieux 45 tours conservés par l'un de ses oncles, puisque Wollanup se trouvait trop loin de tout pour que les ondes des radios australiennes puissent y parvenir.
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Quelques citations/extraits du roman Cul-de-sac (The Dead Heart) de Douglas Kennedy (Editions Gallimard, 1998, trad. par Catherine Cheval) :

• « Darwin by night. De la viande saoule, en short kaki, slalomant d’un trottoir à l’autre. Un quatuor d’amos pieds nus, vautrés dans le caniveau, se repassant une bouteille de Bundaberg — le fia local. De loin en loin, une belle de nuit — short ras la moule, cheveux platine et lèvres gercées — à l’affût du client dans l’ombre d’un hôtel à douze dollars la chambre. Et par-ci, par-là, une mineure en rupture de ban, qui avait dû s’envoyer une demi-douzaine de rhum-Coca de trop et qui dégueulait tripes et boyaux, pliée en deux au-dessus d’une poubelle. » p. 22.

• « Ma cartouche de Camel duty free traînait sur le lit. J’ai ouvert un paquet, je me suis allumé une clope avec mon Zippo et j’ai inhalé à fond. Bingo ! Le pied instantané ! Pourquoi passer sa vie à courir après le bonheur, alors que les rares instants où l’on touche la félicité absolue sont par essence aussi éphémères qu’imprévisibles : une douche à la fin de la journée caniculaire, une taffe qui vous semble si bonne que vous avez l’impression que la béatitude, c’est ça. L’espace d’une seconde ou deux, du moins… Mon flirt avec la béatitude n’a pas été très poussé. Il a pris fin à la seconde où mes yeux sont tombés sur la carte d’Australie étalée sur mon lit. Cette foutue carte… Elle m’avait eu au charme. Je m’étais laissé séduire par ses belles promesses. Je l’avais suivie jusqu’ici. A Darwin. Acheter cette carte avait été une erreur monumentale. » p. 25-26.

• « Si j’étais vraiment le mec indépendant que je imaginais, n’était-ce pas l’occasion rêvée de laisser tomber la plume et d’ouvrir mes ailes ? » p. 29.

• « La conduite de nuit en rase campagne, je l’avais abondamment pratiquée, dans mon Maine natal, mais là… rien à voir. Et ce n’était pas un vain mot ! Pas de lune, pas de lampadaires, pas de phares de bagnoles venant en sens inverse. Pas même la plus petite lueur d’étoile dans ce putain de ciel complètement bouché. Le noir absolu. Et pourtant, toutes les deux ou trois bornes, le pinceau de mes phares en faisait surgir deux points phosphorescents, à quelques dizaines de mètres devant mon pare-chocs — une paire de prunelles, qui semblaient flotter dans l’opacité du néant. Chaque fois, je sentais mes mains se crisper davantage sur le volant. Quelque chose était là, à l’affût. Et la proie, c’était moi. » p. 41.

• « Le silence s’est fait. Un silence de crypte. Le genre de silence qui vous ferait croire qu’il n’y a plus que vous sur terre. Ça m’a foutu les jetons, ce silence à perte d’ouïe, style espaces infinis. Je n’avais pas vu le poteau frontière, mais j’y étais, au Pays de Nulle Part… » p. 43.

• « J’étais au centre d’un univers voué au rouge. Un rouge arrive, stérile, couleur de sang séché. A perte de vue, de la latérite et une brousse maigre, poudrée de rouge. Le tout occupait un plateau d’une taille qui défiait l’imagination. Je me suis éloigné du combi et, planté au milieu de la route, j’ai contemplé les quatre horizons. Au nord, rien. Et rien non plus au sud, à l’est ou à l’ouest… Pas la moindre bicoque, pas un poteau téléphonique, pas l’ombre d’un panneau, qu’il soit routier ou plubicitaire. N’était le ruban de bitume que j’avais sous les pieds, j’aurais pu être le premier homme à m’aventurer dans cette contrée. Un désert sans limites, sous un ciel d’un bleu implacable. L’infini, hypnotique à force de monotonie. Dans quel siècle je suis, là ? A quelle ère géologique ? Paléozoïque, année zéro, à vue de nez. A l’aube du premier matin du monde? Genèse, chapitre 1, verset 1. » p. 45-46.

• « Mais vu ma désastreuse prise de contact avec l’outback, j’avais besoin d’un bain de civilisation pour me sécuriser. D’un lieu où goûter des plaisirs primaires, à l’abri de ce vide immense qui vous contraint à un face-à-face de tous les instants avec vous-même. » p. 56.
« Aussitôt après, je me suis rendormi. Avec l’impression de tomber dans le coma. Une chute libre à travers un univers noir de poix, périodiquement transpercé d’éclairs de flash qui illuminaient de façon fugitive des tableaux vivants complètement surréalistes. […] Mais déjà, j’étais retourné aux ténèbres insondables de mon abîme. J’y suis resté des jours. Béatement lové au coeur de ce néant. Jusqu’à ce que j’ouvre les yeux. » p. 85. (après qu’Angie est planté une seringue sur le bras de Nick pour l’endormir)

• « Le mal du pays est le pire des tourments pour un exilé, surtout quand il s’agit d’un exil voulu. Ou qu’on se retrouve dans un monde dont on ignore les lois. Un monde où la logique ordinaire n’a pas cours. Où in se sent complètement largué. » p. 100.

• « Une vallée aride, profonde comme une entaille, cernée de falaises rouge sang, dont le schiste se délitait. Ces remparts naturels écrasaient la vallée, telles les murailles cyclopéennes d’un fort préhistorique. Du haut de ces à-pics d’une bonne centaine de mètres, on devait se dire : « Cette fois, je l’ai vu, l’endroit le plus déshérité de la planète. » Un puits sans fond, écrasé de soleil. Un gouffre sans issue. Mais, planté au centre de ce gouffre, les yeux fixés sur ces murailles sanglantes, on se sentait nargué par leur présence écrasante. Comme si des divinités chthoniennes vous susurraient : « Essaie un peu de te sortir de ce cul-de-basse-fosse, Ducon… » p. 134-135.

• « J’ai pris mon pied à fignoler le boulot — parce que ça meublait mes journées, que ça m’aidait à tuer le temps et que ça me donnait une raison valable de me tirer du lit dès l’aube. On passe sa vie à se faire accroire que le travail qu’on s’appuie a une finalité supérieure — un but qui va bien au-delà du simple besoin de s’assurer le vivre et le couvert. Mais, au fond, on ne bosse que pour combler le vide des heures — pour éviter de se confronter à l’inanité de son existence. Le boulot est un drogue comme une autre. Alors défoncez-vous, et vous n’aurez pas à méditer sur l’absurde futilité du temps que vous passez sur terre. Ou sur la situation sans issue où vous vous trouvez. Et où vous vous êtes collé vous-même, ça va sans dire… » p. 176-177.

• « Qu’est la spiritualité sinon une tentative de se détacher des contingences ordinaires, de s’élever au-dessus de notre condition d’homme ? Je me suis rapidement persuadé que déguster un verre ou deux de cabernet sauvignon n’était pas le pire moyen d’y parvenir. » p. 212.

• « J’essayais de pas trop penser à ce que ça fait de crever de soif. Parce que, de ma vie, je n’avais vu quoi que ce soit de comparable, dans la cruauté absolue, au paysage qu’on traversait maintenant. Un océan de sable. Un jour de calme plat. Pas une colline, pas un monticule, pas un arbre, pas un poil d’ombre, pas même une pousse rabougrie de spinifex. Rien n’y vivait, parce que ce bout de désert devait tuer raide tout ce qui s’aventurait dans son périmètre. L’aridité faite plaine. Couleur sang séché. Le coeur mort de l’Australie. » p. 268. (Pendant la fuite de Nick avec Krystal)
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Sa conception de l'amour vache avait beau me filer quelques appréhensions, je dois dire, pour être honnête, qu'en bon mâle, j'étais plutôt flatté de ses attentions. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'une femme se roule sur vous avec l'ardeur d'un bulldozer, ou sollicite instamment vos hommages toutes les deux heures. J'entendais bien ma raison me murmurer avec insistance : "débarrasse -toi de cette fille avant que ça fasse des sacs de noeuds", mais le cochon qui sommeillait en moi lui a coupé la parole : "Tu vas pas refuser une affaire pareille ! T'as rien dans le calebar, alors ?... Allez, relax, laisse-toi faire - d'autant que tu peux reprendre tes billes quand tu veux." C'était couru d'avance : c'est le cochon que j'ai nommé grand conseiller...
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J'étais passionné par ce que je faisais, oui. Parce que cela occupait mes journées, me donnait une raison de me lever le matin, me changeait les idées. Nous passons notre vie à prétendre que nos petites occupations poursuivent une plus haute ambition que la nécessité d'avoir un toit sur notre tête, de quoi nous vêtir et nous sustenter, mais au final nous nous échinons pour remplir le vide des heures et éviter de considérer ce que notre passage sur terre a d'éphémère, de dérisoire. S'affairer, se stresser, permet d'oublier la futilité lamentable de nos existences, ou le cul-de-sac dans lequel nous nous débattons. Un cul-de-sac que nous nous sommes invariablement choisi.
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- Papou est le meilleur ! De la visite ! a-t-elle gazouillé, ravie, car à cet instant on avait frappé à la porte.
[...]
- Peace and love! Comment vont les tourtereaux ?
- Formid ! a assuré Angie en lui tendant une canette de bière.
Tout en l'ouvrant, il remarqué mon cocard et mon nef enflé.
- On dirait que t'a eu une lune de miel d'enfer, mon gars! a-t-il commenté en m'envoyant un coup de coude taquin dans le flanc.
- Ouais, d'enfer, ai-je approuvé d'un ton sibyllin.
- Ça été géant ! est intervenue Angie en me cravatant comme à son habitude.

PS : Je profite de cette citation pour vous inciter à ajouter l'étiquette "Littérature américaine" à "Cul de sac" car il ne figure toujours pas dans cette catégorie !
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