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EAN : 9782221256091
256 pages
Robert Laffont (26/08/2021)
3.88/5   25 notes
Résumé :
« Quand on n'a plus de château à transmettre, on peut au moins tenter d'aménager pour ses enfants une mémoire habitable.»

Jeune père un peu paumé, précaire dans la presse, le narrateur de ce roman mélancolique et drolatique vit dans un monde en voie d’extinction. Rien de grave : issu d’une famille décimée sous la Révolution, il a appris le détachement. Trop à l’ouest pour avoir des convictions politiques, il n’est pas royaliste, mais ne croit pas non ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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migdal
  02 octobre 2021
S'il est courant de croiser des personnes sorties de la cuisse de Jupiter, et banal de rencontrer des descendants de Henri IV ou Louis XV, j'avoue que je ne connaissais pas de descendant de Notre Dame de Thermidor, alias Thérésa Cabarrus, ou Madame Tallien, avant de découvrir Louis-Henri de la Rochefoucauld et ses merveilleux « Châteaux de sable ».
Avec de tels ancêtres, royalistes et révolutionnaires, et leurs vies pour le moins romanesques, l'auteur hérite d'un arsenal d'anecdotes qu'il narre avec talent d'une plume élégante et classique, et son imagination fertile et les hasards providentiels lui permettent de nous introduire auprès de Louis XVI et Marie-Antoinette, discrets parisiens habitant aujourd'hui un modeste logement Quai Bourbon …
Positivement tourné vers l'avenir, ce jeune père de famille, s'interroge sur le monde que nous léguerons à nos enfants et les valeurs que nous transmettons … une préoccupation qui me hante et qui contribue à faire de cet ouvrage un réel coup de coeur de cette rentrée littéraire.
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hcdahlem
  21 octobre 2021
Les confidences de Louis XVI
En imaginant sa rencontre avec le fantôme de Louis XVI dans la France des gilets jaunes, Louis-Henri de la Rochefoucauld va tout à la fois déconstruire le roman national et remettre en perspective son histoire familiale. Avec humour et érudition.
On le sait, l'aristocratie aura payé un lourd tribut à la Révolution française qui, pour asseoir son autorité, guillotinait à tour de bras tous ceux qui portaient une particule. La famille De La Rochefoucauld détient le triste record du nombre de morts durant cette période. À la suite de cette dispersion façon puzzle ne subsisteront que quelques beaux rêves de restauration. Plus prosaïquement, les descendants de la noblesse se classent aujourd'hui en affairistes "qui avaient froidement suivi l'évolution des espèces en s'assimilant à la haute-bourgeoisie friquée, les irréductibles "qui tournaient en rond dans les pièces mal chauffées de châteaux angevins" et les précurseurs amnésiques qui se métissaient. Quant à Louis-Henri, il se sent "condamné à vivre de façon parodique" et trouve refuge dans le journalisme et la littérature. Des piges et des entretiens qui lui permettent d'entretenir une famille, même s'il aimerait offrir un avenir plus flamboyant à sa petite fille Isaure.
C'est lors d'un mariage joyeusement arrosé qu'il va faire LA rencontre qui va bousculer sa vie. Louis Robinson va lui proposer d'être son nègre, de raconter la "vraie histoire" de sa vie, car il n'est autre que le fantôme de Louis XVI. Intrigué mais aussi séduit, le narrateur s'achète carnets et stylo et se rend quai de Bourbon pour recueillir les confidences du monarque déchu et de son épouse. Une Marie-Antoinette qui n'a rien à voir non plus avec la femme frivole entrée dans la postérité.
L'opération réhabilitation est lancée!
Grâce au dispositif narratif choisi par l'auteur, on va se régaler des télescopages entre l'actualité du moment et les «souvenirs» de ce couple qui a traversé le temps. Ainsi, toutes proportions gardées, Antoinette voit un parallèle entre la vie recluse à Versailles et l'actuel président qui, bien des siècles plus tard n'a pas vu venir les gilets jaunes. Ces «Gaulois réfractaires» vont même finir par donner des idées à Georges Lemoine. L'homme tient un bar clandestin où se réunissent les fidèles de Louis XVI et rêve de s'appuyer sur ces révoltés pour faire tomber le régime.
Se basant sur une solide documentation, l'auteur va raconter à sa manière les jours qui ont fait basculer le régime et la dernière tentative de restaurer un pouvoir désormais honni. On retrouve aussi ici l'ambiance et certains thèmes croisés dans le Club des vieux garçons. On y cherchait tout autant un espace de liberté en s'accrochant à des principes un peu surannés et folkloriques, mais en y mettant du panache et de l'audace. Car comme disait Danton, cet ennemi juré, «Pour vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace» !

Lien : https://collectiondelivres.w..
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myrtigal
  21 septembre 2021
Choisi au hasard parmi les nouveautés de la rentrée littéraire, ce roman a été un véritable coup de coeur.
...Bon ok, pas tout à fait au hasard : le fait que le livre tourne autour de l'histoire et de la révolution française a bien sûr joué (beaucoup). Mais j'étais tout de même contente de sortir de ma zone de confort et m'essayer aux nouveautés romanesques du XXIe siècle.
D'ailleurs peut-on vraiment parler de roman ? Car ce que l'auteur va nous raconter ici c'est en grande partie l'histoire de sa famille...à l'échelle de l'histoire de France ! Car Louis-Henri de la Rochefoucauld n'est autre que le descendant du Grand-maître de la garde robe de Louis XVI : le duc de la Rochefoucauld-Liancourt ! À la fois auteur et narrateur donc, il va commencer d'abord par nous raconter dans un humour grinçant, l'éducation aristocrate qu'il a reçu, et nous dresser rapidement le cadre de sa vie actuelle. J'ai vraiment ri outre mesure durant ses premiers chapitres, l'auto dérision dont fait preuve l'auteur est tout simplement hilarante !
Grosso-modo c'est un jeune homme un peu paumé entre son illustre ascendance, son éducation privilégiée et son manque d'ambition général, jusqu'à ce qu'un soir, au détour d'une balade nocturne après une éreintante réunion familiale...il rencontre Louis XVI dans un bar ! Et ce n'est pas son fantôme ! Il est présent et tout à fait réel, il est simplement de retour parmi les vivants après avoir été exécuté deux siècle plutôt. Et le monarque semble s'être bien accommodé au XXIè siècle car il y mène une vie paisible quasi incognito ! Seuls les habitués du bar royaliste où il se sont rencontrés sont au courant.
Notre narrateur va discuter longuement avec Louis XVI, ils parleront de tout et de rien, mais surtout de la France. Car ce qui est au coeur de ce roman autant qu'au coeur de la vie de Louis-Henri c'est la France. Son histoire, son héritage, ce qu'il en reste. Ils parleront même des Gilets-Jaunes, de Macron, de Chirac, de Robespierre, De Voltaire ou encore Hugo, bref, tout y passe, au travers de discussions drôles, mélancoliques et jamais démagogiques. Bien sur ce livre est principalement "royaliste", la Révolution y est fortement esquinté, mais rien n'est imposé et beaucoup de questions sont posés en dessous de l'humour et la légèreté. On croisera aussi Marie-Antoinette, qui se livrera aux confidences, intimiste et touchante.
Ce que j'ai trouvé vraiment bien c'est que pour chaque personnage ou évènement historique cité, l'auteur fait une petite digression afin de nous expliquer et recontextualiser, mais de façon parfaitement insérée au récit. Si bien que même le néophyte saura toujours de qui ou quoi il est question.
J'ai été très touchée par ce livre car je porte une affection particulière pour Louis XVI, et ce roman est véritablement une ode à ce monarque trop oublié, bafoué par l'histoire et par ses contemporains. Louis-Henri, l'apprécie aussi beaucoup et va se donner pour mission de le réhabiliter auprès du reste de la France. Louis XVI va t-il accepter ?
Bref, je pense en avoir assez dit sur ce roman, même si je pourrais continuer encore longtemps, tant il le mérite et tant il m'a émue. C'est un roman qui est drôle, touchant, sarcastique, qui nous invite à la réflexion sur ce qu'est notre histoire nationale d'hier et d'aujourd'hui, et si les châteaux que nous construisons sont fait de sable ou de pierre...
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valreine
  10 octobre 2021
Tout d'abord, merci à babelio pour ce livre reçu dans le cadre de Masse Critique.
J'ai lu un jour que pour une critique, il fallait d'abord adresser trois compliments, mais j'ai plutôt envie de faire l'inverse aujourd'hui.
Dans le descriptif, j'avais cru comprendre que ce livre était plein d'humour, je dois dire qu'il ne m'a pas fait rire : les traits d'humour m'ont paru très … démodés. Autant que les prénoms brocardés par l'auteur (p17):)
pendant des dizaines de pages, je me suis demandé si je n'avais pas fait une erreur en cochant ce livre. Simple manante, je sentais l'auteur comme vivant dans un monde parallèle et ça fait une impression bizarre au XXIème siècle. Je reconnais « à sa décharge » que mes ancêtres sont bien plus anonymes que les siens:) et je ne risque pas passer devant une autrefois propriété de ma famille ...
Par là-dessus, celui que j'avais cru être un fantôme était (serait) une réincarnation de Louis XVI ? Décidément ça faisait beaucoup !
Mais voilà ! le récit est « entrecoupé » de tas de détails historiques intéressants, amenés de façon naturelle, et puis, je me suis engagée pour une critique !!!
J'ai poursuivi ma lecture .
Bien m'en a pris.
Un récit attachant, où le portrait de Louis XVI (et de Marie-Antoinette!) se construit l'air de rien, au gré des rencontres du narrateur et de ses balades. Il y a très longtemps, j'ai lu une biographie de ce roi et j'avais « aimé » le personnage, ce qui m'a fait choisir ce roman. Depuis j'ai appris qu'il avait demandé des nouvelles de la Pérouse au pied de l'échafaud,(rappel de cette « anecdote p 231) ça pose le personnage !
J'ai glissé des petits papiers à chaque page où je notais une phrase, un fait à faire ressortir, ça serait vite devenu une re-copie du livre ! Je me contenterai de quelques citations...
Des ouvrages et le nom des auteurs sur le sujet-Roi sont cités, pour qui aurait envie envie de combler ses lacunes en matière historique et ou royale ou révolutionnaire.
J'ai été déroutée au début par les allées et venues entre la vie quotidienne de Louis-Henri et le poids de son ascendance. Au fur et à mesure de la lecture, l'une et l'autre se calent et là, le narrateur est plus le sujet central que Sa Majesté Louis de Bourbon. Est-ce de l'humour, cette façon de présenter son épouse plus comme une trésorière qu'une jeune femme de notre époque ? Au prénom historique tout de même:) son évocation de père m'a fait sourire, il semble découvrir qu'un enfant ça demande du temps, beaucoup de temps, et beaucoup d'attention.
C'est de sa fille que viendra le « salut ». Par la simple demande d'un château. de sable.
Merci encore à babelio pour ce livre très intéressant, je vais maintenant m'autoriser à regarder la vidéo où l'auteur parle de son livre. Peut-être lire celui sur la Révolution, qui sait ? ^-^
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Krinx
  04 novembre 2021
Notre écrivain / narrateur, s'inscrit dans la lignée d'une des plus illustres familles aristocratiques françaises, les "de la Rochefoucauld" et nous dit lui-même venir "d'une famille dont le sang a le plus coulé pendant la Révolution". Voici pour le contexte, auquel s'ajoute une longue mais non moins drôlatique énumération de ses 14 ancêtres guillotiné.e.s !
C'est donc tout naturellement que l'auteur revient creuser cette période sombre - après un essai qui n'a pas rencontré le succès escompté (La Révolution française, éd. Gallimard, 2013) - fortement encouragé par l'académicien Andreï Makine.
Le ton est volontairement décalé "pour ne pas jouer à l'aristo pleurnichard" et rendre la lecture indigeste. Par-ci, par-là, des expressions surannées de la noblesse d'épée ponctuent le texte et c'est tant mieux, il joue le jeu à fond !
D'anecdotes familiales parfois truculentes en petites histoires qui s'incrustent dans la grande, c'est la rencontre avec un personnage dans un bar clandestin pour aristos insomniaques - en mal de bourbon - qui va faire l'objet de tremplin à la "réhabilitation" de Louis XVI.
La lecture est fluide, l'aristocrate se veut sympathique et en décalage avec son époque et on prend bonne note des pans de l'Histoire qui nous sont délivrés au fil du texte.
Une histoire plaisante pleine d'originalité et de sarcasmes.
Merci à l'équipe de Babelio pour l'envoi de ce livre de la masse critique de septembre !

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critiques presse (2)
LeFigaro   20 octobre 2021
Au fil d’une longue dérive dans le Paris contemporain, l’écrivain revisite avec drôlerie et subtilité l’histoire de France.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   26 août 2021
L'écrivain livre, au-delà de la farce, une réflexion tocquevillienne sur les répétitions de l'Histoire. Mais c'est aussi, de la part de ce jeune père, une émouvante méditation sur la transmission : que léguer à ses deux enfants quand on ne possède plus que des châteaux de sable ? Les voici déjà dédicataires d'un roman aussi pétillant que du champagne.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
migdalmigdal   27 septembre 2021
Grand admirateur de Napoléon, ce qui n'est pas toujours signe de bonne santé mentale, Thiers reviendrait en force en 1871 : élu chef du pouvoir exécutif, installé à Versailles (à Versailles !), l'ancien révolutionnaire écrasa dans le sang la Commune de Paris. Désormais président de la République, il déclara : «La République sera conservatrice ou elle ne sera pas.» Pour retourner sa veste, il était doué. Enfonçons le clou en précisant que, à sa mort en 1877, le cortège qui l’accompagna à sa tombe du Père-Lachaise était mené par... Hugo - rien à ajouter, la boucle était bouclée.

Je ne sais plus qui parlait de la perpétuefle déception du peuple par la bourgeoisie, du perpétuel massacre du peuple par la bourgeoisie... Les démocrates républicains prétendent représenter le peuple, mais, dès que des gens du peuple pointent le bout de leur nez, ils sortent les blindés de la gendarmerie, leur tirent dessus et prennent la poudre d'escampette. On me dira que je caricature, je ne caricature pas : c'est comme ça que les Thiers traitent le tiers état.
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hcdahlemhcdahlem   21 octobre 2021
— Quand on vous chasse par la porte, vous entrez par la fenêtre... Ne paniquez pas: j'ai peut-être mieux à vous proposer. Si vous m’aidiez à mettre de l’ordre dans ma bibliothèque, pour commencer?»
Celle-ci explosait, débordant de livres reliés à son chiffre, de journaux et de libelles, avec du pour et du contre: des numéros de L’Ami du peuple et du Père Duchesne, Réflexions sur le procès de la reine de Mme de Staël et Réflexions sur le jugement de Louis Capet de Joseph Fouché, Éloge historique et funèbre de Louis XVI de Galart de Montjoie et Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle de l'abbé Proyart, Les Pamphlets libertins contre Marie-Antoinette d'Hector Fleischmann, et même des mangas à la gloire de la reine. On trouvait aussi d'épais traités de géographie, des textes de Montesquieu, des récits de voyage du capitaine Cook, tout le théâtre de Molière, pas celui de Beaumarchais (faut pas rêver), plusieurs éditions de L'Imitation de Jésus-Christ, beaucoup d'auteurs latins (Horace, Virgile, Tacite, Tite-Live, Ovide, Sénèque, Suétone), Histoire de Marie-Antoinette des frères Goncourt, L'Autrichienne en goguettes de Mayeur de Saint-Paul, Un épisode sous la Terreur de Balzac, deux livres de l’avocat Maurice Garçon (Louis XVII ou la fausse énigme et Plaidoyer contre Naundorf) et l'intégrale de Paul et Pierrette Girault de Coursac.
«Ce sont vos plus grands fans, les Girault de Coursac?
— Des obsessionnels. Tous les deux historiens, mariés l’un à l’autre, ils n’ont travaillé que sur moi. Rendez-vous compte que, de 1950 à 1999, ils ont publié en duo une vingtaine de livres me concernant! Leur cas relève de la psychiatrie. Ils avaient même prénommé leur fils Louis-Auguste en mon hommage. C'est trop de dévotion, j'en suis presque gêné...»
Arrivais-je après la bataille? Paul et Pierrette Girault de Coursac avaient-ils tout dit sur Louis XVI? Ils étaient morts, n'avaient pas le monopole du monarque, et plus personne ne les lisait... p. 55-56
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hcdahlemhcdahlem   21 octobre 2021
(Les premières pages du livre)
« 1. « Je crois aux forces de l’esprit… »
L’épisode eut lieu il y a quelques années au château de ma grand-mère. Une jeune fille engagée pour l’été était venue trouver mon père. Le plus souvent, elle tapait à sa porte parce qu’elle avait surpris une chauve-souris dans une chambre et avait besoin de lui pour s’en débarrasser. Mon père s’en chargeait d’un coup de fouet de chasse bien ajusté. Dans ce noble art, c’était un champion. Cette fois-ci, la situation était plus préoccupante : « Monsieur le comte, pardon de vous déranger… Je suis très embêtée d’avoir à vous annoncer ça, mais je ne veux plus faire le ménage au dernier étage. J’ai trop peur. » Allons bon ! Peur de quoi ? Embarrassée, la jeune fille avait poursuivi : « Il y a des bruits étranges en haut, quelque chose de bizarre… Ça va vous paraître fou, tant pis : je pense que la maison est hantée. » D’ordinaire flegmatique derrière sa cravate, qu’il n’enlevait que pour dormir, mon père en avait bondi de son fauteuil : « Des fantômes ? Formidable ! Extra ! Si vous en croisez à nouveau, prévenez-moi, je serai ravi de les rencontrer : ils ne peuvent être que mes ancêtres ! »
Dans la galerie de portraits, à elle seule une histoire de la mode à travers les âges, certains anciens ne demandaient qu’à sortir du mur pour se dégourdir les jambes. Communiquer avec ses aïeux, faire tourner les tables de la mémoire : ainsi avais-je été élevé. Au cours des repas, mon père nous expliquait comment nous descendions des rois de France – leur sang coulait dans nos veines. Il nous arrivait de franchir la Manche. J’avais été frappé d’apprendre que je descendais de Charles Ier, le roi d’Angleterre qui fut décapité en 1649, et donc de sa grand-mère, Marie Stuart, raccourcie pour sa part en 1587. Petit, déjà, ces têtes coupées me montaient au cerveau.

À la naissance de mes dernières sœurs, des jumelles, ma mère n’arrivait plus à s’occuper de ses cinq enfants. Elle avait demandé à mon père de nous sortir, mon frère et moi. Nous emmenait-il au stade ? Il n’aimait pas le sport. Je me souviens de nos fous rires devant les glaces déformantes du Jardin d’acclimatation, de promenades dans la forêt de Rambouillet, d’une visite des Grandes Écuries du château de Chantilly. J’avais cinq ans. Savais-je que ces écuries avaient été construites au XXVIIIe siècle par Louis-Henri de Bourbon, septième prince de Condé ? Ce Louis-Henri croyait à la métempsycose et aimait les chevaux à un point tel qu’il pensait se réincarner en canasson. Cette branche illustre des Bourbons s’était éteinte deux générations après lui, en 1830, le jour où son petit-fils, lui aussi prénommé Louis-Henri, neuvième prince de Condé et plus grande fortune de France, avait été retrouvé pendu à l’espagnolette d’une fenêtre de sa chambre. Sur ces explications, nous remontions dans la voiture. Mon père réajustait son nœud de cravate en se regardant dans le rétroviseur intérieur. « Tu portes décidément un très joli prénom », me disait-il sur le chemin du retour.
Quand j’avais atteint l’âge de six ou sept ans, il m’avait estimé assez mûr pour retourner au berceau – c’est-à-dire découvrir le château de La Rochefoucauld, tenu par une de nos tantes. Une fois encore, nous étions entre hommes, assis mon frère et moi sur la banquette arrière, direction la Charente. Après un tour de la maison millénaire, nous avions assisté depuis les gradins au son et lumière qui se donnait le soir. Il y avait un vrai tournoi. Puis un acteur jouait le rôle du roi Charles VII. À voix basse, mon père assurait les commentaires : « Charles VII était notre invité au château quand il a appris la fin de la guerre de Cent Ans, en 1453. » Je n’avais bien sûr aucune idée de ce qu’était la guerre de Cent Ans, mais restais sidéré par cet étrange spectacle, l’histoire mise à la portée d’un enfant, un Puy du Fou personnalisé. Le problème, c’est que, avec mon goût pour les distorsions drolatiques, les différents tableaux du son et lumière se mêlaient dans mon esprit aux glaces déformantes du Jardin d’acclimatation – je peinais à y voir autre chose que de la poudre aux yeux.
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hcdahlemhcdahlem   21 octobre 2021
Louis XVI revient parmi les siens
Ce jour-là, Alexandre, mon cousin issu de germain, prenait femme. Le futur duc d’Estissac vivait à Zurich depuis quinze ans, et nous ne nous voyions presque plus, mais nous étions liés à vie par un arrière-pays qui, avec la fuite des années, nous rendait rêveurs : les étés de notre enfance passés dans le château peuplé de gentils fantômes que se partageaient nos grands-mères, sœurs jumelles ayant épousé deux frères – un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître.
Les frangines assuraient la régence dans ce coin de Franche-Comté ; maire de la commune depuis 1977, mon père attendait son tour sans piaffer. Quand j’étais enfant et qu’après cinq heures de voiture j’apercevais enfin, entre les sapins, un petit pan de mur blanc, c’était la délivrance, le début des grandes vacances. Des fenêtres du château, on ne voyait aucune trace de pollution urbaine – juste une étendue infinie de forêts, de fermes et de prés aux mille nuances de vert… Les jours de grand beau temps, le mont Blanc apparaissait, majestueux, au fond d’un ciel rose. Je passais là-bas trois semaines chaque été avec mes sœurs, mon frère Jean, nos cousins Alexandre et Charles-Henri et les nombreuses vaches du coin, élégantes montbéliardes qui venaient brouter jusqu’aux abords de la maison. Elles étaient tolérées ; les touristes, non. Inutile de faire la police : les hivers, rudes, écartaient les gêneurs – nous étions à une quarantaine de kilomètres de Mouthe, lieu le plus froid de France. En juillet, nous n’étions pas plus dérangés. Qui, depuis Gustave Courbet, a compris la beauté de ces paysages ? Pas besoin d’aller faire un tour dans le Montana quand on a couru en culotte courte dans une telle réserve naturelle. Du Saut du Doubs à la croix de Reugney et de la source de la Loue au point de vue du Moine, tout semblait protégé, à l’abri des ravages du progrès. C’était l’endroit où se désintoxiquer de la vie citadine. Des traitements de choc y étaient prodigués. À la table des adultes, où la cravate était de rigueur, le vin d’Arbois déliait les langues et remontait les malades. Pasteur n’a-t-il pas dit que cette boisson était le meilleur remède connu ? Nous, les enfants, étions soignés par les plats du terroir de Mme Bichet, robuste cuisinière qui eut la chance de mourir avant d’avoir entendu parler de recettes au quinoa et d’allergies au gluten. Après ces solides repas, c’était parti pour de longues soirées de ping-pong ou de jeux de société dans ce dernier étage aux chauves-souris qui faisait peur aux jeunes filles. Avec les cousins, nous parlions parfois de ce que nous ferions de nos vies vingt ans après, et puis plus tard, quand Alexandre serait duc – perspective qui nous faisait beaucoup rire. L’âge adulte nous paraissait loin.
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PchabannesPchabannes   21 mars 2022
À propos d’Alexis de Tocqueville
« À 45 ans, se sentant proche de la fin, il avait écrit au fil de la plume ses savoureux Souvenirs, qui font autant penser à Stendhal pour la fluidité du style et de Flaubert pour la férocité du temps. Contrairement à ce qu’on croit, il n’était pas qu’un penseur : il était aussi un artiste. »
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Videos de Louis-Henri de La Rochefoucauld (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis-Henri de La Rochefoucauld
« […] Alphonse a été tellement pillé qu'on l'a surnommé « La Vache Allais ». Généralement […] - une pensée bien tournée dans une langue châtiée, dotée d'une apparente profondeur de jugement, est attribuée au sieur De La Rochefoucauld (1613-1680) : on ne prête qu'aux riches, surtout s'ils sont ducs. Il en va de même, plus près de nous, pour le cher Alphonse. Un mot drôle, un propos étonnant, loufoque, iconoclaste, féroce, amer ou logique jusqu'à l'absurde ne saurait être que d'Alphonse Allais (1854-1905) […]. Notre humoriste national, mort en 1905, a bel et bien été un précurseur dans ce qui fera la richesse littéraire, artistique, poétique, ludique du XXe siècle […]. Allais reste un grand méconnu à l'oeuvre immense […]. Il a écrit, en 25 ans, près de 1 700 contes. Si on y ajoute les poèmes, les fables-express, les distiques olorimes, les recettes de cocktails du Captain Cap et les histoires en tous genres, cela représente au moins deux dizaines de volumes. […] » (Jean Orizet)
« La blague est la seule arme à employer contre la solennité imbécile d'un tas de messieurs qui voudraient faire prendre leurs baudruches pour des blocs de marbre. Quant aux graves patauds qui n'aiment pas la blague, ils me rappellent un cul-de-jatte que j'ai rencontré l'autre jour : ce pauvre bout d'homme haussait les épaules en voyant passer les cyclistes. » (Alphonse Allais)
0:04 - 1er extrait 0:16 - 2e extrait 0:30 - 3e extrait 0:45 - 4e extrait 1:05 - 5e extrait 1:41 - 6e extrait 1:51 - 7e extrait 2:02 - 8e extrait 2:19 - 9e extrait 2:45 - 10e extrait 2:58 - 11e extrait 3:09 - 12e extrait 3:28 - 13e extrait 3:43 - 14e extrait 3:57 - Générique
Référence bibliographique : Alphonse Allais, Pensées, textes et anecdotes, Le Cherche Midi, 2016.
Image d'illustration : https://www.gettyimages.ch/detail/nachrichtenfoto/allais-c1893-alphonse-allais-french-writer-and-nachrichtenfoto/802472582?language=fr
Bande sonore originale : Circus Marcus - le bal de Rémy le bal de Rémy by Circus Marcus is licensed under an Attribution-NonCommercial 3.0 International License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/CIRCUSMARCUS/Danse_Rmy/le_bal_de_remy/
#AlphonseAllais #PenséesTextesEtAnectodes #LittératureFrançaise
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