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EAN : 9782253012344
244 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1967)

Note moyenne : 3.64/5 (sur 156 notes)
Résumé :
Dans le Désert de l'amour, nous trouvons deux hommes amoureux de la même femme : un garçon de dix-sept ans et son père, qui en a cinquante-deux. Ni l'un ni l'autre ne l'obtiennent, et aucun ne peut l'oublier.

Cette femme, Maria Cross, est une petite bourgeoise qui, par paresse et go-t du luxe, est devenue une femme entretenue. On parle d'elle avec mépris et comme d'un monstre de science et de perversité. Quand Raymond Courrèges la rencontre, au sortir... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
claudine42
  05 février 2015
.
D'entrée, on apprend qu'il s'agit d'une vengeance à assouvir : Raymond Courrèges à l'encontre de Maria Cross. Mais pourquoi donc ?
Assis dans un petit bar, Raymond qui a trente sept ans, aperçoit Maria Cross. Il se remémore. Retour vers le passé…
C'est alors qu'il était en terminale qu'il a fait sa rencontre dans le tramway du retour, un soir d'autrefois. Peu à peu Maria est tombée sous le charme de ce garçon qui lui ne souhaita pas s'en laisser conter et vit là seulement une conquête potentielle. le visage de Raymond obséda Maria qui, torturée par la passion, ne sut si elle devait l'assouvir. Pour elle, il n'était qu'un enfant inoffensif. Incommunicabilité des consciences. Incompréhension annonçant un désastre.
L'auteur va nous présenter une famille bordelaise en nous mettant en lumière ses mesquineries, ses complicités et tous ses travers. Mille intrigues se nouent dans cette maison où des haines féroces se sont tissées au fil des ans.
« À vivre ainsi pressés les uns contre les autres, les membres d'une même famille ont à la fois le goût de ne pas se confier et celui de surprendre les secrets du voisin. Chacun prétendait connaître à fond tous les autres et demeurer seul indéchiffrable. »
Belle ambiance !
On retrouve dans ce superbe roman les thèmes chers à Mauriac : l'amour passion dévorante et la notion omniprésente de péché. La chair symbolise le péché.
Mauriac disait de son roman qu'il était celui du renoncement.
Ce roman a été publié la première fois en 1925, faut-il qu'il soit brillant pour susciter encore de nombreux commentaires !!!
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Cath36
  01 novembre 2011
Un père et un fils amoureux sans le savoir d'une même femme, quel triste vaudeville cette histoire aurait pu être sans le génie de Mauriac ! Analyse de la passion amoureuse, analyse des rapports père-fils, analyse des liens conjugaux, analyse du regard de la société sur une femme dite "entretenue", Mauriac passe tout cela au crible de sa plume, pénétrant des profondeurs vertigineuses. "Le désert de l'amour", cette solitude impitoyable attachée au pas de chacun d'entre eux nous prend ici toute la dimension que Mauriac nous laisse entrevoir dans ses premiers romans. Suivront (entre autres) "Thérèse Desqueyroux" et le "Noeud de vipères", mais jamais Mauriac n'aura aussi bien dit comme ici la nécessaire distance entre les êtres, ce désert de la grâce où ne se révèle pas au père et à son fils "Celui qui à leur insu appelle, attire, du plus profond de leur être". Mauriac achève son roman sur le regard plein d'amour que le père jette à son fils nous laissant entrevoir un début de rédemption pour ces deux êtres qui pressentent une séparation définitive. Au final, une magnifique histoire sur la souffrance d'aimer et sur l'échec de toute forme de communication.
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oran
  01 octobre 2016
Voilà bien longtemps que je n'avais pas lu une oeuvre de François Mauriac.
Dans le désert de l'amour je retrouve les caractéristiques de l'écriture de Mauriac , les thèmes dominants de son oeuvre, le tragique de la vie, l'atmosphère et l'empreinte pesante et empesée de la bourgeoisie provinciale, ( celle de Bordeaux que Mauriac connait bien pour y être né) .
Ce roman (1925) est celui de l'incommunicabilité , de la solitude, de la vacuité de la vie quand l'amour n'est pas au rendez-vous.
Raymond Courrèges (prénom d'un des frères de F. Mauriac) , 35 ans, retrouve, par hasard, à Paris, dans une boîte de jazz, dix-sept ans après, Maria Cross, une femme entretenue qui l'a éconduit en l'humiliant alors qu'il était lycéen en classe de philosophie et qu'il vivait dans la banlieue bordelaise. (Talence) (Une de ses lectures : Aphrodite, ce roman libertin et sulfureux , lu par la jeunesse intellectuelle de cette époque)
Incompréhensibilité entre Raymond Courrères, jeune adolescent et son père Paul (Un des deux prénoms du père de F. Mauriac) , médecin dévoué, époux de Lucie, née Boulassier d'Elbeuf (c'est dire !) , indicibilité entre les époux, entre les autres membres de la famille, Madeleine, la fille , le gendre, Gaston , toute cette communauté parentale, ces générations différentes cohabitant sans beaucoup d'intimité , dans une grande maison.
Mais surtout attitude incompréhensible de Maria Cross qui ne peut s'assumer seule et qui préfère subir le statut de « poule », entretenue par Larouselle. Cette femme de 27 ans, dont le père et le fils vont tomber passionnément amoureux. Pour les deux, amour dévorant, humiliant, fardeau terrible pesant sur leur destinée .
Une passion stérile qui rendra tour à tour , le père et le fils malheureux, et qui fera de Raymond un gougeât, celui qui va « mépriser tout ce qui ne lui semble pas objet de possession », un homme dominateur ne recherchant que le goût de la satisfaction immédiate.
Maria Cross a finalement épousé l'homme qui l'entretenait et qui la trompe ouvertement, sans complexe. Une femme qui n'a pas voulu s'assumer.
Pourtant, des retrouvailles inopinées permettront enfin au fils et au père de se revoir après un si long silence, se retrouver, pour ne plus jamais se rencontrer .

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Moissagaise
  24 mai 2018
Je me suis laissé emporter par ce livre bouleversant où l'amour sous toutes ses formes, incompris, avili, rêvé, tient une place centrale.
D'abord l'amour du docteur Courrèges pour Maria Cross, qui est un amour rêvé et sans avenir. le docteur fait partie de ces hommes qui peuvent mourir, dépérir d'amour pour des êtres aux vertus plus imaginaires que réelles. Il souffre d'une « passion toute-puissante, capable d'enfanter jusqu'à la mort d'autres mondes vivants, d'autres Maria Cross dont il deviendra tour à tour le satellite misérable ... » Cette passion est dépeinte comme héréditaire par l'auteur puisque Raymond, le fils du docteur, est voué à souffrir du même mal.
Le docteur est un être imaginatif. II vit sans vivre réellement, et on peut se demander si sa vie n'est pas plus intense et vraie dans son esprit que dans le quotidien. Tout un chacun le prend pour un saint homme car il commet ses péchés en pensée, avec son imagination débridée. On le croit aimable et patient quand il a en fait la tête ailleurs : « Son ordonnance une fois signée, il était encore dans l'escalier du client que déjà, comme un chien retrouve l'os enterré, il revenait à ses imaginations dont parfois il avait honte et où ce timide goûtait la joie de plier les êtres et les choses selon sa volonté toute-puissante. Dans le domaine spirituel, ce scrupuleux ne connaissait aucune barrière, ne reculait pas devant d'affreux massacres -jusqu'à supprimer en esprit toute sa famille pour se créer une existence différente. » Ou encore « Sa visite terminée, il rentrait dans son rêve, plein d'une avidité secrète, se répétait : « Je suis un fou... et pourtant... » »
Le rêve est dangereux, car il fait souhaiter aux individus une vie tout autre, alors qu'il n'apporte que des aspirations inatteignables au point d'en faire négliger le réel, le quotidien, la famille et les enfants.
L'enfance elle-même est malmenée. L'auteur se penche sur l'évolution d'un être et de son devenir en fonction de son entourage. Raymond a été rejeté par sa famille et n'a pas été sauvé par son père trop occupé à ses rêveries : « Nous avons tous été pétris et repétris par ceux qui nous ont aimés et pour peu qu'ils aient été tenaces, nous sommes leur ouvrage, - ouvrage que d'ailleurs ils ne reconnaissent pas, et qui n'est jamais celui qu'ils avaient rêvé. Pas un amour, pas une amitié qui n'ait traversé notre destin sans y avoir collaboré pour l'éternité. »
Raymond est devenu l'image que l'on s'est faite de lui : « A dix-sept ans, il arrive que le garçon le plus farouche accepte bénévolement l'image de soi-même que les autres lui imposent. »
Est dépeinte l'influence du regard des autres, des premières expériences de la vie qui peuvent avoir un impact décisif sur le devenir d'un être sans que l'on puisse s'en douter : « Elle ignorait que, sur cet informe enfant, son regard avait suffi pour qu'il devint un homme dont beaucoup d'autres allaient connaitre les ruses, subir les caresses, les coups. Si elle l'avait créé par son amour, elle achevait son oeuvre, en le méprisant : elle venait de lâcher dans le monde un garçon dont ce serait la manie de se prouver à soi-même qu'il était irrésistible, bien qu'une Maria Cross lui ait résisté. [...] Ce seraient les larmes de Maria Cross que toute sa vie il ferait couler sur des figures étrangères. Et sans doute était-il né avec cet instinct de chasseur, mais, sans Maria, il l'eut adouci de quelque faiblesse. »
La famille apparaît ainsi avec ses torts et ses travers. Les membres ne parviennent pas à écouter leurs besoins mutuels, à se comprendre et sont soumis au désert affectif.
Les rapports père-fils sont encore plus compliqués que les autres. Raymond et son père se cherchent mais ne se trouvent pas, se rapprochent, se fuient. Ce sont parfois les circonstances qui les rapprochent ou les séparent. Maria Cross, ce même amour qu'ils partagent, leur permettra de se découvrir très proches, eux qui se croyaient si différents. Raymond semble vouloir se rapprocher du docteur à la fin de l'oeuvre ; alors qu'il rejoint son père à la gare, ce dernier lui demande de descendre de voiture de peur que les portes se referment. Raymond le rassure en lui disant qu'il pourrait descendre au prochain arrêt, mais le docteur refuse et l'exhorte à sortir. Cette scène me parait symbolique du désir qu'éprouve le docteur de ne pas voir son fils souffrir de la même passion que lui, à descendre du train tant qu'il en est encore temps. Il l'invite à avoir une vie rangée, comme lui finalement... Sans doute le docteur veut-il aussi rester seul avec ses rêves. le docteur a toujours éprouvé des difficultés à trouver les mots justes pour parler à son fils, à savoir qu'elle attitude adopter avec lui : « L'homme et la femme, aussi éloignés qu'ils puissent être l'un et l'autre, se rejoignent dans une étreinte. Et même une mère peut attirer la tête de son grand fils et baiser ses cheveux ; mais le père, lui, ne peut rien, hors le geste que fit le docteur Courreges posant sa main sur l'épaule de Raymond. »
Leur attirance pour Maria Cross parait bien surprenante, puisqu'il s'agit d'une femme entretenue, dont le désir sensuel semble inexistant. Ses sentiments vis-à-vis de son fils décédé semblent ambigus. Jusqu'à la fin, elle demeure mystérieuse pour les personnages comme pour le lecteur. Peut-être est-ce dû à la variation des points de vue adoptés au cours du récit. le roman s'ouvre sur une narration impersonnelle. Puis alternent les souvenirs de Raymond du docteur et de Maria. le tumulte de la vie bouillonne au coeur de cette oeuvre où l'art du romancier a consisté à l'ordonner de manière harmonieuse.
Mais ce que les personnages ne trouveront jamais, c'est « Celui qui à leur insu appelle, attire, du plus profond de leur être, cette marée brûlante ». Cette phrase nous rappelle que Mauriac était un écrivain catholique, ou plutôt « un catholique qui écrit des romans » et que ses préférences sont toujours allées aux âmes passionnées et égarées. le «journal » et le « livre » que propose Raymond à son père pour passer le temps rappellent l'opinion énoncée par le docteur sur la lecture : « Un bouquin bouleverse la vie d'un homme quelquefois, et encore !ça se dit...mais d'une femme ? Allons donc ! Nous ne sommes jamais troublés profondément que par ce qui vit - que par ce qui est sang et chair. Un bouquin ? Il secoua la tête. Bouquin éveilla dans son esprit le mot bouquetin ; et il vit se dresser, auprès de Maria Cross, un chèvre-pied. » Au-delà d'une certaine misogynie, le docteur ne voit pas dans les nourritures spirituelles de quoi le satisfaire. Terre-à-terre, seul le matériel est pour lui digne de passion et d'intérêt.
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Floccus
  27 décembre 2013
J'ai trouvé ce livre plus ampoulé, moins fluide que “Le mystère Frontenac” lu quelques temps auparavant. Il est souvent sentencieux - on pourrait d'ailleurs y piocher une multitude de citations. L'écriture est raide. François Mauriac appuie lourdement sur ce qui sépare les protagonistes :
“Le désert qui sépare les classes comme il sépare les êtres.” (62)
“Ce fils d'une autre race puisqu'il est d'un autre sexe.”
Le contexte social paraît dépassé, désuet, le texte a vieilli. le roman se lit pourtant facilement et avec plaisir car le caractère des personnages est précis, mis en valeur sans lourdeur. le docteur est finement campé dans sa vie à moitié vécue, à moitié rêvée. L'esprit de famille qui est en fait esprit de conservation, la vie sociale qui ne laisse que peu de possibilités à la vie intérieure de s'exprimer, ressortent avec force. Chacun est face à son néant.
Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
Cath36Cath36   01 novembre 2011
Ce n'est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons ; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable : la mort est le sel de notre amour ; c'est la vie qui dissout l'amour.
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dourvachdourvach   11 août 2018
Le tramway, feu de bengale mouvant, éclairait une seconde les ifs et les charmilles nues d'une propriété, puis l'enfant écoutait décroître le vacarme des roues du trolley, sur la route pleine de flaques, qui sentait le bois pourri, les feuilles.

[François MAURIAC, "Le Désert de l'amour", 1925, chapitre II - page 20 de l'édition "Le Livre de Poche"]
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oranoran   01 octobre 2016
La porte du collège franchie, il entrait dans le secret de la petite route humide qui avait tantôt son odeur de brouillard et tantôt son haleine de froid sec ; il était familier aussi avec tous ces ciels ténébreux ou déblayés et rongés d’étoiles, ou tendus de nuages éclairés du dedans par la lune qu’il ne voyait pas ; puis c’était l’octroi, le tramway toujours assailli d’un peuple accablé, sale et doux ; le grand rectangle jaune s’enfonçait dans une demi-campagne, plus illuminée que le Titanic , et roulait entre des jardinets tragiques, submergés au fond de l’hiver et de la nuit.
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vincent38vincent38   26 février 2014
Ah ! l'importunité de ces êtres à qui notre cœur ne s'intéresse pas, et qui nous ont choisis, et que nous n'avons pas choisis ! - si extérieurs à nous, dont nous ne désirons rien savoir, dont la mort nous serait aussi indifférente que la vie... et pourtant ce sont ceux-là qui remplissent notre existence.
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Cath36Cath36   01 novembre 2011
Cependant chacun s'était rassis : une secrète connivence les faisait s'employer tous à éteindre ce feu. L'esprit de famille leur inspirait une répugnance profonde pour ce qui menaçait l'équilibre de leurs caractères. L’instinct de conservation inspirait à cet équipage, embarqué pour la vie sur la même galère, le souci de ne laisser s'allumer à bord aucun incendie.
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Le Bloc-notes. Volume 1, 1952-1962 François Mauriac Jean-Luc Barré, Jean Touzot Éditions R. Laffont Collection Bouquins
Des articles dans lesquels F. Mauriac aborde des sujets allant de l'actualité à la spiritualité, en passant par l'histoire de France. Souvent polémiques, ils illustrent les engagements de leur auteur, comme son soutien sans faille pour Charles de Gaulle ou son combat en faveur de la décolonisation. ©Electre 2020
https://www.laprocure.com/bloc-notes-volume-1952-1962-francois-mauriac/9782221249420.html
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