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Pierre-Louis Rey (Préfacier, etc.)Pierre-Edmond Robert (Éditeur scientifique)Jacques Robichez (Auteur du commentaire)Brian G. Rogers (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070382931
Éditeur : Gallimard (02/11/1990)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.43/5 (sur 248 notes)
Résumé :
« Les parties blanches de barbes jusque-là entièrement noires rendaient mélancoliques le paysage humain de cette matinée, comme les premières feuilles jaunes des arbres alors qu'on croyait encore pouvoir compter sur un long été, et qu'avant d'avoir commencé d'en profiter on voit que c'est déjà l'automne. Alors moi qui depuis mon enfance, vivant au jour le jour et ayant reçu d'ailleurs de moi-même et des autres une impression définitive, je m'aperçus pour la première... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Chocolatiine
  02 mars 2014
Le moment que je redoutais tant est enfin arrivé ; ce matin, plusieurs après avoir posé les yeux pour la première sur le côté de chez Swann, j'ai achevé de lire le septième tome de l'incroyable chef d'oeuvre de Marcel Proust. Terminus, tout le monde descend, le voyage est terminé, nous avons retrouvé le temps perdu.
Ainsi, le temps retrouvé est le tome qui clôture la série de la Recherche. Dans un Paris renversé par la première guerre mondiale, l'auteur y passe en revue tous les personnages que nous avons rencontrés tout au long de notre lecture. Certains, comme le charmant marquis de Saint-Loup, sont morts ; d'autres sont toujours les mêmes ; d'autres encore ont beaucoup changé, ou peut-être est-ce le monde qui a changé. Oriane, la belle duchesse de Guermantes, à cause de ce qu'elle s'est mise à fréquenter des artistes, est devenue une sorte de nouvelle marquise de Villeparisis, et les nouvelles générations ne savent plus qu'elle a longtemps été la femme la plus recherchée de la capitale ; madame Verdurin ("cette insupportable vieille mégère" comme je me suis souvent surprise à la surnommer) a réussi à épouser le prince de Guermantes ; ce qui semble être un AVC a réduit le terrible baron de Charlus à un état quasi-enfantin... En un mot, la guerre et le Temps ont balayé les grands salons parisiens.
Maintenant, à l'heure de vous donner mon avis sur ce tome et sur la Recherche plus globalement, je sens qu'aucun éloge ne suffirait. Je suis jeune encore et, après avoir lu une telle oeuvre, je crains fort de m'ennuyer dans mes lectures prochaines, même auprès des plus grands auteurs, comme mon père, qui a fait l'expérience avant moi, me l'a prédit.
Outre l'extrême beauté des phrases, par lesquelles on se laisse aisément bercer, jamais au cours de mes lectures, pourtant déjà nombreuses, je n'avais rencontré de personnages à la psychologie aussi bien développée. Nous sommes bien loin des caractères stéréotypés que l'on rencontre trop souvent dans les romans. Chacun ici a ses qualités, ses défauts et tous évoluent au fil des tomes.
Cette merveilleuse escapade dans les salons de la fin du XIXème siècle m'a souvent fait regretter de n'être pas née 150 ans plus tôt. Comme j'aurais aimé connaitre ce monde-là !
Cher monsieur Proust, je n'ai qu'un seul mot à vous dire : Merci !
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chartel
  07 octobre 2012
Longtemps j'ai couché mes enfants de bonne heure pour retrouver sans tarder A la Recherche. Un temps long, en effet, puisque j'ouvris le premier livre de l'oeuvre il y a un peu plus de dix-huit mois. Si ma lecture des premiers livres était entrecoupée souvent par quelques passades pour d'autres auteurs, elle n'en restait pas moins régulière et fidèle, permettant une immersion nécessaire à une juste appréciation de l'évolution et du parcours des nombreux personnages, qu'ils soient du côté de Méséglise ou du côté de Guermantes. Ce ne fut pas le cas pour ce dernier livre. J'ai probablement eu tort de laisser un espace de temps assez long entre Albertine disparue et le Temps retrouvé . J'avais, à cause de cela, oublié que tel ou tel apparaissait déjà dans un récit antérieur, au cours d'une réception chez le duc de Guermantes ou à La Raspelière en compagnie des Verdurin. Mais, alors que ma difficulté à traverser le long fleuve intranquille d'A la Recherche, sous l'assaut des remous et des courants divergents, commençait à m'épuiser et à me faire lâcher prise, j'ai petit à petit repris mon souffle en retrouvant chez de nombreux protagonistes les instants partagés auprès d'eux durant mes tardives lectures. Et c'est alors qu'arrivé aux abords de l'autre rive, ma perception du temps à sensiblement changée, ce dernier ayant ainsi acquis, à la manière de notre conception de l'espace, une troisième dimension, à tel point que je ne peux plus désormais parler de lui qu'en termes de volume et de masse. Mais au-delà de cette matérialité du temps retrouvé à travers ses observations mémorielles ou présentes, A la Recherche est aussi un hommage à la littérature, en prouvant qu'elle n'est pas qu'un simple passe-temps, que ses buts, bien au contraire, sont plus profonds et capitaux, dont ce dernier n'est sûrement pas le moindre : la littérature donne à son lecteur, non seulement la possibilité de vivre avec son temps, mais aussi, nécessairement, le temps de vivre.
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Darkcook
  29 décembre 2014
Je conclus l'année 2014 sur Babelio avec fracas, puisque j'y chronique rien de moins que le Temps retrouvé, crépuscule de l'édifice gigantesque proustien, au programme de l'agrégation 2015. Avec ma notation (4/5) et ce qui va suivre, je risque de me mettre à dos, d'offenser les babéliens les plus fidèles de l'ami Marcel, mais j'assume. Lisez jusqu'au bout, c'est tout de même l'histoire d'un repentir, de l'exécration totale à l'appréciation et l'estime!!
Alors déjà, lecture imposée, préjugés immensément négatifs et tenaces de ma part contre cet auteur et ses célèbres phrases démesurément longues, "for the sake of it" comme on dirait dans la langue de Shakespeare, juste pour dérouler de la syntaxe, au contenu le plus vain ou le plus masturbatoire, estimais-je, tout cela n'a pas aidé à me donner le courage d'entamer la lecture de ce roman, ni de la poursuivre une fois en cours. Non content de nous offrir un auteur qui me rebutait et qui me paraissait le plus surestimé de tout le XXème siècle, voire de toute la littérature française après Molière, on nous assénait le dernier tome, direct, sans préambule.
Me voici donc lâché au beau milieu d'une pléthore de personnages, de références aux tomes précédents, à des souvenirs dont je ne pigeais un traître mot, au centre de préoccupations dont je n'avais que faire, pour rester courtois, avec des constructions phrastiques qui me donnaient envie, au mieux, de m'avaler une boîte d'anti-migraines, au pire, de balancer aux chiottes le bouquin (moi qui déïfie tant l'objet, c'est beaucoup!!) ou de me brûler les yeux à l'acide. Des errances du narrateur dans le Paris de 14-18 et de ses réflexions exaspérantes sur la sexualité de Charlus sortaient, de temps à autre, quelques petites perles, mais, la plupart du temps, j'étouffais, pouffais, pestais et reportais sans cesse la suite de la lecture, qui fut extrêmement lente, laborieuse, n'ayant que faire des bordels homosexuels cachés et des tourments de personnages totalement inconnus, ne suscitant rien chez moi.
Puis, le narrateur arrive à la matinée des Guermantes, s'enferme dans la bibliothèque. Et là, c'est un tout autre monde, un tout autre auteur, un tout autre roman, qui s'ouvrent à moi. Il est victime du phénomène tant attendu, de la révélation, de l'épiphanie littéraire qui va lui apprendre comment écrire sa saga, et l'on vit avec lui ses émotions transcendentales, on pleure devant une telle déclaration d'amour à l'art et à la littérature, on revisite avec lui notre vie, nos amours, nos amis, nos emmerdes, à quel point on était différent à tel moment donné, mais si semblable, que tout n'est que question de perception, et que le Temps est le Maître de ce grand théâtre où l'on vit, où l'on aime, où l'on oublie, où l'on meurt. Je le trouve lisible, émouvant, sans doute aussi parce que je me suis habitué à sa fameuse phrase asthmatique, peut-être aussi parce qu'elle est plus travaillée et naturelle. Restent quelques considérations superflues qu'on gommerait bien, mais qu'importe, Marcel Proust a soudain gagné mon respect, et mes vieux a prioris sont oubliés, j'évolue en même temps que lui, le moi d'avant qui le dédaignait appartient à un passé révolu.
S'ensuit le théâtre thanatonique, comme j'aime à l'appeler, du bal des têtes, où il revoit les mondains qu'il a toujours connus, sur le seuil de la mort, naviguant sur le Léthé, et pour certains déjà remplacés. La vanité de ce spectacle, signe du Temps qui passe, qui emporte les querelles, les mémoires et les individus, le conforte dans l'écriture de la saga autobiographique. Là encore, trop de passages et de discussions avec les uns et les autres à tailler à grands coups de cisailles, on sait que Marcel n'a guère eu le temps de corriger cet ultime opus. Mais je n'ai jamais vu un roman, à part peut-être Villa Vortex de Dantec, qui fasse à ce point co-exister le sublime et le superflu total, monstre d'inégalité.
C'est un roman-essai, un roman sur le roman... Mais surtout sur la vie. Rarement les écrivains vous poussent à réexaminer vos propres souvenirs en même temps qu'eux, et à bouleverser votre point de vue. Là, à chaud, je dirais que seul Albert Cohen me vient en tête, dans un registre plus passionné.
Je ne lirai sans doute pas le reste de la saga avant très longtemps. Beaucoup trop de lectures m'attendent, imposées ou par plaisir, et Proust, malgré les déferlements d'émotion qu'il a suscité chez moi dans ses passages les plus réussis, n'entre pas dans mon panthéon personnel, car toujours inégal, s'attardant trop sur quelques obsessions qui ne sont pas les miennes, et puis tout simplement parce que la phrase à rallonge, même au sommet de son art, ne provoque jamais l'orgasme esthétique déclenché par du Baudelaire, du Hugo, du Lampedusa, du Shakespeare...
Je suis ouvert aux conseils sur les tomes à entreprendre dans le futur lointain. Je songeais aux deux premiers, ainsi qu'à La Prisonnière et à Albertine disparue, me retrouvant dans son histoire avec elle, ainsi que dans ses souvenirs bucoliques enfantins, bien davantage que dans les mondanités et les questionnements homosexuels de l'aristocratie que je devine hanter le Côté de Guermantes et Sodome et Gomorrhe.
Marcel, merci pour cette oeuvre considérable que tu as réussi à écrire. Je suis un vieux ronchon, un vieux con plein de préjugés, déjà à mon âge. L'agrèg m'a fait estimer Corneille, maintenant toi. Toujours selon les oeuvres, et avec quelques réticences qui restent valables, bien sûr. Faut pas trop en demander non plus!!
Sur ce, bonne année à tous et toutes qui passez par là, et rendez-vous en 2015 pour la suite de mes pérégrinations littéraires!!
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michfred
  03 septembre 2015
La Recherche est une quête du temps spatialisé.
Qui n’a pas entendu parler de la mémoire involontaire, olfactive , gustative, visuelle ou sonore, sensorielle en tous les cas, qui à un moment de lâcher-prise, de fatigue, ou de dépression saisit soudain le Narrateur et fait remonter en lui un souvenir très ancien, oublié, avec la précision et la fraîcheur d’une expérience récente ?
Ainsi la madeleine trempée dans le thé fait-elle soudain renaître le village de Combray cher à l’enfance du Narrateur dont les rues brusquement lui traversent la poitrine, dont le clocher pointu lui perce l’abdomen, tandis que tintent à ses oreilles les cloches du souvenir : une véritable expansion comparable à celle de ces fleurs japonaises qui se déploient dans l’eau.
Le temps est devenu espace.
Mais plus le Narrateur s’applique à retrouver intellectuellement le souvenir, plus celui-ci le fuit, plus l’espace reconquis se dissipe.
Comment sauver le passé de l’oubli, et surtout cette enfance bénie, tendrement protégée par une mère – et une grand’mère- adorée(s) ? Les expériences de mémoire involontaire sont trop rares, hasardeuses, fugaces, capricieuses : on ne peut compter sur elles pour retrouver littéralement le Temps perdu.
Les seuls qui échappent au massacre du Temps, quelle que soit la pauvreté de leur existence individuelle, la grossièreté de leur apparence terrestre, l’obscénité de leurs amours, ce sont les artistes.
Vrais artistes ou amateurs dilettantes , ils sont nombreux dans La Recherche.
Vinteuil est musicien, c’est un humilié, dont la fille profane le souvenir avec sadisme, mais sa sonate est une petite flamme pure qui revient dans le roman comme un leit-motiv, un puissant dictame : elle lui survivra, elle lui assurera une immortalité, une sorte de grâce.
Bergotte est un écrivain connu, patenté, encensé mais il meurt littéralement d’extase devant un petit pan de mur jaune peint par Vermeer qu’il a tenu à aller voir au musée du jeu de Paume, contre l’avis des médecins, alors que sa vie ne tenait plus qu’à un fil : le dialogue du peintre flamand et du vieil écrivain, au seuil de la mort, se fait dans cette perception aiguë d’un détail parfait, idéal. Sauvé du chaos par une touche lumineuse de quinacridone sur un mur.
Morel est un goujat qui fréquente les mauvais lieux, sadique et pédophile, il exerce une puissante attraction de bad boy sur les hommes de la plus haute sociéte, lui qui n’est qu’un valet, un prostitué, mais quand il joue du violon il tutoie les anges.
Elstir est vulgaire : il a été l’amant d’Odette, une cocotte que Swann épousera alors qu’elle n’est pas son genre, juste parce qu’elle lui rappelle certain tableau italien –l’art, toujours !- il est la vedette du salon bourgeois et ridicule des Verdurin, on l’appelle « Monsieur Biche » mais c’est un peintre exquis, à la palette raffinée, au toucher délicat …une sorte de Whistler !
A contrario, Charles Swann est un dilettante, un raffiné , un membre de la meilleure société, un esthète au goût très sûr …mais il ne franchit pas le pas, il ne sera jamais un créateur, il reste un collectionneur, un mondain : il sera le double déchu du Narrateur, le modèle à ne pas suivre...Il disparaîtra dans le maelström qui emporte les vies sans qualités…
Quant au Narrateur, c' est un riche oisif, malade, obsessionnel, jaloux, malheureux, il paraît bien plus handicapé que son élégant modèle, Charles Swann, mais dès l’enfance il connaît une brève expérience de création qui le transporte dans une autre dimension : les clochers de Martinville dansent pour lui un ballet magique lors d’une promenade en calèche dans la campagne normande. Il jette cette expérience cinétique sur son papier d’écolier…et se sent aussitôt invincible ! Il chante comme une poule qui aurait pondu un œuf !
Devenu vieux, détruit par la maladie, revenu dans un Paris méconnaissable après la première guerre et dans une société où toutes les barrières sociales semblent s’être effondrées, tous les codes bouleversés, le Narrateur comprend à une succession de signes donné par ses sens- les cuillers qui tintent comme des cloches, les pavés inégaux d’une cour parisienne qui le ramènent soudain à Venise que le Temps presse, qu’il ne faut plus différer : pour être à jamais sauvé de la mort, il lui faut écrire. Vite.
La Recherche s’achève sur le roman à écrire, sur l’œuvre à naître. La boucle est bouclée.
Oui, La Recherche est une quête du temps spatialisée dans les parcours artistiques qui nous sont proposés, et singulièrement, dans celui, erratique et obstiné, du Narrateur dont nous suivons les méandres, comme Ariane au labyrinthe, jusqu'à sa sortie finale au grand jour ...Le roman est la gestation de cette découverte.

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Charybde2
  08 septembre 2013
Tome final, miracle de "bouclage" qui fait TOUT tomber en place et donne son sens à l'ensemble.
Publié en 1927 à titre posthume, le septième et dernier tome de « À la recherche du temps perdu », souffrant aussi au passage, comme « Albertine disparue », de quelques incohérences liées à l'absence des relectures jusqu'au-boutistes de l'auteur, constitue néanmoins une sorte de miracle à part entière : après 2 200 pages de narration foisonnante, après la mise en scène d'une bonne centaine de personnages à part entière, et après avoir ajusté des dizaines de situations, d'éléments, de bribes de sens encore ouvert, l'auteur procède à une formidable clôture, proposant enfin une réponse, LA réponse, aux doutes accumulés par son narrateur au fil de l'histoire, et donnant au lecteur, dans une spirale de vieillissement accéléré et d'emballement du temps, le sort de tous les protagonistes, dans une floraison de rebondissements ironiques et d'accidents non dénués d'humour noir.
Alors que la guerre de 1914-1918 fait rage désormais, énumérer tout ou partie de ces « issues » serait dommage, car la joie de les découvrir, et les destins parfois bien féroces concoctés par l'auteur, est partie intégrante du plaisir de la lecture de ce dernier tome : infortunes conjugales attendues ou surprenantes, décès aussi héroïques qu'inopinés, déchéances sociales accélérées par la guerre, réhabilitations posthumes de mécènes jusqu'ici cruellement traités par l'auteur, mariages et remariages inattendus,…
La cruauté de l'auteur ne manque pas au moment de donner leur place « finale » aux centaines de personnages qui ont parcouru la Recherche, voire dans certains cas une certaine satisfaction vengeresse exercée au nom d'autres personnages jadis particulièrement malmenés. Pour donner un exemple particulier, la réflexion, ainsi que les confidences tardives du narrateur sur la vie de Saint-Loup, permettent à la fois de constater, définitivement, l'absence presque totale de complaisance de l'auteur envers ses personnages, ainsi que de ressentir à quel point Schopenhauer (mais pas Nietzsche, justement !) hante l'âme de l'auteur (à la différence, notons-le au passage, de Musil, pour qui la prégnance des deux philosophes allemands se retrouve presque inversée).
En trois touches successives, le tome s'organise toutefois autour de la question centrale de l'oeuvre, plusieurs fois préparée et annoncée : d'abord les réflexions de Marcel sur son absence de dispositions pour la littérature, puis l'épiphanie en deux temps, née du pavé disjoint et de la vue renouvelée du livre « François le Champi », organisation du matériau passé en vue de produire de la littérature et rôle de la littérature dans la vie.
Et tout en faisant tomber maintenant chaque chose passée « à sa place » et en formulant enfin sa « théorie » littéraire et esthétique, l'auteur spécule à sa manière sur le hasard et la nécessité, sur les rencontres aléatoires et sur les chocs inexorables, anticipant là encore sur le travail de Musil dix ans plus tard. L'intrication du temps, de la matière et de la mémoire qui se constitue in fine en un réseau extrêmement serré et infiniment cohérent ne sera pas le moindre paradoxe de Marcel Proust, cousin d'Henri Bergson dont il niera cependant toujours avoir intégré ou même considéré le questionnement philosophique…
C'est bien ce tome final, court et dense avec moins de 300 pages, qui fait de la Recherche UN roman unique et hors du commun, un récit tendu en permanence et ordonné contre toute intuition initiale de lecteur en vue d'un objectif bien précis et fondamentalement ambitieux, malgré les dizaines d'habiles déguisements digressifs orchestrés tout au long de ses 2 400 pages, répondant in extremis à la question de Genette : « comment le petit Marcel est bien devenu écrivain ».
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Citations & extraits (104) Voir plus Ajouter une citation
coquecigruecoquecigrue   24 juin 2012
(…) le changement de résidence du prince de Guermantes eut cela de bon pour moi que la voiture qui était venue me chercher pour me conduire et dans laquelle je faisais ces réflexions dut traverser les rues qui vont vers les Champs-Élysées. Elles étaient fort mal pavées à cette époque, mais, dès le moment où j’y entrai, je n’en fus pas moins détaché de mes pensées par une sensation d’une extrême douceur ; on eût dit que tout d’un coup la voiture roulait plus facilement, plus doucement, sans bruit, comme quand les grilles d’un parc s’étant ouvertes on glisse sur les allées couvertes d’un sable fin ou de feuilles mortes ; matériellement il n’en était rien, mais je sentais tout à coup la suppression des obstacles extérieurs comme s’il n’y avait plus eu pour moi d’effort d’adaptation ou d’attention, tels que nous en faisons, même sans nous en rendre compte, devant les choses nouvelles ; les rues par lesquelles je passais en ce moment étaient celles, oubliées depuis si longtemps, que je prenais jadis avec Françoise pour aller aux Champs-Élysées. Le sol de lui-même savait où il devait aller ; sa résistance était vaincue. Et comme un aviateur qui a jusque-là péniblement roulé à terre, « décolle » brusquement, je m’élevais lentement vers les hauteurs silencieuses du souvenir. Dans Paris, ces rues-là se détacheront toujours pour moi en une autre matière que les autres. (…) il me sembla que la voiture, entraînée par des centaines de tours anciens, ne pourrait pas faire autrement que de tourner d’elle-même. Je ne traversais pas les mêmes rues que les promeneurs qui étaient dehors ce jour-là, mais un passé glissant, triste et doux. Il était, d’ailleurs, fait de tant de passés différents qu’il m’était difficile de reconnaître la cause de ma mélancolie (…)
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keishakeisha   30 octobre 2011
J'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes (...) et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels étaient une remise. Mais au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières oeuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l'avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m'assaillaient tout à l'heure au sujet de la réalité de mes dons littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trouvaient levés comme par enchantement. (...). Mais, cette fois, j'étais bien décidé à ne pas me résigner à ignorer pourquoi, comme je l'avais fait le jour où j'avais goûté d'une madeleine trempée dans une infusion. La félicité que je venais d'éprouver était bien en effet la même que celle que j'avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j'avais alors ajourné de rechercher les causes profondes. (...) "

"Chaque fois que je refaisais rien que matériellement ce même pas, il me restait inutile; mais si je réussissais, oubliant la matinée Guermantes, à retrouver ce que j'avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait. (...) Et presque tout de suite, je la reconnus, c'était Venise, dont mes efforts pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma mémoire ne m'avaient jamais rien dit, et que la sensation que j'avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc m'avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour là à cette sensation-là et qui étaient restées dans l'attente, à leur rang, d'où un brusque hasard les avait impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. De même le goût de la petite madeleine m'avait rappelé Combray. Mais pourquoi les images de Combray et de Venise m'avaient-elles, à l'un et à l'autre moment, donné une joie pareille à une certitude, et suffisante, sans autres preuves, à me rendre la mort indifférente?"
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StormStorm   16 septembre 2009
Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit. D'ailleurs, ne nous découvrît-il pas à chaque fois une loi, qu'il n'en serait pas moins indispensable pour nous remettre chaque fois dans la vérité, nous forcer à prendre les choses au sérieux, arrachant chaque fois les mauvaises herbes de l'habitude, du scepticisme, de la légèreté, de l'indifférence. Il est vrai que cette vérité, qui n'est pas compatible avec le bonheur, avec la santé, ne l'est pas toujours avec la vie.
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ChocolatiineChocolatiine   28 février 2014
Le temps qui change les êtres ne modifie pas l'image que nous avons gardée d'eux. Rien n'est plus douloureux que cette opposition entre l'altération des êtres et la fixité du souvenir, quand nous comprenons que ce qui a gardé tant de fraîcheur dans notre mémoire n'en peut plus avoir dans la vie, que nous ne pouvons, au dehors, nous rapprocher de ce qui nous parait si beau au dedans de nous, de ce qui excite en nous un désir, pourtant si individuel, de le revoir, qu'en le cherchant dans un être du même âge, c'est-à-dire d'un autre être.
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ChocolatiineChocolatiine   24 février 2014
Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et, bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Vermeer, nous envoient encore leur rayon spécial.
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Videos de Marcel Proust (119) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marcel Proust
Ce film muet, qui repose dans des archives en région parisienne, présente le mariage d'Armand de Guiche, un ami proche de Proust, et d'Elaine Greffulhe, la petite-nièce de Robert de Montesquiou, le principal modèle de Charlus, personnage central d'À la recherche du temps perdu.
Le film, d'une minute et onze secondes, est visible sur le site du magazine français Le Point qui a révélé cette histoire. Proust apparaît sur l'écran à la 37e seconde. L'écrivain ne fixe pas la caméra placée au bas de l'escalier recouvert d'un tapis.
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