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Pierre-Louis Rey (Préfacier, etc.)Pierre-Edmond Robert (Éditeur scientifique)Jacques Robichez (Auteur du commentaire)Brian G. Rogers (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070382934
447 pages
Gallimard (02/11/1990)
  Existe en édition audio
4.5/5   383 notes
Résumé :
« Les parties blanches de barbes jusque-là entièrement noires rendaient mélancoliques le paysage humain de cette matinée, comme les premières feuilles jaunes des arbres alors qu'on croyait encore pouvoir compter sur un long été, et qu'avant d'avoir commencé d'en profiter on voit que c'est déjà l'automne. Alors moi qui depuis mon enfance, vivant au jour le jour et ayant reçu d'ailleurs de moi-même et des autres une impression définitive, je m'aperçus pour la première... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
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BillDOE
  14 décembre 2021
Le temps s'est écoulé et de nombreuses années sont passées lorsque le narrateur après de longs séjours en province pour se soigner est de retour sur Paris. Il constate que mal grès la guerre, l'effervescence de la vie parisienne est toujours aussi présente et que les salons sont toujours le lieu incontournable où se rassemblent toute la mondanité d'une société bourgeoise et aristocratique du faubourg Saint-Germain. Pour « en être », il faut fréquenter ceux de madame Verdurin et de madame Bontemps. Il est de bon ton à ces occasions, de se montrer patriote et seul monsieur de Charlus affiche sa germanophilie. Ce dernier s'est rendu anonymement propriétaire d'un lupanar qu'il a laissé en gérance à Jupien et où il se livre sans retenue à ses plaisirs coupables et sadomasochistes. le narrateur se désespère de trouver l'inspiration qui lui fera réaliser son oeuvre littéraire. Il se rend à une soirée donnée par le prince de Guermantes où les souvenirs le submergent.
« de même que le jour où j'avais trempé la madeleine dans l'infusion chaude, au sein de l'endroit où je me trouvais, que cet endroit fût, comme ce jour-là, ma chambre de Paris, ou comme aujourd'hui, en ce moment, la bibliothèque du prince de Guermantes, un peu avant, la cour de son hôtel, il y avait eu en moi, irradiant une petite zone autour de moi, une sensation (goût de la madeleine trempée, bruit métallique, sensation du pas) qui était commune à cet endroit où je me trouvais et aussi à un autre endroit (chambre de ma tante Octave, wagon du chemin de fer, baptistère de Saint-Marc). »
Alors qu'il pénètre dans la grande salle, il découvre une noble assistance déguisée. Il pense être à une soirée costumée mais ce n'est que lorsqu'il s'approche des participants qu'il se rend compte que ce n'est qu'un effet pervers du temps qui les a vieilli et considérablement abîmés. Ce qu'il prenait pour travestissements et pastiches ne sont que le produit du travail du temps.
Le jeu de ses réminiscences et de ce passé qui se fait présent est une révélation pour son projet d'écriture.
« … Je m'apercevais que ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n'a pas, dans le sens courant, à l'inventer puisqu'il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. le devoir et la tâche d'un écrivain sont ceux d'un traducteur. »
Par la suite, il est victime d'une attaque cérébrale.
« le temps retrouvé » est le septième et dernier tome de la monumentale oeuvre de Marcel Proust « à la recherche du temps perdu » (3000 pages). il est en quelque sorte la synthèse de la réflexion de l'auteur, la partie de son oeuvre où il met le plus de lui-même. Ecrit avec la précieuse aide de sa gouvernante et confidente Célestine Albaret qui veillera Proust jusqu'à sa mort, il parait à titre posthume, comme les deux tomes précédents. Marcel Proust n'aura plus l'énergie pour remanier son texte une énième fois, le compléter de ses fameuses paperoles qui rendirent fou Bernard Grasset à l'époque de « du côté de chez Swann ». Auparavant, Marcel Proust avait présenté son manuscrit à Gallimard, mais André Gide faisant parti du comité éditorial avait refusé de le publier (y voit-on là la crainte de Gide que Proust aurait pu lui faire de l'ombre ?). Ce n'est qu'en 1916 que Gaston Gallimard dépêchera Gide pour qu'il acquière les droits sur l'oeuvre de Proust et l'éditera dans son intégralité.
La « recherche du temps perdu », le « temps retrouvé » sont ce recueil de souvenirs qui tapissent le nouvel horizon qui nous fait face alors que nous sommes dos à la mort.
Editions Gallimard, 331 pages.
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Arimbo
  29 juin 2021
J'ai fini il y a quelque temps la lecture du septième et dernier tome de A la recherche du temps perdu, le temps retrouvé. J'ai trouvé ce texte prodigieux, magique, et à sa lecture, j'ai, je pense, mieux saisi la complexité et les implications de toute l'oeuvre. Mais dans le même temps ce dernier tome m'a inspiré tant d'impressions et réflexions que j'ai eu beaucoup de difficultés à rassembler mes idées et à le commenter.
Et d'ailleurs, pour moi, impossible de tout dire et de tout décrypter dans ce dernier tome de la Recherche, tant ce que j'y ai trouvé, et qui souvent fait écho aux autres tomes, me paraît riche.
Le temps retrouvé est une oeuvre posthume de Proust (comme le sont La prisonnière et Albertine disparue) publiée en 1927 grâce à son frère Robert Proust. Mais, à la différence des tomes 5 et 6, on sait que ce tome 7, Proust l'explique dans sa correspondance, a été ébauché en même temps que le premier. Sans doute parce qu'il donne les clés de sa conception de la littérature et plus généralement de l'art, et que toute l'oeuvre gigantesque de « A la recherche du temps perdu », cette cathédrale de la littérature, est un développement de la conception du temps et de la mémoire exposée dans ce dernier tome.
Le récit débute par un séjour du narrateur à Tansonville, dans la demeure de son ami Robert de Saint-Loup et de son épouse et ancienne amie Gilberte. Cette entrée en matière, avec ce lieu, tout proche de Combray, avec l'éveil du narrateur dans sa chambre, avec les discussions avec Gilberte, reprend à la fois le thème de Combray de le côté de chez Swann, et le leitmotiv de la chambre du narrateur, que l'on retrouve dans tous les tomes de l'oeuvre, soit au début du roman, soit en cours de roman. le narrateur se trouve confirmé par Gilberte dans l'infidélité et l'homosexualité d'Albertine.
Puis, le narrateur découvre un extrait du Journal de Goncourt, qui lui rappelle son incapacité à écrire une oeuvre. En fait, ce pastiche savoureux se moque du réalisme en littérature, de ce que ne doit pas être une oeuvre littéraire. Il anticipe sur la « révélation » faite au narrateur de ce que doit être une oeuvre romanesque, et d'où elle tire à substance.
Le récit est alors consacré à ce Paris du temps qui passe pendant la première guerre mondiale, un Paris où revient le narrateur après deux séjours dans une maison de repos, un Paris où il y a les « embusqués », parmi lesquels les infâmes Verdurin, et les « courageux », tels ces Larivière qui font preuve de solidarité avec leur famille. Proust nous donne une description sans complaisance de la vie parisienne, de ces soldats qui reviennent du front et qui sont en total décalage avec les parisiens, des rumeurs diverses qui parcourent la ville, des bombardements quasi quotidiens (de 1918) par les Gothas-G, ces dirigeables allemands.
Dans ce Paris, le narrateur va aussi découvrir, avec tristesse, la déchéance du baron de Charlus qui s'adonne, dans un hôtel tenu par Jupien, à des pratiques sadomasochistes, un épisode, qui répond dans un jeu de correspondances, à Sodome et Gomorrhe; puis il va apprendre la mort au front de son ami Saint-Loup.
On retrouve le narrateur des années après la guerre, malade et revenu d'un autre séjour dans une maison de santé. Il se rend à une matinée organisée par le Prince de Guermantes, qui a épousé la richissime veuve Verdurin, sans doute une allusion symbolique à modifications des rapports sociaux induite par la guerre, à cette « prise de pouvoir » de la bourgeoisie fortunée sur l'aristocratie.
Tout d'un coup, la marche sur les pavés disjoints de l'Hotel de Guermantes ressuscite chez la narrateur la félicité d'un retour dans le passé, à un moment de son séjour à Venise avec sa mère. Et c'est la « Révélation » magique, et c'est tout un passage extraordinaire consacré à la mémoire involontaire qui permet de retrouver le passé, avec tous ses exemples, la petite Madeleine, le bruit de la petite cuiller et la nappe empesée, le livre François le Champi de Georges Sand, et d'autres encore.
Et le narrateur de nous expliquer que l'intelligence, le raisonnement sont impuissants à cette connaissance de ce Temps sans début ni fin, ce temps de notre moi, que seul l'art permet, pour paraphraser Klee, « non pas de reproduire le réel, mais de rendre réel », et seul l'art, l'oeuvre littéraire, l'oeuvre musicale, permettent de rendre compte de la vraie réalité, de ce phénomène purement mental qui est le rapport entre nos sensations et nos souvenirs, et qui nous rend hors du temps.
Pages prodigieuses dans lesquels par un renversement de perpective, alors que l'on arrive à la fin du roman, le narrateur nous expose sa « vocation », nous explique qu'il a enfin trouvé la raison d'entreprendre son projet d'écriture romanesque.
Mais le Temps c'est aussi ce fleuve qui mène à la vieillesse, et c'est ce que va découvrir le narrateur dans ce célèbre « Bal de têtes », où toutes les têtes et les corps des invités sont métamorphosés à des degrés divers par les années qui ont passé. Mais aussi, le Temps change les rapports mondains, plonge certaines ou certains dans l'oubli, mène à la mort, modifie, ou pas, les comportements des humains. Certains se bonifient, d'autres qui étaient des salauds dans leur jeunesse sont restés des salauds dans leur vieillesse. Proust se livre là à une analyse pénétrante et cruelle de l'oeuvre du Temps, en décrivant, dans une sorte de final de revue, tous les changements des Charlus, Odette, Oriane, Gilberte, le Duc de Guermantes et tant d'autres.
Les dernières pages, absolument bouleversantes, sont consacrées au projet d'une oeuvre qui donnerait une forme au Temps, et à l'espoir que la mort ne viendra pas arrêter cette entreprise. Alors que surgit, dans une sensation de vertige et d'effroi, le souvenir soudain de la sonnette dans le jardin d'enfance de Combray, le roman s'achève sur cette phrase qui résume le projet de l'oeuvre, et que je reproduis « in extenso »:
« Aussi, si elle (la force) m'était laissée assez longtemps pour accomplir mon oeuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l'idée s'imposait à moi avec tant de force aujourd'hui, et j'y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l'espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu'ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps ».
Difficile pour moi d'en dire plus dans ce commentaire, tant cette oeuvre est riche et je découvre au fur et à mesure de nouvelles perpectives, par exemple sur les effets de symétrie dans l'oeuvre, sur les motifs récurrents analogues aux leitmotivs de Wagner que Proust appréciait, etc…D'ailleurs, par curiosité, je me suis livré à une recherche sur Internet des ouvrages et articles sur « A la recherche du Temps perdu » et sur Proust en général. Dans cette analyse qui n'est sans doute pas exhaustive, que de documents l'on peut trouver et dans des domaines aussi divers que la psychanalyse, la linguistique, la musicologie, la peinture, l'histoire, etc, preuve s'il en est de la richesse de cette oeuvre.
Il y a bien longtemps, il m'avait semblé que j'avais trouvé dans Guerre et Paix de Tolstoï, le roman « complet » abordant une multitudes de thèmes: la place des humains dans l'Histoire et leur folie destructrice, l'amour, la passion et la haine, la recherche spirituelle, la compassion, et beaucoup d'autres choses.
Je sais maintenant qu'il y a aussi, dans un tout autre registre, À la recherche du Temps perdu, comme médiateur romanesque de l'exploration de la réalité humaine.
Deux remarques d'humeur pour finir.
La première concerne la Préface de « le Temps retrouvé », celle de l'édition de Folio classique, écrite par Pierre-Louis Rey et Brian Rogers. Souvent, je me méfie des préfaces, du 4ème de couverture, qui donnent une vue biaisée du livre que je vais lire et je préfère me faire une opinion sans avoir lu ces documents. Cette Préface confirme mon opinion. Je l'ai trouvée froide, sèche, s'attachant sans empathie à la genèse de l'oeuvre, et à son incomplétude. Je conçois que dans une préface, le préfacier ne doit pas forcément montrer qu'il apprécie l'oeuvre, et peut avoir pour but d'en faire une analyse « objective ». Mais là, non, cela m'a fait penser à la dissection d'un corps par un anatomiste qui oublierait que le corps qu'il dissèque a vécu, aimé et souffert. J'ai trouvé depuis sur internet une introduction passionnante, malheureusement incomplète, de Bernard Brun, dont j'ai appris qu'il était chercheur au CNRS, enseignant à l'ENS, récemment décédé de la Covid. Cette édition existe en librairie au format poche.
La deuxième est une réplique à ce que j'ai lu ici et là sur les lectrices et lecteurs de Proust. Selon certains journalistes ou même Babeliotes, celles et ceux qui ont lu toute « La Recherche » se considéreraient comme des élus, des happy few, on pourrait presque les comparer aux membres de la coterie Verdurin; et même pire, avoir lu ce roman est moqué comme une sorte de challenge sportif. Je sais qu'il y a des « proustolâtres » comme des « rimbaldolatres », mais je pense que je n'en fais pas partie. On peut aussi concevoir, ne trouvez vous pas, qu'une oeuvre littéraire, roman ou poésie, puisse, surtout quand, comme moi, on atteint un certain âge, être essentielle pour votre vie.
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Blandine2
  15 juillet 2021
Jamais, en avril 2020, lors de ce fameux 1er confinement, je n'aurais imaginé qu'en commençant la lecture du 1er tome de la recherche du Temps perdu, je me retrouverais un peu plus d'un an après, à poser sur ma table, lecture terminée, le dernier tome de cet ouvrage !!!
Jamais je n'aurais imaginé la puissance des émotions, la fascination, le bouleversement que cette oeuvre allait me procurer.
Je me suis laissé happée, envoutée littéralement par cette merveilleuse écriture, ce style tellement particulier, ce long voyage au coeur de personnages attachants, même si certains ont tout pour être méprisables.
J'ai passé plus d'un an à leur cotés, à les suivre, à les voir vivre, évoluer, aimer, tromper, et vieillir .
J'ai suivi pendant tout ce temps le ressenti du narrateur : ses questions, ses impressions, ses obsessions, ses convictions, ses réflexions, son intimité profonde...qui m'ont renvoyée à mes propres questionnements.
Ce dernier tome, le Temps retrouvé, est absolument magistral et particulièrement émouvant.
On découvre Paris au temps de la guerre, les comportements des uns et des autres, la triste réalité de la terrible vieillesse de tout ce petit monde, en particulier celle de Charlus, plus pitoyable et fragile que jamais ... et surtout on a enfin La révélation : Proust se met à nu et nous embarque dans les méandres de son cerveau, pour nous expliquer le cheminement qui va l'amener à écrire ce chef d'oeuvre ..
Ces pages sont justes sublimes, époustouflantes .
Je crains d'être devenue addict ...
Il va falloir que j'envisage un doux sevrage ... mais que cela va être dur !
En tout cas je recommande vraiment à ceux qui n'ont encore jamais osé le faire , de se plonger, à leur rythme, en faisant comme je l'ai fait, une pause entre chaque tome, dans ce monument de la littérature, dans... cette cathédrale !

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Chocolatiine
  02 mars 2014
Le moment que je redoutais tant est enfin arrivé ; ce matin, plusieurs après avoir posé les yeux pour la première sur le côté de chez Swann, j'ai achevé de lire le septième tome de l'incroyable chef d'oeuvre de Marcel Proust. Terminus, tout le monde descend, le voyage est terminé, nous avons retrouvé le temps perdu.
Ainsi, le temps retrouvé est le tome qui clôture la série de la Recherche. Dans un Paris renversé par la première guerre mondiale, l'auteur y passe en revue tous les personnages que nous avons rencontrés tout au long de notre lecture. Certains, comme le charmant marquis de Saint-Loup, sont morts ; d'autres sont toujours les mêmes ; d'autres encore ont beaucoup changé, ou peut-être est-ce le monde qui a changé. Oriane, la belle duchesse de Guermantes, à cause de ce qu'elle s'est mise à fréquenter des artistes, est devenue une sorte de nouvelle marquise de Villeparisis, et les nouvelles générations ne savent plus qu'elle a longtemps été la femme la plus recherchée de la capitale ; madame Verdurin ("cette insupportable vieille mégère" comme je me suis souvent surprise à la surnommer) a réussi à épouser le prince de Guermantes ; ce qui semble être un AVC a réduit le terrible baron de Charlus à un état quasi-enfantin... En un mot, la guerre et le Temps ont balayé les grands salons parisiens.
Maintenant, à l'heure de vous donner mon avis sur ce tome et sur la Recherche plus globalement, je sens qu'aucun éloge ne suffirait. Je suis jeune encore et, après avoir lu une telle oeuvre, je crains fort de m'ennuyer dans mes lectures prochaines, même auprès des plus grands auteurs, comme mon père, qui a fait l'expérience avant moi, me l'a prédit.
Outre l'extrême beauté des phrases, par lesquelles on se laisse aisément bercer, jamais au cours de mes lectures, pourtant déjà nombreuses, je n'avais rencontré de personnages à la psychologie aussi bien développée. Nous sommes bien loin des caractères stéréotypés que l'on rencontre trop souvent dans les romans. Chacun ici a ses qualités, ses défauts et tous évoluent au fil des tomes.
Cette merveilleuse escapade dans les salons de la fin du XIXème siècle m'a souvent fait regretter de n'être pas née 150 ans plus tôt. Comme j'aurais aimé connaitre ce monde-là !
Cher monsieur Proust, je n'ai qu'un seul mot à vous dire : Merci !
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chartel
  07 octobre 2012
Longtemps j'ai couché mes enfants de bonne heure pour retrouver sans tarder A la Recherche. Un temps long, en effet, puisque j'ouvris le premier livre de l'oeuvre il y a un peu plus de dix-huit mois. Si ma lecture des premiers livres était entrecoupée souvent par quelques passades pour d'autres auteurs, elle n'en restait pas moins régulière et fidèle, permettant une immersion nécessaire à une juste appréciation de l'évolution et du parcours des nombreux personnages, qu'ils soient du côté de Méséglise ou du côté de Guermantes. Ce ne fut pas le cas pour ce dernier livre. J'ai probablement eu tort de laisser un espace de temps assez long entre Albertine disparue et le Temps retrouvé . J'avais, à cause de cela, oublié que tel ou tel apparaissait déjà dans un récit antérieur, au cours d'une réception chez le duc de Guermantes ou à La Raspelière en compagnie des Verdurin. Mais, alors que ma difficulté à traverser le long fleuve intranquille d'A la Recherche, sous l'assaut des remous et des courants divergents, commençait à m'épuiser et à me faire lâcher prise, j'ai petit à petit repris mon souffle en retrouvant chez de nombreux protagonistes les instants partagés auprès d'eux durant mes tardives lectures. Et c'est alors qu'arrivé aux abords de l'autre rive, ma perception du temps à sensiblement changée, ce dernier ayant ainsi acquis, à la manière de notre conception de l'espace, une troisième dimension, à tel point que je ne peux plus désormais parler de lui qu'en termes de volume et de masse. Mais au-delà de cette matérialité du temps retrouvé à travers ses observations mémorielles ou présentes, A la Recherche est aussi un hommage à la littérature, en prouvant qu'elle n'est pas qu'un simple passe-temps, que ses buts, bien au contraire, sont plus profonds et capitaux, dont ce dernier n'est sûrement pas le moindre : la littérature donne à son lecteur, non seulement la possibilité de vivre avec son temps, mais aussi, nécessairement, le temps de vivre.
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Citations et extraits (164) Voir plus Ajouter une citation
coquecigruecoquecigrue   24 juin 2012
(…) le changement de résidence du prince de Guermantes eut cela de bon pour moi que la voiture qui était venue me chercher pour me conduire et dans laquelle je faisais ces réflexions dut traverser les rues qui vont vers les Champs-Élysées. Elles étaient fort mal pavées à cette époque, mais, dès le moment où j’y entrai, je n’en fus pas moins détaché de mes pensées par une sensation d’une extrême douceur ; on eût dit que tout d’un coup la voiture roulait plus facilement, plus doucement, sans bruit, comme quand les grilles d’un parc s’étant ouvertes on glisse sur les allées couvertes d’un sable fin ou de feuilles mortes ; matériellement il n’en était rien, mais je sentais tout à coup la suppression des obstacles extérieurs comme s’il n’y avait plus eu pour moi d’effort d’adaptation ou d’attention, tels que nous en faisons, même sans nous en rendre compte, devant les choses nouvelles ; les rues par lesquelles je passais en ce moment étaient celles, oubliées depuis si longtemps, que je prenais jadis avec Françoise pour aller aux Champs-Élysées. Le sol de lui-même savait où il devait aller ; sa résistance était vaincue. Et comme un aviateur qui a jusque-là péniblement roulé à terre, « décolle » brusquement, je m’élevais lentement vers les hauteurs silencieuses du souvenir. Dans Paris, ces rues-là se détacheront toujours pour moi en une autre matière que les autres. (…) il me sembla que la voiture, entraînée par des centaines de tours anciens, ne pourrait pas faire autrement que de tourner d’elle-même. Je ne traversais pas les mêmes rues que les promeneurs qui étaient dehors ce jour-là, mais un passé glissant, triste et doux. Il était, d’ailleurs, fait de tant de passés différents qu’il m’était difficile de reconnaître la cause de ma mélancolie (…)
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keishakeisha   30 octobre 2011
J'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes (...) et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels étaient une remise. Mais au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières oeuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l'avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m'assaillaient tout à l'heure au sujet de la réalité de mes dons littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trouvaient levés comme par enchantement. (...). Mais, cette fois, j'étais bien décidé à ne pas me résigner à ignorer pourquoi, comme je l'avais fait le jour où j'avais goûté d'une madeleine trempée dans une infusion. La félicité que je venais d'éprouver était bien en effet la même que celle que j'avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j'avais alors ajourné de rechercher les causes profondes. (...) "

"Chaque fois que je refaisais rien que matériellement ce même pas, il me restait inutile; mais si je réussissais, oubliant la matinée Guermantes, à retrouver ce que j'avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait. (...) Et presque tout de suite, je la reconnus, c'était Venise, dont mes efforts pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma mémoire ne m'avaient jamais rien dit, et que la sensation que j'avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc m'avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour là à cette sensation-là et qui étaient restées dans l'attente, à leur rang, d'où un brusque hasard les avait impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. De même le goût de la petite madeleine m'avait rappelé Combray. Mais pourquoi les images de Combray et de Venise m'avaient-elles, à l'un et à l'autre moment, donné une joie pareille à une certitude, et suffisante, sans autres preuves, à me rendre la mort indifférente?"
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ArimboArimbo   18 juin 2021
Moi, c’était autre chose que les adieux d’un mourant à sa femme que j’avais à écrire, de plus long et à plus d’une personne. Long à écrire. Le jour, tout au plus pourrais-je essayer de dormir. Si je travaillais, ce ne serait que la nuit. Mais il me faudrait beaucoup de nuits, peut-être cent, peut-être mille. Et je vivrais dans l’anxiété de ne pas savoir si le Maître de ma destinée, moins indulgent que le sultan Sheriar, le matin, quand j’interromprais mon récit, voudrait bien surseoir à mon arrêt de mort et me permettrait de reprendre la suite le prochain soir. Non pas que je prétendisse refaire, en quoi que ce fût, les Mille et une Nuits, pas plus que les Mémoires de Saint- Simon, écrits eux aussi la nuit, pas plus qu’aucun des livres que j’avais tant aimés et desquels, dans ma naïveté d’enfant, superstitieusement attaché à eux comme à mes amours, je ne pouvais sans horreur imaginer une œuvre qui serait différente. Mais, comme Elstir, comme Chardin, on ne peut refaire ce qu’on aime qu’en le renonçant. Sans doute mes livres, eux aussi, comme mon être de chair, finiraient un jour par mourir. Mais il faut se résigner à mourir. On accepte la pensée que dans dix ans soi-même, dans cent ans ses livres, ne seront plus. La durée éternelle n’est pas plus promise aux œuvres qu’aux hommes.
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ArimboArimbo   07 juin 2021
Ainsi j’étais déjà arrivé à cette conclusion que nous ne sommes nullement libres devant l’œuvre d’art, que nous ne la faisons pas à notre gré, mais que, préexistant à nous, nous devons, à la fois parce qu’elle est nécessaire et cachée, et comme nous ferions pour une loi de la nature, la découvrir. Mais cette découverte que l’art pouvait nous faire faire n’était-elle pas, au fond, celle de ce qui devrait nous être le plus précieux, et de ce qui nous reste d’habitude à jamais inconnu, notre vraie vie, la réalité telle que nous l’avons sentie et qui diffère tellement de ce que nous croyons, que nous sommes emplis d’un tel bonheur quand le hasard nous en apporte le souvenir véritable. Je m’en assurais par la fausseté même de l’art prétendu réaliste et qui ne serait pas si mensonger si nous n’avions pris dans la vie l’habitude de donner à ce que nous sentons une expression qui en diffère tellement, et que nous prenons, au bout de peu de temps, pour la réalité même.
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ChocolatiineChocolatiine   24 février 2014
Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et, bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Vermeer, nous envoient encore leur rayon spécial.
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Jean-Yves Tadié vous présente son ouvrage "Proust et la société" aux éditions Gallimard.
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