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EAN : 9782253156772
192 pages
Le Livre de Poche (03/11/2010)
3.52/5   258 notes
Résumé :
Sébastien et Éléonore, frère et soeur, complices inséparables, la quarantaine proche, se retrouvent à Paris. Également beaux et blonds, comme il se doit, les voici nonchalamment installés dans un meublé de hasard, parfaitement désargentés et parfaitement disponibles. Presque aussitôt, se pressent autour d'eux Nora, une Américaine aussi riche que mûre, Bruno, jeune premier du cinéma français, Robert, un célèbre imprésario... Françoise Sagan nous offre ici ses sentime... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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sylvaine
  23 janvier 2022
Surprise par ce texte surprenant à mi-chemin entre le roman et l'essai. Publié en 1972, il est pour Françoise Sagan l'occasion de faire le point. Eléonore et Sébastien les héros de sa pièce Un château en Suède reviennent vivre à Paris. Ils sont fauchés, toujours aussi beaux ils se mettent en quête de celui ou celle qui leur assurera l'existence oisive et confortable à laquelle ils ont droit...
Leur mère spirituelle les accompagne dans leur quête et fusent pêle-mêle ses avis sur l'amour, la vie , la religion, le féminisme et bien sûr sur le "travail" de l'écrivain.
Un texte qui m'a permis de découvrir une femme portée aux nues par les uns, vilipendée par les autres et qui, par petites touches, se dévoile ou se cache un peu plus aux regards. Qui sait? Un texte qui rien que pour cela mérite le détour.
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asphodele85
  08 mai 2011
C'est peut-être le livre le plus anxiogène et profond de l'auteure à cette époque donnée de son existence.
Dix-huit ans ont passé depuis Bonjour Tristesse et Sagan a 37 ans, le même âge que ses deux héros, Eléonore et Sébastien, qu'elle a fait revenir de leur Château en Suède, pas tout à fait par hasard…Livre écrit à l'ombre d'elle-même, penchée sur ses abîmes d'où elle tente de remonter. Elle y mettra un an avec une interruption de six mois dans l'écriture.
Au début, la forme du livre qui alterne un chapitre sur deux, le roman et ses confessions acides et douces-amères déstabilise le lecteur. « La petite musique » est grippée et elle-même tousse beaucoup pour retrouver « l'envie de » et échapper à l'ennui, son pire ennemi.
Sagan va nous raconter l'intimité avec ses héros en nous confiant l'intime de Françoise. Sagan est malmenée de tous côtés et veut réhabiliter Françoise. Et c'est dans le dernier chapitre, en rejoignant ses héros, qu'elle laissera enfin partir pour les rendre à leur douce vie de château, qu'elle retrouvera dans ce geste, on le devine, un équilibre provisoire car rien n'est jamais définitif avec elle, sauf la mort dont elle nous donne sa vision dès la page 6 : « La mort, je la vois de velours, gantée, noire et en tout cas, irrémédiable, absolue (…). Ma mort, c'est le moindre mal ».
Dans la partie roman, très brève, Eléonore et Sébastien, trop beaux et trop blonds, frère et soeur siamois jusqu'à l'osmose la plus troublante, inaccessibles au commun des mortels, ignorant et méprisant jusqu'à la notion de travail, incarnent une époque révolue. Désargentés et entretenus, ils donnent de leurs personnes à tour de rôle pour survivre. Ils sont gais, légers et mélancoliques, ils écument les soirées mondaines, jusqu'à l'amant de trop, celui d'Eléonore qui causera le suicide de leur meilleur ami. Et là, terminée l'escapade parisienne : un hasard bienvenu leur permettra de rentrer en Suède. Ils avaient des « principes » ces aristocrates bohémiens ! On sent Sagan à la fois triste et libérée de les quitter (car elle aime ses personnages), ce qui permettra à Françoise de tourner une page de sa vie.
Dans les chapitres-confessions, elle explique pourquoi « eux », héros de Château en Suède. Elle décrypte dès le début comment il lui faut leur donner vie à ces personnages, leur « faire faire quelque chose » qui tienne debout, elle prend le lecteur à témoin, elle tape du poing sur la table : elle en a marre d'être reconnue uniquement pour ses frasques, ses accidents de « tôle froissée », ses problèmes avec le fisc et cette société post-soixante-huit qui commence à devenir « correcte » l'ennuie profondément. La critique l'assassine, systématiquement, elle commencera ce livre en mars 1971, le lâchera pendant 6 mois avant de le terminer en avril 1972 et d'égratigner au passage d'une plume mordante ce qui lui fait mal ; la politique aussi y a droit : elle en a une prescience inouïe quant à son avenir : « Et tous ces crétins qui s'occupent du « peuple », qui parlent du « peuple, avec quelle touchante maladresse dans leur redingote de gauche, épuisante à la fin dans ce souci qu'elle nous donne, à nous qui haïssons la droite, de les défendre, d'empêcher qu'un fou furieux (ou un calme) n'en fasse vraiment -de cette misérable redingote- une loque impossible à mettre ».
Elle ne sort plus, refusant délibérément les invitations en tant « que Sagan », « La Sagan, comme ils disent en Italie ». Elle avoue quand même, que « ce masque » sous lequel on la réduit (vitesse, alcool, boîtes de nuit, mariages, divorces, Ferrari) lui a bien servi car il correspond à des évidences de sa nature profonde : « La vitesse, la mer, minuit, tout ce qui est éclatant, tout ce qui est noir, tout ce qui vous perd et donc vous permet de vous trouver ». Mais qu'il n'est pas incompatible d'être un écrivain sérieux avec toutes les affres que cela comporte (la solitude, la page blanche), de s'engager pour des causes justes ET d'avoir choisi le mode de vie tant décrié qui lui convenait. « Elle avait du recul donc de l'avance sur lui » fera-t-elle dire à Eléonore, petite phrase révélatrice de son propre cheminement…
Et comme dans chacun de ses livres que j'ai lus jusqu'à présent, elle reprend le titre, l'extrait de la p.89, n'est ni plus beau, ni plus déterminant qu'un autre mais reflète superbement l'atmosphère délétère du livre :« Ce ne sont pas les plages qui se dévident dans des décors de rêve, ce n'est pas le Club Méditerranée, ce ne sont pas les copains, c'est quelque chose de fragile, de précieux que l'on saccage délibérément ces temps-ci et que les chrétiens appellent « l'âme ». (…). Et cette âme, si nous n'y prenons pas garde, nous la retrouverons un jour devant nous, essoufflée, demandant grâce et pleine de bleus… Et ces bleus, sans doute, nous ne les aurons pas volés ».
Nous connaissons la suite, mais le passage où elle s'imagine en 2010, avec 74 ans au compteur et des petits-enfants ennuyeux, nous rappelle qu'elle nous a quittés bien trop tôt, qu'elle aurait fait une grand-mère « exquise», que ses lecteurs assidus attendraient impatiemment la sortie du « dernier Sagan » au lieu de ressentir cette infinie tristesse quand on ferme le livre en se disant: « Elle n'est plus là et elle nous manque »…

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KRISS45
  13 avril 2020
Relecture, environ cinquante ans après.
Insolente et anticonformiste, désenchantée et lucide, telle s'affiche dans ce roman, celle qui fit scandale en publiant "bonjour tristesse".
En mars 1971, quand Françoise Sagan ébauche "des bleus à l'âme", à seulement trente six ans, elle a déjà brûlé la vie par les deux bouts, transgressé les tabous, donné libre cours à "la folle du logis", tout en gardant une âme d'adolescente pleine de révolte, de bleus à l'âme et de grisaille.
C'est en cela que son récit m'a profondément touchée.
Entre ses deux personnages et elle, on suit un texte qui oscille entre fiction et confession, échappant à toute règle, et suivant la fantaisie d'une auteure qui refusait les normes.
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Missbouquin
  05 juin 2012
Des Bleus à l'âme que j'ai lu juste après et dans lequel elle fait réapparaître les personnages de Château en Suède (“Je ne peux pas faire travailler Eléonore [...] dans une maison de prêt-à-porter. Ce serait comme lancer Sébastien dans les finances ou la Bourse. Ils en mourraient tous les deux.”).
Mais elle en parle comme s'il s'agissait de personnages faisant partie d'elle-même, liés à son travail même d'écrivain qu'elle relate au fur et à mesure de leurs aventures (“De temps en temps, je manque d'écrire : “Mais je m'égare”, vieille politesse pour le lecteur, mais stupide, ici, puisque mon propos est de m'égarer.”)
Bref, un beau morceau de Sagan, désespéré et tendre.
“Éléonore et le jeune homme dansaient dans une boîte de nuit … Catastrophe ! Qu'ai-je dit ? Me voici retombée dans le petit monde de Sagan et des boîtes de nuit … “
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Marti94
  24 octobre 2021
Je me souviens d'une critique qui dit que "Des bleus à l'âme" est le meilleur roman de Françoise Sagan. Je ne trouve pas mais il est certain que c'est le plus original et que c'est un bon roman.
J'ai beaucoup aimé retrouver Sébastien et Éléonore van Millen, le frère et la soeur inséparables de la pièce "Château en Suède" un peu vieillis et transformés en parasites et fiers de l'être. Ils sont à la recherche de personnes providentielles qui, eu égard à leur charme, leur drôlerie et leur chance souhaiterait les entretenir quelques temps.
Pour autant, ce roman ne s'arrête pas à ce petit monde saganesque où il n'y a pas de vrais problèmes mais se prolonge de façon surprenante.
Avec une certaine ironie et un langage franc Sagan prend la liberté de commenter le texte qu'elle est en train d'écrire et même d'aller au-delà.
C'est comme si elle se donnait la parole (je pense qu'elle en avait besoin) et que cela lui semblait évident dans une période de déprime, nostalgique, qui donne un très beau titre à ce livre. D'ailleurs, elle explique elle-même qu'elle est lasse du phénomène d'identification de ses amis ou relations à ses personnages de roman (comme si elle cherchait à reproduire la réalité alors que ce n'est pas le cas).
Ici c'est plus compliqué de penser qu'il s'agit de proches car elle casse les codes en mêlant habilement l'histoire des deux suédois et une sorte d'hypertexte qui nous permet de la découvrir, elle Françoise Sagan. Elle évoque différents thèmes dans la narration : la nature, les sentiments, l'avenir et surtout la création littéraire.
Un roman d'une liberté séduisante.

Challenge Riquiqui 2021
Challenge XXème siècle 2021
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   10 avril 2013
Destin étrange, que celui de l'écrivain. Il doit se mener les rênes courtes, à un pas bien accordé, l'échine droite, alors qu'idéalement il devrait faire le cheval fou, crinière au vent, gambadant par-dessus les fossés ridicules, tels la grammaire, la syntaxe ou la paresse, cette dernière étant une haie gigantesque. Quand je pense qu'on appelle ce métier un métier libéral, quand je pense qu'on n'a même pas un chef de bureau pour vous taper sur les doigts, qu'on n'a personne, vraiment personne, pour noter vos copies et quand je pense que la liberté, au fond, n'est jamais qu'une chose que l'on dérobe, dans ce cas, c'est nous-même. Voleur volé, arroseur arrosé, c'est notre lot. Les pires brimades ne peuvent jamais venir que de nous-mêmes. Quand je pense à mon malheureux destin qui consiste à faire ce que je veux quand j'en ai envie, de plus à en vivre largement, j'ai envie de sangloter. Enfin, j'espère que mes lecteurs et mon éditeur me comprendront et auront assez d'imagination pour me plaindre.
Alors, me direz-vous, pourquoi écrire ? D'abord pour des raisons sordides : parce que je suis une vieille cigale et que, si je n'écris pas pendant deux ou trois ans, je me fais l'effet d'une dégénérée. Hélas ! Dès que mes livres sont publiés, une certaine partie de la critique me traite précisément de dégénérée. De nature influençable, je m'arrête d'écrire, non sans un vif soulagement… Et puis, deux ans après, les échos de ces voix chères (les critiques) s'étant évanouis, je retrouve mon propre jugement : « Ma pauvre amie, tu n'est qu'une dégénérée. » On voit comme l'enchaînement est agréable et comme il est amusant d'être écrivain « à succès », à Paris, en 1972. Ah, c'est que je n'ai pas fini de me plaindre ! Cette vie de miel et de roses, de facilité, de gaieté et de bêtises, c'est qu'il faut pouvoir la supporter ! Il faut avoir une rude colonne vertébrale pour ne tolérer ni l'ennui ni les obligations ni les conventions, bref tout ce qui fait, quel que soit le niveau social, les points de ralliement de tout un chacun. Il faut être très équilibrée pour aller se promener librement n'importe où, sans que cette promenade ne devienne pour vous-même autre chose qu'une exquise école buissonnière.
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Zazette97Zazette97   07 septembre 2011
Il est évident aussi que je n'en ai pas pour autant la moindre estime pour moi-même, n'ayant jamais cultivé vis-à-vis de moi que le goût infernal et incessant de plaire. Jamais celui d'être respectée.
Le respect m'est complètement indifférent, et cela tombe bien, d'ailleurs, car entre mes Ferrari conduites pieds nus, les verres d'alcool et ma vie débridée, il serait bien extravagant que quelqu'un me considérât comme respectable - à moins que, parfois, une phrase, dans un de mes livres, ne l'ait atteint et qu'il s'en souvienne et me le fasse savoir.
Mais là, il me semble toujours que cette phrase, ce projectile affectif a été tiré par moi au hasard, comme par un fusil au canon coudé, et que j'en suis aussi peu responsable que de l'air du temps. p.126
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YukoYuko   19 août 2016
Il y a eu énormément de guillemets dans ma vie, si j’y réfléchis, quelques points d’exclamation (la passion), quelques points d’interrogation (la dépression nerveuse) quelques points de suspension (l’insouciance) et enfin là, m’étant envolée vers ce point final qui devait être posé solennellement à la fin de mon manuscrit (que mon éditeur attend avec une impatience flatteuse), me voilà atterrie dans des points de côté, entortillée, langée (à mon âge !) dans des bandes Velpeau dont je me serais facilement passée. Et encore, est-ce bien sûr ?

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torezutorezu   04 septembre 2011
Tous les poètes étaient noctambules, alcooliques et détraqués. Vraiment, devrons nous acheter des actions Shell et des machines à laver pour être bien considérés et pour être sûrs de mourir vieux? Et confortables dans le sein flétri de notre vieillesse? Ah non! Vive la vie des boîtes de nuit, et vive la joyeuse ou triste solitude de ceux qui s’y entassent! […] Et vive, enfin, ce que tout le monde fait au ralenti et que nous, les nocturnes faisons au grand galop,…
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Niva8Niva8   02 février 2013
yez, oyez, bonnes gens, c'est moi qui vous le dis, tant pour cent de vous vont connaître un grand amour, tant pour cent de vous vont comprendre quelque chose à leur vie, tant pour cent vont être à même d'aider quelqu'un, tant pour cent mourront (et bien sûr, cent pour cent mourront), mais il y en aura tant pour cent avec le regard et les larmes de quelqu'un à leur chevet. C'est là le sel de la terre et de cette fichue existence. Ce ne sont pas les plages qui se dévident dans des décors de rêve, ce n'est pas le Club Méditerranée, ce ne sont pas les copains, c'est quelque chose de fragile, de précieux que l'on saccage délibérément ces temps-ci et que les chrétiens appellent "l'âme" (Les athées aussi, d'ailleurs, sans employer le même terme). Et cette âme, si nous n'y prenons pas garde, nous la retrouverons un jour devant nous, essoufflée, demandant grâce et pleine de bleus...Et ces bleus, sans doute, nous ne les aurons pas volés.
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Petits et grands, à vos stylos ! Pour cette dictée géante, Rachid Santaki vous propose un extrait de "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan, un roman paru en 1954. Bonne chance à tous !
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