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Pierre-Marie Finkelstein (Traducteur)
EAN : 9782264046796
352 pages
Éditeur : 10-18 (02/04/2008)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 12 notes)
Résumé :

Ce Sud-Africain fidèle au vieux parler de source batave qu’est l’afrikaans (et que parlent encore aujourd’hui plusieurs millions de personnes, dont une bonne part de Noirs) est mal connu chez nous, où n’a été traduit de lui qu’un seul parmi la quinzaine de romans de haut vol qu’il a publiés (En étrange pays, Laffont, 1991 ; Rivages/Poche, 1998).


Et ce lors même qu’il est considéré de par le monde comme l’un des plus grands écrivai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
mariecesttout
  05 avril 2014
Karel Schoeman est un écrivain fidèle au vieux parler de source batave, l'afrikaans.Même si c'est un intellectuel polyglotte, il a traduit Schiller, Schnitzler et Tchekhov.
Les années 70, au Cap. Il pleut, il ne fait que pleuvoir, et la ville glisse lentement dans les ténèbres.. Ces ténèbres, on ne sait pas tellement bien ce que c'est , en fait, car les personnages du livre ne veulent surtout pas le voir. Ils appartiennent à la communauté blanche, recroquevillée sur elle-même, désarçonnée par les changements autour d'elle, et dont la plupart des membres n'a plus qu'une envie, partir.
Et dans cette communauté, un petit groupe d'intellectuels cherche encore à faire semblant , dans de tristes réunions mondaines où presque tous -même un journaliste...- vivent dans un déni complet de la tragédie de leur pays. Presque tous car un écrivain, poète, un des seuls à exercer sa lucidité, va apprendre le détachement , la solitude et le renoncement.
"Ceux qui avaient frappé autrui furent frappés à leur tour, ceux qui avaient fait tomber autrui trébuchaient et tombaient à leur tour; soudain nous comprîmes que ce sang sur nos mains était le nôtre et plus celui des autres. Les gens gisaient à terre dans la position qu'ils avaient en tombant et nous, qui errions parmi les cadavres en hésitant afin de ramasser les vêtements épars , nous rendions compte avec surprise que cette veste était la nôtre, que ces chaussures étaient à notre pointure: pour la première fois, ces visages que nous voyions, tombés face contre terre, le nez dans la poussière, nous étaient familiers; désormais, ces visages étaient les nôtres. de quel droit pensions-nous que nous serions les seuls à être épargnés?
Nous apprîmes l'humiliation et nous apprîmes aussi à être humbles, à courber l'échine, à chercher parmi les cadavres , à nous traîner au-delà des barbelés des postes de contrôle,à attendre dans des files interminables dans les halls de gare et sur les quais; enfin, du moins le croyons-nous. Laissez-nous espérer que nous avons appris à réfléchir, à comprendre, que nous avons appris la pitié et la compréhension, sans quoi nous n'aurions rien appris, et tout aurait été vain."
Ce n'est pas la violence de Coetzee,mais la puissance du texte est la même, c'est extrêmement mélancolique et triste, magnifiquement écrit ( avec là aussi une mention pour le traducteur!
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Bellonzo
  10 janvier 2014
Karel Schoeman sera-t-il un jour reconnu comme l'égal de Coetzee, Brink, Gordimer?Je n'hésite pas à qualifier "La saison des adieux" de chef-d'oeuvre, meilleur que le déjà très bon "Retour au pays bien-aimé" . L'Afrique du Sud a été prodigue de génies littéraires,ce qui donne à penser que c'est dans les convulsions que s'épanouit le talent. N'allons pas trop loin dans ce syllogisme.

Ecrit en 89 "La saison des adieux" se situe au début des années soixante-dix, en quasi guerre civile, où le délabrement s'accélère dans un contexte d'insécurité et de répression. Nous allons vivre quelques mois avec Adriaan, poète de langue afrikaans, dont la vie perd chaque jour de sa substance puisque est venue la saison des adieux, le temps de partir pour beaucoup d'intellectuels de progrès. Karel Schoeman écrit lui-même dans cette vieille langue d'origine hollandaise et dans une traduction que je pense de qualité on découvre un auteur très riche qui sait à merveille décrire un espace vert au Cap, rare endroit préservé, ou la violence des banlieues envahies quand le moindre incident dégénère.

Adriaan a longtemps fait partie d'un petit cénacle d'esprits éclairés qui ont cru possible que l'Afrique du Sud change sans trop de douleur. Mais à l'impossible nul n'est tenu et ce pays magique se devait de pleurer longuement. C'était déjà le titre du grand livre précurseur d'Alan Paton "Pleure ô pays bien-aimé" qui date pourtant de 1946. L'ami d'Adriaan est déjà en Amérique, Marisa a regagné les Pays-Bas, ceux qui sont encore là font semblant de ne rien voir de cette société en pleine déréliction, comme l'insignifiant Dewald qui cherche encore à monter une revue de poésie afrikaans. Nico, acteur imbu et plus très jeune multiplie les furtives étreintes pour s'empêcher de vieillir. le musée où travaille Adriaan s'effondre lui aussi, témoignage de la vieille Europe dans la ville du Cap, cet extrême sud, qui, un temps relativement épargné, s'apprête à rejoindre Johannesburg dans la ruine.

Il y a dans "La saison des adieux" des pages merveilleuses sur la marge si étroite entre le courage et les lâchetés, les petitesses et les sursauts. Et plus encore sur la solitude du poète, cet albatros empêtré, dont les mots demeurent impuissants à enrayer l'inéluctable et sur la tragédie d'Adriaan, qui rentre chez lui au crépuscule, pour travailler, travailler toujours, témoigner et encore ce n'est pas sûr... Schoeman a fait de son personnage un homme malgré tout équilibré,presque sage et composant avec sa solitude. C'est très beau. C'est chez Phébus et 10/18.
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keisha
  09 juin 2015
Ce n'est pas ici la première apparition de Karel Schoeman (prononcer Skeuman), écrivain sud africain né en 1939 et écrivant en afrikaans. Quand on aime un auteur, on veut tout lire. Petit à petit se réalise la découverte de l'Afrique du sud 'de l'intérieur', mais ici comme auparavant il ne faut point s'attendre à un exposé clair des événements, plutôt des allusions assez floues et universelles. Très fort.
Une fois encore, plongée dans un roman de Karel Schoeman, je n'ai pu le lâcher, sans doute grâce à son écriture (bravo au traducteur). Les quelques impressions suivantes ne donneront pas une idée complète de ce riche roman.
Adriaan, poète sud africain réputé, vient de faire paraître un recueil et se retrouve dans une période sans écriture. Un de ses rituels est de détruire ses notes et brouillons, avant de démarrer d'autres écrits. Il est possible de voir ce roman sous l'angle de la création et de l'écriture, à quel moment Adriaan décide de se remettre à l'ouvrage, l'élément déclencheur, et comment les mots lui viennent.
A la fin, il est dérangé chez lui alors qu'il écrit, la main salie d'encre.
Pour moi l'un des moments les plus forts du roman est la rencontre d'Adriaan avec Dekker, poète vivant reclus à la campagne, et ayant cessé d'écrire ('Après on est libre')
"Il ne faut pas mal interpréter mon retrait. Mais ne le prenez surtout pas comme une condamnation de votre propre engagement.
-Moi, engagé? dit Adriaan, étonné.
- Vos livres le sont.
- Vous êtes bien l'un des rares à vous en être aperçu!
- Vous prenez position. le choix même de vos mots est déjà une prise de position, un jugement, indépendamment de ce que vous tentez de dire dans tel ou tel poème en particulier.
- Pourtant la plupart des gens ne lisent que ce qui est le plus apparent, malheureusement.
- J'ai vu les lumières des torches, dans la nuit, de l'autre côté de la colline, au dessus du village.J'ai entendu les mitrailleuses, les avions qui volaient en rase-mottes dans l'obscurité."
La quatrième de couverture annonce que ce roman (écrit en 1990) se déroule dans les années 70, durant une période de troubles. En effet, barrages, patrouilles, laissez-passer, militaires, disparitions, personnes déplacées, barbelés, sirènes, toute une ambiance sombre et pesante baigne ce roman.
"Dans le hall de la gare, les sans-abri déambulaient; à l'entrée de l'hôtel, la porte tournante pivotait sous le regard des vigiles; quelque part un homme s'abattait lourdement sur le sol, le visage en sang, quelque part quelqu'un mourait sur le sol de béton, dans la lumière omniprésente d'une ampoule électrique nue."
Mais la majeure partie du roman concerne Adriaan, ses rencontres, sa vie sociale ou professionnelle, ses déambulations, dans une ville du Cap souvent pluvieuse ou le lumineux bord de mer.
Alors? Si ce n'est déjà fait, découvrez Schoeman!
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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Flocava1
  14 juillet 2019
Un très très beau livre que l'on ne peut lâcher entre réalité et poésie... un grand auteur
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