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EAN : SIE227281_855
Éditeur : Buchet-Chastel (30/11/-1)
3.59/5   17 notes
Résumé :
Jeune homme travailleur, Joko se rend à son travail à la citerne de la ville, comme tous les matins, lorsque subitement un homme lui saute sur le dos et lui ordonne de le porter, contre rémunération, jusqu'à son hôtel. D'abord outré d'être pris pour une bête de somme, Joko ne tarde pas, comme ses collègues, attirés par l'appât du gain, à changer d'avis et à se vendre. Mais la dépendance entre Joko et ses clients va prendre des formes tout à fait étranges et monstrue... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
wiggybis
  09 février 2016
À la réception du livre, les illustrations de la première et dernière de couverture, signées de l'auteur lui-même, m'ont beaucoup intriguées et m'ont donné tour à tour un sentiment d'amusement, de malaise, et de dégoût. C'est exactement ces sensations que j'ai retrouvées à la lecture du livre.
Tout part d'une situation absurde et comique à la Gogol et dérive vers un univers kafkaïen où la logique perd son sens pour finir en un très sombre et cruel cauchemar à l'allure de thriller psychologique. Yep, rien que ça !
En se rendant à son travail, Joko a la surprise de se faire prendre pour un taxi humain à cause d'un vieil homme grimpant sur son dos lui commandant de le transporter en ville. Après s'être débarrassé de lui non sans mal en le faisant tomber à terre, Joko, en colère, continue son chemin. A ce moment-là, une femme monte à son tour sur son dos mais Joko s'en défait également sans ménagement. Ces personnes, qui s'avèrent être des congressistes payant généreusement quiconque les transporterait sur leur dos, font vite sensation auprès des collègues de Joko, attirés par l'appât du gain. Jaloux, Joko se fait pardonner la manière dont il a traité ses deux premiers clients et devient vite « l'homme taxi » le plus apprécié des congressistes jusqu'au jour où…à vous de le découvrir !
Si j'ai adoré le côté absurde de l'histoire et la galerie de personnages que celle-ci comprend, il y a quelques descriptions dans la seconde moitié du livre qui m'ont écoeurées au plus haut point. Il faut avoir le coeur bien accroché au risque de rendre son déjeuner comme j'ai failli le faire ! Preuve du talent de Topor ? Je dirais que oui. le monde du travail est souvent aussi impitoyable que la symbolique qu'il nous offre dans son roman. Nous assistons à la descente aux Enfers d'un homme n'hésitant pas à mettre sa dignité en jeu pour faire vivre sa famille, qui se persuade qu'il aime ce qu'il fait, qui voit son corps et son esprit se métamorphoser et s'épuiser pour connaître une fin tragique dont il ne sera pas le seul à subir les conséquences. Pouvons-nous repousser nos propres limites à l'infini ? Où se situe la frontière entre dévotion au travail et esclavage ? Peut-on être préparé au revers de la médaille ? Voilà quelques questions sur lesquelles l'auteur nous pousse à réfléchir.
Atroce, féroce, cruel, noir, diabolique…Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette petite histoire savamment écrite par Roland Topor. Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Wombat pour m'avoir fait découvrir cette pépite.
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colimasson
  13 mars 2016
Y en a qui ont vraiment besoin qu'on leur montre tout pour qu'ils comprennent. Prenez ceux qui n'ont rien capté à la Métamorphose de Kafka. Genre ça leur fait trop bizarre de voir un mec se réveiller le matin et se rendre compte qu'il est devenu insecte. En plus de ça, il ne pleure même pas, non, il se contente de se dire que ça va être bien dommage pour la famille ça, parce qu'il va plus pouvoir ramener le casse-dalle de la petite soeur (une peste) et des parents (salauds). Prenez donc Saint Jean, l'autre énucléé, qui disait qu'il fallait voir pour croire. A cette époque-là, un mec aussi con était si rare qu'il fallait bien ramener ses propos dans un Evangile. Maintenant que le Logos s'est effondré dans la Physis et qu'en-dehors du matérialisme, point de foi ne s'incarne, quiconque veut juger d'après son propre agrément, s'adoubant de fait le tranchage quantique entre l'existant et l'inexistant. Rien que ça. Excusez du peu.

Eh bien, Roland Topor a écrit l'histoire de l'anniversaire de Joko pour tous ceux qui ont trouvé que la Métamorphose de Kafka n'était point assez crédible. Ainsi, ils assisteront à la métamorphose progressive d'un homme qui était trop peu humain pour le rester éternellement dans le monde du travail.

Le texte est simple, les dialogues sont concis, les lieux rares et aussi accueillants qu'une surface de réverbère. Joko fait pitié, les autres ne sont même pas vraiment méchants et la famille, respectant sa fonction, ne comprend rien à la situation de celui qu'elle devrait protéger. Maman embrasse son fiston en lui souhaitant bonne nuit, ne l'empêchant pas de rejoindre la chambre où l'attendent les horribles congressistes qui vont le torturer, lui planter des lames de rasoir dans les flancs et lui finir la plaie à la brosse à dents. Ça va Joko, tu t'amuses bien, tu es sûr ? demande-t-elle alors que la tronçonneuse fait entendre son vrombissement à travers la porte. Oui, oui, je suis très content d'avoir des amis, répond Joko au bord de la mort. C'est qu'en ce bas monde, la valeur individuelle n'est pas une valeur propre : elle ne dépend que de la reconnaissance sociale. Combien vendraient leur âme au diable pour faire croire aux autres qu'ils ont de vrais amis ?

Un peu porc, bien qu'il manquât une dose de sel à cette charcuterie pour qu'elle enflamme les plaies à coeur.
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Nio
  17 février 2016
L'inestimable Topor nous a laissé une oeuvre immense, surréaliste et mordante, dans quasiment tous les domaines. Ses caricatures et illustrations vont à l'essentiel en arrachant toujours un rictus mi-amusé, mi-ironique, mi-surpris, voire gêné. Car à chaque fois, en quelques traits, incontestablement, il fait mouche. Qu'on se rappelle les affiches des films le tambour et L'empire des sens où le bonhomme avait cerné directement le propos sous-jacent des oeuvres. le génial La planète sauvage de René Laloux reprenait ses dessins et n'en devenait que plus inquiétant. Quand au Locataire de Polanski, il reprend ce qui figure déjà dans le romanle Locataire chimérique du même Topor. Deux oeuvres complémentaires qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lues et vues à la suite, heureusement pour les apprécier directement. C'est là toute la richesse d'une oeuvre passablement humaniste mais qui masque ses craintes derrières des horreurs et un humour très noir.

Joko fête son anniversaire n'y échappe pas et si vous ne connaissez pas Yopor, autant prévenir que le choc sera (délicieusement) rude. Jamais glauque et pourtant le roman bascule très vite de l'absurde à l'horreur fantastique puis sur une horreur fantastique des plus absurdes, laissant toujours conquis du style rapide de l'auteur qui écrit presque comme s'il allait en mourir, c'est à dire avec précision et rapidité sans que cela n'entache jamais le plaisir de ce court roman qu'on aimerait même qu'il en soit plus long. Joko c'est en premier lieu une critique du capitalisme effraîné dans la figure du maître et de son serviteur aliéné au travail sous la figure du "taxi" (enfin du porteur). C'est plus profondément une observation de la bassesse humaine en cours où le puissant n'aura de cesse d'humilier le faible pour son bon plaisir (et ici celui du lecteur).

Topor est un malin puisque si l'on ne s'attache pas à son personnage principal (encore heureux, sinon là, oui, ça deviendrait vraiment glauque et déprimant) c'est parce que les situations deviennent de plus en plus surréalistes et absurdes que les personnages sont eux-même des caricatures pas possibles et difficilment rencontrables dans la vraie vie (par contre dans un film d'Ettore Scola comme Affreux, sales et méchants, là je dis pas...). Ainsi Joko est naïf et bête, sa mère complètement larguée et pleurnicheuse à la moindre occasion (running-gag du roman au passage, cette dernière ramène toujours le moindre problème de Joko à une ex qui l'a quitté depuis trois ans, Suzanne, sans chercher ce qui peut troubler son fils. C'est assez tordant, on dirait un robot), son père une grosse feignasse qui se contrefout de tout et ses soeurs des enfants modèles.

Quand aux puissants que Joko transporte, des gens qui se croient tout permis et supérieurs aux autres (toute ressemblance avec une certaine élite politique hexagonale n'est que purement fortuite), quitte à faire n'importe quoi. Et la situation (que je ne peux dévoiler tellement ça va très loin) ne fera qu'envenimer tout ça. D'autant plus qu'on a de tout là-dedans, du prétendument gentil et empathique docteur Fersen à la sado-masochiste Wanda qui aime qu'on la frappe en passant par le violent Pan Tan qui lui, aime frapper ou l'ignoble et cruel Sir Barnett, on sent que Topor s'amuse comme un fou avec cette galerie de personnages à croquer. Mention spéciale aux amis et collègues de bureau de Joko qui ont tous un prénom en B : "Baptista, Bavastro, Baluro..."
B, comme "Benêts" vu qu'eux aussi vont faire comme Joko sans non plus réfléchir aux conséquences.

C'est noir comme du Kafka côté descente aux enfers, mais plus drôle en somme (certains passages "gores" vont toutefois donner des sueurs froides à certains lecteurs). Même si à ne pas mettre entre toutes les mains, mais quelle pépite, quelle belle découverte grâce à Babelio. Je ne le regrette pas. J'ai même prochainement envie de continuer dans le Topor romancier, c'est dire !
Lien : http://dvdtator.canalblog.co..
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Bouteyalamer
  31 mars 2016
Joko, employé à la citerne de M. Borota, est chevauché par surprise par les congressistes de l'hôtel Concordia, puis les porte avec force empressement et tribulations ; l'affaire se termine en grand guignol. Ce mince récit est dans la veine provocante des Panizza, Jarry, Duchamp et Vian/Sullivan, mais le mouvement panique créé par Topor et Arrabal n'a pas l'ampleur ni la postérité du dadaïsme ou du collège de pataphysique. Il y manque aussi l'humour. Ici l'humour est du côté de l'éditeur : il a trouvé un thuriféraire du nom de Pacôme Thiellement qui annonce que Topor est un écrivain du niveau de Borges, un dramaturge de la trempe de Beckett et un artiste aussi important que Giacometti ; et il intitule ses « nouvelles éditions » Wombat. Selon Wikipedia, le wombat est doté d'un « bouclier », plaque osseuse située sur les fesses, sous la peau. Lorsqu'un prédateur le poursuit, il bouche l'entrée de son terrier avec son postérieur. le wombat a la particularité de produire des crottes de forme cubique.
C'est 14 € pour les amateurs de Curiosa.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
wiggybiswiggybis   07 février 2016
- Vous n'allez pas bien ? lui demande Pozzi.
- Je ne sais pas ce que j'ai...un étourdissement, je suis désolé.
-Vous travaillez trop. Il faut vous reposer, sinon vous allez tomber malade. Le premier germe qui passera sera pour vous.
- Bientôt je pourrai me reposer. J'ai besoin de gagner encore un peu d'argent auparavant.-
- Mon pauvre garçon, l'argent n'est pas le plus important dans la vie Il ne remplace ni l'amour, ni la santé.
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colimassoncolimasson   18 mars 2016
Lime à ongle.
Il enfonce l’instrument dans l’épaule du jeune homme, le fait aller et venir tandis que son patient s’époumone. Quand le trou ouvert par la lime est suffisant, la brosse à dents la remplace. Elle nettoie énergiquement les lèvres de la plaie. Le sang gicle en abondance et le docteur se félicite d’avoir eu la prévoyance d’utiliser la salle de bains. A l’aide du peigne, il ouvre la peau du dos jusqu’à la ceinture. Deux dents se cassent. Le docteur en est contrarié […].
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colimassoncolimasson   20 mars 2016
Pourquoi Marina et Amica ne disent-elles rien. Il avance la main pour caresser les joues rondes, et les têtes roulent sur le sol.
Elles roulent comme des boules pas tout à fait rondes, en suivant une ligne capricieuse, constellant le tapis de taches de sang. Elles continuent quelques instants leur rotation à l’arrêt, puis s’immobilisent, l’une sur l’œil droit, l’autre sur le cou, ce qui donne l’illusion d’une baigneuse émergeant du plancher.
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colimassoncolimasson   22 mars 2016
Fidèlement, le corps exécute les ordres qu’on lui donne. Il se prête aux tâches les plus abjectes sans émettre une protestation. Lorsqu’il a fini de servir un maître, il devient l’instrument d’un autre. Le cauchemar se renouvelle toutes les trois heures, mais, pour Joko, le temps n’existe plus. Il n’y a que la réalité. Elle est tellement salissante qu’il n’arrête pas de nettoyer.
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colimassoncolimasson   28 mars 2016
Il tranche le sexe entre ses dents aiguisées, le brandit comme une arme avant de l’enfoncer jusqu’à la garde dans la gorge de son amant.
Les jets pourpres de l’artère sectionnée s’espacent au même rythme que les jets pâles qui fusent dans la trachée du mort.
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Improvisation de Roland Topor sur le thème de son livre : "LES MEMOIRES D'UN VIEUX CON"
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