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Éric Beaumatin (Traducteur)
EAN : 9782267018158
139 pages
Christian Bourgois Editeur (09/03/2006)
4.02/5   26 notes
Résumé :
Enrique Vila-Matas est un voleur de noms. Dans une valise, il les transporte sur des chemins étrangers. Europe, Afrique rêvée, au gré d'une fantaisie alerte et armée de lectures orientées dans le sens du plaisir et de la grâce. Qu'il ouvre sa valise, les noms s'échappent - Duchamp, Larbaud, Gomez de la Serna et cent autres.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Ce petit opuscule de Vila-Matas n'est pas facile d'accès. Pourtant, il est complètement loufoque, peut-être un peu trop.

L'auteur nous invente une communauté de "shandys", en référence à l'ouvrage anglais du 18e siècle "La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme" de Laurence Sterne, dont le personnage est également quelque peu foldingue et Vila-Matas nous rappelle en note de bas de page que Shandy est synonyme de joyeux, loufoque et volubile.

Cette communauté de "shandys" qu'il crée rassemble des auteurs ou artistes peu connus du grand public qui privilégient le minimalisme dans l'expression et s'en vont de ville en ville pour célébrer secrètement la littérature portative.

Comme à son habitude, Vila-Matas mêle endroits et auteurs réels et inventés de toutes pièces. On ne s'y retrouve pas du tout, mais qu'importe. Un peu plus de mal à suivre celui-ci que d'autres néanmoins. Et je n'ai pas retrouvé l'atmosphère hautement optimiste de Laurence Sterne dont le Tristram nous fait à tout bout de champ sourire malgré les sujets parfois abracadabrants proposés au lecteur. Ici, le burlesque est bien au rendez-vous mais la vision est moins positive, il faut dire que l'on parle de ce qu'il va advenir de l'art.
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Enrique Vila-Matas est né à Barcelone en 1948. À dix-huit ans, il est embauché comme rédacteur dans une revue de cinéma, Fotogramas, pour laquelle il réalise parfois de fausses interviews. de 1974 à 1976 il vit à Paris et loue une chambre de bonne à Marguerite Duras. Il raconte ses aventures parisiennes trente ans plus tard dans Paris ne finit jamais (2004). de retour dans sa ville natale en 1976, Enrique Vila-Matas se consacre à l'écriture ; il est également chroniqueur pour divers journaux catalans. le roman, Abrégé d'histoire de la littérature portative, est paru en France en 1990.
Dans un roman complètement foutraque, Enrique Vila-Matas nous entraîne sur les pas des membres de la société secrète des shandys, grands amateurs de littérature portative c'est-à-dire « pour les expressions littéraires brèves » dont l'emblème ou le symbole est La boîte en valise, cette mallette conçue par Marcel Duchamp (précurseur de l'art minimal) qui réunit les pièces de ses différents types de travaux et indique par des jeux de tiroirs et de glissières, une proximité tacite entre chacune d'elles, comme si c'était un tout.
Passé le prologue qui effraie un peu car on craint les références littéraires et artistiques multiples, les clins d'yeux réservés aux lecteurs cultivés, bref un bouquin destiné à l'élite, nous sommes plongés dans un roman totalement fou qui mêle personnages fictifs et réels dans des villes connues ou des lieux inventés (Port-Hâtif). Les situations absurdes ne manquent pas, les tam-tams africains dans les ruelles sombres de Prague, ou bien Aleister Crowley pape du satanisme ondulant des hanches durant la danse du serpent ! Et je ne vous parle pas du rôle du violon masturbateur de Salvador Dali.
Qui sont exactement les shandys ? Au fil des pages, l'écrivain nous révèle les signes qui les caractérisent : une sexualité extrême « copuler par pur plaisir, et ne jamais penser à la descendance et autres fadaises », le refus du suicide sauf dans l'écriture, ne pas se prendre au sérieux et mépriser tout ce qui est réputé important, un goût certain pour la littérature brève, l'instinct de collection et le fait qu'ils soient habités par un double qu'ils nomment « odradek ».
Désopilant petit bijou absurde, mise en abîme, un roman court donc très shandy que je vous conseille vivement afin de découvrir ces « sages d'un nouveau genre, au langage cryptique, loufoque et volubile ».
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«Abrégé d'histoire de la littérature portative» apporta à Enrique Vila-Matas en 1983 son premier succès d'estime.
Il y invente une société littéraire secrète, fondée en 1924 à Port-Hâtif, village africain du delta du Niger, par le fruit du hasard et du malentendu.

«Nous ferons connaissance de ceux qui auront permis d'écrire le roman de la société secrète la plus joyeuse, la plus loufoque et volubile qui ait jamais existé, des écrivains, turcs à force de tabac et de café, héros gratuits et délirants de cette bataille perdue d'avance qu'est la vie, amoureuse de l'écriture à condition d'en faire la plus drôle, mais aussi la plus radicale des expériences.»

Dans ce groupe aux airs dadaïstes ou surréalistes, on croise des personnages réels ou fictifs, «machines célibataires» ou encore femmes fatales, notamment Marcel Duchamp, Francis Picabia, Walter Benjamin, Jacques Rigaut, Valery Larbaud, Blaise Cendrars, ou encore Georges Antheil ou Werner Littnarski, Georgia O'Keefe, Pola Negri, Rita Malú ou Berta Bocado.

Pour faire partie de cette société de shandys inutile et insolente (un hommage appuyé au roman de Laurence Sterne), «l'apothéose des poids légers dans l'histoire de la littérature», il fallait «justifier d'une oeuvre qui ne pesât pas trop lourd et qui pût aisément tenir dans une mallette, l'autre clause obligatoire était de fonctionner en machine célibataire. D'autres caractéristiques, quoique non indispensables, étaient fortement recommandées car considérées comme typiquement shandys : esprit d'innovation, sexualité extrême, absence totale de grand dessein, nomadisme infatigable, coexistence tendue avec la figure du double, sympathie à l'égard de la négritude, tendance à cultiver l'art de l'insolence.»

Pour écarter les farceurs importuns, Walter Benjamin aurait d'ailleurs inventé une machine à peser les livres «qui porte son nom et qui, avec le succès que l'on sait, nous permet aujourd'hui encore de détecter avec une précision absolue le caractère insupportable de certaines oeuvres et, partant, quoiqu'elles s'efforcent de le dissimuler, leur caractère intransportable.»

«Abrégé d'histoire de la littérature portative», un livre poids léger drôle et exigeant, passera sans encombre le test de la pesée, ainsi que tous les livres à suivre de Vila-Matas, dans la même veine, légère et profonde.
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Où les pérégrinations d'écrivains plus oubliés que connus au sectarisme universaliste, se fondant sur une lecture approfondie des oeuvres, tressant les particularismes et coïncidences dans des mouvements, pensées où le portatif est un kaléidoscope dont les couleurs donneraient une jaunisse-rougeole à un caméléon. Et on se délecte ou on s'interroge devant Crowley dansant la gigue, Céline en traître par vocation, Meyrink accompagné de petits génies gigogne de compagnie. A vous de vous faire laisser porter ou, qui sait, transporter par Vila-Matas et de découvrir et redécouvrir des auteurs selon une trame macérée aux essences loufoques et ludiques. Une lecture qui donne faim d'autres lectures.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Mais miniaturiser c'est également dissimuler, Duchamp, par exemple, s'était lui-même toujours senti attiré par l'extrêmement petit, en fait par tout ce qui exigeait d'être déchiffré: symboles, manuscrits, monogrammes. Miniaturiser, pour lui, revenait à rendre inutilisable: "Ce qui se réduit se voit d'une certaine façon libéré de toute signification. La petitesse des réductions en fait à la fois le tout et le fragment. L'amour du petit est une émotion infantile". Infantile comme le regard de Kafka qui, on le sait, s'était lancé dans une lutte à mort pour son intégration dans la société paternelle, ce qu'il n'aurait d'ailleurs consenti à réussir qu'à la condition de pouvoir demeurer l'enfant irresponsable qu'il était.
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Nous nous étions lancés dans une conversation formidable sur nos goûts artistiques et nous étions tous tombés d'accord que nous étions pour la brièveté en littérature et que notre préférence, même dans le cas des livres inspirés, allait aux plus courts.
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Jeune homme pauvre et médiocre, 21 ans, mains propres, épouserait femme 24 cylindres, érotomane ou parlant annamite, de préférence répondant au nom de O’Keefe. S’adresser à Jacques Rigaut, 73, bd du Montparnasse, Paris. Sans domicile fixe à New York.
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... il y a longtemps que Joyce a démissionné de notre société parce qu'il croyait qu'il fallait payer une cotisation pour en être membre
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et j'ai pu de la sorte avoir des nouvelles de Scott Fitzgerald, par exemple, qui dit avoir fini un roman sur un nommé Gatsby : c'est l'histoire d'un homme qui se confronte à son passé dans une inexorable marche de son destin vers le néant.
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Videos de Enrique Vila-Matas (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Enrique Vila-Matas
En dialogue avec Tiphaine Samoyault Interprète : Manuela Corigliano
Un narrateur en panne d'inspiration se remémore ses années de bohème à Paris. La dèche, la mansarde, les petits trafics d'herbe : l'attirail classique de l'écrivain romantique qui aspire à la gloire d'Hemingway. Paris est une fête, c'est bien connu… En proie au doute, il commence à observer des signaux qui le ramènent invariablement à l'essence de l'écriture. Depuis la mystérieuse chambre 205, du modeste hôtel de passe Cervantes à Montevideo, mise en scène par Julio Cortázar, les symboles se succèdent, reliant Paris à Cascais, Montevideo à Reykjavik et Saint-Gall à Bogota, qui tous témoignent de l'impossibilité de l'écriture à raconter la vie. En revanche, on peut entrer dans l'espace de fiction pour transformer la vie en littérature. de digression en digression, on est happé dans un vertigineux vortex, ébloui par l'intelligence du propos, la générosité de l'auteur envers ses pairs, la finesse de son humour et une autodérision à toute épreuve.
Immense écrivain, Enrique Vila-Matas est traduit dans une quarantaine de langues et s'est vu attribuer les plus prestigieux prix à travers le monde.
À lire – Enrique Vila-Matas, Montevideo, trad. de l'espagnol par André Gabastou, Actes Sud, 2023.
Son : Jean-François Domingues Lumière : Patrick Clitus Direction technique : Guillaume Parra Captation : Claire Jarlan
+ Lire la suite
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