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ISBN : 2072776821
Éditeur : Gallimard (16/08/2018)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 57 notes)
Résumé :
« À supposer qu’ils habitent la même ville, Louisa Makhloufi et Romain Praisse y resteraient-ils encore cent ans que la probabilité qu’ils se croisent, s’avisent et s’entreprennent resterait à peu près nulle. En sorte que si l’une des 87 caméras de surveillance installées en 2004 par les techniciens d’un prestataire privé de la mairie les voit se croiser, s’aviser, s’entreprendre, ce ne sera qu’à la faveur d’un dérèglement des trajectoires lié à une conjonction hasa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  21 août 2018
Une guerre qui ne dit pas son nom
En novembre 2015, la France vient d'être frappée de plein fouet par des attentats terroristes dont l'ampleur et l'atrocité vont marquer les esprits pour longtemps.
« La France est en guerre » déclare le Premier ministre à la télévision. Mais pour François Bégaudeau, la guerre est ailleurs.
Entre Romain Praisse et Louisa Makhloufi, que tout oppose, une rencontre fortuite va faire basculer le destin personnel de ces deux êtres et dérouter de façon infinitésimale le déterminisme social qui les conduit et surtout rendait impossible tout rapprochement.
« Plus juste serait de dire que Romain Praisse et Louisa Makhloufi n'habitent pas la même ville », tant la probabilité d'un contact entre cet homme et cette femme est infime.
Pour résumer vulgairement : il est riche ; elle est pauvre.
Ils n'ont pas les mêmes valeurs. Rien de commun.
De son regard d'entomologiste humain, l'auteur explore, à partir de la rencontre de ces deux personnes, nos fêlures psychologiques et nos fractures sociales.
De leur « incompatibilité affective » en « clivage idéologique », François Bégaudeau dresse un portrait sans concession de la France d'aujourd'hui.
« L'homme est une créature sociale » : entre la ville et sa périphérie, une démonstration anthropologique et sociale magistrale.
Une grande et belle surprise pour moi qui n'avait pas encore eu la chance de goûter à la prose sensible et intelligente de cet auteur surtout connu pour son roman "Entre les murs".
Un grand merci donc à Babelio et aux éditions Gallimard/Verticales pour ce très beau cadeau !
Lu en août 2018.
Mon article sur Fnac.com/Le conseil des libraires :
Lien : https://www.fnac.com/Une-gue..
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Fandol
  06 août 2018
Voici un auteur connu que je n'avais pas encore lu, m'étant contenté de la version cinéma de son fameux Entre les murs. Je regrette cette lacune mais il n'est jamais trop tard pour se rattraper et c'est pourquoi j'ai beaucoup apprécié de découvrir En guerre, le dernier roman de François Bégaudeau, grâce à Masse Critique de Babelio et les éditions Verticales que je remercie.
Au travers d'une série de portraits, l'auteur dresse un tableau précis, complet, sans complaisance de notre société de ce début du XXIe siècle. Je me suis bien sûr accroché aux deux principaux acteurs de En guerre : Romain Praisse et Louisa Makhloufi. le premier, aux idées progressistes et généreuses, fait partie de ceux que nous appelons les favorisés, plutôt bobos, et habite un quartier du centre-ville alors que la seconde vit dans une zone pavillonnaire une maison à peine payée et se bat pour garder son CDD chez Amazon.
Pourtant, l'attention se focalise sur un troisième personnage, Cristiano Cunhal, le concubin de Louisa. Après des années chez Ecolex, voilà que des ventes successives aboutissent à la délocalisation de l'usine et le licenciement de 283 personnes. L'actualité, hélas, depuis des années, fait état de tels massacres mais certains hommes politiques disent que ce n'est pas bien de se battre, de lutter pour refuser ce poker industriel et humain.
François Bégaudeau m'a fait souvent penser à Gérard Mordillat et en particulier à Rouge dans la brume lorsqu'il parle des luttes ouvrières et du cynisme de dirigeants interchangeables et surtout lointains. Grève, occupation, blocage de l'autoroute d'où colère des usagers… le quotidien régional parle peu du conflit. de son côté, le gouvernement socialiste ne peut pas tout faire…
D'un chapitre à l'autre, l'auteur a une façon bien à lui d'amorcer un nouvel épisode de son roman. Cela m'a désorienté au début puis je m'y suis fait et j'ai aimé ces lancements énigmatiques m'obligeant à chercher quel lien il y avait avec l'histoire. Cette technique-là, est bien maîtrisée et permet d'esquisser un tableau complet et d'élargir la focale du roman.
Ainsi, Catherine Tendron, technicienne du dialogue social tente de « convertir un départ contraint en départ voulu » avant qu'on déménage les machines sous la protection des CRS… Il y a aussi Simon Marchais, le conseiller de Pôle emploi, Manuel Bonnot et son festival Docublicain, Baptiste et Vincent qui ont créé Chez Lulu, un bar à vins et d'autres encore, des rencontres intéressantes tout au long du roman.
L'amour qu'éprouvent l'un pour l'autre deux êtres que tout oppose, est la clé de voûte du roman avec des conséquences dramatiques donnant des pages impressionnantes, confirmant tout le talent de l'auteur.
Celui-ci aborde aussi le problème des suicides dans deux grandes entreprises publiques menées à la privatisation et le traumatisme de ceux qui découvraient les corps : « Les agents d'entretien de France télécom et de la Poste se sentaient coupables. Ils n'avaient évidemment jamais échangé le moindre mot avec le mort, mais s'en voulaient d'être arrivés trop tard. 6 heures du matin est encore trop tard. Un type payé quatre fois plus qu'eux se tirait une balle parce qu'un type payé quatre fois plus que lui l'avait harcelé, mais c'était leur faute. »
Un excellent roman, cela sert aussi à rappeler des moments douloureux trop vite oubliés et j'ai vraiment apprécié la maîtrise et le style de François Bégaudeau qui ne néglige rien, même les loisirs de retraités : « les plus gros gisements de profit se nichent désormais dans le loisir des seniors. »
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fuji
  11 août 2018
Sortie le 16 aout 2018.
François Bégaudeau, sur un célèbre plateau de TV, ONPC pour ne pas le citer, s'insurgeait contre l'emploi de « en guerre » pour parler des attentats. Il expliquait qu'il fallait savoir employer les bons mots et prendre le temps de déplier les situations.
Dans ce roman encore plus que dans les précédents il s'y emploie, en dressant un roman social noir de notre contemporanéité.
Une ville, son centre et sa banlieue, un conflit social.
La presse n'a pas le temps d'en parler car elle est focalisée sur les attentats…
Dans cette entreprise depuis deux ans, Catherine Tendron opère, elle est là pour dégraisser les effectifs. Elle ne fait pas face à des grévistes en colère mais à des « lanceurs d'alertes », pour cela elle a, avant toute chose, métamorphosé son bureau en espace Feng Shui et elle gère façon Yogi. Lorsqu'elle fait face à la délégation, elle leur dit qu'elle aussi elle fait partie de cette entreprise Ecolex qui produit des connecteurs automobiles etc. Mais elle doit leur expliquer que la conjoncture… D'ailleurs elle les invite à partager une tasse de thé rouge. Catherine est des leurs, elle n'impose rien elle obtient le consentement.
Dans ce chaos, se dessine le portrait de Cristiano, mari de Louisa, qui après une journée de travail fait des balades à moto en écoutant du Métal. Cristiano est « fort en gueule mais faible en mots ».
Voici ce qu'il pense de cette situation : « On ne dilapide pas en deux semaines ce qu'on a élaboré en soixante ans, dont dix-huit avec sa pomme. On ne meurt pas comme ça d'une seconde sur l'autre. Ça c'est bon pour le gibier d'eau tel qu'abattu par son grand-père. »
Alors la délocalisation en Slovaquie va le laisser « sur le carreau ». Il va rester sur son canapé pendant que Louisa, sa femme, va trimer dans les entrepôts d'Amazon. Louisa c'est une battante, elle sait ce qui fait bouillir la marmite, elle ne va pas supporter de le voir ainsi. Elle sortira de plus en plus, d'abord avec les copines, puis seule.
Dans la même ville, mais au centre, les bobos, dont Romain Fraisse, n'ont pas conscience de cette situation, à peine lisent-ils les gros titres dans le journal.
La rencontre entre Louisa et Romain était improbable, et c'est tout de même à cause de cet évènement, qu'elle se produira.
Romain, travaille au Bureau Régional des Affaires Culturelles. Avec ses amis, ceux qui lui ressemblent il est habitué aux débats d'idées sur des sujets de hauts niveaux, comme : l'épilation intégrale chez les filles ou bien peut-on s'entendre sexuellement avec un partenaire dont les convictions politiques sont opposées ? Voilà tout de même des sujets plus importants dans la vie que la situation des banlieues.
« Bien que Romain estime aussi son temps limité, qu'il ne tienne pas spécialement à le gaspiller, que contre toute attente il aime mieux se forger une opinion que gober celle des autres, qu'au risque de choquer il ne trouve pas infamant de suivre son coeur et son intuition, cette dernière salve de philosophie achève de le convaincre que Louisa et lui n'ont rien à se dire. Il n'est que temps de passer à autre chose. »
François Bégaudeau joue avec le langage qu'il met à niveau des situations sociologiques qu'il décrit, ses personnages sont érigés sur la psychologie qui les a fondés et il n'oublie pas la gestuelle qui elle aussi les situe, aussi bien qu'une boussole vous donne le Nord.
Une analyse très réaliste, même si parfois, des raccourcis sont pris.
Le déterminisme n'a pas reculé d'un pouce malgré le progrès. le 21ème siècle ne sera pas celui des bouleversements fondamentaux qui replacerait l'humain au coeur des préoccupations.
Non, l'individu, pas tous, sera écrasé par l'effet de masse. Il y aura toujours l'effet boomerang qui renverra dans sa case celui qui aurait eu l'impudence d'en sortir.
La question est posée, encore et encore, sommes-nous réellement en démocratie ?
Le « pouvoir de l'ensemble des citoyens » n'est qu'une énorme farce.
Roman sombre, sarcastique et caustique qui tend à montrer que « La chance s'attrape par les cheveux, mais elle est chauve » citation attribuée à Stendhal.
Merci Babelio et aux éditions Verticales pour cette lecture.
©Chantal Lafon-Litteratum Amor 11 août 2018.

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Marti94
  11 août 2018
Bien que je n'aime pas du tout le titre « En guerre » j'ai accepté de lire le dernier roman de François Bégaudeau dans le cadre d'une opération masse critique pour la rentrée littéraire de l'été 2018. Ce qui m'a motivée c'est le résumé en quatrième de couverture car je suis adepte des romans sociaux.
J'ai vraiment été touchée par ce livre dont la lecture a été un grand plaisir.
Au départ il y a un très beau travelling sur la ville où Romain et Louisa vivent dans des quartiers différents et dont le milieu social rend peu probable leur rencontre et encore moins une histoire amoureuse.
Louisa Makhloufi est une jeune femme courageuse qui doit son salut au travail qu'elle accepte dans des conditions très difficile, notamment à la préparation de commandes dans les entrepôts d'Amazon. Fille d'émigrés ayant vécu dans une cité et sans qualification, sa volonté est sa force vive qui la mène à vivre en lointaine banlieue pavillonnaire pour acquérir une maison. Boxeuse, elle a cette force d'accepter des emplois précaires sans baisser la tête comme sa mère a fait toute sa vie. Elle n'a aucune conscience politique contrairement à Romain Praisse qui est un jeune intellectuel lucide de la condition sociale des gens qui l'entourent, ceux de sa ville qu'il aimerait ouvrir à la culture. C'est son métier, il est animateur culturel et s'engage parfois sans hésiter en donnant du temps au mouvement Nuit debout par exemple. Il a fait des études supérieures, vit en centre-ville modestement, peu attaché aux choses matérielles.
J'aime beaucoup ces deux personnages pourtant très différents. D'ailleurs, alors que Romain a peur de s'engager avec une femme, Louisa vit en couple avec Cristiano Cunhal, outilleur à l'usine Ecolex.
Leurs histoires décrites en parallèle vont se rejoindre, centrés autour de la défense de l'usine. Car le premier traumatisme de la ville c'est l'annonce de la fermeture d'Ecolex et des licenciements. La lutte va s'organiser sans succès. On se croirait dans un livre de Gérard Mordillat qui n'a pas son pareil pour décrire les mouvements sociaux.
Si Louisa et Romain sont concernés directement ou indirectement par la situation, ils se rencontreront physiquement pour des faits tout à fait différents. Après le vol de son blouson, Romain ne peut plus rentrer chez lui. Il va se retrouver dans une boîte de nuit fréquentée occasionnellement par Louisa. L'attirance physique va dépasser leurs convictions qu'ils ne sont pas faits l'un pour l'autre. Ils vont devenir des amants passionnés. Pourtant Louisa était heureuse avec Cristiano, qui depuis son licenciement de l'usine est tombé dans la dépression. Elle a eu beau faire tout ce qui est en son pouvoir pour l'aider, leur vie est devenue cauchemardesque.
Romain et Louisa sont encore jeunes et ils ont besoin de donner un sens à leur vie. Leurs rendez-vous secrets vont les faire vibrer malgré la violence du monde, sur fond d'attentats de novembre 2015 ou lutte des sans-papiers abusés.
Malheureusement le drame personnel de Cristiano va l'amener au suicide. Drame personnel, drame social, tout cela se mélange pour un tableau sombre mais décrit toujours avec une pointe d'humour par François Bégaudeau. Il n'est pas cynique et sait parler des autres.
J'ai aussi aimé son texte ponctué de références. Il cite, entre autres, « Vous n'aurez pas ma haine » d'Antoine Leiris et fait un clin d'oeil à Signoret et Montand tout en se moquant des vendéens donc de lui-même.
Avec une tentative de révolte face aux riches qui déforment la ville, j'ai trouvé la fin du roman un peu fantaisiste mais j'aime beaucoup les happy ends alors j'ai refermé ce livre avec le sourire toujours convaincue que le titre n'est pas approprié. Pour moi, les protagonistes sont en colère, sont révoltés, sont violents mais ne sont pas « En guerre ».
Ceci-dit c'est vraiment un bon livre que je trouve particulièrement bien construit. A lire donc sans hésiter.
Ce livre m'a été offert par les éditions Gallimard dans le cadre d'une opération masse critique et je les en remercie.
Lu en août 2018
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Toocha
  10 août 2018
En guerre commence par le récit d'un conflit social tristement ordinaire. Après avoir résisté à la fermeture de l'usine Ecolex, Cristiano Cunhal sombre dans le chômage et la dépression. Sa compagne, Louisa, n'en peut plus de son apathie et a besoin de sortir, et rencontre Romain, un bobo du centre-ville, qui se trouve lui aussi là par hasard et successions de coïncidences. Une histoire débute, bien qu'ils n'auraient jamais dû se rencontrer et... ils n'auraient jamais dû se rencontrer, car cette anti-comédie romantique est une fable sociale, où toute l'intrigue s'inscrit dans les césures sociétales et urbaines, et où on n'échappe pas à ses déterminismes.
De ce roman, j'ai vraiment été séduite par le style et l'humour : François Bégaudeau déploie une écriture incisive et prend des libertés avec le style indirect libre ("entre parenthèses") pour trouver un ton d'ironie mordante à souhait. Parfois, il en fait un peu trop et se laisse aller à quelques calembours faciles, mais la plupart du temps, son style grinçant fait mouche.
A côté des trois principaux protagonistes, c'est toute une galerie de portraits de notre époque qui sont croqués et acidulés.
Néanmoins, autant j'ai été transportée par le récit enlevé de la grève au départ, autant, au fur et à mesure que la non-histoire d'amour de Romain et Louisa avance (ou pas), j'ai trouvé que le propos se dispersait un peu, et, de même qu'à la fin les deux amants cherchent une opportunité pour rompre, l'intrigue finale avec Paul a eu pour moi quelque chose du prétexte à conclure, avec son retournement funambulesque. Néanmoins, cela n'a pas obéré le plaisir que j'ai trouvé à cette lecture, cette fable étant d'abord une farce sociale, ne se prenant pas au sérieux. Ainsi, en quelque sorte, le roman pèche par ce qui est une de ses forces : sarcastique, drôle, il est assurément distrayant dans sa chronique sociale, mais cette légèreté satirique brouille le propos tenu, qui n'est pas exempt d'un poids conformiste démoralisant à la fin (sauf sous le coup de la folie comme Paul, chacun à sa place sociale et une place sociale pour chacun).
Je remercie vivement Babelio et les éditions Gallimard de m'avoir permis de découvrir ce roman avant sa sortie, dans le cadre de cette opération masse critique.
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critiques presse (5)
LeFigaro   05 octobre 2018
En cette rentrée littéraire, plusieurs romanciers, dont François Bégaudeau, pointent du doigt les dérives d'une société qui, au nom de notre bien-être, tend à nous imposer des normes et à réduire notre liberté.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Bibliobs   20 septembre 2018
L'auteur de "la Blessure la vraie" raconte une espèce d'histoire d'amour entre un intello de centre-ville et une ouvrière de périphérie. Brillant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Culturebox   05 septembre 2018
François Bégaudeau, 47 ans, a écrit un des romans les plus décapants de la rentrée. "En guerre" (Verticales) raconte la relation impossible entre une ouvrière et un jeune haut-fonctionnaire. Bégaudeau ne goûte pas les romans à l'eau de rose et laisse à d'autres les histoires de prince et de bergère qui finissent avec beaucoup d'enfants.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Liberation   03 septembre 2018
Dans les rouages de cette implacable réalité sociale, la fracture de classes prévaut sur la séquence terroriste qui défile en fond, de Charlie au premier tour de la présidentielle. Et il n’y a pas d’issue, pas même dans l’effervescente Nuit Debout à laquelle l’auteur s’est rendu souvent.
Lire la critique sur le site : Liberation
Lexpress   22 août 2018
Bégaudeau s'essaie au romanesque social et s'enferre dans un discours où la chair et l'émotion seraient bienvenues. Mais l'intello qu'il est ne doit sans doute pas condescendre à descendre si bas.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
sevm57sevm57   12 avril 2019
Plus avouable et plus crédible lui semble sa réticence catégorique à être payé à ne rien faire. On le bombarde agent de ci, agent de ça, les agents pullulent et agissent que dalle. Personne n'est dupe. Quand je suis planté les mains dans le dos, les gens me voient comme un encombrant qu'il a fallu caser quelque part, une vieille télé qu'on n'ose pas jeter. Je suis le gardien boiteux du parc des Mines que gamins on s'amusait à arroser de graviers. Il s'était pris un plomb dans le ménisque en Algérie. Je suis un ancien combattant.
Louisa s'inscrit en faux. Il fait. Il fait des contrôles de sécurité. Cristiano précise qu'il fait mais ne fabrique rien. Dans son métier il produisait. A l'usine les connecteurs étaient manufacturés, facturés avec les mains ça veut dire. Son père l'a assez souvent répété : le travail si c'est pas avec les mains c'est pas du travail.
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SociolitteSociolitte   19 août 2018
Elle ne racontera pas que les objectifs de productivité de chacun doivent croître en permanence. Ni qu’une panne à l’origine d’un retard doit être justifiée par la note du garagiste sous peine de retrait sur la paie. Ni que les managers nommés associates encouragent les employés à signaler des collaborateurs qui traîneraient les pieds, discuteraient entre eux, auraient un comportement suspect, ou voleraient, si tant est que les travailleurs aussi robotisés par le rythme qu’écœurés par les montagnes de marchandises aient jamais l’idée de voler. Ni qu’en scannant le pickeur se scanne, trace ses déplacements, assure sa propre surveillance. Ni qu’à Pâques les cadres ont organisé une chasse aux œufs, avec à la clé une cocotte en chocolat pour chacun. Ni que, pour une raison peu obscure, les recruteurs prisent particulièrement les anciens militaires.
Tout ça restera entre nous.

Pages 147-148, Verticales, 2018.
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SociolitteSociolitte   16 août 2018
L’entrepôt d’Amazon est si vaste, la pause médiane si courte, l’interdiction de se parler si respectée, la proportion d’intérimaires si grande, le turnover des effectifs si incessant que deux employés ne se voient jamais assez souvent ou assez longtemps pour simplement se reconnaître quand ils se croisent. Sur la base de quoi on doute que les animations du genre karaoké sur le parking remplissent l’objectif managérial de créer du lien, ou que les conversations pendant le café-croissant offert le vendredi en bout de nuit puissent ne pas piquer du nez. La viennoiserie industrielle à peine engloutie, chacun se traîne vers le parking en rêvant d’un lit.

Page 84, Verticales, 2018.
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SociolitteSociolitte   24 août 2018
Aussi expert en condition salariale qu’en gastronomie moldave, Alban doit se faire expliquer le principe de la préquantification du temps de travail. Asuman explique, Arka traduit. Avant chaque tournée, le chef d’équipe fixe le nombre d’heures qu’il faudra pour distribuer le paquet du jour. Ce nombre étant systématiquement minoré, le salarié opérerait-il en Porsche, Asuman a calculé, stylo en main et rage au ventre, qu’il accomplit une centaine d’heures impayées par mois. Soit 25% de l’ensemble de son temps effectif de tournée dans l’univers paradisiaque de la Seine-Saint-Denis. Tout en s’excusant de se plaindre, il trouve qu’il y a des limites. Il n’a rien contre la France, il remercie chaque jour les dieux de lui avoir fait une place dans un pays en paix, mais ce statut est, comment dire, il ne trouve pas le mot.
Injuste, propose Arka.
Oui mais plus.
Dégueulasse ?
Oui déguelasse très bien.

Pages 225-226, Verticales, 2018.
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SociolitteSociolitte   22 août 2018
La première faiblesse dans la main, Luciano Cunhal la ressent en novembre 2015. Et bien sûr il passe outre. Une douleur de plus ou de moins. En 50 ans de plomberie, il ne se souvient pas d’un jour où il n’ait pas eu mal quelque part. Après tout si le travail ne faisait pas de mal il ne serait pas rémunéré.
On ne s’arrête pas pour une main légèrement ramollie. On ne s’arrête jamais. On n’est pas un fonctionnaire, sauf le respect. On est artisan. Indépendant et fier de l’être. On y a tenu, on s’est battu. Et une fois à son compte, une interruption d’un jour grève les comptes. Jamais faiblir, jamais faillir. C’est le revers de l’indépendance, la part maudite de l’adrénaline commerçante : si chaque seconde travaillée est un gain, chaque seconde non travaillée est une perte.

Pages 160-161, Verticales, 2018.
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Vidéo de François Bégaudeau
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