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Colette-Marie Huet (Traducteur)Viviane Forrester (Préfacier, etc.)
ISBN : 223405835X
Éditeur : Stock (16/02/2006)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 14 notes)
Résumé :
"Instants de vie"est composé de cinq textes distincts, tous autobiographiques. Avec verve, avec fureur, avec humour, avec âpreté, Virginia Woolf écrit, à plusieurs époques de sa vie, la crudité, la sauvagerie d’une existence en apparence très civilisée. À vingt-cinq ans dans "Réminiscences" (1908), à cinquante-huit ans dans "Une esquisse du passé" (1939), elle raconte une même histoire, celle de son enfance, de sa jeunesse, et crie la même plainte. Virginia parle de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Colchik
  17 décembre 2017
Le récit autobiographique est un exercice périlleux. Pour qu'il captive le lecteur, il lui faut une bonne dose de franchise, la description juste de caractères et un arrière-plan intéressant.
Je commençai le premier texte « Réminiscences » en ayant le sentiment d'être engluée dans l'hagiographie de Vanessa, la soeur tant aimée de Virginia. Et puis vint « Une esquisse du passé » : aussitôt chaque élément s'anima sous mes yeux. Tout à coup, les frères et soeurs, les parents de Virginia se détachaient les uns des autres comme des personnages s'avançant sur une scène alors que le faisceau d'un projecteur les saisissait dans leur vérité, sans complaisance. Les lieux de la mémoire se sont alors peuplés d'une galerie de visages qui prenaient chair avec un relief douloureux.
Virginia Woolf nous livre un récit pétri de sensibilité tout en pratiquant la mise à distance – une distance qui passe par un humour désenchanté – et, sans ordre apparent, elle nous expose les images de son passé. le chemin n'est pas si long à parcourir, il ne s'agit pas de remonter un fleuve plein de méandres et au cours paresseux, bien au contraire, tout est là, prêt à être saisi, frémissant. Mais nous allons vers les profondeurs de son être et, sous la surface en apparence paisible, nous voyons les courants violents qui ont brassé son existence de jeune fille de bonne famille. Virginia parle de la manière dont affleurent dans sa mémoire certaines scènes du passé : "Mais quelle qu'en soit la raison, je m'aperçois que monter des scènes est ma manière naturelle de témoigner du passé. Il y a toujours une scène qui refait surface ; tout arrangée, significative. Cela me confirme dans mon idée instinctive (elle ne supporterait pas la discussion ; elle est irrationnelle), dans le sentiment que nous sommes des vaisseaux scellés, flottant dans ce qui est commode d'appeler la réalité ; et qu'à certains moments sans aucune raison, sans le moindre effort, la matière qui les scelle cède ; - car pourquoi ces scènes survivraient-elles intactes à tant d'années qui les minent, sinon parce qu'elles sont faites de quelque chose de durable. C'est une preuve de leur "réalité". Serait-ce cette disposition aux "scènes" qui est à l'origine de mon impulsion d'écrire ?" (Une esquisse du passé)
Elle nous fait partager ce constat glacé et effrayant : au tournant du siècle, l'histoire familiale, le poids des valeurs victoriennes faisaient vivre les soeurs Stephen avec cinquante ans de retard sur leur époque. L'autobiographie demande un arrière-plan historique ou culturel, Virginia Woolf nous le donne doublement. Nous découvrons la fin de l'ère victorienne et l'avènement de la période édouardienne. Nous voyons les grandes figures intellectuelles du dix-neuvième siècle s'effacer pour permettre la venue d'une nouvelle génération. Mais ce serait méconnaître la société anglaise que de croire à une rupture radicale entre les époques, tout est continuité et changement à la fois. Ainsi le dénote ce petit fait-divers familial : Virginia vient dîner avec une robe verte dont l'étoffe – faute de moyens – se prête davantage à l'ameublement qu'à l'habillement d'une jeune femme. Son frère George y voit une sorte de provocation, un manque de bienséance et une simple allusion de sa part suffit à décomposer la pauvre Virginia tandis que son frère Gerald l'encourage dans son élégance innovante. Qui l'emporte ? Quelle opinion s'impose ? Au premier abord, c'est celle de George, le parangon des vertus victoriennes, puisque Virginia ne portera plus jamais cette robe devant lui. Mais, en réalité, la remarque de George a semé une graine de révolte et la rebéllion ne quittera plus Virginia Woolf. À partir de là, tout est dit et tout est changé. On ne parle pas encore d'émancipation féminine – les codes victoriens sont résistants dans la bonne société londonienne – , et l'on soumet encore les femmes à des brimades inutiles telle que la séance des comptes chaque mercredi chez les Stephen qui tourne le plus souvent à l'humiliation de Vanessa devant un pater familias acariâtre. Les hommes dictent un emploi du temps pointilleux à leurs épouses et filles, ce qui réduit leur journée à une course d'obstacles. Mais les faits sont là : Virginia lit et étudie, Vanessa peint et leurs frères qui ont accès à Eton et Cambridge verront un jour l'admission en ces lieux permise à leurs femmes, épouses et compagnes qui auront alors une autre utilité que celle de faire-valoir à l'heure du thé.
Il y a une charge violente dans l'écriture de Virginia Woolf. Sans appel. Son origine remonte à l'adolescence de celle-ci quand, à la mort de sa mère, elle n'a plus eu de protection contre la violence masculine. le père, Leslie Stephen, maintient ses filles dans une forme d'asservissement qui sert son tempérament égoïste et exclusif. Il est capable de sentir les capacités intellectuelles de ses filles, mais il ne peut accepter de les libérer au risque de perdre son confort domestique. George, le frère aîné issu du premier mariage de Julia Stephen, dispose d'une rente confortable, d'appuis dans la bonne société, mais exploite ses soeurs par un mélange de chantage affectif et de pulsions sexuelles incontrôlées. Il a toutes les cartes en main : l'argent, le prétexte de servir les intérêts familiaux et la défense de la mémoire de sa mère. Il traîne ses soeurs dans les soirées aristocratiques avec une perversion qui n'a d'égale que son étroitesse d'esprit. Quant à Thoby, le frère chéri, ses confidences se mêlent de condescendance et se teintent d'un sentiment de supériorité qui maintient à distance Virginia.
À la mainmise masculine sur la destinée des femmes s'ajoute le poids de la structure sociale. Si les Stephen appartiennent à la bonne société, ils n'appartiennent pas à l'aristocratie, n'en déplaise à George. Les moyens financiers de la famille sont assez modestes pour que l'économie du foyer fasse l'objet de calculs répétés. Les sept domestiques sont logés dans des chambres misérables et Virginia se demande comment payer les robes de bal commandées à Mrs. Young avec cinquante livres de rente par an. Il lui faut tenir son rang sous peine de voir encore une fois la violence des hommes de la maison se déchaîner : pas assez bonne maîtresse de maison, pas assez jolie femme, pas assez spirituelle devant les invités... le mépris des mâles achève d'empoisonner une existence tenue dans la dépendance totale du sexe fort. Virginia Woolf en a subi le poids jusqu'à la nausée.
On ne peut lire ces textes sans oublier la fin tragique de l'écrivain. Et on ne peut découvrir ces Instants de vie sans faire un parallèle entre la violence exercée sur une personnalité fragilisée par des relations familiales d'amour et de haine et la violence définitive de son suicide.
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Swanney
  12 juin 2019
Très appréciable de découvrir l'envers de la vie de Woolf, racontée par elle même, et d'apercevoir comment les différents thèmes de ses romans sont liés à sa vie familiale et intime - marquée par les deuils et les abus sexuels.
Certainement une belle piste pour ceux qui s'interrogent sur cette grande femme du vingtième siècle. Mais aussi une façon de comprendre comment elle a pu analyser les rapports sociétaux entre hommes et femmes de son époque, les décrire et, à sa mesure, les remettre en question.
À noter, ce livre a été publié de manière posthume, Woolf n'avait pas encore trouvé la forme qu'elle souhaitait donner à un ouvrage autobiographique.
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critiques presse (1)
Lexpress   11 mai 2012
La réunion en deux volumes de presque toutes les oeuvres de fiction de Virginia Woolf permet de prendre la mesure de la réussite de l'entreprise.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
SarindarSarindar   19 avril 2015
J'aurais honte de vous révéler l'âge que j'avais quand je m'aperçus qu'il n'y a rien de scandaleux à ce qu'un homme ait une maîtresse, ni à ce qu'une femme en soit une. Peut-être la fidélité de nos parents n'était-elle pas la seule forme ni nécessairement la plus haute du mariage. [...] Ainsi bien des coutumes et convictions furent révisées.
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colimassoncolimasson   05 juin 2012
Chaque jour contient beaucoup plus de non-être que d’être […]. Une grande part de la journée n’est pas vécue consciemment. On marche, on mange, on voit des choses, on s’occupe de tout ce qu’il y a à faire : l’aspirateur en panne ; commander le dîner […]. Lorsque c’est une mauvaise journée, la proportion de cette ouate, de non-être, est beaucoup plus forte. […] Le véritable romancier parvient à rendre les deux sortes d’être.
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ColchikColchik   17 décembre 2017
Mais quelle qu'en soit la raison, je m'aperçois que monter des scènes est ma manière naturelle de témoigner du passé. Il y a toujours une scène qui refait surface ; tout arrangée, significative. Cela me confirme dans mon idée instinctive (elle ne supporterait pas la discussion ; elle est irrationnelle), dans le sentiment que nous sommes des vaisseaux scellés, flottant dans ce qui est commode d'appeler la réalité ; et qu'à certains moments sans aucune raison, sans le moindre effort, la matière qui les scelle cède ; - car pourquoi ces scènes survivraient-elles intactes à tant d'années qui les minent, sinon parce qu'elles sont faites de quelque chose de durable. C'est une preuve de leur "réalité". Serait-ce cette disposition aux "scènes" qui est à l'origine de mon impulsion d'écrire ?
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Vidéo de Virginia Woolf
[EMISSION] LES COUPS DE COEUR DES LIBRAIRES 21-06-19
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de c?ur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 21 juin 2019 :
Journal d'un écrivain de Virginia Woolf aux éditions 10-18 9782264030504
Le cahier de recettes de Jacky Durand aux éditions Stock https://www.lagriffenoire.com/146941-divers-litterature-le-cahier-de-recettes.html
Ne fais confiance à personne de Paul Cleave aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/116455-polar-livres-de-poche-ne-fais-confiance-a-personne.html
Un employé modèle de Paul Cleave aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/15128-romans-un-employe-modele.html
Chez les heureux du monde de Edith Wharton, Frédéric Vitoux aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1007314&id_rubrique=1
Je suis le carnet de Dora Maar de Brigitte Benkemoun aux éditions Stock https://www.lagriffenoire.com/1001840-divers-litterature-je-suis-le-carnet-de-dora-maar.html
Mildred Pierce James M. Cain (Auteur) Livre avec un DVD aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1007315&id_rubrique=1
Un bref désir d'éternité de Didier le Pêcheur aux éditions JC Lattès https://www.lagriffenoire.com/136546-divers-litterature-un-bref-desir-d-eternite.html
Bad Man de Dathan Auerbach et Nathalie Peronny aux éditions Belfond https://www.lagriffenoire.com/142091-nouveautes-polar-bad-man.html
Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill et Mathilde Bach aux éditions Folio https://www.lagriffenoire.com/122638-essai-les-fantomes-du-vieux-pays.html
La culture décontractée !!!!! ABONNEZ-VOUS A NOTRE CHAINE YOUTUBE ! http://www.youtube.com/user/griffenoiretv/featured (merci) La boutique officielle : http://www.lagriffenoire.com
#soutenezpartagezcommentezlgn Merci pour votre soutien et votre amitié qui nous sont inestimables. @Gérard Collard @Jean-Edgar Casel
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