AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2859409807
Éditeur : Phébus (26/03/2004)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Raymond Queneau (il n’était pas le seul) regardait Rue des maléfices comme le plus grand livre jamais écrit sur Paris. Un livre qui l’empêchait de dormir, car les histoires "vraies" que l’ami Yonnet, connaisseur des plus sombres venelles de la rive Gauche, raconte dans ces pages (photos de Doisneau à l’appui) ne sont pas de tout repos.
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
steka
  05 mars 2015
Il y a une littérature qui manque, celle de ceux et de celles qui se préoccupaient beaucoup trop de vivre pour avoir le temps de le raconter, de faire de la littérature.
Si bien qu'une part notable de l'expérience humaine, la plus importante peut-être, est absente du récit général, d'un savoir à acquérir certes « par procuration » mais qui est aussi incitation à vivre davantage et à ne pas rester spectateur de la vie des autres.
Il existe heureusement quelques exceptions qui font que certains individus, n'ayant à priori aucune vocation marquée pour l'écriture, se trouvent à l'occasion de quelques loisirs forcées, désireux de transmettre leur usage de la vie et des lieux à qui saura les entendre ; comme en passant dirait-on. Et puis retournent à l'essentiel, loin de toute idée de carrière.
Cet ouvrage fait partie de cette catégorie. Il fallut à son auteur une forte motivation pour se mettre à l'ouvrage. Comme une urgence.
Cette urgence, c'était le coeur du Paris ancien en voie de dissolution en ces années 50 du siècle dernier, où les traces de pas de François Villon et du Paris populaire commençaient à s'effacer définitivement du sol de la capitale alors même que ses derniers enfants perdus y noyaient leur jeunesse. Si bien que Jacques Yonnet considéra probablement comme un devoir de retransmettre au moins quelques bribes de ce savoir secret que son expérience lui avait acquise. Au contact d'une bien étrange population qui n'était telle que par son intimité même avec ces lieux où le temps agissait encore en profondeur, dans les bâtisses les plus vétustes frémissantes des secrets passés, dans ses ruelles aux pavés luisants d'humidité qui savaient si bien conserver la trace des siècles, dans ses bouges si favorables aux rencontres improbables et aux confidences murmurées dans l'ombre.
Rien de factice en cette « chronique » - Un livre pour initiés.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
Ys
  09 septembre 2015
De maléfices - l'ignoriez-vous ? - Paris tout entier est tissé. Dans les murs de chaque rue, dans les pierres des églises, dans le cours sinueux des rivières enfouies, dans les catacombes et dans les caves, sous les poutres de très vieux appartements, des histoires dorment, infusent les êtres et les choses de leur pouvoir.
Ces histoires, leurs sortilèges, Jacques Yonnet les a inlassablement poursuivis, au hasard des rues et des rencontres, dans les livres, les archives, les grimoires, auprès des historiens et des passants, des compagnons de bistrot, des gitans, des marlous, des ouï-dire... Avec tant de passion qu'elles sont venues à lui, petit à petit, ne révélant parfois qu'une forme confuse, soulevant plus de mystères qu'elles n'aident à en résoudre.
Petit à petit, péniblement - elles se laissent difficilement saisir, et plus encore écrire - il en a constitué ce livre, ce livre fascinant que Raymond Queneau tenait pour l'un des plus beaux jamais écrits sur Paris. D'autant plus beau, d'autant plus rare, qu'il ne se contente pas de légendes : à travers ses pages, c'est toute la vie d'un certain Paris qui se dessine, de l'Occupation aux années d'après-guerre. le Paris truculent des ignorés - artisans discrets, patrons et tenancières de bistrots, petits truands, prostituées, clochards, chiffoniers, ivrognes, artistes sans le sou, clandestins de la guerre, résistants, amoureux de la nuit, qui se croisent, se perdent, se retrouvent, et filent leurs propres histoires, banales ou étranges, sur l'infatiguable fuseau de l'histoire de Paris. Rive gauche, presque exclusivement.
Il me faudrait avoir lu plus de livres sur Paris pour me ranger en toute connaissance de cause à l'opinion de Queneau, mais ce livre-là est assurément magnifique. Un peu décousu au premier abord, mais peu à peu les fils se nouent, l'alchimie opère, irrésistible, portée par la fascination de l'auteur pour son sujet, par l'amour évident qu'il voue à ses personnages, et par une langue d'une superbe richesse, qui puise à pleines mains dans les ressources du parler populaire, de l'argot, de l'élégance et de la poésie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
maltese
  05 décembre 2007
Un Paris fantasmé ou bien réel ? Peu importe au final car c'est un Paris bien révolu plein de légendes et de mystères, un Paris poétique proche de celui des Surréalistes.
Commenter  J’apprécie          90
mdhennin
  15 mars 2018
Rue des Maléfices est un livre organique qui vit sa propre vie dans votre bibliothèque. Vous pouvez le relire quelques années plus tard et il aura légèrement changé. Comme les troquets de la Maube et de la Mouffe, vous y retrouverez des habitués, mais aussi des nouveaux venus. Et puis quand vous ne vous y attendrez pas surgira la magie, l'émerveillement, le fantastique, au détour d'un paragraphe magnifiquement écrit, puis disparaîtra comme le vieux d'après Minuit.
Au delà des histoires et des anecdotes dont il fourmille, ce livre a un magnétisme propre, il est une ville à lui tout seul, avec ses personnages et ses lieux. On s'y promène comme dans les quartiers de Paris. On va, on vient, on revient à certains endroits comme s'ils nous attiraient.
Il est essentiel à tous ceux qui aiment Paris.
PS : la rue des Maléfices existe toujours, elle s'appelle aujourd'hui la rue Xavier-Privas, dans le 5ème, et c'est une étrange ruelle piétonne. Allez-y !
Commenter  J’apprécie          31
jfponge
  08 mars 2015
Jacques Yonnet, dans une langue savoureuse, nous fait part de sa vision du Quartier Latin (entre la Place Maubert et la Montagne Sainte-Geneviève) au temps de l'Occupation et des années d'après-guerre. Une incroyable brochette de personnages mystérieux ("Danse-Toujours", "Le Gitan", "Le Vieux d'Après Minuit", et bien d'autres...) aux pouvoirs occultes entrent et sortent du champ au gré de l'imagination fertile de l'auteur. On finirait presque par y croire, tellement c'est bien écrit. Un véritable chef-d'oeuvre que n'aurait pas renié l'auteur de "Nadja"...
Commenter  J’apprécie          40
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
LaDameAuChapalLaDameAuChapal   15 novembre 2011
Amis,

Vous a t-on déjà raconté ces histoires fabuleuses nées derrières les portes closes des immeubles parisiens, dans le silence à peine troublé par le martèlement des bottes allemandes sur les pavés froids ? Vous a t-on déjà embrigadé l’esprit avec l’histoire de cet homme qui avait fait tatouer sur ses genoux le visage de la putain qu’il aimait et celui de ce frère de sang qui l’avait trahi et s’était enfui avec elle ? Et l’histoire du Vieux d’après minuit, ce sage qui apparait et disparait tel un fantôme ? Quand on se décide à lire Rue des Maléfices de Jacques Yonnet, (publié auparavant sous le titre Enchantements sur Paris) on doit savoir qu’on en décrochera pas. Que notre sommeil va être peuplé d’étranges images, un peu noires, un peu effrayantes, mais drôles aussi, et touchantes également. Exploration du ventre de Paris, des entrailles de la cloche et des bas-fonds de la Mouffe et de la Maubert, jubilation littéraire et poético-argotique, conte surréaliste, témoignage historique, photographie en noir et blanc d’un monde révolu à jamais, ce livre est une ode fantasque et magique aux gueules cassées des souterrains parisiens, des bouges mal-fâmés, des trimards et des ivrognes du petit jour. Ca sent la bière, la sueur, le crachin, le crachat, le vin rouge, les chiffonniers, les artisans de la galère, l’occupation allemande. Le narrateur, fin connaisseur de la géographie et de l’histoire parisiennes, nous entraine à sa suite pour nous faire vivre des tranches de vie et nous présenter ces étranges personnages qui hantent son quotidien. Dans son journal, on goûte au vin et aux histoires dans le brouillard épais des accordéons tristes. Résistant de la première heure, Jacques Yonnet jongle avec le bruit des bottes allemandes qui battent le pavé parisien. On y est : aux «Quatre-Fesses» avec Elizabeth, chez Pignol, avec Pierrot-la-Bricole, Dolly-Longue-à-Jouir, le docteur Garret et sa poupée vaudou, avec tous les manouches d’un roi Gitan.

Parisiens, vous empruntez tous les jours ces rues de la Rive Gauche, vous regardez ces immeubles qui ont pignon sur rue et vous ne vous êtes dans doute jamais demandé ce qui s’était déjà passé derrière ces ancestrales pierres. Innocentes façades ? Regardez bien… Ici et là un sourire malicieux, un oeil facétieux, des signes inquiétants… La mémoire de la pierre qui se refond dans chaque bâtiment. Car des immeubles détruits, disparus à jamais, il y en eût ! Et Jacques Yonnet décrit fort bien ces antres pitoyables qui s’effondrèrent morceau par morceau sur leurs occupants quand le temps de la disette fut venue.



Les plus fins esprits – même s’ils n’en avaient pas l’air, mais ils avaient l’art et la manière et c’était déjà une finesse n’est-ce pas – ont créé des mondes insoupçonnés pendant que Paris occupé attendait de brûler. Queneau (entre autres, mais Prévert également) disait de ce livre qu’il était le plus grand livre jamais écrit sur Paris. On a beaucoup tendance à utiliser les superlatifs quand sonne l’heure des compliments et n’ayant pas lu tout ce qui se faisait sur Paris, je ne peux que dire qu’il s’agit là d’un tour de force inhabituel, d’un génie littéraire et mystique qui déploie des trésors d’intelligence d’écriture et d’observation pour décrire un monde envoûtant et coloré malgré la noirceur qui le bâtit. En outre, si toutes les routes mènent à Rome, on peut être sur qu’elles partent toutes de Paris. Et nous font voyager en Afrique, à Londres, à Berlin et ailleurs dans d’inépuisables aventures, des chamboulements dantesques et de folles épopées. Tous ces personnages, Zoltan, Danse-Toujours, Le Vieux d’après minuit… tellement incroyables et pourtant vrais, étaient des figures trop rares pour que l’on n’en parle plus maintenant. A présent que les rues de Paris se réveillent sous un autre jour et que les bouges et les maisons closes ont laissé la place à d’autres histoires, on croise encore au détour d’une venelle ou au fond d’une ruelle, ces endroits qui ne payent pas de mine mais qui ont le charme d’un amour de vacances. On y crée ses routines pour quelques mois puis on passe à un autre. On y revient, on en repart, on les fait tous, on bat le pavé : la routine du trimard appartient à la lumière derrière le rideau de fer baissé. Qu’importe le flacon…

Mais quand on commence à s’attacher aux bas-fonds parisiens, il y a quelques insomnies à prévoir. Je viens de finir de lire Nuits de Montmartre suivi des Bas-fonds de Berlin de Joseph Kessel que je rapproche de Rue des Maléfices. Sans doute parce que Kessel est l’un des plus grands reporters de son temps – de tous temps – qu’il a côtoyé tous les milieux, des plus fastes au plus mal famés, et qu’il témoigne dans son livre de ses aventures avec ses dangereux amis voyous, truands, assassins et autres grands escrocs. De la même manière, il décrit en petites «historiettes» (mot paradoxalement d’apparence innocente) des incursions dans le monde souterrain des criminels et des catins en tous genres. On pense aussi à Robert Giraud et (entre autres) à son Vin des rues, à ses Lumières des zincs et bien d’autres… Je relie également les tatoués de Jacques Yonnet à l’article d’Olivier Bailly sur le film de Pomerand et Giraud : Tatouages. Grande histoire ces tatoués…

En fait, tout ce beau monde qui se croise dans les rues et les bistrots, on peut le retrouver au fil de ces livres et ces films, uniques témoignages d’un temps à jamais perdu et bien trop méconnu. Car, très chers parisiens, ne vous en déplaise, et sans nostalgie mal placée d’un temps que je n’ai pas connu, je trouve que Paris a abandonné ce petit bout d’âme, cette petite flamme à l’odeur un peu bizarre d’alcool frelaté, cette franche marade entre copains de cordée aux comptoirs bien lustrés et surtout, ces légendes incroyables et surréalistes des bas-fonds. Mais comme je n’ai pas encore exploré tout Paris, je ne demande qu’à être guidée…*

Pour plonger dans ce monde, je ne peux que conseiller le blog d’Olivier Bailly : Le copain de Doisneau au sujet de Bob Giraud et ses comparses. Lisez le blog et explorez les liens, il y a de quoi faire… D’abord ici où l’on croise dans une excellente interview feu Jean-Paul Clébert et son Paris insolite.

Rue des Maléfices de Jacques Yonnet aux Éditions Phébus – Libretto. Avec en prime, des photographies de Doisneau, éternel témoin en noir et blanc des chroniques secrètes parisiennes.

* ceci est un message subliminal
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          61
Charybde2Charybde2   20 janvier 2015
C’est épatant comme on se sent bien chez Pignol. Une connivence tacite, et de tous les instants, s’affirme entre les gens qui y fréquentent. La sélection s’est opérée d’elle-même : truands crevards, putains déshydratées, empafés d’indics de la basse flicaille, bourgeois un peu trop conformistes, sauf pour la livre de bidoche au noir et le calendo sans ticksons, se trouvent ici trop mal à l’aise. Ils n’ont qu’à mettre les adja. De même quiconque ne répond pas aux exigences pignolesques : en premier lieu, bouche cousue. La guerre ? histoire ancienne. Les Chleuhs ? connais point. La Russie ? changez à Réaumur. La police ? en fallait bien autrefois, pour régler la circulation… Chez Pignol, le silence constitue la principale, la plus difficile et la plus longue épreuve d’intronisation.
Après, il y a les impondérables. Ca marche par règle de trois : les têtes qui ne reviennent pas aux têtes qui me reviennent sont des têtes qui ne peuvent pas me revenir. Syllogismes bien sûr. Et du balai !…
Ô dussèche ! Vous effarouchez point du mien vocabulaire. Sommes pas mardi-gras. Employer d’autres mots serait trahir ces gens que j’aime trop. Et trahir vous aussi, dans la mesure où vous décréterez que j’ai « tout le temps », ou bien conviendrez de l’inverse. Pigez !…
… Alors la plus invraisemblable cohésion est née entre personnages fabriqués normalement pour se mépriser avec ferveur les uns les autres. Quelle faune, mes aïeux !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          42
gillgill   24 octobre 2012
C'est à la faveur des époques tourmentées que le véritable tempérament d'une cité - à plus forte raison du magma des quelque soixante villages qui constituent Paris - se manifeste.
Depuis treize années, j'ai consigné des notes de tous ordres, historiographiques surtout car tel est mon métier. J'en détache ce qui a trait à une suite d'événements dont je fus le témoin ou le très falot protagoniste. Une sorte de pudeur, de crainte indicible m'empêcha jusqu'à ce jour de venir à bout de cette œuvre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
Florence94Florence94   15 août 2012
Ce n'est pas pour rien qu'il existe tant de bistrots dans Paris, affirmait Danse-Toujours. Ce n'est pas tellement pour boire que tant de gens y sont tout le temps fourrés. C'est pour se rencontrer, se réunir, se rassembler - se rassurer. Oui, se rassurer : les gens s'emmerdent tout le temps, et ils ont la trouille, la trouille de la solitude et de l'ennui. Et puis ils portent tous dans leur au-dedans leur bonne petite trouille-maison : la peur de la mort, tous aussi je m'enfoutistes qu'ils aient l'air. Pour ne pas y penser ils feraient n'importe quoi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Florence94Florence94   15 août 2012
Il n'est pas de Paris, il ne sait pas sa ville, celui qui n'a pas fait l'expérience de ses fantômes. Se pétrir de grisaille, faire corps avec l'ombre indécise et fade des angles morts, s'intégrer à la foule moite qui jaillit ou qui suinte, aux mêmes heures, des métros, des gares, des cinémas ou des églises, être aussi bien le frère silencieux et distant du promeneur esseulé, du rêveur à la solitude ombrageuse, de l'illuminé, du mendiant, du pochard même...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Video de Jacques Yonnet (1) Voir plusAjouter une vidéo

Jacques Yonnet : Rue des maléfices
Attablé au café "Le Rostand" Olivier BARROT presente "Rue des Maléfices" de Jacques YONNETBanc Titre de photos et de la couverture du livre publié par Phébus, collection Libretto.
autres livres classés : Paris (France)Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox






Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1383 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre