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Arimasa Mori (Traducteur)Jacques Dars (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070304059
144 pages
Éditeur : Gallimard (09/10/2003)
3.6/5   176 notes
Résumé :
Un miséreux qui hésite entre le vol et la mort s'abrite de la pluie sous la Porte Rashô, une ruine transformée en charnier. Dans la pénombre du crépuscule, il découvre une vieille hirsute et fantomatique en train d'arracher les cheveux des cadavres...
Violents, étincelants, souvent terrifiants, ces brefs récits plongent le lecteur dans les ténèbres d'un Japon de légende, peuplé de sorcières, de brigands et de personnages aussi surprenants qu'inquiétants.
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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sur 176 notes
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Sachenka
  07 mai 2016
Dans « Rashomon et autres contes », on plonge dans une Japon assez inhabituel. Son auteur Ryûnosuke Akutagawa est né à la fin du XIXe siècle dans une famille aux valeurs très conservatrices. Or, à cette époque, le Japon s'occidentalise. Akutagawa, au collège, s'initie aux grands auteurs français tel Maupassant et Mérimée. Toute son oeuvre sera imprégnée de ces deux influences, un pied dans les traditions, l'autre dans la modernité.
Ce recueil comprend cinq nouvelles. D'abord, « Rashomon », dans laquelle un pauvre homme réduit à la mendicité est troublé par des questions éthiques. Qu'est-ce que le Bien et le Mal ? Malgré sa bonne conscience, il se voit contraint de voler une pauvre hère qui elle-même arrachait, volait les cheveux sur un cadavre de femme, afin d'en faire une perruque qu'elle pourrait vendre. C'est à ça qu'en sont rendus les laissés-pour-compte, toujours plus nombreux, à qui les promesses de la modernisation ne se sont pas concrétisées. Cette nouvelle porte à réfléchir et peut s'appliquer encore aujourd'hui, et à différents endroits.
Ensuite, « Figures infernales », dans laquelle un artiste officiel – et perfectionniste – de l'époque féodale du XIIIe siècle doit réaliser son chef d'oeuvre. Ce désir de perfection le pousse à la recherche de modèles précis et exacts. Quand son mécène lui demande de reproduire une peinture audacieuse, dans un décor infernal, quasi-mythologique : un char enflammé sur laquelle se trouve une dame perdue… Qui sera le modèle ? Violente et vicieuse, cette nouvelle pousse à l'extrême les épanchements artisitques de certains et les désirs manipulateurs des personnes en situation d'autorité. Mais on y retrouvait des longueurs, je ne l'ai pas particulièrement aimée. Tout comme la quatrième et dernière nouvelle, « Gruau d'igname », qui également ne m'a pas plu. Une autre nouvelle d'époque, mais l'intrigue était lente à se déployer. Mais on assiste encore une fois à des scène de cruauté et de violence (plus psychologiques, cette fois-ci).
« Dans le fourré », un lieutenant de la police criminelle interroge plusieurs individus témoins d'un crime, incluant le meurtrier. Bûcheron, moine, brigand, sorcière, tous y passent. Mais tous ont des impressions différentes, des versions différentes. Mais avec sa voix si unique. En fait, nous avons droit seulement aux comptes-rendus. Et le style ! Cette nouvelle me fait beaucoup penser aux intrigues policières de Rampo Edogawa. Pas de longues parenthèses, de descriptions inutiles, de pistes qui ne mènent nulle part. Non ! On va à l'essentiel. C'est direct et et original. Beaucoup d'auteurs occidentaux devraient s'en inspirer.
Au-delà du propos lui-même, c'est toute la violence qui se dégage de ces nouvelles. Et la sexualité. Et la violence sexuelle. C'était nouveau pour l'époque. Ça en a choqué plusieurs et, encore aujourd'hui, nos yeux un peu plus habitués à tout ça ne peuvent s'empêcher de cligner. C'est très différent de ces personnages aux sourires polis, dont on perçoit à peine les dépalcements dans un froissement d'étoffe, auxquels la littérature japonaise traditionnelle (et moins traditionnelle aussi) nous avait habitués. Akutagawa nous entraine dans ses ténèbres, à notre plus grand plaisir…
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dourvach
  12 mai 2021
羅生門 : "Rashômon et autres contes" de 芥川龍之介 : AKUTAGAWA Ryūnosuke, né en 1892 et disparu en 1927 à Tokyo.
Un recueil de quatre nouvelles traduites du japonais en 1965 par 森 有正 : MORI Arimasa (1911-1976) ; extrait repris par l'éditeur Gallimard en 2003 pour sa collection "Folio 2 €" d'un recueil éponyme plus conséquent de la collection "Connaissance de l'Orient" pour le compte de l'UNESCO et où figurait une longue préface du traducteur - en 1965, donc .
Allons-y...
(1°) "Rashômon" [1915] est situé en des temps médiévistes de famines, de guerres et d'épidémies est une plongée dans un enfer ordinaire de misère et de mort. "L'argument" ? Un pauvre hère se réfugie sous le portail ou la Porte Rashô et reste là "à attendre une accalmie de la pluie". Il a faim. Hésite entre se faire voleur, assassin ou mettre fin à ses jours sans espoir. C'est aussi la (superbe) introduction du magistral film éponyme de 黒澤 明 KUROSAWA Akira, oeuvre surgie en 1950 qui révéla pour l'Occident la maîtrise de la mise-en scène du génial artisan tokyoïte (1910-1998) et se vit décerner la statuette très orientaliste du Lion d'Or à la "Mostra" festivalière de Venise. Revenons au pauvre hère : il monte à la galerie (où l'on se débarrasse des cadavres en ces temps troublés) ; il tombe sur un bien méchant spectacle... Sans pitié, comme pour se venger de toutes ces horreurs, il rudoie sa victime pour lui voler sa loque et pouvoir la revendre. Nous sommes à la fois au Cabinet des Figures de Cire et aux antichambres de l'Enfer... Avec un petit côté "Nosferatu" (incarné par l'inoubliable Max Schreck, 1879-1936) mis-en-lumières par Friedrich Wilhelm MURNAU... "Morale" ? Il n'y en a pas... Quand c'est "l'enfer-sur-Terre", on se débrouille, n'est-ce pas ? On se souvient du calvaire de "The Road" (2009) de John HILLCOAT, adaptation proprement "infernale" du roman de Cormac McCARTHY (2006)... L'écriture est clinique et nous donne tout simplement à voir (comme dans les premiers films de Wim WENDERS), à éprouver... Et on ne juge pas. On comprend... Bref, du pur SIMENON (Georges) ou tout comme... Pieds nus dans la glèbe et le limon de cadavres.
(2°) "Gruau d'ignames" [1915] nous donne à éprouver de la compassion pour un autre être pitoyable : un gars qui n'a rien pour lui. Bout du nez rouge et ombre de moustache. Il vivait lui aussi dans "L'Ancien Temps" (entre l'ère de Gangyô et celle de Ninna, à l'époque de Heian dite du "Règne Impérial") ; ce personnage y exerçait les fonctions d'un officier de la cinquième catégorie ou plutôt "du cinquième rang". Un gars que tout le monde méprise. Vraiment tout le monde. Sa femme le trompe avec un moine alcoolique. On urine dans sa gourde de saké (à armature de bambous). Tout le monde, sauf un : qui cherche à comprendre ou deviner le secret de cet homme "sans qualités" (apparentes) et lui donnera satisfaction en une étonnante chasse au trésor hivernale, au long de descriptions de nature magnifiques de sensorialité proprement cinématographiques... Allons, ne dévoilons pas ou plutôt "Ne divulgâchons point !" [responsabilité de la source de ce néologisme : Gaston et Alfred Croisière, co-auteurs de la chronique "Cinéma" avec leur papa Thomas, in "Par JupiClasse", radio de Service Public "France-Inter", tous les mercredis de 17 h 50 à 17 h 55].
(3°) "Figures infernales" [1918] : tirée d'une chronique ou "anecdote" du 今昔物語集 "Konjaku monogatari shū" écrite vers la fin du XIème siècle, lors de la période 平安時代 Heian, il s'agit de la genèse secrète d'une Géhenne artistique — celle du "Paravent aux Figures Infernales" du peintre de maudit Yoshihidé à la physionomie simiesque. Il exerce ses talents à la Cour du Seigneur de Horikawa. Il y a un autre singe dans l'histoire. Et une fille sensible à la peau de Lune (ou d'ivoire) : la propre fille adorée du peintre cruel. Dois-je vous en dire plus ? Dix-huit chapitres évoluant lentement dans la dynamique d'une menace sourde au suspense magistral. Une équation à quatre composantes : la cruauté et le cynisme d'un "Seigneur" s'additionnant à l'inconscience et l'inhumanité d'un artiste et père auxquels se soustraient la fidélité d'un quadrumane persécuté et le destin atroce de la victime expiatoire de toute cette sombre bêtise machiste...
(4°) "Dans le fourré" [1921] : est la suite du futur scénario du "Rashômon" de KUROSAWA Akira, située dans la clairière de la forêt de Yamashina, entre pins et bambous. "Où est la Vérité, noms de Dieux ?"... ou même "Où est la Réalité ? Vite, sortez-moi de là !" , ainsi que l'exclamait, affolé, l'un des personnages de "gamers" à la scène finale du génial "eXistenZ" (1999) de David CRONENBERG... le poète جلال‌الدین محمد بلخی : Djalâl ad-Dîn RÛMÎ (1207-1273) nous rappelait bien que "La Vérité est un miroir tombé des mains de Dieu" ("Al-Lâh" : le "Lui"), chacun en ramasse un morceau et crie qu'il tient là toute la vérité... alors que cette Vérité (si elle existe) est telle une toile d'araignée couverte de rosée étendue entre tous les humains...
Ici, pas moins de six entrées-en-matière successives pour une seule mort à élucider : auprès du Lieutenant de la "Crim" de l'époque (qui n'apparaît pas à l'écran des pages blanches) se suivent la déposition initiatrice d'un bûcheron (incarné par le bon 志村 喬 : Takashi Shimura dans le film d'A. K.), puis celle d'un moine itinérant, celle d'un informateur-mouchard-"balance", celle d'une "vieille femme recueillant sa fille "rescapée d'une épreuve", puis les "AVEUX DE TAJÔMARU" (une fieffée crapule, vantard incarné avec brio par l'acteur 三船 敏郎 Toshirô Mifune pour le film d'A.K. dans un registre histrionique sautillant et criard toujours savoureux), la "CONFESSION D'UNE FEMME VENUE AU TEMPLE DE KIYOMIZU" (qui est la pauvre victime, encore secouée)... enfin, le "RECIT DE "L'OMBRE" PAR LA BOUCHE D'UNE SORCIERE".
Bref, avec Akutagawa, le lecteur finira par tirer les vers (ou les asticots) du nez de cette humanité, mortelle et si prévisible, s'attribuant toujours "le beau rôle" à seule fin de cautionner et faire oublier ses petites saloperies quotidiennes, bien ordinaires...
Sauf que le défunt (de là où il parle, là où il est) n'a plus rien à perdre. Il se vengera par la bouche de la sorcière (fabuleuse scène de transe dans le film de KUROSAWA, avec le personnage de Tajômaru, accroupi et ligoté en arrière-plan, assistant à l'impressionnante "Danse avec les morts"). Avec un "Who-dun-it ?", ce misérable détail de l'intrigue sherlockholmesque contenue dans le propos d'outre-crémation du principal lésé : de QUI le mort tient-il absolument à se venger en nous révélant "sa" vérité ?
Allons, "Ne divulgâchons point" à nouveau les ressources narratives des extraordinaires nouvelles du "clinicien"/conteur AKUTAGAWA Ryûnosuke [... et apprenons tous à prononcer son nom d'une traite...]. L'art littéraire façonné par cet homme (d'un perfectionnisme "maladif" selon le préfacier Jacques Dars) se révèle d'une essence proprement CINEMATOGRAPHIQUE.
Ce gars était un chantre et fieffé praticien de la souffrance humaine ; chapeau, l'artiste ! Mais pourquoi "diable" (de cyanure !) avoir choisi la Voie du Suicide en vos trente-et-cinq printemps ?
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sandrine57
  29 août 2018
-Après une succession de guerres, cyclones, incendies et séismes, Kyoto connaît une période de grande misère. Réfugié sous la porte Rashô, un homme regarde la pluie. Derrière la porte, un charnier. Doit-il abandonner tout honneur et piller les cadavres ? Comme le fait justement la vieille femme qu'il rencontre à l'étage, une pauvresse qui arrache les cheveux d'une défunte pour en faire une perruque.
-Le riche seigneur de Horikawa commande un paravent à l'un de ses peintres préférés. le Paravent des figures infernales va hanter le peintre Yoshihidé. Cet homme vil, avare, mesquin, détesté de tous, ne peut reproduire que des scènes qu'il a vues de ses yeux, alors quand il s'agit de représenter l'enfer...Sa passion créatrice va le conduire au pire, sous le regard impitoyable de son seigneur.
-Dans le fourré, un mort a été découvert. le policier chargé de l'enquête reçoit les témoignages, parfois contradictoires, de tous les protagonistes de l'affaire, et même celui de l'esprit de la victime.
-Parmi les gens qui servent le Régent Fujiwara Mototsune, un officier de cinquième rang est moqué de tous, de ses collègues jusqu'aux enfants des rues. Son gros nez rouge, ses vêtements décolorés par le temps et la misère, son caractère timide en font un objet de sarcasmes permanents. le pauvre hère vivote, solitaire, en caressant un unique rêve, celui de se rassasier un jour d'un bon gruau d'ignames, ce mets délicat, réservé aux fêtes, qu'il a déjà goûté sans pouvoir s'en repaître. Ayant eu vent de l'affaire, un seigneur l'entraîne dans un périlleux voyage hivernal jusqu'au coeur de l'abondance. Mais que cache cette générosité inespérée ?
Quatre contes très différents mais baignés par la même ambiance étrange et sombre. le mal, la violence, la cruauté y sont très présents, sous la forme d'esprits vengeurs, de tentations, de représentations de l'enfer ou de comportements manipulateurs. Nulle rédemption, nulle pitié, nulle douceur dans l'univers d'Akutagawa. L'écriture est précise, ciselée, foisonnante mais malheureusement, le format court des contes laisse un peu sur sa faim...C'est pourtant une bonne introduction à l'oeuvre de cet auteur majeur au Japon, qui s'inspirait aussi bien des grands classiques japonais et chinois que de la culture occidentale.
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Unhomosapiens
  09 décembre 2020
Je ne me souviens plus de l'Edition Galimard dans « Connaissance de l'Orient ». C'est par hasard que je suis tombé sur cette version abrégée de ces contes. Avec un grand plaisir je me suis laissé entraîné par Akutagawa sous la porte Rasho de Kyoto, un soir d'orage, au milieu de la guerre civile à l'époque Heian. Je me suis également rendu à la cour du seigneur de Horikawa en compagnie du peintre Yoshihidé et de sa pauvre fille. Mes pas m'ont ensuite guidé dans la forêt de Yamashina sur les traces du voleur Tajomaru et de ses victimes, puis enfin sur les pas du pauvre officier Goi devant son plat de gruau d'igname. Akutagawa nous relate avec brio les tristes aventures de tous ces personnages, jouets du destin qui s'acharne sur eux. Il sait aussi bien nous décrire la misère que les fastes d'un seigneur dans le Japon médiéval. Ce fût une grande redécouverte.
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mh17
  23 janvier 2021
Ce petit recueil rassemble quatre nouvelles écrites entre 1915 et 1922. Les trois premières renouvellent des contes issus d'un ouvrage du XIIIème siècle, le "Konjuku monogari".
1. Rashômon (1915)
Une nouvelle très courte, forte, sombre et dérangeante. Elle fait réfléchir sur la condition humaine.
Elle se déroule à Edo à l'époque Héian mais pourrait se passer à n'importe quelle époque dans n'importe quel lieu ravagé par des catastrophes. Un pauvre miséreux qui a été congédié par son patron se rend à la Porte Rashô, une ruine transformée en charnier. il se demande s'il doit voler les cadavres en putréfaction ou mourir de faim. Il rencontre une vieille femme qui va l'aider à résoudre cet horrible dilemme.
2. Figures infernales ( 1918)
Le conte le plus barré du recueil, décadent, déjanté avec des descriptions vraiment horribles. Ames sensibles s'abstenir ! Dommage qu'il y ait des longueurs au milieu du récit.
le narrateur est un serviteur du seigneur. Celui-ci demande à Yoshide son artiste officiel de peindre un paravent de figures infernales. Mais nous faisons d'abord connaissance avec ce peintre vil au visage simiesque que tout le monde méprise et admire en même temps. Puis avec sa très charmante enfant qui recueille un petit singe. le peintre l' aime profondément. L'artiste commence à peindre son paravent mais il lui faut des modèles pour ses figures infernales. Il enchaîne d'abord l'un de ses jeunes assistants...
3. Dans le fourré (1922)
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle policière très astucieuse qui multiplie les points de vue d'un même événement. Mais bon sang qui dit vrai ?
A la suite d'un meurtre, un lieutenant criminel entend différentes dépositions de témoins plus ou moins concernés et recueille les aveux d'un brigand. Nous lisons également la confession d'une femme impliquée et le récit de "l'ombre" de la victime par la bouche d'une sorcière.
L'histoire a servi de base à l'intrigue du film Rashômon de Kurosawa.
4.Gruau d'ignames (1915)
Une nouvelle qui m'a laissée comment dire ...perplexe..
Gao est un officier de bas étage. Il est affublé d'un nez rouge et il est persécuté par tout le monde. Une fois dans sa vie, il voudrait se rassasier d'un gruau d'ignames ( patates douces). le fils d'un ministre a entendu son souhait...
Je compte sur vous pour m'expliquer la suite !
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
MrVladdyMrVladdy   08 juin 2021
Il arrive parfois qu'un homme consacre sa vie entière à un désir qu'il ne pourra peut être jamais réaliser. Celui qui se moque d'une telle illusion ne connait rien à la vie. (Gruau d'ignames)
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dourvachdourvach   12 mai 2021
Yoshihidé ! Peut-être même de nos jours, ce nom rappelle-t-il quelque chose à certains. C'était un peintre bien connu avec lequel, disait-on, nul contemporain n'aurait pu rivaliser pour la maîtrise des couleurs et du dessin. Lors de l'événement que je vais raconter, il avait dépassé la cinquantaine. Il avait l'aspect d'un vieillard, petit, maigre, n'ayant que la peau sur les os, et l'air méchant. Quand il se rendait à la résidence du Seigneur, il était toujours habillé d'un vêtement de chasse orange foncé, et coiffé d'un eboshi souple. Sa personne donnait une impression de vulgarité extrême. On ne savait pourquoi, ce vieillard ne paraissait pas son âge. De plus, la couleur toute rouge de ses lèvres faisait soupçonner chez lui quelque chose de bestial, de répugnant. Certains en attribuaient la cause au pinceau qu'il ne cessait de sucer. Mais je ne sais quoi en penser. Des gens plus malveillants encore le surnommaient Saruhidé (Hidé-singe), disant que ses gestes rappelaient ceux des singes.

[AKUTAGAWA Ryûnosuke, "Figures infernales" (1918) in "Rashômon et autres contes", traduction du japonais par Mori Arimasa, 1965 - chapitre II, page 34 de l'édition en coll. "folio 2 euros", éd. Gallimard (Paris), 2003]
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MahaDeeMahaDee   01 mars 2017
Cela s’est passé un jour au crépuscule : un homme de basse condition était là, sous la Porte Rashô ; à attendre une accalmie de la pluie.
Il n’y avait personne d’autre que lui sous la vaste Porte. Seul, sur une colonne énorme, dont l’enduit rouge était tombé par endroits, un criquet s’était posé. La Porte Rashô se trouvant dans l’avenue Suzaku, on se fût attendu à y rencontrer, outre cet homme, deux ou trois personnes, des femmes en chapeau conique ou des hommes coiffés d’eboshi, cherchant abri contre la pluie. Et pourtant, il n’y avait personne d’autre que lui.
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le_Bisonle_Bison   12 décembre 2012
d’un ton brusquement amer, il dit :
- Dans le char, on a enchaîné une dame de cour qui a fauté. Ainsi, quand le feu sera mis, cette femme, chair brûlée, os calcinés, expirera dans de terribles supplices. Ce sera un modèle sans précédent pour parfaire ton paravent. Ne manque pas d’observer comme une peau blanche ainsi que la neige brûle et se crevasse. Regarde bien aussi les cheveux noirs se dresser en étincelles de feu !
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le_Bisonle_Bison   13 décembre 2012
Quand aux officiers, ses pairs, ils le bafouaient sans se gêner. Si les anciens prenaient son allure pitoyable comme sujet de plaisanteries éprouvées, ceux qui étaient plus jeunes en profitaient pour s’exercer à des improvisations sarcastiques. Ils n’arrêtaient en sa présence, de s’amuser, discutant de son nez, de sa moustache, de son chapeau et de sa cotte. Ce n’est pas tout. Sa femme aux lèvres lippues, qui l’avaient quitté cinq ou six ans auparavant, et un moine ivrogne qui passait pour avoir eu avec elle d’étroites relations alimentaient leurs conversations. Il arrivait même parfois que leurs plaisanteries devinssent extrêmement méchantes. Impossible de les énumérer toutes. Disons, entre autres, qu’ils burent le saké de son bidon de bambou et le remplirent d’urine. Ce seul fait permet d’imaginer le reste.
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Par le lauréat du prestigieux prix Akutagawa, un roman impressionnant dans la lignée de Battle Royale. Entre lyrisme et violence, une oeuvre glaçante et hypnotique sur la psyché adolescente, dans un Japon inattendu, loin des clichés.
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