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ISBN : 2072663008
Éditeur : Gallimard (09/12/2016)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 310 notes)
Résumé :
Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait pas ses yeux, ni les yeux de sa femme.
- Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou...
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  21 août 2012
Si Marcel Aymé avait tenu jusqu'au bout le ton et la cadence qu'il donne à son livre dans les premières pages, il aurait sans conteste signé le plus pêchu et le plus sarcastique roman de la littérature française, dans la catégorie des tout grands, comme Voyage Au Bout de la Nuit.
Mais, le léger fléchissement de la verve, me laisse un petit goût d'inachevé, un peu comme ces boxeurs qui gagnent aux points alors qu'on les sait capables d'un K.O.
Il demeure un roman bien agréable à lire, souvent drôle, franchouillard, à la gouaille campagnarde, où l'auteur ne se prend pas au sérieux et exprime les refoulements de la libido de ses personnages à travers le regard d'une jument (déjà c'est fort), mais en plus verte (encore plus fort), de laquelle jument il ne reste plus qu'un portrait (là c'est le pompon) exécuté par un jeune artiste libidineux lui-aussi.
Bien évidemment, cette " jument verte " est un clin d'oeil, ou un appel du pied, comme vous voudrez vers L'Âne D'Or d'Apulée.
L'orgueil, l'étiquette et les choix politiques sont passés au crible du désir sexuel par cette étonnante jument psychanalyste des moeurs sexuelles familiales. A priori, c'est surprenant, mais tout bien réfléchi, ce n'est peut-être pas si idiot.
À vous de lire car ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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filippo
  12 juin 2017
Lorsque parut le livre "La jument verte", on critiqua beaucoup l'écriture de Marcel Aymé et il obtint une réputation d'écrivain salace.
Chronique amoureuse et familiale, qui s'étend à la fin du second empire à la période du boulangisme, est entrecoupée des réflexions de la fameuse jument verte (élément fantastique qui met le réel en relief). La campagne et les moeurs rurales sont évoquées avec une gaillarde bonne humeur, simplicité et naturel. L'auteur mêle réalisme et poésie, et joint à une connaissance réelle du monde paysan, de ses querelles, de ses clans, de ses haines et de son existence rythmée par les saisons, des dons d'observateur lucide et une psychologie compréhensive des hommes mais sans illusions.
Les narrateurs se succèdent : la jument puis un narrateur externe. Les changements de focalisation sont prévenues par un "les propos de la jument", personnage intérieur à l'histoire qui nous apporte des faits qu'elle seule a pu voir! C'est dans ces passages que l'on trouve un bon nombre de passages érotiques sur la manière dont la famille Haudoin faisait l'amour.
Heureusement, le livre ne comporte pas tout le temps ce genre de réflexions qui ne sont nullement indispensables à la compréhension du livre. L'auteur aurait pu s'en passer. C'est dommage car cela enlève un peu le charme de cette famille et de leurs soucis.
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Woland
  20 décembre 2007
"La Jument Verte", qui consolida définitivement la réputation de Marcel Aymé lorsqu'elle sortit, en 1933, doit son titre à un tableau, fait d'après nature par le grand peintre Murdoire, de la jument à la robe verte née, au milieu du XIXème siècle, à la ferme Haudoin.
De génération en génération, le tableau a abouti chez Ferdinand Haudoin, le second fils de Jules Haudoin, lequel le lui a légué pour équilibrer la part d'héritage qu'il lui laissait. Vétérinaire et petit-bourgeois, Ferdinand n'est pourtant pas à plaindre. Econome de ses pulsions sexuelles comme de son argent, il est, et de loin, le plus riche des trois frères Haudoin. Il a même racheté à son frère, Honoré, la ferme que lui avait laissée leur père.
Comme il en a laissé la jouissance à Honoré et à sa famille, Ferdinand s'y rend régulièrement le dimanche, avec sa femme et ses trois enfants. Il faut dire que jamais il ne s'est désintéressé de son petit village natal de Claquebue où, en ce début de la IIIème République, les affrontements en cléricaux et anti-cléricaux battent leur plein.
En principe, Ferdinand est républicain et anti-clérical. Mais pour complaire au député Valtier, dont il espère des merveilles pour la réussite de son aîné, Frédéric, il se met en tête de convaincre Honoré - authentique et farouche anti-clérical, celui-là - de favoriser l'élection à la mairie de Claquebue de leur veil ennemi familial : Zèphe Maloret, anti-républicain et clérical notoire.
Hors de lui, Honoré se décide alors à expliquer à son cadet les raisons qui l'ont poussé à exacerber plus encore les antiques rancoeurs familiales - des raisons qui ne touchent pas moins qu'à l'honneur de leur propre mère, contrainte de céder à un soldat prussien du fait d'une dénonciation faite, au temps de la guerre de 1870, par Zèphe Maloret en personne.
Ferdinand rentre chez lui, rongeant son frein et, après un vague débat intérieur, éprouve le besoin d'écrire à son aîné pour tenter une fois de plus, de le convaincre. Pour mieux appuyer sa thèse, ne voilà-t-il pas qu'il a l'idée d'évoquer dans sa lettre la tragique infortune de Mme Haudoin Mère ...
... et ne voilà-t-il pas que, suite à une distraction passagère du brave facteur Déodat, la lettre du vétérinaire disparaît mystérieusement ...
Qui a bien pu s'en emparer ? Et dans quel but ? ...
L'un des meilleurs textes de Marcel Aymé, fin, matois et supérieurement construit, à peine saupoudré çà et là d'une verve typiquement gauloise qui, à l'époque de la parution, dut en émoustiller plus d'un. Un roman chaleureux et bon enfant, où défilent des personnages truculents en diable et où s'affirme, une fois de plus, la confiance inébranlable - quoique parfois cynique - de l'écrivain en la nature humaine. ;o)
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frandj
  21 novembre 2017
Souvenir de ce roman égrillard, qui n'a pas peu compté dans la notoriété de Marcel Aymé. Il s'agit d'une description réaliste de la société rurale française au cours de la seconde moitié du XIXème siècle. le récit est réaliste, souvent allègre, parfois salace. Les querelles de clocher et les pulsions libidineuses des paysans sont évoquées sans fard et sans jugement. La jument verte du titre est un élément original, qui ajoute du piment et relève du fantastique. Pour moi, c'est un livre très particulier qui ne vieillira pas: à lire ou relire. (En 1959, un film en a été tiré par Autant-Lara: je m'en souviens encore).

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marjojo95
  10 mars 2016
Lu (ou entamé tout au moins) quand j'étais enfant, ce livre me perturbait par son caractère franchement osé. J'avais du mal à concevoir que c'était le même auteur que celui des Contes du chat perché que j'aimais tant.
Par contre, plus jeune, j'étais insensible aux charmes véritables de ce livre, que j'ai relu avec un plaisir imprévu. J'ai d'abord beaucoup aimé la langue, le style enlevé. Aymé mélange avec bonheur les envolées lyriques, presque mystiques sur l'amour et la sexualité des familles, le rapport à la terre – et les tournures très parlées, simples, délicieuses en même temps par leur caractère désuet. J'ai aimé aussi l'inscription dans un contexte politique et social, la bataille des cléricaux et des républicains au tournant du 20e siècle, les familles rurales de l'époque, la place des enfants, de l'amour, des sentiments... Pour autant, ce livre ne semble pas avoir l'ambition d'être un grand marqueur de son temps. Ce n'est pas non plus un simple livre un peu érotique sur des troussages de jupon dans les campagnes. L'histoire n'a d'ailleurs pas grande importance. C'est une sorte de réflexion un peu mystique sur les liens entre la sexualité, le désir, la famille, la terre… Servie par un mélange heureux d'humour et de surnaturel. Truculent, je dirais d'un mot.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   30 mars 2013
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2013
D'abord il lui fallut renoncer aux canapés et à tout autre accessoire surgissant dans un tête-à-tête gracieux. Le vétérinaire n'entendait pas ces façons-là. Il fallait faire l'amour au lit, et à l'heure où il était raisonnable d'être au lit. Avant de se coucher, Ferdinand urinait dans un pot. C'était la seule circonstance où il se sentît parfaitement à l'aise de porter la main à son sexe en présence de sa femme. Il se sentait encouragé, installé dans cette attitude, par tous les Haudouin qui en avaient usé ainsi. C'était une opération honnête, sans mystère, et ce bruit d'eau vive auquel il était habitué depuis l'enfance lui était une chanson de quiétude bourgeoise. Hélène mit du temps à s'y accoutumer.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2013
Un grand rire parcourut la foule, puis on vit un vieillard battre l'air de ses bras et tomber raide mort dans sa cent huitième année. Alors, le rire de la foule devint énorme, chacun se tenait le ventre à deux mains pour rigoler tout son soûl. Les centenaires s'étaient mis à tomber comme des mouches, et on les aidait un peu, à bons grands coups de pieds dans l'estomac.
— Encore un ! — C'est le vieux Rousselier ! — À un autre !
En moins d'une demi-heure, il trépassa sept centenaires, trois nonagénaires, un octogénaire. Et il y en avait qui ne se sentaient pas bien.
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gillgill   21 février 2012
Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait ni ses yeux ni les yeux de sa femme.
- Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre....
(premières lignes du premier chapitre)
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marina53marina53   22 mai 2012
Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
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Vidéo de Marcel Aymé
Emission "Une vie, une oeuvre" du 4 juillet 1991 consacrée à Marcel AYME. Une émission proposée par Pascale CHARPENTIER qui retrace à travers une série d'interviews, d'archives et de lectures, la vie et l'oeuvre de Marcel AYMÉ. Ecrivain de gauche puis de droite, il fut décrié et traité de collabo par l'inteligentsia de l'époque. Coupable ? Collabo ? Il n'en reste pas moins un auteur à l'humour féroce. Avec les romanciers, Jacques LAURENT et Alphonse BOUDARD, le metteur en scène Georges WILSON, l'écrivain et petit-fis de Louis Ferdinand Céline Jean-Marie TURPIN, le professeur d'histoire Pascal ORY et Michel LECUREUR, professeur et biographe. Avec les voix de Marcel AYME, Gen PAUL , Antoine BLONDIN et ARLETTY.
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