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EAN : 9782070368174
256 pages
Éditeur : Gallimard (07/04/1972)
3.53/5   449 notes
Résumé :
Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait pas ses yeux, ni les yeux de sa femme.
- Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou...
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
3,53

sur 449 notes

Nastasia-B
  21 août 2012
Si Marcel Aymé avait tenu jusqu'au bout le ton et la cadence qu'il donne à son livre dans les premières pages, il aurait sans conteste signé le plus pêchu et le plus sarcastique roman de la littérature française, dans la catégorie des tout grands, comme Voyage Au Bout de la Nuit.
Mais, le léger fléchissement de la verve, me laisse un petit goût d'inachevé, un peu comme ces boxeurs qui gagnent aux points alors qu'on les sait capables d'un K.O.
Il demeure un roman bien agréable à lire, souvent drôle, franchouillard, à la gouaille campagnarde, où l'auteur ne se prend pas au sérieux et exprime les refoulements de la libido de ses personnages à travers le regard d'une jument (déjà c'est fort), mais en plus verte (encore plus fort), de laquelle jument il ne reste plus qu'un portrait (là c'est le pompon) exécuté par un jeune artiste libidineux lui-aussi.
Bien évidemment, cette " jument verte " est un clin d'oeil, ou un appel du pied, comme vous voudrez vers L'Âne D'Or d'Apulée.
L'orgueil, l'étiquette et les choix politiques sont passés au crible du désir sexuel par cette étonnante jument psychanalyste des moeurs sexuelles familiales. A priori, c'est surprenant, mais tout bien réfléchi, ce n'est peut-être pas si idiot.
À vous de lire car ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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filippo
  12 juin 2017
Lorsque parut le livre "La jument verte", on critiqua beaucoup l'écriture de Marcel Aymé et il obtint une réputation d'écrivain salace.
Chronique amoureuse et familiale, qui s'étend à la fin du second empire à la période du boulangisme, est entrecoupée des réflexions de la fameuse jument verte (élément fantastique qui met le réel en relief). La campagne et les moeurs rurales sont évoquées avec une gaillarde bonne humeur, simplicité et naturel. L'auteur mêle réalisme et poésie, et joint à une connaissance réelle du monde paysan, de ses querelles, de ses clans, de ses haines et de son existence rythmée par les saisons, des dons d'observateur lucide et une psychologie compréhensive des hommes mais sans illusions.
Les narrateurs se succèdent : la jument puis un narrateur externe. Les changements de focalisation sont prévenues par un "les propos de la jument", personnage intérieur à l'histoire qui nous apporte des faits qu'elle seule a pu voir! C'est dans ces passages que l'on trouve un bon nombre de passages érotiques sur la manière dont la famille Haudoin faisait l'amour.
Heureusement, le livre ne comporte pas tout le temps ce genre de réflexions qui ne sont nullement indispensables à la compréhension du livre. L'auteur aurait pu s'en passer. C'est dommage car cela enlève un peu le charme de cette famille et de leurs soucis.
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Woland
  20 décembre 2007
"La Jument Verte", qui consolida définitivement la réputation de Marcel Aymé lorsqu'elle sortit, en 1933, doit son titre à un tableau, fait d'après nature par le grand peintre Murdoire, de la jument à la robe verte née, au milieu du XIXème siècle, à la ferme Haudoin.
De génération en génération, le tableau a abouti chez Ferdinand Haudoin, le second fils de Jules Haudoin, lequel le lui a légué pour équilibrer la part d'héritage qu'il lui laissait. Vétérinaire et petit-bourgeois, Ferdinand n'est pourtant pas à plaindre. Econome de ses pulsions sexuelles comme de son argent, il est, et de loin, le plus riche des trois frères Haudoin. Il a même racheté à son frère, Honoré, la ferme que lui avait laissée leur père.
Comme il en a laissé la jouissance à Honoré et à sa famille, Ferdinand s'y rend régulièrement le dimanche, avec sa femme et ses trois enfants. Il faut dire que jamais il ne s'est désintéressé de son petit village natal de Claquebue où, en ce début de la IIIème République, les affrontements en cléricaux et anti-cléricaux battent leur plein.
En principe, Ferdinand est républicain et anti-clérical. Mais pour complaire au député Valtier, dont il espère des merveilles pour la réussite de son aîné, Frédéric, il se met en tête de convaincre Honoré - authentique et farouche anti-clérical, celui-là - de favoriser l'élection à la mairie de Claquebue de leur veil ennemi familial : Zèphe Maloret, anti-républicain et clérical notoire.
Hors de lui, Honoré se décide alors à expliquer à son cadet les raisons qui l'ont poussé à exacerber plus encore les antiques rancoeurs familiales - des raisons qui ne touchent pas moins qu'à l'honneur de leur propre mère, contrainte de céder à un soldat prussien du fait d'une dénonciation faite, au temps de la guerre de 1870, par Zèphe Maloret en personne.
Ferdinand rentre chez lui, rongeant son frein et, après un vague débat intérieur, éprouve le besoin d'écrire à son aîné pour tenter une fois de plus, de le convaincre. Pour mieux appuyer sa thèse, ne voilà-t-il pas qu'il a l'idée d'évoquer dans sa lettre la tragique infortune de Mme Haudoin Mère ...
... et ne voilà-t-il pas que, suite à une distraction passagère du brave facteur Déodat, la lettre du vétérinaire disparaît mystérieusement ...
Qui a bien pu s'en emparer ? Et dans quel but ? ...
L'un des meilleurs textes de Marcel Aymé, fin, matois et supérieurement construit, à peine saupoudré çà et là d'une verve typiquement gauloise qui, à l'époque de la parution, dut en émoustiller plus d'un. Un roman chaleureux et bon enfant, où défilent des personnages truculents en diable et où s'affirme, une fois de plus, la confiance inébranlable - quoique parfois cynique - de l'écrivain en la nature humaine. ;o)
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Christian_Attard
  12 novembre 2019
Ce récit narré en partie à travers le regard et les pensées d'une jument verte figurant sur un tableau de famille est totalement original dans le paysage littéraire français.

Il faut dire que les yeux et la bouche de cette jument peinte ont été baptisés du sperme de l'artiste appliqué au bout de son pinceau. Baptême blasphématoire qui conduira cet animal fictif à scruter les moeurs amoureuses de ses propriétaires successifs. Observatrice immobile, elle ne peut être mieux placée pour nous rapporter toutes les turpitudes, roueries et perversions d'un monde rural qui n'a rien à envier en matières d'abjections à celui de la ville.
Cette jument verte, c'est bien sûr l'écrivain, Marcel Aymé, lui même, scrutateur et commentateur de la vie de ses contemporains, sujet d'un décalage nécessaire, d'une sortie paradoxale du cadre de nos vies pour mieux en discerner les contours invisibles au commun.
Bien évidemment suivront les « chevaux de bataille » de l'auteur du « Passe-muraille » : anti-cléricalisme, combat contre l'hypocrisie sociale et sexuelle, critique acide contre la petite bourgeoisie et les regroupements sociaux en général mais aussi édénisme d'un monde voué à disparaitre. Tout cela s'éternise un peu, frise parfois avec la caricature dont Marcel Aymé était si friand jeune. le film qu'Autant-Lara adapta du roman en le condensant à l'essentiel a su en tirer toute la substance iconoclaste et reste une belle et décapante réussite.
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Joualvert
  08 février 2021
Cela débute en force avec un premier chapitre énergique empreint d'une féroce ironie. Puis cette genèse inusitée de la seconde vie métaphysique de la jument verte sous forme de tableau, qui se lance dans une analyse exhaustive de la vie sexuelle des protagonistes. Il y a de quoi abasourdir le lecteur non-averti ! Il y a ensuite une baisse de régime alors que l'on poursuit la découverte de cette communauté et de ses rivalités dans une peinture réaliste (et j'espère très exagérée côté grivoiseries) de la vie rurale de cette deuxième moitié du XIXe siècle. J'ai suivi les trames de l'histoire avec intérêt, tout ce qui entoure cette fameuse lettre perdue par exemple, et j'ai apprécié la petite touche de réalisme magique. Ce roman ne m'a définitivement pas laissé indifférent.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   30 mars 2013
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2013
D'abord il lui fallut renoncer aux canapés et à tout autre accessoire surgissant dans un tête-à-tête gracieux. Le vétérinaire n'entendait pas ces façons-là. Il fallait faire l'amour au lit, et à l'heure où il était raisonnable d'être au lit. Avant de se coucher, Ferdinand urinait dans un pot. C'était la seule circonstance où il se sentît parfaitement à l'aise de porter la main à son sexe en présence de sa femme. Il se sentait encouragé, installé dans cette attitude, par tous les Haudouin qui en avaient usé ainsi. C'était une opération honnête, sans mystère, et ce bruit d'eau vive auquel il était habitué depuis l'enfance lui était une chanson de quiétude bourgeoise. Hélène mit du temps à s'y accoutumer.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2013
Un grand rire parcourut la foule, puis on vit un vieillard battre l'air de ses bras et tomber raide mort dans sa cent huitième année. Alors, le rire de la foule devint énorme, chacun se tenait le ventre à deux mains pour rigoler tout son soûl. Les centenaires s'étaient mis à tomber comme des mouches, et on les aidait un peu, à bons grands coups de pieds dans l'estomac.
— Encore un ! — C'est le vieux Rousselier ! — À un autre !
En moins d'une demi-heure, il trépassa sept centenaires, trois nonagénaires, un octogénaire. Et il y en avait qui ne se sentaient pas bien.
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gillgill   21 février 2012
Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait ni ses yeux ni les yeux de sa femme.
- Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre....
(premières lignes du premier chapitre)
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marina53marina53   22 mai 2012
Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
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Vidéo de Marcel Aymé
Marcel Aymé : “Le passe-muraille”, suivi de “La carte” (1957 / France Culture). Photographie : La statue du “Passe-muraille” de Jean Marais, d'après l’œuvre de Marcel Aymé à Paris, Montmartre • Crédits : Jean-Didier Risler / Only France - AFP. Lecture du soir par le comédien Philippe Dumas : “Le passe-muraille” et “La carte” de Marcel Aymé, une émission diffusée pour la première fois sur France Culture le 19 août 1957. Dans le journal « La vie doloise » du 27 octobre 1967, Charles Laurent, un ami d'enfance de Marcel Aymé, racontait : « J'ai eu l'immense privilège de lire “Le passe-muraille” en cellule, à la prison de la Butte ! Peu de lecteurs de Marcel Aymé ont eu, si j'ose dire, cette chance. Ceux qui l'ont lu le soir, en pantoufles, chez eux, au coin du feu, se sentent moins concernés par les aventures de Dutilleul que le taulard qui en est à son quatre-vingt dixième jour à l'ombre. » Le recueil de nouvelles auquel “Le passe-muraille” donna son titre fut publié en 1943. Tous les récits qui le composent, à l'exception d'un seul, ont été rédigés pendant la guerre, et portent, d'une façon plus ou moins discrète, sa marque. “La carte”, la troisième nouvelle du recueil, est écrite à la façon du journal d'un certain Jules Flegmon, qui nous raconte comment, après qu'il a entendu parler d'une prochaine mise à mort des consommateurs improductifs, est bientôt rassuré par un ami conseiller à la préfecture de la Seine : « Naturellement, lui dit ce dernier, il n'est pas question de mettre à mort les inutiles, on rognera simplement sur leur temps de vie. » Lorsque l’on songe que cette nouvelle a été publiée pour la première fois en avril 1942, on mesure à quel point l’humour et la fantaisie côtoient souvent, chez Marcel Aymé, une noirceur profonde. Pour une « lecture du soir », Philippe Dumas lisait “Le passe-muraille” et “La carte” et en rendait brillamment l'humour, la mélancolie et la noirceur dans une émission diffusée pour la première fois le 19 août 1957 sur les ondes de France Culture.
Source : France Culture
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