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EAN : 9782246706618
402 pages
Grasset (13/09/2006)
4/5   132 notes
Résumé :
Camille, le sculpteur, Paul l’écrivain : pour la première fois, une biographie réunit les destins passionnés des Claudel, frère et sœur. Nés dans une province paysanne et rude, aux marches de la Champagne ; grandis près de l’église et du cimetière de leur village ; ils ont eu la même enfance, tourmentée et sauvage. Leurs vocations s’éveillent ensemble. Elle les rapproche et les unit. Paul aime les mots ; Camille, la terre. Ils veulent fuir la réalité morne du quotid... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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patatipatata
  01 avril 2013
Il n'y a pas que les thrillers qui sont des «Turning-Page».
Le livre de Dominique Bona, qui retrace les destins passionnés du sculpteur Camille Claudel et de son frère, l'écrivain Paul Claudel, se lit tout aussi passionnément.
Ecriture vivante et sensible, chapitres courts, recherches et documentation énormes, citations nombreuses : une multitude de renseignements qui donnent à voir en parallèle deux vies, deux trajectoires, deux oeuvres.
Si les sculptures de Camille parlent aisément à ma sensibilité, en revanche les oeuvres de Paul Claudel m'ont toujours paru prétentieuses, on y déclame beaucoup. En résumé soit je n'y comprends rien, soit ça ne m'intéresse pas. J'ai toujours pensé que le succès du «Soulier de satin» était dû à l'opiniâtreté et au grand talent de Jean-Louis Barrault pour l'avoir rendu visible et compréhensible. Mais, l'éclairage de Dominique Bona révélant la part autobiographique, particulièrement dans le «Partage de midi», me permet maintenant de mieux comprendre l'oeuvre sans pour autant changer d'avis et l'apprécier ; je ne ressens toujours rien à sa lecture, sauf peut-être un petit picotement dans l'oeil dû à la poussière. Quant à l'homme, je ne l'estime pas plus. Privilégiant sa carrière diplomatique, il abandonnera sa soeur dans un asile psychiatrique pendant trente ans ; trente ans de solitude dans le dénuement le plus total ; de cet écrivain-ambassadeur, pétri de religion chrétienne, on aurait pu attendre un geste de compassion pour celle qu'il aimait plus que tout... avant que Rodin ne survienne et bouleverse l'équilibre des choses.
Certes, Camille n'était pas facile; certes, Camille était paranoïaque; certes, Camille était alcoolique ; certes, Camille avait des emportements terribles, mais contrairement à ce que pensait son frère : « ...tous ces dons superbes n'ont servi à rien : après une vie extrêmement douloureuse, elle a abouti à un échec complet.»... «Moi, j'ai abouti à un résultat. Elle, elle n'a abouti à rien.» ... «L'échec a flétri son existence.» ; l'histoire en a décidé autrement ; quand on prononce aujourd'hui le nom de Claudel, c'est d'abord à Camille que l'on pense.
Livre reçu dans le cadre de l'opération masse critique. Je remercie vivement Babelio et le Livre de Poche pour cette lecture qui m'incite à découvrir les autres oeuvres de Dominique Bona.
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mfrance
  22 juin 2021
Riche et passionnante étude des destins croisés de Paul et Camille, les deux génies de la famille Claudel, les autres membres, parents et soeur, vivant tous dans la plus parfaite conformité bourgeoise, le père ayant eu pourtant l'intelligence d'aider ses deux enfants dans leurs choix artistiques. Pour tous les deux, le talent et la passion, pour elle la sculpture et pour lui la poésie.
Paul et Camille sont de tempérament identique, tous deux entiers, passionnés, elle violente et moqueuse, mais pleine d'humour, lui rêveur et passionnément attiré par le lointain, la mer.
La vie se famille se passe dans une ambiance détestable, où tout le monde se chamaille, y compris Camille et Paul, malgré leur entente et leur profonde affection.
Mais leur chemin de vie débute de la même façon. "Ils ont été l'un et l'autre foudroyés, Paul par la Foi et par la Poésie, Camille par l'Art et par l'Amour" écrit Dominique Bona.
Avant l'installation de Camille au "Dépôt des marbres" l'atelier de Rodin le frère et la soeur partagent énormément de choses. Dès que la jeune femme fréquente Rodin, ce bel équilibre entre eux est rompu. Paul, relégué au second plan, devient jaloux de Rodin et Camille n'est plus rien d'autre que la traîtresse ! Tous les drames claudéliens, avec leur sens du verbe et de la démesure, seront des histoires de trahison.
Paul Claudel éprouve une véritable haine envers Rodin alors que leurs nombreux goûts communs auraient dû sceller leur entente. Il n'hésite pas à assassiner Rodin dans ses écrits, traitant son oeuvre de "carnaval de croupions" et décrivant l'homme tel un sanglier, affublé d'un groin !
Il s'éloignera de plus en plus de sa soeur, d'autant que sa carrière de diplomate qui va l'entraîner à travers le monde, ne favorisera pas leurs retrouvailles !
On peut rester estomaqués par la brutale conversion de Paul Claudel, qui se disait agnostique, simplement en écoutant à 18 ans le Magnificat le soir de Noël 1886 à Notre-Dame de Paris, cette conversion aboutissant à une répugnante bigoterie, d'où toute notion de charité véritable est bannie, ce qui explique la condamnation de la conduite de sa soeur Camille, qui a commis, aux yeux de son frère, l'abomination d'entretenir une liaison adultérine avec Auguste Rodin !
La vierge « image idéale et sublimée » de la femme renvoie Camille à sa condition de pécheresse et pour ce catholique rigoriste la situation d'adultère de Camille n'est pas conforme aux exigences chrétiennes.
Certes, lui est resté pur jusqu'à l'âge de trente ans !!! ... mais il a tout de même jeté sa gourme en entretenant durant cinq ans une liaison torride avec une femme mariée, le seul véritable amour de sa vie avec celui qu'il portait à sa soeur. (Cette aventure formera la trame de sa pièce "Partage de midi".)
Il se trouve donc remarquablement placé pour juger de la conduite de cette dernière !
Dominique Bona s'attarde longuement sur la vie créative de Camille, l'éclosion et l'épanouissement de son talent ardent et sensuel avec la Valse, Sakountala, les Causeuses ...
sur sa collaboration avec Rodin dans l'atelier de celui-ci où elle participe, entre autres, à l'élaboration de cette oeuvre monumentale qu'est les bourgeois de Calais, ou encore la porte de l'enfer,
et sur sa liaison passionnée de dix ans, à laquelle elle mettra un terme, ne pouvant obtenir de lui ce qu'elle désire. En effet, celui-ci, bien que très amoureux de Camille, n'entend pas renoncer à son existence de Don Juan volage, en outre nanti d'une maîtresse depuis vingt ans.
C'est elle donc qui mettra fin dans la douleur à cette liaison dont elle ne supporte plus la souffrance, mais cet acte de mutilation va ruiner son existence, elle ira jusqu'à détruire une partie de ses oeuvres, altérer sa santé .... et développer en elle la paranoïa qui justifiera, aux yeux de sa famille, son incarcération, décidée par sa mère, dès le décès du père !
Certes, Camille était atteinte de maladie mentale, mais au bout de cinq ans les médecins jugèrent qu'elle pourrait parfaitement vivre en famille, ce que sa mère a énergiquement refusé, allant même jusqu'à lui refuser le moindre contact avec l'extérieur !
Quant à Paul, après la mort de sa mère, il aurait pu adoucir le sort de Camille .... mais il n'en a rien fait. N'a t-il pas lui-même sa responsabilité dans la déchéance de sa soeur ?
Le parallèle établi par Dominique Bona entre l'existence de Camille et celle de son frère Paul met cruellement en valeur le sort réservé à cette jeune femme talentueuse, violente et passionnée.
A lui les voyages, une nombreuse famille, les honneurs, Monsieur le Consul puis Monsieur l'Ambassadeur, le succès, une existence dorée, un château empli des cris et des rires des petits-enfants.... et des obsèques nationales !
A elle, trente ans de réclusion dans un asile sans confort, accompagnée des hurlements de malades, sans aucune sortie, sans recevoir de visites, en dehors de la douzaine que lui rendra son frère durant ce laps de temps (!!) et une mort solitaire suivie d'une inhumation dans une fosse commune ... mais elle trouvera moyen de conserver humour et intelligence, gardera sa tendresse pour ce frère indigne, confit dans son catholicisme étroit et répugnant, et ses derniers mots seront pour lui, son petit Paul, comme elle l'appelait !
On sent la compassion de l'auteur pour ce destin brisé. Quant au lecteur, il se retrouve bouleversé d'horreur par tant d'injustice, de dureté, jusqu'à développer une haine farouche envers ce parangon d'hypocrisie que fut Paul Claudel, manifestant un parfait manque d'humanité.
Et c'est vraiment facile que d'avoir simplement écrit dans son journal : "Amer, amer regret de l'avoir abandonnée !"
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Malaura
  03 août 2011
Sans doute vous est-il déjà arrivé, en regardant une oeuvre d'art ou en lisant un livre, d'avoir envie d'en connaître un peu plus sur celui ou celle qui vous a ému, troublé ou fait rêver à travers des lignes poétiques ou des peintures fabuleuses.
Bien souvent on se contente d'apprécier une oeuvre sans se demander qui se cache en réalité derrière cette création ; mais il arrive parfois que l'on ait le désir de creuser un peu plus, d'aller au-delà de la simple admiration d'un ouvrage et de vouloir découvrir plus amplement quel est le chemin parcouru par l'artiste ou plus simplement qui est-il, quelle a été sa vie, pourquoi et à quel moment sa destinée a pris le tournant décisif qui l'a mené sur la route de l'art et de ce fait jusqu'à nous.
Dominique Bona fait partie de ces biographes qui aiment à faire partager les sensibilités, les joies et les drames de ces grands noms de l'Art et nous aident ainsi à pénétrer leur monde, à percer leurs mystères, à les comprendre.
La biographe n'aime que les vies d'artistes, les êtres passionnés, au caractère fort mais aussi un peu fragile, et s'attache chaque fois à comprendre son personnage, à suivre sa destinée, à assister au moment où l'artiste va devenir lui-même.
Après Romain Gary, Berthe Morisot, Gala ou Stephan Zweig, la biographe, devenue experte dans l'autopsie des passions d'artistes, s'est attaquée à un double monument : le couple Claudel, soeur et frère.
Difficile en effet d'analyser séparément les vocations tourmentées de Camille, la sculptrice et de Paul le poète.
L'auteur raconte leurs rapports fusionnels, violemment ambigus, et montre à quel point leur art s'en est nourri.
Les destins de ces petits provinciaux du Tavernois, caractères rebelles et emportés, mal aimés de leur mère, sont liés dès l'enfance.
Du feu de la création à la fièvre amoureuse, ils connaissent les mêmes émois, les mêmes souffrances.
Tous deux sont habités par la folie.
Mais alors que Camille, envoûtée par Rodin, s'y perdra, Paul la combattra sans cesse, en s'imposant des garde-fous (une carrière de haut fonctionnaire, une conversion religieuse, un mariage de raison).
C'est même lui qui, de son exil diplomatique, signera celui, psychiatrique, de sa soeur, internée pendant les trente dernières années de sa vie.
Dominique Bona, qui aime aller à la découverte de ce qu'elle appelle « le coeur battant » de ses personnages, retrace "les épisodes de leurs vies tourmentées" et révèle "les liens profonds entre ces deux artistes lumineux et déchirés, unis, au-delà de l'adversité, par une fraternité indestructible".
L'originalité de cette biographie consiste dans ce portrait psychologique parallèle qui traque frère et soeur à travers leur relation fusionnelle jusque dans l'essence intime de leur être, dans la mise en évidence de leurs destins contraires malgré leurs similitudes, folie pour l'une, gloire pour l'autre.
Le récit très documenté – archives, bibliographies, interviews – est objectif et le travail de fourmi fait par l'auteur n'alourdit en rien son récit, fluide, passionnant, émouvant.
Intensité dramatique, romanesque, suspense, les artistes croqués deviennent les héros du roman de leur propre vie et c'est cela qui donne toute cette ampleur, cette épaisseur et cette profondeur à l'ouvrage.
Encore une fois Dominique Bona a excellé dans une discipline qu'elle maîtrise incroyablement bien et nous offre une biographie captivante qui se lit comme un roman.
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tynn
  17 septembre 2013
Cette double biographie des deux Claudel est un passionnant travail historique, faisant renaître le temps d'un livre, la vie sociale et artistique au tournant du 20° siècle, ses courants de pensées, ses conventions, ses codes de société.
Le contraste entre la petite bourgeoise catholique et bien pensante, et les milieux artistiques et libertaires est finement décrit.
Ces dernières décennies ont vu renaître un intérêt pour Camille ; les expositions, le cinéma, se sont réappropriés ses oeuvres, sa relation passionnée avec Rodin et surtout sa destinée en forme de tragédie à l'Antique. La part de mystère qu'elle dégage est propre à en faire une héroïne romantique.
On connaît en revanche de moins en moins Paul, devenu peu à peu un auteur oublié, un poète démodé et dont l'oeuvre est peu étudiée par les jeunes générations.
En rentrant peu à peu dans l'intimité de ces deux personnages atypiques, on admire l'étude psychologique de deux artistes exigeants, écorchés, souvent difficiles, parfois détestables.
Je me suis découvert page après page, un réelle admiration pour la femme talentueuse, passionnée, sans concession dans ses sentiments et dans son Art et une grande compassion pour l'artiste foudroyée, par la vie de bohème, par la solitude et par une trop grande exigence personnelle.
Paul apparaît moins attachant, plus fuyant, au mal de vivre plus psychologique que réel, au vu de sa vie de confort et de réussite professionnelle. Mais, on ne peut que reconnaître sa clairvoyance dans ses choix de vie, par sa carrière et son mariage, Cela le sauvera de l'autodestruction, ce que sa soeur rebelle et entière n'aura pas su éviter.
Factuelle et richement documentée, voici une très belle étude d'une fraternité hors du commun et assumée jusqu'à la mort. Quelle étonnant parcours que celui que traversent parfois les génies créateurs !
J'avais déjà beaucoup aimé Berthe Morisot à travers la plume de Dominique Bona ; merci à elle pour ce nouveau livre, dense et passionnant.
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Herve-Lionel
  01 mars 2014
N°675– Août 2013.
Camille et Paul – La passion Claudel – Dominique Bona - Grasset
Camille et Paul ont été élevés dans une famille austère aux marches de la Champagne où tout signe d'originalité était exclu. La mère, femme au foyer, effacée mais belliqueuse et revêche, le père, receveur de l'Enregistrement, foncièrement laïc espéraient que leurs enfants embrasseraient des carrières plus sûres que celles dévolues à l'art. C'est pourtant lui qui favorisa le penchant de sa fille pour la sculpture et celle de son fils pour les Lettres comme il encouragea la pratique du piano pour Louise son autre fille. C'est lui aussi qui préconisera leur éducation à Paris, à ses yeux plus formatrice. Ce sera Louis-le-Grand pour Paul et un célèbre atelier de sculpture pour sa soeur. Si la Capitale éblouit la jeune fille, lui ouvre ses portes et la vie de bohème, Paul s'y ennuie et ne songe qu'à la quitter. de cette période Paul exècre le côté laïc très en vogue à l'époque autant que les Lettres trop classiques ou trop positivistes à son goût. Camille avait beau être plus âgée de 4 ans que son frère, il y eut entre eux un rapport fusionnel exceptionnel. Ils ne peuvent se passer l'un de l'autre, il ne peuvent rien faire l'un sans l'autre mais la soeur aînée domine son frère. [L'auteur fait d'ailleurs un parallèle intéressant entre Chateaubriand et Claudel]. En société où ils n'ont d'ailleurs leur place ni l'un ni l'autre ils se font remarquer, lui par son air renfrogné, elle par son franc-parler. Ils n'aimeront jamais les mondanités. Ils sont aussi travailleurs et volontaires l'un que l'autre: quand Camille décide d'aller travailler chez Rodin, Paul refuse de préparer Normale Supérieure et opte pour une carrière diplomatique, tout cela contre l'avis parental ! Aussi bien lui qu'elle obéiront à l'appel de leur art . Lorsque Camille rencontre Rodin, il est son aîné de 24 ans, pourtant bien des choses les rapprochent et pas seulement l'amour de la sculpture. de cela, Paul en souffre « Il n'est plus le seul homme de sa vie ». Plus elle se rapprochera de Rodin, plus elle s'éloignera de lui mais Paul restera toujours obsédé par cette soeur, jusque dans son oeuvre.
Camille vit avec Rodin une liaison passionnée que la morale bourgeoise et bien entendu sa famille condamnent et ce d'autant plus que son amant a une vie matrimoniale avec une autre femme et refuse de l'épouser. Elle travaille dans son atelier, mais cela n'en fait pas pour autant l'imitatrice de Rodin ; elle reste une artiste solitaire et originale qui doit beaucoup au Maître mais les deux sculpteurs s'enrichissent mutuellement dans leurs créations respectives. Paul et Rodin avaient beaucoup d'affinités, notamment culturelles, mais jaloux de l'homme qui lui vole sa soeur, il lui porte une haine tenace. Pour autant, sans oser l'avouer, il aura sa part dans le malheur futur de Camille. de son côté il est bouleversé par la poésie de Rimbaud et par la révélation de Dieu à Notre-Dame de Paris. Dès lors, devenu un adorateur de la Vierge, sa soeur est regardée comme une pécheresse. Pourtant il gardera longtemps secrète sa conversion comme Camille cachera sa liaison avec Rodin.
Est-ce sa volonté de partir loin, son attirance vers la mer ou la nécessité de mettre de la distance entre sa soeur et lui, il choisit la carrière diplomatique qui très jeune l'envoie en Amérique du Nord puis en Chine où il passera quinze années. Il ne cessera pas pour autant d'écrire ni surtout de correspondre avec Camille qu'il revoit à chacun de ses séjours en France. La vie de Camille s'éclaircit quand, lassée de ses atermoiements, elle quitte Rodin. A 30 ans, elle est désormais libre et pauvre malgré une certaine notoriété mais se sent incomprise. de son côté, à 32 ans Paul, en dehors de son métier de Consul de France se consacre à la religion et à l'écriture. Il est vierge mais cette vie monacale va être bouleversée par Rosie, une femme mariée et mère de famille qu'il rencontre sur un bateau en partance pour la Chine. C'est une séductrice dont il tombe éperdument amoureux et qui lui donnera une fille mais le quittera. Sa vie, même loin de Paris, sera aussi scandaleuse que celle de sa soeur. D'autres femmes viendront mais Rosie restera son grand amour perdu, une source de culpabilité aussi pour le chrétien qu'il est. Ainsi le frère et la soeur puisent-ils dans leur vie sentimentale leur inspiration créatrice et dans son oeuvre littéraire, Paul campera des femmes indomptables et libres qui trahissent. Contre le suicide ou la folie, Paul choisit le mariage...de raison, un viatique plutôt qu'une vocation.

De son côté, Camille à 40 ans est déjà une vieille femme solitaire, orgueilleuse mais terrorisée, poursuivie par les ennuis, qui croit au complot, présente de plus en plus un délire paranoïaque. Quand elle se met à détruire ses oeuvres, et surtout après la mort de son père en 1913, sa mère qui ne l'a jamais aimée et sa famille (et par conséquent Paul) la font interner. Quelques mois après une campagne de presse dénonce sa « séquestration » par sa famille dans un asile d'aliénés. Pendant ce temps, Paul va de poste en poste à l'étranger, est nommé ambassadeur, connaît une grande notoriété littéraire... et oublie sa soeur qui, consciente de son état d'enfermement restera incarcérée pendant 30 années sans amis ni beaucoup de lettres et de visites de sa famille selon le voeu maternel. Elle mourra à 80 ans. Paul est devenu un paterfamilias entouré d'une nombreuses descendance, thuriféraire de Pétain puis de De Gaulle, tenté un temps par la politique, soucieux de faire reconnaître son oeuvre, et enfin élu à l'Académie française. Il verra Camille avant qu'elle ne meure dans la solitude et le plus grand dénuement et ressentira « cet amer regret de l'avoir abandonnée ».
Ce furent deux êtres qui se ressemblaient, qui se comprenaient, mais l'un croyait au ciel et l'autre n'y croyait pas pour paraphraser Aragon, deux tempéraments sensibles, passionnés mais fragiles, deux génies, deux destins différents cependant, l'un voué à la notoriété, l'autre à l'oubli [« Moi j'ai abouti à quelque chose. Elle n'a abouti à rien... L'échec a flétri son existence. » confesse-t-il]. L'auteure fait pertinemment remarqué, nonobstant l'admiration qu'elle peut avoir pour l'écrivain, que dans les relations que Paul eut avec sa soeur, l'idéal chrétien qui gouverna la vie de l'auteur du « Soulier de satin » fut quelque peu oublié par ce dernier. Voulut-il se protéger ou cela fut-il la marque d'un sentiment de culpabilité ? C'est là une contradiction qui mérite d'être soulevée.
Selon son habitude, Dominique Bona se livre à une enquête passionnante et détaillée sur ces deux personnages [Depuis que je lis ses oeuvres, j'ai toujours été étonné non seulement par son style agréable à lire mais aussi par la précision de son travail et par sa grande culture].Si elle rend hommage à Paul et nous le montre sous un jour nouveau, pour moi assez inattendu par rapport à son image officielle, elle évoque aussi avec tendresse l'image de Camille, la tire assurément de l'oubli. Il y eut à la fin du XX° siècle et au début de celui-ci un mouvement de réhabilitation de Camille tant par la littérature, le théâtre, les expositions que par le cinéma. Selon le mot d'Eugène Blot, qui fut un admirateur et un soutien actif du sculpteur, il permit de « tout remettre en place ». Ce livre aussi y contribue.
© Hervé GAUTIER - Août 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com


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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
patatipatatapatatipatata   02 avril 2013
(Les doigts) Ils laissent leurs traces non seulement dans les esquisses ou lors du travail en cours mais dans les oeuvres les plus achevées. Il suffit de regarder de près n’importe qu’elle sculpture de Camille : l’empreinte des doigts y est toujours visible. Avant même la signature, avant toute impression d’ensemble, et bien qu’elle aime polir et lisser ses terres, ce sont eux que l’on voit d’abord, ces doigts agiles et sensuels, ces doigts puissants de Camille.
Pour modeler la terre, tous les doigts sont requis, surtout le pouce droit, mais le reste de la main travaille aussi. La paume lisse ou aplatit ; quant au coussinet, à la naissance du poignet, il permet de tasser, de compacter. Et puis, les ongles que les sculpteurs gardent aussi effilés que ceux des guitaristes ; ils tracent le sillon à la commissure des lèvres ou la ride au coin des paupières. Il y a, bien sûr, d’autres outils ; l’ébauchoir, principalement, mais aussi les mirettes, le fil d’acier, les râpes et l’os de mouton... Camille y aura recours pour compléter le travail des mains, qui restent l’outil premier, l’outil essentiel.
Après les mains de l’artiste, le corps.
Sculpter suppose de la force et une bonne santé. Les muscles des bras, dont Valéry admirait la beauté chez Camille, sont révélateurs. Pas de bras mous chez les sculpteurs.
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patatipatatapatatipatata   04 avril 2013
Tel un amant délaissé, il souffre de l’abandon de Camille, il souffre de son silence. Paul est jaloux de Rodin.
D’où sa violence, l’excès sans nuance de son ressentiment.
Car l’éloignement de Camille, dès cette année 1883, s’apparente bel et bien à une trahison./.../
L’oeuvre a enchâssé le mot (trahison), ainsi que le drame personnel qu’il recouvre. Tous les drames claudéliens seront des histoires de trahison. L’amour, quel qu’il soit, ne sera qu’un mirage, «la promesse qui ne peut pas être tenue». Interdit ou coupable, jamais réciproque en tous cas, il sera invariablement voué à l’échec ou au malheur./.../
Camille la dure. L’infidèle. La sans-coeur. Elle restera le grand modèle de ces femmes, qui, dans l’oeuvre de son frère, se montrent capables d’abandonner leur propre enfant./.../
Dans leur yeux d’encre passe l’éclat fascinant et un peu effrayant de ceux de Camille.

/.../

Claudel à propos de Rodin.
Son oeuvre ? un «carnaval de croupions» : «Il ne voit dans la nature que ce qu’elle a de plus gros»
Et le symbole de l’oeuvre ? «Un pauvre diable de derrière tout bête avec ses deux grosses joues pathétiques qui essaye de s’arracher du limon, et se travaille, et se trémousse, et demande des ailes !»
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besathbesath   26 septembre 2018
Le directeur de l'asile notifie à Paul Claudel que sa soeur ne laisse "aucun effet personnel à la date de son décès ni aucun papier de valeur, même à titre de souvenir " : ni une chaîne, ni une médaille, ni une boucle d'oreille, ni un anneau ou un livre, ni même un petit cahier servant de journal intime. Camille ne possédait absolument rien.
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camaticamati   23 octobre 2018
Dans l'atmosphère, non seulement empuantie mais sonore, des cris retentissent sans aucun répit. Cris d'effroi, de fureur. Cris obscènes ou idiots. Cris grinçants ou suppliants. Cris de bêtes. Elle s'en plaint à sa mère: "Je ne peux plus supporter les cris de toutes ces pauvres créatures, cela me tourne le coeur."
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indelebilevagabondeindelebilevagabonde   02 février 2017
p.94″ Que serait cette main du poète sans la vision qui l’habite ? Que serait-elle Afficher l'image d'origine surtout sans la sensibilité qui lui donne sa couleur et son relief ? »…Modeler, pétrir,lisser,polir les mots, les extraire du langage brut comme d’une motte de glaise pour leur donner un sens, une lumière, comment ne pas le comparer, cet art, à celui du sculpteur qui lutte lui aussi avec l’informe? »
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