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EAN : 9791036001000
240 pages
L’Atalante (13/01/2022)
3.77/5   31 notes
Résumé :
« Vous êtes socialo, madame la procureure ?

— Fille d’officier avec des tendances anarchistes. Et vous ? »

Un matin de septembre à Hambourg, il fait encore chaud. Un homme est exhibé dans une cage au pied de la tour de verre abritant l’un des plus grands journaux allemands. Nu, inconscient, il a été torturé. C'est le DRH.
La procureure Chastity Riley, chargée de la protection des victimes, et son nouveau collègue des Affaires spé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Depuis quelques années, on ne peut que se réjouir de la place de plus en plus prépondérante qu'occupent désormais les romancières dans le domaine de la littérature noire. Bien plus qu'une simple histoire de quota, on observe surtout avec ces romancières l'apparition d'héroïnes qui n'auraient pu, sans nul doute, ne voir le jour que sous la plume d'une femme s'interrogeant sur la place qu'elle occupe au sein de notre société tout en dénonçant certaines dérives qui ont bousculé les devants de l'actualité. Il peut s'agir tout simplement d'une question de look, mais également de rapport avec l'alcool ou de positionnement quant à l'absence de désir de maternité à l'instar de Ghjulia Boccanera, cette détective privée libertaire et haute en couleur émergeant de l'écriture affûtée de Michèle Pédinielli, romancière désormais aguerrie qui bouscule l'air du temps à coup de récits engagés. Dans un registre similaire, on apprécie désormais la singularité du profil de la procureure Chastity Riley, officiant à Hambourg, que l'on a découvert avec Nuit Bleue, première publication de la collection Fusion nous proposant polars et romans noirs aux entournures atypiques pour le compte de la maison d'éditions l'Atalante. Avec une écriture parfois laconique, toujours précise et surtout imprégnée d'une certaine forme de poésie, sa créatrice Simone Buchholz décline une nouvelle fois tout le charme de sa ville de Hambourg et plus particulièrement de son quartier populaire de Sankt Pauli en nous invitant à retrouver sa magistrate "destroy" dans Béton Rouge, dernier opus d'une série détonante.

A Hambourg, non loin du Bismarckdenkmal, on signale une cage déposée devant l'entrée de l'immeuble abritant les bureaux de Mohn & Wollf, un grand groupe d'éditions propriétaire de nombreux titres de presse. Dans la cage, on découvre le corps dénudé d'un homme portant de nombreux stigmates laissant à penser que l'individu déboussolé a été torturé. Toujours chargée de la protection des victimes, l'enquête échoit à la procureure Chastity Riley qui sera secondée d'Ivo Stepanovic du bureau des Affaires spéciales. Licenciements économiques implacables semblent dicter la logique de cette grande entreprise qui peut compter sur le management impitoyable d'un service RH tout acquis à la cause financière du groupe. le mobile paraît donc assez clair. Mais une seconde victime découverte dans des conditions similaires va orienter les deux enquêteurs du côté de la Bavière en mettant à jour les carences d'un pensionnat pour enfants où la maltraitance entre jeunes résidents semble être devenu la norme.

Tout est étonnant avec Simone Buchholz s'ingéniant à nous surprendre avec une écriture acérée qui rythme la singulière brièveté de chapitres aux titres évocateurs où chacune des phrases semblent avoir été construite en choisissant soigneusement chaque mot résonnant avec l'efficacité, mais également la poésie d'un haïku. Tout comme Bleu Nuit, on retrouve dans Béton Rouge le groupe d'amis qui accompagne Chastity Riley en lui conférant ainsi un supplément de personnalité dont on découvre les contours au gré de ses échanges prenant parfois la forme de conversations SMS, comme c'est le cas avec Faller, son mentor, et qui ne sont pas moins révélateur de l'état d'esprit d'une procureure qui ne cesse de se remettre en question. Des rapports qui prennent parfois une tournure surprenante comme ceux qu'elle entretient avec Klatsche qui va d'ailleurs remettre en question leur relation au cours d'une discussion intense et bouleversante confirmant le talent d'une romancière qui sait distiller subtilement l'émotion de ses personnages à fleur de peau.

Au rythme d'une intrigue concise, Béton Rouge s'articule autour du thème de la maltraitance d'enfants que Simone Buchholz aborde avec beaucoup de pudeur sans s'étaler sur le côté sordide des faits qui se suffisent à eux-mêmes. Sans édulcorer, la romancière sait parfaitement appuyer là où cela fait mal, tout comme elle le démontre d'ailleurs en évoquant le démantèlement de la presse qui devient de moins en moins rentable, autre sujet que traite Simone Buchholz dans Béton Rouge, ceci de manière assez frontale avec des bourreaux transposant leur "savoir-faire" dans le domaine du management. Nouveau venu dans l'entourage de Chastity Riley, le lecteur appréciera la dynamique qui s'instaure entre Chastity Riley et Ivo Stepanovic lors de leur périple en Bavière qui nous donne l'occasion de découvrir une autre partie de l'Allemagne. Mais il va de soi que c'est la ville de Hambourg qui est célébrée au gré des pérégrinations d'une procureure mélancolique dont le spleen déteint sur la cité, ou inversement, jusqu'à opérer une sorte de fusion qui nous permet de découvrir les multiples facettes de la ville tout comme celles de Chastity Riley, personnage au charme indéniable.

Simone Buchholz : Béton Rouge (Beton Rouge). Editions L'Atalante, collection Fusion 2022. Traduit de l'allemand par Claudine Layre.

A lire en écoutant : Holding On de Gregory Porter. Album : Take Me To The Alley. 2016 Gregory Porter.
Lien : https://monromannoiretbiense..
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Voilà une série que je voulais lire depuis longtemps… Tu sais ce que c'est, tu repousses, il y a toujours mieux à lire, ça reste coincé en bas de la PAL… Et puis un nouveau tome sort et tu te décides.

Et tu regrettes de ne pas t'y être mis plus tôt. Chastity Riley, procureure de son état, américano-allemande, traine plus dans les bars que dans son bureau, blouson de cuir sur le dos, aime la bière et les nuits où elle coule à flots. le tout à Hambourg, Simone Buchholz nous fait visiter cette ville portuaire en même temps que les bas-fonds de l'âme humaine.

Un style direct, percutant, sombre, désabusé à l'image de son héroïne. le lecteur n'a guère le temps de souffler qu'il a avalé les 240 pages d'une intrigue intéressante où Riley va devoir fouiller le passé des victimes, encagées vivantes. Enfin, fouiller…. Riley ne fait pas grand-chose à vrai dire… Elle accompagne Stepanovic qui lui fait du rentre dedans, elle fouine mais on sent surtout qu'elle est mieux dehors que dedans. Elle a été mise au placard par ses supérieurs et elle est surprise quand on lui confie cette enquête. C'est la nuit qu'elle respire le mieux…

Au final, une série que je vais approfondir car je ne suis pas loin du coup de coeur… Un vrai style, un personnage déroutant dans le polar européen.. A suivre de près !
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Le temps de la plainte et du manque de réaction est révolue. Certaines personnes ne supportent plus d'être remisées plus bas que Terre pour des raisons de conditions sociales, parce que je n'avais pas les moyens d'adopter les codes de l'époque? pour entrer dans la norme. Ce harcèlement qui nait souvent dans les cours d'école va laisser souvent des traces indélébiles chez le harcelé, la douleur y sera ancrée et bien présente dans sa chair ou son esprit et peut avoir des conséquences bien des années après les faits. C'est ce qu'illustre Simone Buchholz dans "Béton rouge", son dernier livre traduit en français et paru dans la collection Fusion des éditions de l'Atalante.

Chastity Riley est toujours procureure à Hambourg. L'histoire démarre avec Chastity, témoin d'un délit de fuite avec un cycliste renversé par une voiture. La police prend en charge la victime, elle ne s'attarde pas car elle est sollicitée pour une étrange affaire. On a retrouvé un homme encagé et laissé dans la rue, livré aux agissements triviaux des passants. Dans la cage, Tobias Rosch, DRH d'un grand groupe de presse. Ce n'est pas courant ce genre de situation. Riley va s'associer avec Ivo Stepanovic, un nouveau collègue des Affaires spéciales. Et elle est bien spéciale cette affaire, surtout quand une autre cage va être découverte...

Un an après avoir laissé Chastity Riley à Sankt Pauli, son quartier à Hambourg, l'autrice Simone Buchholz la remet sur les rails, toujours dans la ville portuaire, mais avec une affaire bien différente, les histoires sont bien loin d'une simple partie de bondage qui aurait mal tourné. Sans dévoiler l'intrigue, Béton rouge nous entraîne à sa façon sur le terrain des classes sociales mais aussi sur le thème du bouc émissaire, harcelé quotidiennement par une bande d'écervelés se sentant supérieurs à celui qui serait plus faible, ou différent, ou les deux. Simone Buchholz n'a rien perdu de son talent pour dépeindre les côtés borderline de son personnage fétiche, jamais contre un dernier verre ou un partenaire d'un soir à son goût dans le plus simple appareil. Elle trouve une autre association avec Stepanovic, bien différente de celle avec Calabretta ou Klatsche. le style et le découpage des chapitres sont assez nerveux et surprenants. Béton rouge est du même acabit que Nuit bleue, c'est la recette et on en redemande. Simone Buchholz nous captive en seulement 200 pages, avec une économie des mots qui leur donne une énergie qui vous emporteront autant qu'ils attiseront votre envie de lire le prochain.
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Magnifique septième enquête de la procureure hambourgeoise Chastity Riley, avec toujours cette écriture hautement atypique et foncièrement réjouissante.


Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2022/05/19/note-de-lecture-beton-rouge-simone-buchholz/

Publiée en 2017, traduite en français en janvier 2022 dans la collection Fusion de L'Atalante, toujours par l'impeccable Claudine Layre, la septième enquête de la procureure hambourgeoise Chastity Riley suit immédiatement la précédente, « Nuit bleue ».

Fin septembre à Hambourg. Chastity Riley se voit affecter un nouveau collègue policier, après la fin mouvementée du volume précédent, doit enquêter à brûle-pourpoint sur l'étrange situation d'un cadre dirigeant de la presse, retrouvé nu, ayant subi des tortures, dans une cage au pied de l'immeuble de son journal – où, pour diverses raisons qui apparaîtront rapidement, il ne semble guère aimé des journalistes – et se retrouve très vite propulsée sur une inquiétante série dont le motif, pour apparaître à l'investigation, semblera légèrement vertigineux.

Cette lecture passionnante, après la précédente, confirme s'il en était besoin l'écriture rare de Simone Buchholz, proposant certes d'emblée d'une héroïne hautement atypique, mais sachant utiliser pour la nourrir une panoplie inhabituelle de moyens techniques littéraires, nous donnant à partager un regard unique sur Hambourg et sur le quartier de Sankt-Pauli, sur la société allemande contemporaine et sur une manière spécifique pour celles et ceux luttant intensément contre le crime de conserver une forme étonnante de détachement amusé au coeur de leurs obsessions les plus sombres. Songeant sans doute, comme déjà noté, à certaines facettes du grand David Peace, mais aussi à certaines idiosyncrasies stupéfiantes développées chez Fred Vargas, voire – ô paradoxe – à certains glissements souterrains en direction du machiavélisme bonhomme d'un Andrea Camilleri, on assiste ici à une construction redoutable qui nous tient en permanence dans un déséquilibre salvateur, et nous donne envie d'en lire bien davantage.

Lien : https://charybde2.wordpress...
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Chastity mélancolique et solitaire. Dés le début j'ai senti que c'était différent. Elle est envoyée pour s'occuper d'une affaire singulière. Devant le siège de Mohn & Wolff, le plus gros groupe de presse hambourgeois, une découverte lugubre l'attend, un homme enfermé dans une cage en métal noir cadenassé, il est inconscient, nu et son corps porte d'innombrables hématomes et écorchures. Une affaire spéciale pour le Service des Affaires spéciales du LKA ( Landeskriminalamt ). Pour une fois Chastity Riley du Bureau du procureur, ne fait pas équipe avec ses habituels collègues de la Kripo mais avec Ivo Stepanovic du LKA. Un binôme est né, Chastity est un peu dépassée par ce nouvel environnement avec un spécialiste dont le professionnalisme crève l'écran.

Simone Buchholz fait évoluer ses personnages, tout pouvait continuer comme avant mais l'auteure en a décidé autrement. Les habituels complices de Chastity déconnent tous et Faller son mentor est en vacances au soleil. Chastity est seule, seule avec ses bières, un peu de vodka, les cigarettes et une enquête avec Stepanovic qui n'est sans doute pas un marrant.

Une deuxième cage et une deuxième agression. Qui peut bien s'acharner sur les managers de Mohn & Wolff ? Les deux victimes étaient des décideurs pour qui seules les performances de l'entreprise comptent même si cela implique le sacrifice d'êtres humains. Ils ont été formés dans le même moule, dés le plus jeune âge et dans le même internat pour ados où il y avait aussi le président du directoire de Mohn & Wolff. Il fait idéalement la prochaine victime. La solution de ces agressions violentes et dégradantes est sans doute à rechercher dans cet internat très spécial du sud de l'Allemagne.

Chastity Riley et Stepanovic en tête-à-tête et profitant de la campagne bavaroise lors d'un mois de septembre anormalement chaud ( tout est déréglé autour de Chastity ), voilà bien une situation saugrenue ! Les personnages évoluent mais Simone Buchholz n'a rien perdu de son style narratif. Des mots qui souvent font sourire mais qui dissimulent habilement une vision juste de l'humain et d'une société qui elle n'a plus rien d'humain. Une rafale de courts chapitres aux titres énigmatiques, pas mal de bières, l'affaire est résolue et l'auteure nous a parlé de harcèlement chez les jeunes et de celui plus insidieux qui a valeur de management dans les entreprises. « Ils sont assis dans leurs gros fauteuils de patrons et gagnent des paquets de fric, tandis que d'autres perdent leur boulot. Ils font partie de ceux qui bétonnent l'ordre social … Chaque fois qu'ils licencient un collaborateur pour des raisons de coût, ils créent un climat où les fascistes accumulent les victoires – parce que la peur rend les gens cons -, mais ils n'en ont rien à cirer ».

Simone BUCHHOLZBéton rouge. Titre original « Beton rouge » ( Allemagne 2017 ). Traduit de l'allemand par Claudine Layre pour les Éditions de l'Atalante, collection Fusion, en janvier 2022. ISBN 9791036001000 .
Lien : http://romans-policiers-des-..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
La pluie érige des murs dans la nuit. Ils tombent du ciel comme des miroirs, reflétant et déformant la lueur bleue du gyrophare de la voiture de patrouille.
Tout tourne en rond.
La rue émane de l’obscurité et se perd entre les lumières du port ; c’est juste au milieu, là où ça descend, que c’est arrivé. À une cycliste.
Elle est allongée sur le bitume, son corps est tout tordu, ses cheveux blond vénitien forment un lac de tendresse autour de sa tête, sa robe claire est pleine de sang – il semble couler de son flanc. Au pied droit, une chaussure noire – un genre de ballerine ; au pied gauche, il n’y a plus de peau. Le vélo gît quelques mètres plus loin sur un accotement enherbé, comme si on l’y avait jeté.
La femme ne bouge pas, seule sa cage thoracique tremble désespérément, paraît se lever et s’abaisser, mais non. Son corps tente de se procurer de l’air, quelle qu’en soit la provenance.
Deux infirmiers sont penchés au-dessus d’elle et lui parlent, mais leurs propos ne semblent pas lui parvenir. Ni quoi que ce soit d’autre. La mort est en train de l’emporter.
Deux agents de police délimitent le lieu de l’accident – des ombres dansent sur leur visage. De temps à autre, une voiture passe et contourne lentement le corps. Mais ses occupants préfèrent ne pas trop regarder.
Les infirmiers rangent leurs sacs, les ferment et se lèvent.
C’est fini.
La mine très affairée, Dieu se dit : « Voilà. C’est fait. » Il prend son crayon tout mâchonné, coche la case de la cycliste et se demande avec quelle autre vie il pourrait jouer au foot.
Je ne suis pas en service. Juste en route vers le bar le plus proche.
Mais maintenant que je suis là.
« Bonsoir. »
Que dire d’autre ?
« Éloignez-vous, s’il vous plaît », lance le patrouilleur le plus massif. Il a enfoncé profondément sa casquette sur son visage, des gouttes de pluie luisent sur sa moustache noire. L’autre me tourne le dos et téléphone.
« Pas de problème, mais je peux aussi rester et m’occuper de deux ou trois choses. » Je lui tends la main. « Chastity Riley, procureure.
– Ah bon. »
Il prend ma main mais ne la serre pas. Comme s’il la gardait dans la sienne. C’est ce qu’on fait quand quelqu’un vient de mourir, parce qu’un peu de tout meurt aussi, que tout se met à vaciller. Le grand policier et moi sommes dans une relation d’incertitude.
« Dirk Kammann. Commissariat de la Davidstrasse. Le collègue prévient la Kripo.
– OK.
– OK. » Il lâche ma main.
« Délit de fuite ?
– Probable. Elle ne s’est pas roulée dessus toute seule. »
Je hoche la tête, lui aussi – on se tait, mais on reste côte à côte quelques instants. Quand la Kripo de la Davidstrasse arrive dans sa voiture bleu foncé, je prends congé ; avant de passer le coin de la rue, je me retourne. Au-dessus du décor violemment éclairé est suspendu un voile gris, ce n’est pas la météo, ni, pour une fois; la pluie perpétuelle qui tombe dans ma tête. Ce n’est pas mon gris foncé à moi, c’est un gris foncé universel.
J’appelle Klatsche : ce ne sera pas possible ce soir, nous deux. Je n’ai pas envie de troquet.
Je rentre à la maison, m’assieds à la fenêtre et fixe la nuit.
On dirait que la lune a la nausée.
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La pizzeria préférée du commissaire Calabretta n’est pas un restaurant traditionnel, mais un lieu de rencontre hyper cool pour hommes à barbe. À l’intérieur, des bancs et tables massifs en bois ; à l’extérieur, pareil, mais légers. La pizza est préparée dans une cuisine ouverte ; les pizzaïolos, qui blaguent sans arrêt devant les fours, sont de jeunes garçons et filles grands et minces. Ils ne portent pas tous des dreadlocks ; par contre, les tatouages semblent être obligatoires. Jeans noirs et T-shirts blancs – tout est enfariné. L’ensemble est magnifiquement simplissime, tout en étant une sorte de Starbucks anarchiste ; c’est un peu agaçant, car on est obligé de composer sa pizza soi-même en répondant à un tas de questions.
« De la farine normale ou sans gluten ?
– Normale.
– Sauce tomate ou bianca ?
– Tomate.
– Mozzarella ou fromage vegan ?
– Mozzarella, s’il te plaît.
– Quelle garniture ?
– Des câpres.
– Que des câpres ?
– Que des câpres.
– Ça roule, Charity, tu as le numéro dix-sept. Next ! »
Si leur pizza n’était pas aussi fantastique, je leur flanquerais une gifle, mais avant, chacun devrait m’expliquer en détail comment il la veut.
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SHADOWRUNNER
Il a l’air con. Parce qu’il se chie dessus.
Je l’ai d’abord déshabillé puis attaché. Il ne veut pas, bien sûr. Personne ne veut. Il souhaiterait savoir ce que tout ça signifie. Il me le demande sans arrêt, il me le demande tout le temps depuis qu’il s’est réveillé il y a une demi-heure.
Mais je ne lui dis pas.
On n’est pas toujours obligé de savoir ce que tout ça signifie : la matraque dans mes mains, le bec Bunsen, la scie.
Allez, encore une bonne dose de chloroforme pour avoir la paix. Fini les gémissements et les questions stupides.
Ensuite, on verra.
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Selon moi, c’est le fait qu’il existe un chef et qu’il puisse décider du destin d’autrui qui est incroyable, mais personne ne me demande mon avis.
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Je me demande fréquemment comment font les gens pour supporter ce genre de vie, celle où, quand on colorie, rien ne doit jamais dépasser, jamais.
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