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Jean-Pierre Lefebvre (Traducteur)
ISBN : 2070403114
Éditeur : Gallimard (25/11/1998)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 51 notes)
Résumé :
UN ESSAI : Étude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'?uvre : approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse.
UN DOSSIER : Bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse. Éclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  04 février 2016
Un recueil , une anthologie plutôt mais dont le choix, la disposition, la présentation bilingue sont voulus par l'auteur lui-même qui en a décidé en 1968. Pas de poèmes, donc, des dernières années de la vie de Celan, marquées par la dépression, la folie, et closes par son suicide, dans la Seine, où il s'est jeté depuis le pont Mirabeau -hommage macabre et cruel à un autre poète, Apollinaire?
L'édition de la NRF Poésie est argumentée, intelligemment présentée, commentée et annotée par J.P. Lefebvre.
La chose était nécessaire: la poésie de Celan est difficile, hermétique, de celles où on entre sur la pointe des pieds - une sorte de noir sanctuaire du néant, habité d'effroi où se dessine une parole sobre, au souffle coupé. On y retrouve les vocables de la poésie - cristal, nuit, étoile, amande, oeil...- mais accouplés différemment, déliés de leur imagerie poétique usuelle et réconfortante.
Un autre poète, Theodor Adorno, disait qu'il ne pouvait y avoir de poésie après Auschwitz. Paul Celan, dont les parents moururent dans la grande catastrophe de la Shoah, semble vouloir braver cet interdit: il écrit, dit Lefebvre, non une" poésie de l'après-Auschwitz, mais une poésie d'après Auschwitz". D'où cet agencement nouveau des mots, qui crée un nouveau langage, fait pour un monde hanté par la disparition des êtres et la destruction des valeurs.
C'est devant un grand tableau d'Anselm Kiefer que j'ai rencontré Paul Celan pour la première fois: Oh Halme, ihr Halme, Oh Halme der Nacht ..- Oh épis, vous épis, ô épis de la nuit- Je suis restée pétrifiée devant un champ immense, granuleux et sombre, tout hérissé de chaumes calcinés et blessants, à l'horizon duquel le ciel noir était couvert, oui couvert, par le poème de Celan, écrit à l'encre blanche, de la main appliquée et un peu tremblante de Kiefer...
Je me suis jetée sur le Choix de poèmes de Celan et l'ai lu d'une traite. Je n'y ai pas trouvé mon poème...et comme je ne connais pas l'allemand, il reste pour moi comme une incantation en noir et blanc sur un paysage concentrationnaire, une formule mystérieuse et pleine de douleur, et c'est sans doute aussi bien comme cela.
Sur le tableau de Kiefer le poème de Celan est moins seul.


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dbacquet
  06 octobre 2011
Paul Celan est quelqu'un à qui on a tout pris, un déraciné que l'histoire emporte. Sa poésie est minérale, crépusculaire. Elle a la taille d'une blessure et les silences alternent avec les cris, le visible avec l'invisible.
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Wozniaksandy
  10 novembre 2017
L'extrême difficulté d'approche de la poésie de Paul Celan tient à l'originalité d'une recherche lexicale qui exploite tout le spectre des possibilités sémantiques des mots. Il invente une nouvelle langue du deuil, universelle et personnelle, pour trouver le mot de passe magique qui ouvre la prison de l'histoire (Auschwitz).
La quête de vérité, le deuil et la mémoire constituent la toile de fond sur laquelle se construit la poésie de Celan.
Elle porte les cicatrices du temps, comme témoignage de ses aspérités, de sa violence, de ses abîmes, qu'elle n'a pas le droit d'esquiver ni de contourner : elle passe à travers lui et non par-dessus. le style hermétique de ses poèmes fait de jeux de mots, d'importations de mots hébreux, de néologismes et de paroles brisées placent le lecteur à l'intérieur d'un labyrinthe complexe mais captivant ! Celan pulvérise la langue en particules de mots, les atomise pour se constituer une langue unique, secrète, immense, composée d'éclats et de brisures. Ses poèmes n'ont pas d'équivalents par leur beauté sombre et éclatante et figent pour des siècles la poésie allemande.
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frandj
  10 juin 2018
Que sais-je de Paul Celan ? pas grand-chose: qu'il était juif, avait échappé à la Shoah, était polyglotte, a connu l'exil et s'est définitivement installé en France. Une existence compliquée, très différente de ma petite vie à moi. Quand je lis ce recueil, je m'attends à ce qu'il évoque son parcours particulier et peut-être aussi ses amours. En réalité, je n'ai trouvé dans ses poèmes qu'un écho lointain et assourdi de tout cela. Sauf dans de rares pièces, rien n'est explicite, tout est elliptique. Pour que j'identifie les sentiments qui ont inspiré Celan et pour entrer personnellement en résonance avec lui, il faudrait que je lise entre les lignes – et je ne sais pas le faire. De plus, son écriture et (sans doute aussi) la langue qu'il a choisie pour écrire sont lapidaires, sans développement et sans complaisance lyriques. Ses poésies sont comme des petits diamants bruts, de grande valeur certes, mais sans joliesse. Les lecteurs peuvent être surpris par l'étrangeté de ces textes et éprouver une impression de perplexité. Cependant, cette lecture est pour moi une découverte que je ne regrette pas.
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Lisewine
  12 décembre 2014
Grâce à l'édition bilingue, oubliez les difficultés de l'allemand et laissez-vous porter par la musique du texte, dans sa version originale mais aussi dans la fulgurance des images que permet de saisir aisément la très belle traduction. Esthétique du fragment, mémoire de l'imprononçable, cosmologie des cendres... tout est réducteur, et Celan l'un des plus grands :)
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Citations et extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   04 février 2016
Mandorle.

Dans l'amande- qu'est-ce qui est dans l'amande?
Le néant.
C'est le néant qui est et se tient dans l'amande.
Il est là et continue d'être.

Dans le néant-qui donc est là et se tient? Le roi.
C'est le roi qui est là, le roi.
Il est là et continue d'être.

Boucle de juif, tu ne seras pas grise.

Et ton œil - vers quoi se tient-il ton œil?
Ton œil se tient et fait face à l'amande.
Ton œil, c'est au néant qu'il fait face.
Il se tient et reste du côté du roi.
C'est comme ça qu'il est, tient, continue d'être.

Boucle d'homme, tu ne seras pas grise.
Amande vide, bleu roi.

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nattanatta   24 janvier 2016
COMPTE LES AMANDES

Compte les amandes,
compte ce qui était amer et t’a tenu en éveil,
compte-moi au nombre de tout cela :

je cherchais ton œil quand tu l’as ouvert et que personne
ne te regardait,
j’ai tourné ce fil secret
sur lequel la rosée que tu pensais
a glissé en bas jusqu’aux cruches
que protège une formule qui n’a trouvé le cœur de personne.

C’est là-bas seulement que tu es entré tout entier dans le
nom qui est le tien,
que tu as marché d’un pied sûr vers toi-même,
que les marteaux se sont balancés librement dans le beffroi de ton silence,
que le tout juste Entendu est soudain venu jusqu’à toi,
que le déjà-mort t’a aussi entouré de son bras,
et vous êtes allés trois en un dans le soir.

Rends-moi amer.
Compte-moi au nombre des amandes.
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palamedepalamede   14 août 2018
À hauteur de Bouche

À hauteur de bouche, perceptible :
excroissance ténèbre.

(Pas besoin, lumière, que tu la cherches, tu demeures
le filet de neige, tu tiens
ta proie.

L'un et l'autre sont valables :
Touché et Non-touché.
L'un et l'autre, avec la faute, parlent de l'amour,
l'un et l'autre veulent et exister et mourir.)

Stigmates de corolle, bourgeons, blocs ciliaires.
Œil épieur, étranger au jour.
Cosse, vraie et ouverte.

Lèvre savait. Lèvre sait.
Lèvre finit de le taire.
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palamedepalamede   21 juillet 2018
Rapport d’été

Le tapis de thym sur lequel
on ne marche plus, qu'on contourne.
Une ligne vide placée en travers
sur la bruyère des marais.
Néant porté dans les bris de vent.

Rencontres, de nouveau, avec
des mots isolés, comme :
éboulement, herbes dures, temps.
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michfredmichfred   07 février 2016
Strette.

Dé-placé dans
le territoire
à la trace non-trompeuse:

herbe-écriture désarticulée. Les pierres, blanches,
avec les ombres des brins:
Ne lis plus- regarde!
Ne regarde plus- va!

Va, ton heure
n'a pas de sœurs, tu es-
tu es chez toi. Une roue, lente,
roule d'elle-même, les rayons
grimpent,
grimpent dans un champ presque noir, la nuit
n'a pas besoin d'étoiles, nulle part
il n'y a souci de toi.
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Vidéo de Paul Celan
Les vignerons, Paul Celan Lu par Sylvia Bergé et Stéphane Varupenne
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