AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Jean-Pierre Lefebvre (Traducteur)
EAN : 9782070403110
376 pages
Gallimard (25/11/1998)
4.21/5   61 notes
Résumé :
Cette édition propose un choix de poèmes réalisé par Celan lui-même. C'est le parcours de l'auteur dans son œuvre. L'extrême dispersion des éditions de Celan en français confère à ce livre une fonction d'éclaireur, de viatique. Celui-ci invite à plus qu'à la découverte d'un poète majeur de ce siècle : il favorise une approche qui se change en reconnaissance.
À l'effrayante question : comment écrire après Auschwitz ? Celan répond : en usant du langage de la mo... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  04 février 2016
Un recueil , une anthologie plutôt mais dont le choix, la disposition, la présentation bilingue sont voulus par l'auteur lui-même qui en a décidé en 1968. Pas de poèmes, donc, des dernières années de la vie de Celan, marquées par la dépression, la folie, et closes par son suicide, dans la Seine, où il s'est jeté depuis le pont Mirabeau -hommage macabre et cruel à un autre poète, Apollinaire?
L'édition de la NRF Poésie est argumentée, intelligemment présentée, commentée et annotée par J.P. Lefebvre.
La chose était nécessaire: la poésie de Celan est difficile, hermétique, de celles où on entre sur la pointe des pieds - une sorte de noir sanctuaire du néant, habité d'effroi où se dessine une parole sobre, au souffle coupé. On y retrouve les vocables de la poésie - cristal, nuit, étoile, amande, oeil...- mais accouplés différemment, déliés de leur imagerie poétique usuelle et réconfortante.
Un autre poète, Theodor Adorno, disait qu'il ne pouvait y avoir de poésie après Auschwitz. Paul Celan, dont les parents moururent dans la grande catastrophe de la Shoah, semble vouloir braver cet interdit: il écrit, dit Lefebvre, non une" poésie de l'après-Auschwitz, mais une poésie d'après Auschwitz". D'où cet agencement nouveau des mots, qui crée un nouveau langage, fait pour un monde hanté par la disparition des êtres et la destruction des valeurs.
C'est devant un grand tableau d'Anselm Kiefer que j'ai rencontré Paul Celan pour la première fois: Oh Halme, ihr Halme, Oh Halme der Nacht ..- Oh épis, vous épis, ô épis de la nuit- Je suis restée pétrifiée devant un champ immense, granuleux et sombre, tout hérissé de chaumes calcinés et blessants, à l'horizon duquel le ciel noir était couvert, oui couvert, par le poème de Celan, écrit à l'encre blanche, de la main appliquée et un peu tremblante de Kiefer...
Je me suis jetée sur le Choix de poèmes de Celan et l'ai lu d'une traite. Je n'y ai pas trouvé mon poème...et comme je ne connais pas l'allemand, il reste pour moi comme une incantation en noir et blanc sur un paysage concentrationnaire, une formule mystérieuse et pleine de douleur, et c'est sans doute aussi bien comme cela.
Sur le tableau de Kiefer le poème de Celan est moins seul.


+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          376
dbacquet
  06 octobre 2011
Paul Celan est quelqu'un à qui on a tout pris, un déraciné que l'histoire emporte. Sa poésie est minérale, crépusculaire. Elle a la taille d'une blessure et les silences alternent avec les cris, le visible avec l'invisible.
Commenter  J’apprécie          330
ThibaultMarconnet
  16 avril 2021
Trouer la bouche morte du ciel
« Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends / wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts / wir trinken und triken / wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng » (« Lait noir de l'aube nous le buvons le soir / le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit / nous buvons et buvons / nous creusons dans le ciel une tombe où l'on n'est pas serré »). Ainsi commence Todesfuge ("Fugue de mort") dans l'admirable traduction de Jean-Pierre Lefebvre, l'un des poèmes les plus douloureux qu'un homme ait pu écrire pour parler des camps de la mort : ces points noirs fruits d'une immonde cartographie. Cet habité du langage poétique perdit ses parents qui moururent dans un camp d'internement, après avoir creusé leur propre tombe dans le lait noir de l'aube... Cet homme, ce poète de langue allemande et d'origine roumaine ; ce juif qui échappa aux chambres à gaz grâce à un maigre sursis au sein d'un camp de travail forcé, finit pourtant par se suicider en 1970 à l'âge de 49 ans, après s'être jeté depuis le Pont Mirabeau dans la Seine, ce sale miroir couleur de boue ; son corps de plume, lourd d'une encre ténébreuse, balancé comme un boulet d'amertume dans ce Styx parisien qui lui ouvrit ses bras ainsi qu'une mère embrasse un enfant au coeur gonflé de larmes. Cet homme hanté par le sang de sa mémoire et qui avait choisi de rejoindre la cendre des siens, c'était Paul Celan : le plus grand poète de langue allemande que connut le XXe siècle.
Alors que le philosophe Theodor Adorno proclamait le fait qu'« écrire un poème après Auschwitz est barbare » ; de sa lance poétique, celui qui n'était alors qu'un inconnu, remua la poussière des morts pour témoigner de ce qui fut, pour qu'une parole puisse apporter un peu de présence aux absents dont la seule tombe fut l'implacable vide du ciel. Et cet homme tourmenté, traînant avec peine son âme ainsi qu'un éternel drap noir de deuil, à force de former dans sa bouche des mots de fantôme pour tenter d'exprimer l'indicible, devint à son tour un absent : la vie s'écoula de son sein comme l'eau qui file entre les doigts d'une main. Mais sa parole avait fendu la mer sanglante du passé et désormais rien ne serait plus comme avant.
Paul Celan avait su trouer le silence obstiné de la bouche morte du ciel. Pour finir, je tiens à laisser la parole à Henri Michaux, autre grand poète, qui écrivit ces vers pour exprimer le suicide de son ami : « Partir. / de toute façon partir. / le long couteau du flot de l'eau arrêtera la parole. »
© Thibault Marconnet
Le 16 juin 2014
Lien : http://le-semaphore.blogspot..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          203
frandj
  10 juin 2018
Que sais-je de Paul Celan ? pas grand-chose: qu'il était juif, avait échappé à la Shoah, était polyglotte, a connu l'exil et s'est définitivement installé en France. Une existence compliquée, très différente de ma petite vie à moi. Quand je lis ce recueil, je m'attends à ce qu'il évoque son parcours particulier et peut-être aussi ses amours. En réalité, je n'ai trouvé dans ses poèmes qu'un écho lointain et assourdi de tout cela. Sauf dans de rares pièces, rien n'est explicite, tout est elliptique. Pour que j'identifie les sentiments qui ont inspiré Celan et pour entrer personnellement en résonance avec lui, il faudrait que je lise entre les lignes – et je ne sais pas le faire. De plus, son écriture et (sans doute aussi) la langue qu'il a choisie pour écrire sont lapidaires, sans développement et sans complaisance lyriques. Ses poésies sont comme des petits diamants bruts, de grande valeur certes, mais sans joliesse. Les lecteurs peuvent être surpris par l'étrangeté de ces textes et éprouver une impression de perplexité. Cependant, cette lecture est pour moi une découverte que je ne regrette pas.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          71
LudwigduBouillon
  18 janvier 2018
j'ai découvert Paul Celan à 'occasion de l'exposition Monumenta d'Anselm Kieffer au grand palais et acquis " le choix de poèmes" en édition bilingue dans l'excellente collection poésie / Gallimard . certains poèmes sont d'accès difficile et je les lis en traduction, mon allemand a bien rouillé.
Commenter  J’apprécie          20

Citations et extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   25 juin 2022
J'AI ENTENDU DIRE



J'ai entendu dire : il y a
dans l'eau une pierre et un cercle
et au-dessus de l'eau une parole
qui met le cercle autour de la pierre

J'ai vu mon peuplier descendre à l'eau,
j'ai vu son bras aller s'accrocher dans la profondeur,
j'ai vu ses racines supplier le ciel que vienne une nuit.

Je n'ai pas couru derrière lui,
j'ai seulement ramassé par terre la miette
qui de ton œil a la forme et noblesse,
j'ai ôté à ton cou la chaîne des formules
et j'en ai ourlé la table où la miette se trouvait maintenant.

Et je n'ai plus vu mon peuplier.


/traduit de l'allemand par Jean-Pierre Lefebvre
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
CreisifictionCreisifiction   20 avril 2021
PSAUME

Personne ne nous pétrira de nouveau
de terre et d'argile,
personne ne soufflera la parole sur notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
C'est pour te plaire
que nous voulons fleurir.
A ton encontre.

Un Rien,
voilà ce que nous fûmes, sommes
et resterons, fleurissant:
la Rose de Néant, la
Rose de Personne.

Avec
le style lumineux d'âme,
le filet d'étamine, ravage du ciel,
la couronne rouge
du mot pourpre que nous chantions,
au-dessus, ô, au-dessus
de l'épine.

PSALM

Niemand knetet uns wieder aus
Erde und Lehm,
niemand bespricht unsern Staub,
Niemand.

Gelobt seist du, Niemand.
Die zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen.

Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden
wir bleiben, blühend:
die Nicths-, die
Niemandsrose.

Mit
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswürst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sangen
über, o über
dem Dorn.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
michfredmichfred   04 février 2016
Mandorle.

Dans l'amande- qu'est-ce qui est dans l'amande?
Le néant.
C'est le néant qui est et se tient dans l'amande.
Il est là et continue d'être.

Dans le néant-qui donc est là et se tient? Le roi.
C'est le roi qui est là, le roi.
Il est là et continue d'être.

Boucle de juif, tu ne seras pas grise.

Et ton œil - vers quoi se tient-il ton œil?
Ton œil se tient et fait face à l'amande.
Ton œil, c'est au néant qu'il fait face.
Il se tient et reste du côté du roi.
C'est comme ça qu'il est, tient, continue d'être.

Boucle d'homme, tu ne seras pas grise.
Amande vide, bleu roi.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
palamedepalamede   14 août 2018
À hauteur de Bouche

À hauteur de bouche, perceptible :
excroissance ténèbre.

(Pas besoin, lumière, que tu la cherches, tu demeures
le filet de neige, tu tiens
ta proie.

L'un et l'autre sont valables :
Touché et Non-touché.
L'un et l'autre, avec la faute, parlent de l'amour,
l'un et l'autre veulent et exister et mourir.)

Stigmates de corolle, bourgeons, blocs ciliaires.
Œil épieur, étranger au jour.
Cosse, vraie et ouverte.

Lèvre savait. Lèvre sait.
Lèvre finit de le taire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
coco4649coco4649   18 septembre 2014
LA NUIT, quand le pendule de l'amour balance
entre Toujours et Jamais,
ta parole vient rejoindre les lunes du cœur
et ton œil bleu,
d'orage tend le ciel à la terre.

D'un bois lointain, d'un bosquet noirci de rêve
l'Expiré nous effleure
et le Manqué hante l'espace, grand comme les spectres du futur.

Ce qui maintenant s'enfonce et soulève
vaut pour l'Enseveli au plus intime :
embrasse, aveugle, comme le regard
que nous échangeons, le temps sur la bouche.

p.71
Extraits, PAVOT ET MEMOIRE (MOHN UND GEDÄCHTNIS), Gallimard 1998.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200

Videos de Paul Celan (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Celan
Leçon de clôture de Carlo Ossola prononcée le 09 décembre 2020. Carlo Ossola est professeur du Collège de France et titulaire de la chaire Littératures modernes de l'Europe néolatine (1999-2020).
La tradition latine au Moyen Âge et à l'époque moderne jusqu'à Érasme se fonde sur le principe des universels : « universalia tantum ». Au temps de la mondialisation et de la globalisation, ce legs possède une valeur fondamentale ; il importe de retrouver un minimum de valeurs qui puissent être partagées – l'« essentiel » – et reconnues par tous et partout : l'« universel ». Cette leçon de clôture suggère quelques points à partir desquels notre condition humaine d'abalietas – « abaliété » – constitutive de chacun de nous, peut nous montrer la voie à suivre, en lui donnant un sens qui soit véritablement orienté vers autrui : « von seiner / expatriierten / Bedeutung » (Paul Celan).
Retrouvez ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/carlo-ossola
Le Collège de France est une institution de recherche fondamentale dans tous les domaines de la connaissance et un lieu de diffusion du « savoir en train de se faire » ouvert à tous. Les cours, séminaires, colloques sont enregistrés puis mis à disposition du public sur le site internet du Collège de France.
Découvrez toutes les ressources du Collège de France : https://www.college-de-france.fr
Suivez-nous sur : Facebook : https://www.facebook.com/College.de.France Instagram : https://www.instagram.com/collegedefrance Twitter : https://twitter.com/cdf1530 LinkedIn : https://fr.linkedin.com/company/collègedefrance
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Poésie allemandeVoir plus
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Poésie allemande (73)
autres livres classés : poésieVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
1025 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre