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EAN : 9782070364671
448 pages
Gallimard (26/10/1973)
3.98/5   123 notes
Résumé :
Première édition : 1945
À quoi tient, dans "L'Homme foudroyé", cet air de fête, cette jubilation de l'écriture dont rendent mal compte un titre aux couleurs tragiques et tant d'épisodes marqués par la guerre, l'échec ou la mort. Qu'est-ce qui pousse Blaise Cendrars à écrire à son ami Jacques-Henry Lévesque que c'est là ce qu'il a fait de meilleur à ce jour, et à Raymone, sa compagne, que c'est "le meilleur livre du monde". C'est dans le traitement du temps qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Lazlo23
  20 novembre 2017
« Ça grouille, ça vit, ça voyage là-dedans » dit à Cendrars l'un de ses amis, à propos de ses livres. Et c'est vrai. Dès les premières lignes de l'Homme foudroyé, on est frappé par la vitalité de ce texte branché directement sur le courant de la vie : on y boit comme des trous, on y mange comme quatre, on y aime sans retenue et surtout on voyage à chaque page.
Car vivre, selon Blaise Cendrars, c'est d'abord « tailler la route » (ce qui en fait le précurseur direct des Cassady, Kerouac et autres dévoreurs d'espace de la Beat Generation.)
Mais s'il lui arrive à l'occasion de pousser une pointe jusqu'au Brésil, c'est surtout à la découverte de la France que notre voyageur entraîne son lecteur, au volant de ses multiples bolides, même si le pays dont il est ici question n'a rien à voir avec celui de Monsieur Perrichon : la France qu'affectionne Cendrars est en effet un pays étrange, nocturne, parfois dangereux (à l'image de cette banlieue parisienne où les différends se règlent à coups de surin) - un pays exotique, en somme, et peuplé d'êtres meurtris, abîmés par la vie, souvent guettés par la mort. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que ce livre de « souvenirs » (les guillemets sont de rigueur), commence par une scène d'épouvante vécue par l'auteur dans les tranchées :
« La guerre m'a profondément marqué. Ça, oui. La guerre, c'est la misère du peuple. » confie-t-il au détour d'une phrase, manière de souligner le caractère post-traumatique de ces mémoires.
Et cela vaut aussi pour le monde que raconte Cendrars, ces « années folles » coincées entre deux massacres, au cours desquelles toute distraction est bonne à prendre, même si les rires sont un peu étranglés.
Écrit d'une plume leste et souvent torrentielle, L'Homme foudroyé est un livre-gigogne, où chaque histoire débouche sur d'autres histoires, lesquelles donnent à leur tour naissance à de nouvelles anecdotes, sans grand souci de chronologie ni de géographie.
Pour être franc, les pérégrinations du grand Blaise ne sont pas toujours faciles à suivre, et il m'est arrivé plus d'une fois de me perdre dans son sillage ; il n'empêche, j'ai eu un petit pincement au moment de refermer cet ouvrage, premier tome d'une tétralogie dont il me tarde de poursuivre la lecture.
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Myriam3
  18 juin 2022
Dans son style inimitable, Cendrars revient sur sa vie des années 1900 à 1945 par des correspondances d'idées faussement spontanées. Car tout est lié dans une vie sous la forme d'une spirale peut-être, qui absorberait le temps.
Cendrars agace, sous ses airs de gars viril à qui on ne la fait pas, une sorte de Lino Ventura qui tient les rênes en main. Mais, c'est un raconteur hors norme quand il nous emmène dans cette France qui n'existe plus, cette France rurale de Provence ou celle de la grande et petite ceinture parisienne avec ses terrains vagues joyeux et semi-clandestins. Tout une partie du roman est consacrée aux gitans qu'il a fréquenté, aimé et dont il a appris les coutumes et traditions. Sous prétexte d'amener Fernand Léger rencontrer ce monde interlope, c'est le lecteur qu'il tient par la main.
On y apprend aussi davantage sur ce Gustave Lerouge dont tout curieux de Cendrars a entendu parler.
Alors oui, il agace le bonhomme qui collectionne le champ lexical péjoratif de la femme (mégère, garce, pie voleuse..) mais il reste unique dans son style écrivain - routard, tellement hors des sentiers battus des années 40.
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Nicolas9
  18 septembre 2016
Publié en 1945! par Denoël, ce "roman" n'en est pas vraiment un. Il s'agit plutôt des carnets autobiographiques d'un baroudeur suisse qui a combattu volontairement pour la France en 1914-1918. C'est d'ailleurs dans les tranchées que débute le récit. Avec une bonhommie feinte, Cendrars raconte une série d'anecdotes savoureuses sur le quotidien des poilus.
Puis, sans transition, on se retrouve à Marseille, une ville dont le génial manchot adore le faux désordre et la ruse de ses habitants.
Mais la partie que j'ai le plus appréciée, c'est celle où le narrateur se met au vert dans une calanque un peu perdue, histoire de finir son roman... Avec beaucoup de tendresse, il décrit alors par le menu toute la faune humaine qui vivote grâce à la pêche, au tourisme et à la cueillette des herbes aromatiques et autres plantes bienfaisantes. A nouveau, Cendrars fait preuve d'une grand sincérité envers le lecteur dans le mesure où il se montre (presque) tel qui est, avec ses doutes, ses errements, ses angoisses à peine voilées... le tout, au milieu d'une nature sauvage et faussement amicale qui oblige justement chacun à se voir tel qu'il est. Au point qu'un dandy de passage finit par se jeter du haut de la falaise.
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Achillevi
  16 mai 2020
Une oeuvre assez déroutante. Blaise Cendrars relate de manière décousue les principales étapes de sa vie, où chaque page est l'occasion d'une digression dont on ne sait plus si elle devient la trame principale du chapitre, ou si l'on va revenir au point initial. le style lui-même est un mélange de gouaille, de poésie et de belle littérature, souvent érudite.
C'est également l'occasion de découvrir la vie haute et couleur d'une banlieue parisienne qui se déploie entre les deux guerres, sombre et lumineuse à la fois, où des personnages improbables se croisent, s'affrontent et s'aiment. C'est aussi une évocation de Marseille, loin des pagnolades, mais sans en être totalement étrangère, où l'auteur vit une belle aventure avec une femme en noir qu'il nous relate avec talent.
Enfin, un très long passage en surplomb de la calanque de la Redonne, près de Carry le Rouet, où se déploie un univers bariolé, ensoleillé et parfois emprunt de mystère.
Le tout étant ouvert par le souvenir le plus marquant de sa vie et probablement qui en a constitué sa matrice, l'épreuve des tranchées, la perte de son bras droit et l'image imprimée à jamais d'un poilu projeté dans les airs, foudroyé par un obus et dont ne restera plus qu'un pantalon sanguinolent.
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Colchik
  23 avril 2020
Cette oeuvre autobiographique de Cendrars inaugure ses mémoires qui s'organiseront autour de quatre volumes, L'homme foudroyé, La main coupée, Bourlinguer et le lotissement du ciel.
Le premier récit de L'homme foudroyé, intitulé Dans le silence de la nuit, retrace les souvenirs de guerre de Cendrars, engagé dans la Légion étrangère en 1914 et démobilisé en 1915 après avoir été blessé et amputé du bras droit lors de l'offensive de Champagne. La seconde partie, le vieux port, rassemble des souvenirs sur Marseille et les calanques alentour, un éparpillement de considérations historiques, mystiques, de sensations, d'anecdotes de voyage. Quant aux Rhapsodies gitanes, elles s'organisent autour de Sawo, le légionnaire déserteur, et sa famille de gitans. Il n'existe pas de fil conducteur dans le récit du poète, pas de chronologie précise à laquelle le lecteur pourrait se raccrocher. L'écrivain donne chaque fois l'impression de jeter un caillou sur la surface de sa mémoire et de suivre chacun des cercles concentriques nés de l'impact, dans une digression qui nous éloigne toujours plus du propos initial. Ce semblant de spontanéité peut désarçonner le lecteur comme l'enchanter ; à la manière des enfants happés par la musique envoûtante du joueur de flûte de Hamelin, nous suivons la ligne sinueuse d'une écriture qui nous enferme dans un labyrinthe merveilleux.
Le merveilleux, tout est là. Bravoure échevelée, repas pantagruéliques, saouleries phénoménales, disgrâces épouvantables, perversions sophistiquées, misère crasse, fortunes colossales, crimes abjects, l'écriture de Cendrars procède à une transmutation du réel : nous entrons dans un palais des glaces et n'en trouvons plus la sortie. Où est la vérité ? Autant poser la question à un fakir. Tout est vrai, tout est biaisé par la recomposition permanente du souvenir, ou plus exactement par la volonté de l'écrivain d'extraire un conte pour les petits Poucet que nous sommes, perdus dans cette grande forêt des ombres.
Après un midi âpre, ensoleillé, nous découvrons un Paris de l'obscurité, une banlieue misérable, lépreuse, celle des fortifications et des barrières. Un monde trouble, dangereux où le père François, roulier à la retraite, manie le fouet sur une population de miséreux logés dans des wagons de chemins de fer, où les tribus tziganes lâchent leurs ours sur les campements, où les petits enfants sont volés et mutilés. le merveilleux mêlé à l'effroyable.
Et les femmes dans ce bazar de fête foraine ?  « J'aime trop la femme pour ne pas être misogyne » dit Cendrars, jamais avare d'un paradoxe, avec une mauvaise foi digne d'un maquignon. La femme fait peur, rôde, menace, vole, répugne. Diane de la Panne est une vierge qui manie les armes avec dextérité, dangereuse pour le naïf qui, comme Actéon, pourrait finir dévoré par ses chiens, c'est-à-dire ses désirs inassouvis. La Mère, figure tutélaire du clan Sawo, a consommé quatorze maris, et les trois Marie, ses filles, sont des Moires, fileuses de destin et de mort (elles participent à la chasse de Marco-le-Transylvanien, condamné par la vendetta). Marthe, la femme du polygraphe Gustave le Rouge, a le visage coupé en deux par un coup de fouet, blessure purulente – image du sexe féminin ? – et elle s'enfonce dans une déchéance physique de plus en plus affreuse. Paquita, la richissime Mexicaine, sorte de fourmi dévoreuse, s'achète des maris désargentés et élève ses enfants comme des pucerons. La seule qui échappe à ces portraits pétris de méfiance et de terreur est Antoinette, la fille du scaphandrier, séduite à peine sortie de l'adolescence par le jeune Cendrars, mais sans cesse menacée par la prostitution. Illustration étonnante, Cendrars détaille longuement une pièce de théâtre jouée par le Grêlé, gitan fou de théâtre, La peau de l'ours, qui évoque de nouveau le mythe de la femme croqueuse d'hommes et dont les goûts bestiaux la font séduire un ours bientôt réduit en esclavage. Partout, il y a une peur de la femme, presqu'un dégoût, qui révèle une sexualité probablement troublée.
Blaise Cendrars appartient à cette catégorie d'écrivains où la sur-dimension est constitutive de l'écriture et de l'oeuvre, comme Vladimir Nabokov, ou Henry Miller. On les aime comme des ogres porteurs de vertige.
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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
JcequejelisJcequejelis   03 mars 2014
« Mon cher Edouard Peisson - ... j'ai pris feu, dans ma solitude, car écrire c'est se consumer...
« L'écriture est un incendie qui embrase un grand remue-méninge d'idées et qui fait flamboyer des associations d'images avant de les réduire en braises crépitantes et en cendres retombantes. Mais si la flamme déclenche l'alerte, la spontanéité du feu reste mystérieuse. Car écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres.
« Ou ne crois-tu pas, tout simplement, que les marins comme les poètes sont beaucoup trop sensibles à la magie d'un clair de lune et à la destinée qui semble nous venir des étoiles, sur mer, sur terre, ou entre les pages d'un livre quand nous baissons enfin les yeux et nous détournerons du ciel, toi, le marin, moi, le poète, que tu écris et que j'écris, en proie à une idée fixe ou victimes d'une déformation professionnelle ? (21 août 1943)

1639 - [Le Livre de poche n° 535/6, p. 13]
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nadejdanadejda   13 avril 2012
Et alors, j'ai pris feu dans ma solitude car écrire c'est se consumer...
L'écriture est un incendie qui embrase un grand remue-ménage d'idées et qui fait flamboyer des associations d'images avant de les réduire en braises crépitantes et en cendres retombantes. Mais si la flamme déclenche l'alerte, la spontanéité du feu reste mystérieuse. Car écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres.
(Lettre à Edouard Peisson, Aix-en-Provence le 21 août 1943)
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VALENTYNEVALENTYNE   23 octobre 2014
Un des grands avantages de La Redonne était que les automobiles n’y descendaient pas et quand je vis le sort qui attendaient celles qui s’y risquaient, je compris l’indifférence dont les pêcheurs avaient fait montre le soir de mon arrivée et pourquoi personne n’avait réagi à mes appels de klaxon.. En effet, sur dix autos qui descendaient neuf ne pouvaient pas remonter la côte, ce dur raidillon qui menait à la gare et qui ressemblait beaucoup plus au lit desséché d’un torrent qu’à un chemin, même mauvais, et c’était la croix et la bannière pour se procurer un attelage de renfort, les huit pêcheurs de La Redonne ne possédant pas d’animal de trait et les vignerons d’Ensuès ne prêtant leurs mulets que de très mauvaise grâce pour concourir au dépannage des touristes citadins, dont tout le pays se gaussait en les voyant partir penauds, Monsieur au volant, Madame rougissant de honte, derrière cinq ou six mulets attelés en flèche qui tiraient à hue et à dia, excités par les cris de petits loqueteux qui faisaient claquer leur fouet parmi les jurons, les lazzis et les rires, démarrant enfin, souvent après des journées et des journées d’attente, d’énervement, de jérémiades, de vains coups de téléphone à Marseille où tous les garagistes se méfiaient connaissant de renommée le grimpaillon de La Redonne, de courses éplorées dans la région pour trouver un cheval de renfort, le porte-monnaie à la main et des promesses de récompenses pour qu’on les hisse là-haut, jusqu’à la route bénie ! Ma popularité et, finalement mon adoption par les huit, je le devais à ma voiture , dont ils me faisaient compliments à voir avec quelle aisance elle m’arrachait, m’enlevait, gravissait la côte funeste sans renâcler. » ça c’est un moteur! » disaient-ils.
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LevantLevant   21 avril 2018
L'écriture est un incendie qui embrase un grand remue-ménage d'idées et qui fait flamber des associations d'images avant de les réduire en braises crépitantes et en cendres retombantes. Mais si la flamme déclenche l'alerte, la spontanéité du feu reste mystérieuse. Car écrire, c'est brûler vif, mais aussi renaître de ses cendres.
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ColchikColchik   18 avril 2020
J’ai rapporté du front de la guerre de 1914 une habitude de soldat qui est de me lever avant l’aube et de me mettre immédiatement au boulot. Il est vrai que je n’astique pas des armes. J’écris. Et me remémorant l’avis de Rémy de Gourmont, j’écris deux heures par jour. Deux heures qui ne doivent rien à personne. Ceci fait, je suis libre, libre pour toute la journée, et je puis flâner, rêvasser, perdre mon temps à cœur que veux-tu, imaginer des romans, lire peu ou à en perdre le souffle, jouir de la paresse qui est le fond de mon tempérament […]
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