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EAN : 9782070448722
544 pages
Gallimard (12/04/2013)
  Existe en édition audio
3.78/5   164 notes
Résumé :
Paris 1761, dans le rougeoiement crépusculaire de la monarchie, une couleur nouvelle apparaît, un "jaune vie" éclatant, qui va révolutionner d'un sourire l'art pictural.

Frangonard invente le bonheur... et Sophie Chauveau, avec le talent si particulier qui est le sien, brosse avec un formidable luxe de détails, la fresque foisonnante et méconnue de ses soixante-quatorze années d'existence.

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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
3,78

sur 164 notes
Si on me dit « Fragonard », je réponds « L'escarpolette », et c'est à peu près tout.
Enfin ça, c'était avant ! Avant la lecture de cette biographie romancée, vive, pleine d'allant, dynamique, joyeuse, comme Fragonard, quoi.

Car oui, si vous lisez la vie de Fragonard, vous comprendrez pourquoi on l'associe au bonheur. Depuis sa naissance à Grasse jusqu'à sa mort à Paris, Fragonard a traversé le 18e siècle et l'a parfumé d'enthousiasme et de goût de la vie. Enfin, je mets quand même une sourdine à ma phrase : depuis la mort de sa fille, tout s'est éteint à l'intérieur de lui, quoiqu'il fasse montre d'un semblant de bonheur, par courtoisie.
Cultivant l'amitié, l'amour de sa famille et la passion pour son art, il a connu un succès marqué et marquant.
A ses côtés, évoluent Boucher, Chardin, Greuze, Hubert Robert, David, Gros, Diderot également…
Il a traversé la Révolution, très bien narrée, avec son cortège d'horreurs et d'excentricités grimaçantes.
Toutes les personnes sont racontées avec passion par Sophie Chauveau, qui les rend à nouveau vivantes en les croquant avec leurs tics, leurs tocs, leurs bons côtés, leurs petits travers et leurs mauvais penchants.

Vraiment, je vous conseille ce roman (dont le seul défaut est d'être loooooong car répétitif à souhait) pour vous plonger dans une époque, pour analyser des oeuvres des plus grands peintres dans leur mise en contexte.
J'ai vraiment aimé me documenter de cette manière, et je peux dire que oui, maintenant, je suis devenue une intime de Frago.
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Je gardais cet ouvrage pour la bonne bouche, me souvenant avec délices de « La Passion Lippi » du même auteur, publié en 2004. Je l'ai lu avec intérêt, certes, mais sans le plaisir attendu. Qu'y manque-t'il au juste ? En fait, il est trop : trop documenté, trop dense, trop romancé. On ne sait plus s'il s'agit d'un roman historique ou d'une biographie.

Et c'est vrai que la vie de Frago – ainsi signait Jean-Honoré Fragonard (1732 – 1806) – ressemble à un roman. Fils d'un ouvrier gantier un peu escroc, issu d'une famille tentaculaire d'origine italienne rassemblée à Grasse oeuvrant dans la parfumerie et les gants, il « monte » à Paris dès l'âge de 6 ans et développe rapidement ses talents extraordinaires de dessinateur, puis de peintre. Il est reçu au Grand Prix de Rome avec un fantastique tableau de genre historique « Jéroboam sacrifiant aux idoles », fera le Grand Tour en Europe grâce à un mécène mal embouché et surtout rencontrera d'autres peintres qui seront ses indéfectibles amis, en particulier Hubert Robert et l'Abbé de Saint Non.

Le grand mérite du livre est de nous donner à voir le quotidien des artistes de ce siècle des Lumières qui se termine si dramatiquement dans les affres de la Révolution. Chardin, Boucher, Natoire, Greuze, Carle Vernet puis son fils Horace, Hubert Robert le bon géant, Gros, et surtout Jacques-Louis David, l'homme de pouvoir qui soutient Frago toute sa vie, Vien, Prud'hon … Nous les regardons dans le couloir des galeries du Louvre, où le Roi les héberge et d'où l'Empereur les délogera en 1805.

Frago est un homme de petite taille, à la tignasse rousse indomptée et aux yeux gris, tellement spirituel, modeste, gentil, souriant qu'il séduit tout le monde, et en particulier toutes les femmes. Sa peinture en atteste, avec des scènes friponnes qui font les délices des acheteurs. Jusqu'à ce qu'il épouse une de ses cousines, Marie-Anne Gérard, qui l'adore et lui fera une vie confortable en gérant ses commandes. Accessoirement, c'est aussi une miniaturiste de talent. Elle fait venir auprès d'elle sa très jeune et belle soeur, Marguerite. le livre nous livre alors un secret : Alexandre-Evariste, le fils de Jean-Honoré né en 1780, est son enfant à elle, et non celui de Marie-Anne, qui n'a donné naissance qu'à la gracieuse Rosalie, née en 1769. Lorsque Rosalie meurt en 1788, son père est inconsolable et ne retrouvera jamais sa joie et de vivre et de peindre.

Fragonard est un maître absolu du mouvement et de la couleur, en particulier ce jaune de Naples qu'il applique partout. Il a pour seuls élèves sa jeune belle-soeur, qui aura son heure de gloire en fréquentant assidûment Joséphine de Beauharnais , puis son fils, avec lequel il entre très tôt en opposition, et qui deviendra un des chantres du style « Troubadour » très prisé au début du XIXème siècle. La Révolution passera en ruinant la famille, mais le peintre est déjà passé de mode pour être soupçonné d'avoir donné trop de gages aux anciens despotes…

En tous cas, la lecture de ce livre m'a furieusement donné envie d'aller au Louvre pour voir d'un oeil nouveau les grands (et même les petits maîtres du XVIIIème siècle. Ce n'est pas le moindre de ses mérites, mais on aurait pu éviter certaines longueurs.

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Sophie Chauveau, toujours aussi pédagogue.
Après nous avoir emmené à Florence avec Lippi, Botticelli et Vinci, puis à Paris sur les pas de Diderot, Sophie Chauveau nous décrit de nouveau le monde de la peinture d'une façon claire et sensible. J'ai redécouvert toute une époque.
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Plus qu'une biographie, Fragonard, l'invention du bonheur est un roman. Bien que merveilleusement documenté, il lui manque la rigueur pour entrer dans la catégorie biographie: l'auteur s'offre des libertés, se met dans la tête de Fragonard, estime à tout bout de champ savoir exactement ce qu'il pense, pousse même le culot jusqu'à estimer qu'Alexendre-Evariste, fils du peintre si célèbre et lui-même peintre, n'est pas le fils du lit conjugal mais le fils d'une liaison avec sa belle-soeur, la miniaturiste....
Malgré cet énervant travers, il y a de très bonnes choses dans ce roman, à commencer par l'ambiance. Pas tellement au début quand l'auteur nous conte l'enfance grassoisse de Frago, mais à Paris ! Au Louvre! On peut presque sentir la peinture et entendre l'ambiance quand il s'installe dans la galerie du Louvre, qu'Henri IV avait dédié aux artistes et d'où Napoléon les chassera. C'est l'occasion de se remettre dans l'oreille le nom de tous les grands artistes de cette époque et de voir la Révolution et les bouleversements qui suivront sous un prisme ma foi inhabituel, du point de vue de tous ces peintres qui travaillaient sous l'Ancien Régime, en sont suspects, qui vont devoir s'adapter aux modes, mais aussi à la disparition des commanditaires, qui vont voir le monde changer et bouleverser leurs vies qui ne tendaient qu'à l'Art.
Hélas quelques longueurs mais un livre que je suis tout de même contente d'avoir lu.
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1606-1806. Durant deux cents ans, peintres, sculpteurs graveurs et tapissiers du Roy se verront « protégés », dans la partie basse de la grande galerie du Louvre.
Logements, ateliers. le Louvre était un véritable capharnaüm. Continuellement en mouvement, rempli de bruit, de vie. On travaillait au Louvre. On traversait les périples de l'Histoire. On s'entraidait. On apprenait, on éduquait, on discutait, on comparait, on élaborait,on s'aimait, on s'engueulait, on y naissait, on y mourrait aussi.
Jamais fini, toujours en travaux, D'Henri IV à Louis le 16e. Bonaparte y mettra fin. Il faut de la place pour entasser les oeuvres que l'Empereur s'approprie lors de ses conquêtes.
Place ! il faut faire place. «"Qu'on me foute tous ces bougres à la porte ! ».
La Pompadour n'est plus. Marigny non plus. Les artistes quittent le Louvre, les ateliers n'existent plus. Boucher, Chardin Fragonnard, David, Greuze, La Tour, Marguerite Gérard, et « Frago », Jean-Honoré Fragonard, L'enfant de Grasse, le diablotin, amoureux fou du bonheur et de la vie. Frago avec ses chiens, et toute sa ménagerie, Frago qui arpentait les jardins des Tuileries en promenant « Flemmard ».
Il aurait du être gantier parfumeur, il aurait pu. Mais le goût des couleurs l'a pris au berceau. Sa mère ne voulait pas qu'il soit l'esclave d'une famille, d'une corporation. Alors ce sera Paris. Pour la vie.
«  Ce peintre de magie »comme l'appelaient Edmond et Jules de Goncourt. Ce nouvel Fa-presto. le peintre des couleurs, de la lumière, du mouvement. Des batailles d'oreillers, des gueules d'anges, des escarpolettes, des verrous, des orages, des chemises enlevées, du feu aux poudres, des grands secrets, des liaisons dangereuses, des baisers volés, des coquettes, de l'instant, des rubans envolés, des linges éveillés, des dentelles froissées , quelques moments pour l'éternité , et du soleil, son soleil toujours un peu, beaucoup, toujours, partout.
Et puis 1793. Un torrent de sang se met à couler sur les pavés de Paris, noire de sang. Tout ce sang pour nourrir l'Empire. Peu à peu Frago en perd le goût des couleurs. Il referme la boite de ses pigments. Terminé, il ne peindra plus jamais. le sang s'est écoulé le long du temps, le Louvre est à présent un musée. Plus rien des ateliers, plus de cris, plus d'odeurs de soupe mêlées aux effluves des huiles et des vernis, plus de cavalcades d'enfants, plus de claquements de portes, de jappements, de poussière de plâtre, de coups de burin et de marteaux, rien.... juste tout ce qu'ils nous ont donné.

Astrid Shriqui Garain
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Les arrivages de la Belgique annexée font remuer à Frago des centaines de tableaux pour les identifier. Ensuite, à lui d'attester un nom sur chaque oeuvre. Il reconnaît et repêche un Ribera dit l'Espagnolet. Des dessins des maîtres de Cologne aux grands tableaux de Rubens venus d'Anvers, des Rembrandt du Stathouder de Hollande, c'est lui qui les accueille, les trie, les identifie. Irremplaçable dans sa connaissance des petits maîtres décadents. Il est le plus précis sinon le plus expert dans l'identification des dessins. Il y met tout son coeur. La minutie, la patience qu'il déploie le tiennent éloigné des lieux où l'on verse le sang de leurs propriétaires. Il redoute de croiser sur une charrette un ci-devant avec qui il aurait jadis soupé, qu'il aurait portraituré...il préfère aller arpenter au loin les allées des parcs privés, ou s'enfermer pour rédiger des rapports sur les propositions d'acquisitions ou sur les restaurations en cours. Il inaugure toutes sortes de métiers, de conservateur de musée à directeur du personnel. S'inquiétant de la sécurité des collections à la rémunération ou l'approvisionnement en bois de chauffage des gardiens. p.334
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Fragonard s'assoit devant "La Ronde de Nuit" et ne bouge plus. Sous le choc, il demeure là figé, en tétanie devant "Le Repas de la garde bourgeoise" aussi. Après plusieurs jours de sidération où chaque matin, il revient s'asseoir devant ces chefs-d'oeuvre, médusé, il entreprend de les copier. Rembrandt surtout l'hypnotise. Chez Veermer, il est comme chez lui. Chez Ruysdael tout l'enchante mais Rembrandt, c'est autre chose. Il le fait basculer dans un autre monde.
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Qu'elle raconte des massacres ou mette en scène la vie quotidienne, toute peinture parle de l'instant fragile où l'on peint. Un tableau ne témoigne jamais que du point de vue de l'artiste, des techniques en cours, des pigments à la mode, des cadrages actuels... La peinture en dépit qu'elle en ait, parle d'abord toujours de peinture. La Grandeur, les thèmes éternels, fondateurs de toute civilisation, sont pareillement donnés à lire au travers de l'ordonnance d'un jardin que dans une Annonciation ou le regard d'un enfant d'aujourd'hui.
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Combien de peintres font les pires bassesses pour obtenir ces commandes qu'il dédaigne ? Frago au contraire supplie l'Académie de l'exempter d'exécuter le plafond de la galerie d'Apollon, commande royale tout de même, sous prétexte qu'il n'a pas le temps. Et on l'en libère ! En contrepartie, l'Académie lui commande un autre tableau qu'il n'exécute pas davantage. Il n'a toujours pas le temps de s'ennuyer.
Il est libre.
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- Moi, j'en viens de ton peuple, cher maître, et je peux te jurer qu'à aucun moment, il ne se soucie d'acheter une oeuvre d'art ni même d'y penser. C'est peut-être dommage mais c'est comme ça. L'art n'entre pas dans sa vie. Le peuple ! Il ne sait même pas à quoi ça pourrait lui servir, une oeuvre d'art ! Pour le peuple, les choses servent ou n'existent pas. Seuls les nobles et les fermiers généraux ont les moyens de s'entourer de beauté.
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