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ISBN : 2738118410
Éditeur : Odile Jacob (05/10/2006)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 85 notes)
Résumé :
" On peut découvrir en soi, et autour de soi, les moyens qui permettent de revenir à la vie et d'aller de l'avant tout en gardant la mémoire de sa blessure. Les chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilité.

Etre invulnérable voudrait dire impossible à blesser. La seule protection consiste à éviter les chocs qui détruisent autant qu'à éviter de trop s'en protéger.

Chaque âge possède sa force... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
02 octobre 2015
Lu il y a longtemps, puis oublié dans un coin (ce qui n'est déjà pas un bon signe en soi), je retrouve ce livre du copain Cyrulnik récemment. Cinq ans plus tôt, je m'enthousiasmais pour son livre « Mémoire de singe et paroles d'hommes » et j'enchaînai presque aussitôt avec « de chair et d'âme ». Dans cet élan plein de bonne volonté, je gardais un souvenir plutôt positif de cette lecture. Mais les années passent et laissent la possibilité de prendre ces distances avec un auteur bien dragueur. Alors, quand on le retrouve, faire les beaux yeux ne sert plus à rien si on se rend compte que le contenu est inconsistant.

Boris Cyrulnik profite de la mode du tout-biologique pour nous expliquer comment notre caractère et nos émotions peuvent être expliqués par les observations neurologiques récentes. Il ajoute que ces observations biologiques, qui découlent d'une grande part de génétique, ne peuvent se justifier à elle seule, et il nous baratine sur l'importance du facteur environnemental. Je me souviens qu'au collège, en classe de quatrième ou de troisième peut-être, on nous enseignait déjà à peu près la même chose : le terrain génétique n'explique pas tout et l'environnement peut venir foutre un grand coup de pied là-dedans pour redistribuer toutes les cartes.

Pas de révélation folle dans ce livre, rien que du bon sens : les introvertis préfèrent les situations de vie sécurisantes, les extravertis préfèrent prendre un peu de risque, entre les deux, chacun se démerde pour comprendre sa situation. Pas de révélation folle, mais des semi-conclusions qui sentent le raccourci à plein nez. On apprend par exemple que les vieux se réfugient de plus en plus auprès de Dieu à mesure que les derniers copains passent l'arme à gauche (le clivage générationnel serait donc si profond que les vieux ne peuvent plus communiquer avec leurs descendants). On apprend également que la mère est une sacrée garce qui conditionne presque absolument le cerveau de son enfant lors des premiers mois de son existence. Il ne suffirait plus que le père en vienne à crever à ce moment-là, et la vie de l’enfant semble vouée à un triste destin (« Quand la mère endeuillée est isolée comme dans notre culture individualiste, elle devient une base d'insécurité pour ses enfants »). En revanche, si la mère meurt très tôt, l'enfant souffrira moins car il restera avec son père qui, lui, en bon mâle dominant, saura à nouveau très vite s'entourer parce qu'il mène toujours une vie active et riche en relations. On peut en rire ou s'en foutre.

Le meilleur de la réflexion de Boris Cyrulnik semble emprunter de nombreux éléments à la pensée de Donald Winnicott. Comme lui, il reconnaît le droit à la mère de n'être pas suffisamment bonne et de laisser à l'enfant les possibilités d'être livré à lui-même, en certaines courtes occasions de son existence. Comme lui, il souligne l'importance du jeu. Mais à la différence de Winnicott, le livre de Cyrulnik semble construit comme un ouvrage de moralisation joyeuse. le sens de la vie, c'était cela : tisser du lien social entre copains et dans la famille parce que ça permet la résilience, vivre en couple parce que ça augmente l'espérance de vie, faire l'amour parce que ça améliore la mémoire, et d'autres conneries du genre, variation à peine athée des dix commandements de Moïse.

Trop édulcoré pour être absorbé sans dommage, ce livre n'a de vraiment bon que son introduction. Boris Cyrulnik y apparaît sous ses meilleurs aspects, affirmant son souhait de voir la fin du clivage entre les disciplines et répondant aux académiciens, fermement campés sur leur titre de psychiatre, de neurobiologiste ou d'autre toubib : « Si vous croyez que je marche droit, c'est parce que je boite des deux pieds ».
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Chouchane
27 octobre 2015
Quels sont les liens entre l'âme et le corps ? C'est un classique des sujets de philosophie auquel les neurosciences apportent désormais un éclairage tout à fait nouveau. Dans de Chair et d'âme, Boris Cyrulnik, se propose de nous montrer les domaines de la psyché où les connexions cerveau/esprit sont très claires. le bonheur, l'empathie, le stress, l'euphorie ne sont pas que des sentiments ou des émotions, ce sont aussi des « autoroutes neuronales », des neurotransmetteurs (entendez des messagers) spécifiques, des arborescences qui « circuitent » notre cerveau. Toutes les transactions quotidiennes ont une influence sur le fonctionnement du cerveau. Les relations mère-enfant lors des premières années, si elles sont bonnes, provoquent d'intenses productions de circuits neuronaux. Les échanges positifs induisent des productions de sérotonine, d'ocytocine et autres bons fluides qui donnent la pêche, l'envie de faire, la joie à l'inverse, stress, maltraitance, déprivation sensorielle… induisent des altérations des lobes frontaux qui peuvent avoir des conséquences désastreuses sur l'être humain.
Si le contenu de l'ouvrage est intéressant en revanche on a du mal à s'y retrouver. On dirait que Cyrulnik a compilé l'ensemble de ses réflexions sur le sujet à partir d'un cahier de notes pas toujours approfondies. Pas facile de le suivre tant il saute d'un sujet à un autre passant de la psychanalyse à l'éthologie, des théories sur le genre, au rêve en passant par la résilience et les traumas infantiles sans oublier le deuil et le handicap ! J'ai eu aussi un peu de mal avec le long chapitre sur l'amour de Dieu chez les personnes âgées. Posé comme un postulat , Cyrulnik avance comme une presque généralité que la peur de la perte de son environnement (plus que la peur de la mort) entraîne chez les vieux un retour vers Dieu. Soit !
En dehors de ces deux points faibles – qui peuvent d'ailleurs constituer un frein à la lecture – on prend plaisir à retrouver les thèses – confortées par la science - de Cyrulnik sur l'influence du plaisir, de la bonté, du partage et des liens sociaux pour sortir des difficultés et être résilient. le souci de l'autre et l'empathie qui constituent des valeurs humaines indéniables sont aussi de merveilleux moyens d'avoir un cerveau efficace et en bonne santé. La découverte des neurones-miroirs chez les singes tant à prouver qu'animaux et humains peuvent ressentir de la joie ou de la souffrance à la vue d'un congénère malheureux ou heureux. L'analyse des circuits du cerveau montre que la parole a un effet réparateur ou... désastreux selon la façon dont elle est utilisée. Psychothérapie, lecture ou films peuvent être apaisants sur le stress (baisse de la production de cortisol qui est une hormone du stress).
Il est désormais prouvé que l'âme et le corps sont si étroitement imbriqués qu'une dépression provoque de vraies douleurs physiques repérables dans les IRM et que l'inverse est vrai ; une douleur persistante peut à terme provoquer une dépression. Ainsi les émotions (joie peine) et les sensations physiques (douleur, plaisir) passent par les mêmes autoroutes neuronales. Nous sommes des êtres de chair et d'âme, l'un étant indissociable de l'autre.
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Hybris
15 janvier 2017
Boris se targue d'être entre la psychiatrie et la neurologie.
Deux disciplines qui se tirent dans les pattes.
Que dit Boris : que l'on peut-être un petit producteur de sérotonine heureux (si on a une vie stable) et un gros malheureux car toujours à la recherche de sensations fortes. La génétique n'est qu'un élément parmi d'autres : l'environnement notamment.
Il explique aussi qu'une étude (rare) sur des enfants « sains » à montrer qu'ils étaient plus dépressifs à l'âge adulte. Il vaut mieux un enfant qui transgresse gentiment qu'un « hyper » adapté.
Il dit aussi que rien n'est définitif, les cartes sont rabattues à l'adolescence, lors d'une rencontre Etc.
Pour connaître le bonheur, il faut aussi connaître le malheur : c'est vrai anatomiquement… Pour se rendre compte de ce qu'est le bonheur, il faut dit-il avoir côtoyé le malheur.
Boris fait beaucoup référence aux neurosciences : on ne peut que le croire.
Un petit est content de retrouver sa mère parce qu'il a eu peur en la quittant.
Pendant la guerre on était content de retrouver sa famille parce qu'on avait eu peur.
La famille comme soulagement alors que c'est plutôt un enfermement en temps de paix…
Une existence engourdie provoque moins de peur et aussi moins de bonheur…
La perte est vécue différemment selon la culture : un orphelin qui ne manifeste rien sera mieux perçu alors qu'il sera en plus grande souffrance que celui qui se manifeste…
La détresse est récupérable quand le milieu réorganise des stimulations sensorielles.
Quitte à se faire lyncher par les psychanalystes Boris parle de l'inconscient cognitif qui compléterait l'inconscient psychanalytique.
Les aveugles ont une résilience neuronale.
Boris utilise beaucoup l'image des chevaux ailés pour décrire le psychisme et le physique qui vont de pair.
Les relations humaines stimulent l'ocytocine (une neuro-hormone).
Une personne déprimée va sécréter trop de cortisol qui va faire exploser les cellules de l'hippocampe. Mais c'est réversible : on peut relancer la synaptisation.
Un enfant qui n'a «qu'un» parent maltraitant a moins de chance de devenir maltraitant que si ceux sont les deux, le risque diminue encore si l'enfant bénéficie d'un environnement bienveillant.
Nos connexions de neurones font que nous serons plus sensible à la joie ou à la tristesse (certaines personnes ne sont heureuses qu'aux enterrements car enfin en communion avec les autres).
L'empathie a d'autant plus lieu que l'on connait la personne : exemple le couple.
Une personne qui a des problèmes pour se représenter l'avenir (troubles fronto-temporal) perd son empathie…
En vieillissant la mémoire de travail diminue au profit de celle de récit, on vieillit mieux avec des projets.
Pour bien vieillir, il faut éviter la routine et pratiquer le sport de bas-niveau.
Souvent la personne âgée qui a « fréquenté» Dieu y retourne par peur du vide.
Boris parle ensuite de la musique qui précède le langage (cf. le monde animal).
Dans les sociétés orientales où la vie est un cycle : les personnes âgées sont mieux considérées.
Le message de ce très beau livre est qu'il faut sortir des chapelles, ne pas pratiquer le dogmatisme, s'intéresser aux découvertes des autres disciplines…Combattre la pensée unique, être curieux rien n'est jamais définitif ni perdu...
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J-line
16 février 2011
Un bel ouvrage pour une très belle pensée; qui explicite et développe une théorie (dans une pratique) de la condition humaine: entre chair ou matière et âme ou émotions (quand celles-ci portent la raison, font pont à l'autre, et tissent ou retissent une continuité biographique et individuelle (ou identitaire) - à lire!
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Olloix
14 août 2016
Le langage est beaucoup plus qu'un moyen de communication. Il façonne la structure de notre cerveau et notre rapport intime au monde. B.Cyrulnik se met au carrefour des neurosciences, de la psychanalyse et de l'éthologie, dans un langage clair illustré d'exemples.
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Citations & extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine4327 mars 2011
Présentation du livre par son auteur, Boris CYRULNIK :

"Je m'appelle Boris Cyrulnik, et j'ai eu le désir de ce livre depuis longtemps en fait, parce que j'avais l'impression que la vision de l'homme était une vision hémiplégique : le corps d'un côté, l'âme de l'autre. Quand j'étais neurologue, j'ai été choqué de voir que les neurologues méprisaient les psychologues ; quand je suis devenu psychologue, j'ai été malheureux de voir à quel point les psychologues ignoraient et haïssaient les neurologues. Ce livre est donc le résultat d'une dizaine de groupes de recherche qui fonctionnent depuis, cinq, dix et quinze ans pour certains. Les thèmes de ce livre sont essentiellement une épistémologie de la ratatouille, c'est-à-dire que j'ai été obligé d'associer des chercheurs de disciplines différentes. Le chapitre 1 parle des «douillets affectifs», c'est-à-dire d'une sorte de sensibilité génétique qui n'est pas une vulnérabilité. Un «douillet affectif» éprouve toute perte avec une grande douleur, mais il organise sa vie autour de cette perte, et il n'est pas sur le tapis roulant de la dépression à condition qu'il apprenne à vivre de cette manière. Dans le chapitre 2, je parle de la formule chimique du bonheur. Bien sûr, la formule chimique du bonheur dépend des autres, c'est-à-dire de la manière dont les autres pétrissent, façonnent, structurent une partie de mon cerveau, ce qui fait que certaines zones cérébrales seront préférentiellement activées, déclenchant en moi des sensations de bonheur sans objet. Je n'ai pas de raison d'être heureux et pourtant, je me sens très heureux. Et à l'inverse, si j'ai eu des façonnements précoces qui ont circuité les informations vers une autre zone du cerveau, je ne saurai pas pourquoi, sans douleur et sans haine, mon cœur aura tant de peine, et pourquoi j'éprouverai tout dans une connotation de malheur, de douleur morale. Dans le chapitre 3, je parle des deux inconscients : l'inconscient cognitif et l'inconscient freudien. La première fois où j'ai prononcé l'expression d'inconscient cognitif dans un milieu de psychanalyse, j'ai provoqué trois crises de nerfs, deux épilepsies et cinq tentatives de meurtres. Mais maintenant, cette notion d'inconscient cognitif est tout à fait acceptée. Il s'agit d'une notion biologique associée et opposée à l'inconscient freudien qui lui, n'a plus rien à voir avec la biologie ; c'est pourtant le même chariot qui est tiré par ces deux inconscients. Dans le chapitre 5, l'empathie, le souci de l'autre démontrent expérimentalement, chez les animaux et les humains, comment une sécurité affective développe le sentiment d'empathie, ce qui veut dire que les troubles de l'empathie sont provoqués par des défaillances relationnelles, défaillances du milieu. Un pervers aura un manque affectif, alors qu'un enfant malheureux deviendra trop empathique : ce qui compte, c'est l'autre, ce n'est pas moi, comme le faisait, par exemple, Masoch. Le dernier chapitre montrera comment les personnes âgées ont un cerveau moins sensible au monde extérieur, et plus sensible à leur mémoire, à ce qu'elles ont internalisé, c'est-à-dire à leur histoire. Chez les personnes âgées, on voit comment la représentation de Dieu a, effectivement, un effet tranquillisant sur leur corps. Nous avons maintenant des repères de neuroscience, de neurobiologie et d'imagerie, qui montrent et qui expliquent pourquoi les croyants résistent mieux aux coups du sort. Au revoir, futur lecteur. Si vous lisez ce livre, n'hésitez pas à le lire en désordre. Il y a quelques pages techniques sur les deux cent cinquante pages. Il y en a une dizaine ou une vingtaine qui sont techniques : n'hésitez pas à les sauter. Les définitions sont données en bas de page, mais on peut s'en passer."
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mandarine43mandarine4327 mars 2011
[Incipit.]

Introduction :

Un jour, il y a longtemps, j'ai connu des savants étranges et bienveillants. Quand je me suis présenté dans le service de neurochirurgie parisien où je venais d'être nommé, j'ai vu se diriger vers moi le patron et son assistant. Ils boitaient tous les deux.
Un peu plus tard sont arrivés l'interne, l'externe et les infirmières. Eux aussi boitaient. Je n'ai pas osé m'en étonner à voix haute, mais, croyez-moi, ça fait un drôle d'effet de voir tout un service de médecins, de chercheurs et de psychologues se déplacer en boitant, tous en même temps !
J'ai passé un an dans ce service au contact de gens passionnants. Ils connaissaient tout sur le cerveau : son anatomie, son fonctionnement, les troubles précis provoqués par des blessures et parfois le moyen de les réparer. Ils savaient utiliser des machines merveilleuses qui captaient l'électricité des neurones et d'autres qui transformaient en couleurs les zones cérébrales au moment où elles travaillaient intensément. Ils pouvaient prédire, simplement en regardant l'image du cerveau, quel mouvement s'apprêtait à faire la personne observée ou quelle émotion elle ressentait avant même qu'elle en prenne conscience !
Au bout d'un an, une gentille secrétaire m'a dit que mon contrat ne serait pas renouvelé. J'ai cru comprendre à ses demi-mots qu'on me reprochait de ne pas boiter. Par bonheur, j'ai aussitôt trouvé un autre engagement dans un service de psychiatrie des Alpes-de-Haute-Provence. Quand je me suis présenté, j'ai vu au fond du couloir que le patron et son assistant se dirigeaient vers moi pour m'accueillir. Ils boitaient eux aussi, mais pas du même pied. Ça fait un drôle d'effet de constater que tant de médecins, de chercheurs et de psychologues marchent côte à côte en boitant. Je me suis demandé pourquoi ils ne boitaient pas du même pied.
Us étaient passionnants, ces praticiens. Ils connaissaient tout de l'âme : sa naissance, son développement, ses conflits intrapsychiques, ses souterrains et les moyens de les explorer.
J'ai passé un an au contact de ces merveilleux savants. Mais, quand une gentille secrétaire m'a dit que mon contrat ne serait pas renouvelé, j'ai cru comprendre à ses demi-mots qu'on me reprochait, encore une fois, de ne pas boiter. J'ai été très irrité.

J'ai donc décidé de protester auprès du Conseil national des praticiens présidé par le professeur Joël Moscorici, le grand psychanalyste, et Donald Grosslöcher, le neurochirurgien. J'étais très intimidé en les attendant dans la pompeuse salle du conseil et, quand je me suis levé pour les accueillir, j'ai été stupéfait de voir qu'ils boitaient eux aussi, mais chacun de son pied.
Quand la sentence fut prononcée, j'ai entendu qu'en effet on ne pouvait me garder ni en neurologie ni en psychiatrie puisque je ne boitais pas.
Alors j'ai dit : «Détrompez-vous, messieurs les acadé­miciens ! Si vous croyez que je marche droit, c'est parce que je boite des deux pieds.»
Mon aveu les dérouta et intrigua le professeur Mutter de Marseille, qui participait au jury et fut fort intéressé car il n'avait jamais vu quelqu'un boiter des deux pieds. Il se demanda si cette démarche étrange ne pourrait pas, à l'occasion, produire quelque nouvelle idée et m'invita à travailler avec lui.
À cette époque, les neurologues méprisaient les psychiatres qui proposaient des psychothérapies à des patients souffrant de tumeurs cérébrales. Et les psychiatres s'indignaient quand ils constataient qu'on pouvait soulager en quelques entretiens des personnes dont le cerveau avait été fouillé par des machines pas toujours merveilleuses.
Chacun boitait de son pied, voilà tout, et s'appuyait de préférence sur une jambe hypertrophiée, ignorant l'autre qui s'atrophiait.
Ce livre est le résultat du cheminement particulier de quelques randonneurs qui ont boité des deux pieds sur des sentiers de chèvres.
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colimassoncolimasson08 novembre 2016
On ne peut pas dire que, pour augmenter l’attachement du petit, il suffit de satisfaire ses besoins. Au contraire même, c’est l’apaisement d’une souffrance qui augmente l’attachement et non pas la satisfaction d’un plaisir. Ce qui revient à dire que, pour éprouver le bonheur d’aimer, il faut auparavant avoir souffert d’une perte affective. ...Un être vivant qui ne souffrirait ne de douleur physique ni du chagrin d’un manque n’aurait aucune raison de s’attacher ! ...Par bonheur, un bébé humain souffre dès sa naissance. Quand il quitte l’eau du milieu amniotique qui était chauffé à 37° C, il a froid, il sèche, il est brutalisé par la nouvelle sensorialité qui l’entoure. La lumière l’éblouit, les sons ne sont plus filtrés, on le cogne en le prenant puisqu’il ne baigne plus dans la suspension hydrostatique utérine, et il souffre dans sa poitrine lorsque ses poumons se déplissent pour respirer. C’est alors que surgit une énorme enveloppe sensorielle qu’on appelle ‘mère ‘. Elle le réchauffe, l’entoure d’odeurs, de touchers et de sonorités qu’il reconnaît puisqu’il les avait déjà perçues avant sa naissance. Sauvé ! Désormais, chaque fois qu’il devra endurer un petit malheur, le bébé sait que le même objet sensoriel surviendra, lui permettant ainsi d’apprendre à espérer.
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colimassoncolimasson03 octobre 2016
Les chemins de la vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilité, génétiques, développementales, historiques et culturelles. Cette maîtrise des vulnérabilités ne parle pas de résilience puisque par définition, pour résilier un malheur passé, il faut justement avoir été vulnéré, blessé, traumatisé, effracté, déchiré, avoir subi ces mots qui traduisent le verbe grec ‘titrôskô’ (traumatisme). On peut aussi découvrir en soi et autour de soi quelques moyens de revenir à la vie et de reprendre un développement, tout en gardant la blessure dans sa mémoire. Là, on parlera de résilience.
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colimassoncolimasson18 octobre 2016
Ces notions récentes de neurobiologie démontrent que l’idéologie, l’histoire des idées et les croyances pittoresques ne sont pas étrangères à la manière dont nous construisons nos connaissances. La poussée des neurones (au sens végétal), la connexion des corps cellulaires, l’arborisation des dendrites, le modelage des synapses, tout ce câblage électrique et chimique est le résultat de la rencontre entre un point de départ génétique qui donne le cerveau et un bain sensoriel organisé par les comportements parentaux. Or ces gestes et ces rituels qui entourent le nourrisson et structurent une partie de son cerveau trouvent leur raison d’être dans l’histoire parentale et les règles culturelles.
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Videos de Boris Cyrulnik (59) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Boris Cyrulnik
En compagnie du pianiste Richard Lornac, Boris Cyrulnik se remémore des souvenirs d'antan.
>Philosophie et disciplines connexes>Psychologie>Processus mentaux conscients, intelligence (187)
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