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Bernard Simeone (Traducteur)Philippe Renard (Traducteur)Attilio Bertolucci (Préfacier, etc.)
ISBN : 2864322838
Éditeur : Verdier (25/12/1997)

Note moyenne : 4/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Dans un petit village de l'Apennin, le vieux curé veille sur ses ouailles. Une pauvre lavandière, taraudée par un problème tente timidement, à sa façon, de chercher aide auprès de lui. Tout aussi maladroitement, à tâtons, il veut répondre à son attente.
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  18 avril 2019
Lu d'une traite cette nuit...fascinée, intriguée par ce récit mystérieux à souhait... avec un style étonnant, entre poésie et prose...Une atmosphère envoûtante, une sorte de suspens qui nous tient miraculeusement en haleine jusqu'à la fin de ce récit...
Un village de montagne, isolé , comptant des bergers, des hommes de la terre , taiseux..., immuables, toujours mêmes et le narrateur, un vieux prêtre qui veille discrètement sur ses "ouailles"...Ce prêtre nous décrit magnifiquement cette nature sauvage, désolée, les rares couleurs...la vie qui s'écoule sans que rien ne se passe jamais...
Une intensité poétique qui nous parle de la solitude infinie des Hommes...de son âpreté...
Ce vieux curé est intrigué par une vieille femme, lavandière, vivant hors du village, seule,passant chaque jour avec sa brouette de linge à laver et sa chèvre...Il tente de l'approcher... va l'observer de loin... Deux trop "bruyantes solitudes"qui se rapprochent, s'éloignent....tentent de communiquer !
La vieille lavandière viendra à l'église voir le prêtre, souhaitant lui confier une question qui semble la tourmenter , sollicitant son aide... sans trop y croire...lui déposera une lettre, mais retournera la chercher... le suspens est là, captant notre attention...
Une sorte de drame universel, minimaliste, au style aussi épuré, aussi sauvage que cette nature "rocailleuse"grandiose et ses bergers, ces montagneux endurants, mutiques...
Cela m'a fait étrangement songer à l'atmosphère aussi intense des romans de l'auteure sarde, Grazzia Deledda...
Que dire de ce récit à nul autre pareil, si ce n'est que c'est un véritable ovni littéraire, d'une qualité unique... Une pépite à savourer lentement ... la magie opérant doucement et très profondément...
comme souvent , je pose quelques extraits...pour laisser s'envoler un peu du parfum des mots de cet écrivain:
"Mais aussi, ma foi, une chose triste. Un peu triste. Vous regardez le costume de ce petit homme là-bas, employé à la mairie, peut-être veuf, et la première chose qui vous vient à l'esprit, c'est que le costume a été neuf lui aussi. Et le petit homme aussi, bien sûr" (p. 22)
"Vous êtes parfaitement libre de rire, mais à cette heure-là les cailloux eux-mêmes étaient tristes, et l'herbe, désormais d'une couleur presque violette, plus triste encore." (p. 28)
"(...) si ton métier est de t'intéresser à tous, commence donc par t'intéresser à l'un d'eux, rien qu'un seul. Mais jusqu'au bout, au bas mot : jusqu'à la racine. Il n'est pas meilleur moyen pour t'intéresser alors sérieusement à tous les autres. (p. 50)"

....***Merci à cette insomnie qui m'a fait extraire ce texte des éditions Verdier... se trouvant dans mes "réserves d'écureuil"...depuis un temps certain , [acquis chez l'éditeur au Salon du Livre de Paris ]...!!!...
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michfred
  02 décembre 2017
Comment dire ?
Casa d'altri - son titre en italien- est juste un chef d'oeuvre !
Bassani, Montalte, et bien d'autres grands écrivains italiens l'ont dit avant moi ! Et aussi Bookycooky qui me l'a chaudement recommandé (et qui une fois de plus a eu bien raison ! ).
Cela devrait suffire pour vous précipiter sur la version française où je vais poster une critique plus argumentée. Cette édition-ci, en VO , existe aussi en français. Elle comporte d'autres récits, une préface et les premières moutures de Casa d'altri, mais c'est inutile : ce petit bijou de concision et d'âpreté se suffit à lui-même. Après lui, tout paraît fade, ébauché, incomplet.
Je l'ai donc, d'abord, lu en V.O. Emballée mais, pas très sûre de mes capacités à tout saisir , en italien, dans ce petit conte réaliste et néanmoins philosophique, tant la phrase est à l'os, la langue débarrassée de toute scorie, l'action minimaliste et l'essentiel toujours entre les lignes, je l'ai aussitôt acheté en français, dans une édition où ce pur diamant –noir- est quasiment seul dans son modeste écrin.
Et c'était parfait. Je l'aurais bien relu une troisième fois, en italien à nouveau, mais je me réserve ce plaisir pour plus tard.
Confirmation incontestable : C'EST JUSTE UN CHEF D'OeUVRE !
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Bookycooky
  01 octobre 2014
Ce classique de la Littérature italienne est un chef-d'oeuvre.L'action de ce court récit se situe peu après la guerre dans un petit village de l'Appenin émilien.Un trou perdu,où ne se passe jamais rien.Le narrateur,le prêtre du village,un être esseulé ,y règne sur ses paroissiens depuis trente ans,essayant de donner du sens à ce qui en a guère.Un jour sa route va croiser celle d'une inconnue,une vieille femme misérable,solitaire et sauvage,qui lave du linge pour les autres.Ces deux personnages entre lesquels il n'est nul question de séduction vont se rapprocher au rythme d'un thriller,l'apogée étant la douloureuse question de la vieille au prêtre.Le prêtre ne saura,ne pourra répondre à cette question,mais il sera à jamais changé par cette rencontre avec cette âme singulière.La prose est magnifique,originale et poétique.C'est un livre que j'ai lu la première fois en 2001, je viens de le relire,la magie est toujours là!
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MarianneL
  16 décembre 2013
Le silence miraculeux des mots.
Né en 1920, Silvio d'Arzo, de son vrai nom Ezio Comparoni, publia « Maison des autres » en 1948 dans une revue, et ne cessa ensuite de retravailler ce texte jusqu'à sa mort en 1952 ; il n'avait alors que trente-deux ans.
En plein néoréalisme italien, «Maison des autres» semble détaché de l'histoire du vingtième siècle, situé dans un monde ancestral et rude, où la succession monotone des jours est uniquement interrompue par les fêtes religieuses et les enterrements.
L'histoire de cette nouvelle d'une soixantaine de pages se réduit à très peu : dans un village de montagne isolé des Apennins, un prêtre rencontre une vieille femme qui a visiblement quelque chose à dire. Il cherche à connaître la question que celle-ci hésite à livrer.
«C'était la première fois que je pouvais la voir de près et je me mis à la regarder attentivement.
Elle avait une peau sombre et rêche, des cheveux couleur gris pigeon, des veines plus dures et saillantes que celles d'aucun homme. Et si un arbre peut de quelque façon servir à évoquer un humain, eh bien c'était un vieil olivier des fossés qui lui convenait. À la voir ainsi, il me semblait que ni la fatigue ni l'ennui ne pourraient désormais rien contre elle : elle se laissait vivre et cela suffisait, voilà tout. »
L'hiver de ce récit est glacial et, dans ce monde archaïque, le temps et les hommes semblent eux aussi comme paralysés par le gel, dans cette vie dépourvue de tout événement. Et finalement seule cette femme, avec sa question que l'on va découvrir, est prête à s'affranchir de la succession fatale de ces jours tous semblables. Et seule elle est vivante.
Précédé d'une belle préface d'Attilio Bertolucci, «Maison des autres» est un texte intemporel, qui a fait couler une larme gelée dans le coin de mon oeil.
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ivredelivres
  11 août 2010
Montelice, un village perdu des apennins, tout juste un village d'ailleurs «sept maisons adossées et rien d'autre» le curé est là depuis trente ans, c'est lui qui raconte.
Il raconte la vie du village, des gens qui sont là depuis toujours, qui vivent au rythme des saisons, accomplissant des tâches dures avec des gestes vieux de mille ans. Les hommes rentrent des pâturages à la lumière des lanternes le soir, le climat est rude et le curé a déjà vu trente noëls ici, sous la neige. La misère est le lot commun, le prêtre s'inquiète « j'ai vraiment peur de ne plus pouvoir être utile à grand-chose dans un cas de ce genre. Tout cela est pour moi une autre langue...Fêtes, saintes huiles, un mariage sans façon, voilà désormais mon lot.»
Le curé s'interroge car une femme, nouvelle dans ce village, l'intrigue, elle semble toujours sur le point de lui parler mais au dernier moment renonce. C'est Zelinda, pauvre entre les pauvres, elle lave le linge des villageois, se nourrit d'un croûton de pain et du lait de ses chèvres. Elle vit hors du village « plus loin que le sentier des ormes, juste à la limite de la paroisse, et après ce ne sont que ravins, toubières ou pire encore».
Jour après jour il la voit laver le linge, un jour elle vient au presbytère l'interroger, mais c'est une ruse, sa question est sans objet, du moins elle n'a pas posé la question qui la tourmente, elle a feinté. Quand va-t-elle se décider ? Enfin un jour elle dépose une lettre à son intention.
J'arrête là car il y a un suspense dans ce récit, comme le vieux curé, on attend, on essaye de comprendre cette femme. Silvio d'Arzo dont c'est la nouvelle la plus connue, nous arrache à notre petite vie pour nous faire vivre au rythme de sa prose, sèche, dure, les couleurs sont sombres dans ce pays de désolation « Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d'une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue »
Dans une seconde nouvelle "Un moment comme ça" autour de la disparition d'un soldat son récit est sobre et tragique.
J'ai beaucoup aimé ces deux récits, graves, cruels, qui laissent le lecteur avec des questions qui n'ont peut être pas de réponse. On peut rapprocher ce livre des récits de Ferdinando Camon (jamais vu soleil ni lune) mais plus encore des hommes et femmes décrits par Carlo Levi dans « le Christ s'est arrêté à Eboli ».

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   13 janvier 2019
Et maintenant, c’était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini.

Pourtant, je n’éprouvais même pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n’avait pu m’arriver. Rien jusqu’à la fin des siècles.

Je faisais les cent pas dans la pièce où pour la première fois elle m’avait si bêtement parlé, je déplaçais un livre, le déplaçais à nouveau, ou tapais comme ça sur une vitre : et maintenant même un enfant aurait pu me conduire par la main. Une absurde vieille, un absurde prêtre : toute une absurde histoire de quatre sous.

Un bruit monta de la ruelle. Les six vieilles de Bobbio arrivaient à l’instant. Toutes les haies avaient gelé. Les six vieilles se réchauffaient en battant des pieds. Un filet de fumée sortit d’une autre maison.

Le garçon monta et frappa à la porte.

« Monsieur le curé, m’annonça-t-il sans entrer. Je cours sonner la cloche. À présent, la Melide a fini.

— J’arrive », dis-je.

Il faisait froid. Décembre est froid chez nous.
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fanfanouche24fanfanouche24   18 avril 2019
(...) si ton métier est de t'intéresser à tous, commence donc par t'intéresser à l'un d'eux, rien qu'un seul. Mais jusqu'au bout, au bas mot : jusqu'à la racine. Il n'est pas meilleur moyen pour t'intéresser alors sérieusement à tous les autres. (p. 50)
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fanfanouche24fanfanouche24   18 avril 2019
L'important, c'est de ne pas perdre son numéro. Il peut toujours sortir, voilà tout.
- Mais je ne l'ai pas perdu, dit-elle au bout d'un moment avec un sourire, comme si utiliser les mêmes mots que moi, c'était boire au même verre. (p. 34)
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fanfanouche24fanfanouche24   18 avril 2019
- Voilà, dans la lettre il y avait ça d'écrit : est-ce que dans un cas spécial, tout à fait différent des autres, sans faire de mal à personne, quelqu'un pourrait avoir la permission de finir un peu plus tôt ?
Je me retournai sans avoir bien compris.
- "Oui, se tuer..." expliqua t-elle avec une tranquillité d'enfant.
Et elle se mit à regarder ses sabots.
Tout cela me prit tellement au dépourvu que sur le moment ne me vint aucun mot. Aucun. Mais ensuite, non, ce fut différent : montèrent à mes lèvres des mots et encore des mots, des recommandations, des conseils, des "pour l'amour de Dieu" et des " Qu'est-ce que vous dîtes ?", des sermons, des pages entières et tout ce que vous voudrez. Mais toutes choses comme venues d'un autre, choses anciennes et en outre déjà dites plus de mille fois. Pas un seul mot venu vraiment de moi: et là, en revanche, il fallait quelque chose de nouveau, de moi, et tout le reste était moins que rien. (p.75)
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zazyzazy   19 janvier 2012
On entendait par instants les clarines des moutons et des chèvres ça et là un peu avant les pâturages. Juste à l'heure, vous comprenez, où la tristesse de vivre semble grandir en même temps que le soir et vous ne savez qui en attribuer la faute : la mauvaise heure.
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