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ISBN : 2072728940
Éditeur : Gallimard (07/09/2017)

Note moyenne : 4/5 (sur 178 notes)
Résumé :
Le terme pukhtu renvoie aux valeurs fondamentales du peuple pachtoune, l’honneur personnel — ghairat — et celui des siens, de sa tribu — izzat. Dire d’un homme qu’il n’a pas de pukhtu est une injure mortelle.

Pukhtu est l’histoire d’un père qui, comme tous les pères, craint de se voir privé de ses enfants par la folie de son époque. Non, plutôt d’une jeune femme que le remords et la culpabilité abîment. Ou peut-être d’un fils, éloigné de sa famille p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
SZRAMOWO
  07 avril 2015
J'ai reçu le roman de DOA «Pukhtu Primo», dans le cadre d'une masse critique en prévision de la rencontre avec l'auteur au siège des éditions Gallimard.
Je ne connaissais pas DOA, et en déballant de son enveloppe à bulles ce pavé de 658 pages, sans compter les annexes, j'avoue avoir eu une réaction mitigée du genre « il va falloir que je m'infuse toutes ces pages !».
En écrivant ces lignes, je ris de ma réaction, je suis triste d'être arrivé à la fin de ce roman, lu d'une seule traite, d'avoir cessé de vivre avec ses personnages, d'avoir quitté les montagnes afghanes et pakistanaises et attend maintenant, avec impatience, le 8 octobre 2015 date prévisionnelle de sortie de «Pukhtu Secundo», la suite de «Pukhtu Primo».
Doa a bien fait les choses, Primo se termine sur une accélération des événements et sa fin nous laisse haletant, désireux de voir comment les différents personnages, notamment ceux qui se retrouvent en situation inconfortable, vont s'en sortir.
Mais revenons au début de «Primo». Nous avons à faire à un auteur consciencieux qui ne laisse pas son lecteur en rade.
Avant de partir pour ce long récit, un prologue et des cartes associées, nous préparent à la randonnée, (un peu comme un guide de montagne vérifie l'état des sacs à dos - pain pour lutter contre l'hypoglycémie, eau en quantité suffisante, polaires, vêtements de pluie, chaussures, compeed pour soigner les ampoules, gants etc...), et Doa nous incite à lire les annexes, pour :
nous familiariser avec les acronymes (anonymes ?) des forces en présences (militaires, civiles, ONG, forces gouvernementales, armées, rebelles, clans etc...),
mieux connaitre les différentes versions des armes utilisées (les nombreux types de Kalachnikov, acronyme AK et toutes ses désinences, les calibres, les lances-roquettes, les drones etc...)
bien nous faire connaître les personnages et les relier à un pays, une organisation, un parcours personnel.
Ces annexes sont une aide précieuse, non pas qu'il faille sans arrêt les consulter pendant la lecture, mais comme assistance permanente, en ligne, indispensable avant la lecture et le cas échéant pendant la lecture.
L'action se déroule en Afghanistan et au Pakistan essentiellement pendant l'année 2008, le contexte de l'après 11 septembre 2001, la chute du premier gouvernement des Talibans, (celui du Mollah Omar), la mise en place du gouvernement Karzaï, la permanence de la force d'intervention de la coalition et la reprise des attentats des moudjahidines depuis leurs bases arrières au Pakistan.
Pour la compréhension du contexte on trouve de nombreuses références à la situation de ces pays au XIXème et au XXème siècle, partition des zones tribales, entre l'Afghanistan et le Pakistan au mépris des réalités ethniques, par les Britanniques (Ligne Durand), position à géométrie variable des USA qui pour lutter contre l'impérialisme soviétique ont armés des clans qui rejoindront les Talibans, puis après l'invasion du pays par la coalition sont confrontés à leur incapacité à comprendre la complexité des données ethniques, la culture des clans et leur code d'honneur.
Le roman parle de la guerre, pas n'importe quelle guerre, une guerre où se mêle le bizness : « le bizness dans la guerre solution à la guerre. » :
Avec tous les aléas de l'acceptation de ce bizness par les populations locales : « L'homme semble d'un âge proche de ceux qui les entourent et a sans doute été confronté aux mêmes choix, la guerre pour Dieu et l'honneur d'une mort debout, ou la peur et la lente agonie de la misère. Ou la honte du pain de l'ennemi. »
Avec les incertitudes sur la destination finale des aides au développement : « Enveloppes, sacs plastiques, mallettes, inutile de faire un dessin, tout le monde se sert.»
«La guerre d'ici est une guerre de pauvres. Elle emmerde la gouvernement des Etats Unis, qui les a pourtant envoyés dans cet enfer. Et aussi les soi-disants alliés de l'OTAN, dont les troufions ont interdiction de se battre.»
Cette guerre comme le dit à juste titre Doa, est la conséquence de : « l'aveuglement sur son modus operandi d'un système désormais en roue libre, la disparition de toutes forme d'honorabilité en faveur du fric et le traumatisme d'un 11-Septembre autorisant les réactions expéditives sont autant de conditions ayant permis, en Amérique, l'élan de privatisation de la chose militaire sans précédent constaté à l'occasion des invasions de l'Afghanistan et de l'Irak.»
C'est sur ce substrat de guerre nouvelle que se déroule Pukhtu Primo.
Mais, comme dans tous les bon romans, si le contexte est important, l'intérêt du récit se trouve dans les personnages. Une galerie hallucinante de personnages gérant au mieux leurs priorités personnelles dans des situations souvent inextricables, avec la mort comme récompense.
Le récit fait bien ressortir les différences de culture entre des soldats qui viennent en Afghanistan pour des raisons d'opportunités et les combattant pachtounes ou talibans :
«...et ce n'est pas nécessairement un ardent patriotisme ou une volonté de venger la lâche agression terroriste du 11 septembre 2001 qui a amené la plupart de ces recrues ici. Pour beaucoup, c'est un premier déploiement. Endosser l'uniforme a été une façon d'obtenir la nationalité américaine, ou payer ses études, ou de nourrir sa famille. Ou simplement de se sortir d'une situation difficile. Néanmoins, Fox le voit aux visages, aux regards, pour la quasi-totalité d'entre eux, le drapeau flottant au-dessus du tarmac a finit par devenir un symbole assez fort pour penser au-delà de soi et se battre pour autre chose que soi et peut-être en crever.»
La qualité essentielle du roman, est qu'il ne sombre ni dans le «complotisme», ni dans la complaisance, ni dans le cliché, ni dans le manichéisme. Pukhtu est «l'anti-breaking news», il fuit le sensationnel et la mousse, chaque situation chaque personnage chaque action est décrite en nous donnant un choix impressionnant de clefs de lecture.
On entre dans le récit par un coup de poing qui assomme. La description de l'attentat du14 janvier 2008 contre l'hôtel Serena de Kaboul, et, comme l'assistante du Ministre norvégien des affaires étrangères, nous sommes plongés dans l'horreur avec nos a priori d'occidentaux, incapables de nous extirper de cette horreur qui remet en cause notre vie insouciante et notre confort économique.
Aussitôt après cet attentat, nous voilà partis pour la Chine, près de Shenzhen, toujours en janvier 2008. La production d'une usine de produits chimiques est embarquée à destination de «Jebel Ali le principal port du golfe persique». Mais une tonne de ce produit, de l'anhydride acétique, est détournée sur le quai et poursuivra un périple particulier jusqu'au Pakistan via l'Inde et continuera jusqu'en Afghanistan. Ce convoi clandestin va concerner la plupart des personnages du roman et reviendra se rappeler à nous de façon récurrente.
Peu à peu on assimile cette nouvelle logique de guerre où : « Pour les hérauts du capitalisme, l'enjeu commercial premier n'a jamais été la captation des richesses du pays, mais la guerre elle même, source d'immenses profits.»...Un grand nombre d'opérations ne font plus partie du pouvoir régalien des états et de leur armée, «tout cela n'est plus du ressort de l'armée, mais de celui de boites privées ; elles se livrent un combat sans merci, afin d'obtenir leur part d'un énorme gâteau qui après six ans de Barnum mortifère, se chiffre déjà à près d'un millier de milliards de dollars.»
C'est dans ce «Barnum» qu'interviennent les héros du roman, ce sont tous des personnages en rupture de quelque chose, société, femmes, passé, voire eux mêmes, mais ils ont des projets plein la tête pour un après guerre qui se défile au fur et à mesure qu'ils avancent vers lui : Gareth Sassaman dit Voodo et ses collègues de l'organisation 6N, Tiny, Ghost et Wild Bill, avec lesquels Fox, alias Majid Anthony Wilson Jr, tente de communiquer malgré son passé de français musulman, fils de harki, «récupéré» par la CIA.
Eux ce sont des combattants, des mercenaires, qui se frottent aux réalités de l'infiltration, dont le boulot est d'aller sur place, vérifier de visu que les cibles des drones sont bien au rendez-vous, un boulot hyper dangereux qu'ils adorent, pour lequel ils sont bien payés, et dont ils pensent qu'il les autorise à faire un peu de gratte, via la culture du pavot...leurs priorités personnelles ne sont pas stratégiques, mais ils ne sont pas forcément cyniques, ils font leur métier en professionnels, soucieux de réussir :
« Les nouveaux mouchards sont efficaces, notre embryon de réseau s'est bien démerdé et sinon, je ne crois pas au renseignement à coups de missiles.»
«Il y a plein de mecs qui se font un max de blé entre l'Irak et ici sans jamais être allés au front. Beaucoup plus que toi, moi et les autres.»
« C'est mieux payé. « « Faut raquer les traites de la baraque.»
« Ghost fait partie de ceux-là et il résiste de plus en plus mal. Et seulement à grand renfort d'expédients. »
Mais ils sont rattrapés par la patrouille : « Pourquoi ça part en couilles maintenant putain ? Une grosse année, il a encore besoin d'une grosse année. Pas question que des connards, journalistes, camé», colonel de merde ou planqué affairiste, lui niquent sa retraite.»
Peter Dang un journaliste en mal de scoop pour compenser ses échecs personnels croise la route du sergent Canarelli,un soldat honnête qui à la suite d'une machination se trouve le nez sur le trafic de Fox et de ses petits camarades.
Dès lors, ils se battent sur plusieurs fronts :
«Les politiciens nous ont muselés par tous les moyens pendant vingt ans et ils nous l'ont mis bien profond après New York. Pointer notre incompétence du doigt leur éviterait d'avoir à admettre leur manque de couilles passé. Et ils sont en train de recommencer»
Les shabnameh, ces lettres d'avertissement des talibans aux populations locales rendent de plus en plus difficile le recrutement de pachtounes pro-américains, elles mettent en garde «...tout ceux qui travaillent avec ou sont au service de l'armée croisée...»
«..chaque nouvelle victime collatérale ne fait que renforcer le sentiment anti-américain.»
La description des opérations menées est toujours palpitante, on les vit avec les combattants, Doa nous les montre dans la nuit, cherchant leur chemin dans un relief hostile et complice, suant leur sang, de peur, de froid, risquant leurs vies à chaque minutes pour faciliter le travail de drones contrôlés par des pilotes qui sont confortablement installés au chaud : Kristen Robertson et Naomi Wright papotent en attendant le signal pour tirer, « Nouvelle photo ? fais voir. » «Aussi beau que son père.» «pour elle cette nuit c'était Mocha Frappuccino.» «A la hauteur du regard de Naomi et Kristen, un paysage apparait avec, en fine surimpression blanche .....des échelles latérales agrémentées de curseurs....pour les renseigner sur l'orientation géographique générale et le cap suivi.»
Dao joue sans arrêt sur l'opposition entre la position inconfortable des combattants sur place et la technologie avancée dont ils sont la prothèse indispensable.
De même on est toujours surpris par la froideur et la terminologie laconique des rapports d'opérations, qui se contentent d'enregistrer le lieu, l'heure, le nombre de blessés ou de tués, les armes et les forces engagées, sans témoigner de l'énergie dépensées par les combattants, et les séquelles de toutes sortes qu'ils conserveront de la répétition des ces opérations à haut risque.
Le personnage le plus attachant du roman, n'ayons pas peur des mots, est Sher Ali, le combattant pachtoune. Très jeune, il s'est illustré contre les soviétiques et y a gagné ses galons en tuant un officier russe, «Ce grand russe si blond était le dernier survivant d'un bunker et refusait de capituler....Pourtant, il fut incapable de tuer ce gamin surgi de nulle part et brandissant une kalachnikov trop grande pour lui.». «La fameuse embuscade » fait sa gloire encore aujourd'hui.
Il est un vrai chef de clan un Khan, Sher Khan, le roi lion, il y a du commandant Massoud derrière ce personnage, il est musulman mais considère sa fille Badraï comme celui de ses enfants qui mérite le plus son attention, en cela il surprend et étonne ses combattants, « Nos femmes sont là pour faire du pain et des enfants, rien d'autre. Ce sont des vaches dans leur étable.» et aussi son propre fils Adil : «Pourtant son père n'est pas avec lui, fier de lui. Il a préféré partir marcher dans la montagne en compagnie de Badraï. Que font-ils là haut ensemble, il se le demande.»
Sher Khan est un combattant, intègre, qui croit en l'honneur de la guerre. Il méprise les méthodes de combat indignes des croisés (les américains) : « Sher Ali se tient près de l'Américain aux longs cheveux. Il l'a vu s'immobiliser et refuser de s'en prendre à son jeune guerrier. Ce sont des lâches, ils préfèrent laisser leurs machines assassiner les enfants pour eux. » ; mais aussi celles des Talibans : « Sher Ali se crispe, le recours aux kamikazes lui déplait. C'est pour lui une fin indigne d'un guerrier et il l'a exposé clairement à l'occasion de la réunion secrète de Khost. Il n'a pas été entendu.»
L'homme intègre va être rattrapé par le conflit, une attaque de drones tue ses deux enfants, pour se venger de ce meurtre, il épouse, en connaissance de cause, la cause des talibans, acceptant de se lier à eux : « Sher Ali brise le silence après une éternité de secondes. « Si vous êtes mes alliés, je serai le votre.»
La réplique de Tajmir ne tarde pas. « Nous sommes tes alliés.
Alors mon territoire vous appartient. Et ma parole vaut beaucoup mieux que celle de beaucoup d'autres. »
Je laisserai la conclusion à cette phrase échangée entre Voodo et Ghost :
«Ils tuent des gens, on tue des gens. On lutte pour le bien, eux contre le mal.»
Vivement le 8 octobre 2015 !

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Ellane92
  11 mai 2015
Quels liens y a-t-il entre un français musulman d'origine Harki qui s'est retrouvé à travailler pour la CIA, un mercenaire à qui il faut encore un an à transbahuter de la drogue avant de pouvoir passer sa retraite au soleil, un journaliste qui veut percer et rencontre un militaire malmené par ledit mercenaire et sa clique, un chef de clan patchoune qui se fait appeler Sher Khan depuis que ses enfants sont morts suite à l'attaque d'un drone américain, et tant d'autres personnages dont on partage, au fil de 700 pages, les histoires passées et actuelles ?
La route de toutes ces personnes sont en lien, plus ou moins direct, avec le Pakistan de 2008, ses évènements, ses combattants, ses terroristes, ses trafiquants en tout genre, ses populations d'ethnies différentes, et ses frontières floues avec d'autres pays.
La première chose que l'on peut dire de Pukhtu, c'est que c'est un livre foisonnant, tant en terme d'intrigues, de personnages, de situations, de lieux... A tel point qu'il est parfois compliqué de se rappeler qui est qui ou qui a fait quoi. Heureusement, le glossaire présenté en fin d'ouvrage permet de resituer les personnages récurrents, en plus de décrire les abréviations dont est truffé le récit.
Pour moi, le tour de force de DOA est d'arriver à présenter à quelqu'un qui n'y connait rien une vision claire de la géopolitique de cette zone sensible et instable, à faire "avaler" tout un tas de combats menés avec du matériel militaire au nom barbare sans ennui, et surtout, sans me laisser sur le carreau, au détour d'une attaque de drone ou d'une action éclair ! Les liens entre le trafic de drogue qui finance les combats, et les actions armées qui permettent son existence, sont particulièrement bien explicités. Les personnages que l'on croise sont avant tout humains, et l'on se surprend à compatir vis-à-vis de Sher Khan ou de Ghost. Dans ce coin perdu de vue par Dieu (quel qu'il soit), la violence est omniprésente, et le récit compte un certain nombre de scènes de torture, viol, décapitation, etc... ultra réalistes. Même si l'écriture descriptive et factuelle de l'auteur permet de prendre une certaine distance avec les évènements relatés, mieux vaut avoir l'estomac bien accroché !
Le récit alterne les évènements arrivant aux différents personnages, des articles de journaux et des rapports sur l'efficacité des actions menées. Cette redondance de mêmes fait nuit parfois, à mon avis, au rythme de l'intrigue.
Je ressors de ces 650 pages avec un gout amer dans la bouche. le constat est pessimiste et peut, à mon avis, être généralisé à tous les sales guerres de ce type. le vrai problème, c'est que personne n'a intérêt à ce que cessent ces situations ambiguës. Une fois qu'on a dit ça, difficile de rajouter autre chose. Chacun essaie de s'en mettre le plus dans les poches tout en conservant sa vie, et les idéaux sont foulés aux pieds des attaques aveugles qui ciblent aussi bien de grands bonnets terroristes que des "civils" dont ils s'entourent. Dans ce contexte, que ce soit par intérêt, par pouvoir, pour l'argent, pour la religion, pour l'idéologie, sous la contrainte, bref, quel qu'en soit le motif, chacun est amené à prendre un fusil et à se battre. Et j'ai beau être utopiste, je ne vois pas le bout de la queue d'une solution qui pourrait y mettre un terme !
Pukhtu est un livre ambitieux, exigeant mais abordable par tout lecteur dont "l'âme n'est pas trop sensible", et ça, ce n'est pas un mince exploit. Après, reste à savoir si le mystérieux DOA est très documenté ou très imaginatif ! (Moi, je pense qu'il est les deux...).
Je remercie Babelio et les éditions Gallimard de cette découverte, et m'excuse pour le retard de ma critique...
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michfred
  06 avril 2015
Une petite virée touristique de 650 pages en Afghanistan avec DOA comme « fixer » :je viens de passer un week end pascal bien dépaysant !
Enfin quand je dis virée touristique…je me comprends : depuis quelques jours les FATA -zones tribales-, les talebs et les moudges, les chefs de clan – Haqqani et Zadran- les services secrets ISI - Pakistan- , ISA - armée de terre US -, et autres CIA , n'ont plus de secrets pour moi..
Je peux aussi vous en remontrer en matière d'armes : la kalache, c'est le BA-BA pour les nuls, que dites-vous des AK47, AKM, AKMS : autrement plus bichant et plus précis, non ? Sans parler des AGM-114Hellfire ou des Airbust qui vous éparpillent un terroriste, un moudjahiddine, un taliban ou un G.I. façon puzzle –pas trop regardants sur la personne à éparpiller, ils tuent très salement de toute façon.
Mais qu'est-ce qui m'arrive, à moi qui , il n'y a pas trois jours, vous parlait poésie, métaphores et allitérations ? C'est simple, je viens de finir, au grand galop, en enchaînant séquences haletantes et guets-apens- frissons, la dernière brique de DOA. Si passionnée que je fusse, je dois quand même confesser que le lexique de fin de volume m' a bien aidée dans tous ces sigles guerriers et top secrets, et que mon meilleur ami a été…mon crayon HB pour prendre au vol quelques notes utiles !
Mais revenons à nos moutons afghans.
Sher Ali Zadran , un contrebandier pachtoune, chef de clan et père de famille, se voit brutalement privé de la joie de ses vieux jours :Adil, son fils aîné et surtout, Badraï, sa cadette adorée aux yeux verts, meurent dans la frappe « ciblée » d'un drone US visant un leader d'Al-Quaeda, provoquant son ire et sa/son ( ?) BADAL (vengeance, dans le code pachtoune). le dit chef de clan perd un oeil dans la bagarre mais y gagne le surnom guerrier de Shere Khan. Là les enfants peuvent suivre : Kipling, Disney, le Roi Lion.. folklore connu. Sans plus barguigner il s'enrôle dans la mouvance des talebs (un taliban, des talebs, non mais !), perd son indépendance et gagne une réputation de cruauté redoutable.
Ses pires ennemis deviennent les USA, et en particulier la responsable directe du meurtre de ses enfants, une petite unité de combat faite de mercenaires en civils, des durs à cuire, des tatoués, dont les noms de code –Voodoo, Ghost, Rider, Data, Tiny et Fox – camouflent à peine le passé douteux, de même que des sociétés-écrans aux noms étranges : Longhouse, Oneida, et surtout 6N masquent celui de la CIA. Mais peut-être ce commando de tueurs a-t-il aussi quelque chose à cacher à la CIA elle-même ?… Nous sommes en Afghanistan, plaque tournante du Brown Sugar, les Russes sont partis, mais le trafic de dope alimente celui des armes, et réciproquement…l'argent sale circule dans les cantines militaires, se blanchit à Dubaï, passe par le Kosovo, grand fournisseur d'armes, revient dans les poches des fonctionnaires véreux pakistanais, afghans, des sociétés bidons franco-ivoiriennes qui se sucrent au passage…et quelquefois dans les poches des gilets de combat US !
Dans ce bourbier -pour rester polie- difficile de ne pas se salir les mains. Alors, quand on veut les garder propres, attention les yeux !
Peter Dang, un journaliste canadien d'origine viet' observe et fouine, flaire un énorme scoop, un scandale à côté duquel l'Iran-Gate serait une sorte de pipi de shah ( oh, elle m'a échappé, celle-là, je ne le ferai plus, promis !). Il se met en danger.
Fox, un des mercenaires, joue double-jeu auprès du boeuf-carotte de la CIA, mais a lui aussi une sorte de code d'honneur qui l'empêche de « donner » ses petits camarades en eau trouble : il se met dangereusement en porte-à-faux…
Périlleuse aussi la position d'Amal, belle journaliste beurette qui a assez de matière pour faire tomber un des affreux du renseignement français-le plus gratiné salopard du bouquin qui pourtant n'en manque pas. Elle hésite, au bord du gouffre…
Pathétique aussi le danger –moral cette fois- auquel s'expose notre Shere Khan borgne, à l'origine de toute cette vendetta à la mode afghane , et qui s'y jette à corps perdu…Il perçoit clairement qu'en exécutant sa « badal » il perd son humanité, valeur pachtoune aussi sacrée que celles du « ghairat » et de l' « izzat ».
Un des autres charmes de ce big thriller, scénarisé comme la dernière saison de Homeland, à laquelle j'ai souvent pensé,- les personnages de Pukhtu se poudrent le nez aussi souvent que Carrie, la bi-polaire de Homeland…- c'est de se passer dans un tempo politique passionnant : juste avant l'élection de Barack Obama, à la fin des deux mandats catastrophiques de G.W.Bush, sept ans après le 11 septembre fatidique, et juste après l'élection, en France, d'un certain Sarkozy qui entreprend de fusionner les services de renseignements français avec le succès que l'on sait -guéguerre à tous les étages. le livre réserve même une petite surprise : une description de NKM en bourgeoise tout cuir, très S.M. …Elle n'est pas nommée, mais on la reconnaît très bien…
Bref : complexité de l'intrigue, contexte politique solide et d'une passionnante actualité, documentation fouillée, personnages ultra nombreux mais si bien campés qu'on les reconnaît malgré le foisonnement des péripéties et….grosse frustration finale : ce n'est que le tome « Primo »…Il faudra attendre la parution du Secondo pour trouver les réponses à nos questions, régler le sort inquiétant de nos héros préférés…vous l'avez compris, je vous recommande chaudement cette lecture captivante et dérangeante !
Merci à Babélio et aux Editions Gallimard de m'avoir permis cette équipée sauvage sur les traces du mollah Omar et de son acolyte borgne au pukhtu chatouilleux !
PS: rajouté après la rencontre organisée par Pierre Krause de Babélio :
Un grand merci à DOA en personne, que nous avons eu le plaisir de rencontrer et de questionner, dans un échange dynamique, plein d'humour et aussi d'enseignements: sur la genèse du livre,sur les finalités d'un projet littéraire ambitieux et original,sur les "modèles" voulus ou rêvés de ce type de thriller assez inclassable, entre la fresque politique, le roman de guerre et le roman" noir de noir."..
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Archie
  14 janvier 2017
Un thriller dans son expression la plus vive. Un roman d'une extrême complexité, terrifiant, atroce, révoltant, désespérant... mais absolument passionnant. Puthku (*) est un tableau hyperréaliste de péripéties dramatiques s'enchaînant en 2008 au coeur de la guerre d'Afghanistan menée contre les Talibans.
La complexité des intrigues est inouïe. Elles mettent en scène une multitude de personnages de toutes origines, aux patronymes – ou noms de code – difficiles à mémoriser. Pour ceux qui ne veulent pas comprendre : d'un côté « les croisés », de l'autre « les insurgés »... Mais c'est bien plus compliqué que cela. Dans la coalition des Américains et de leurs alliés, chacun dépend d'organismes militaires, paramilitaires, civils, secrets ou officiels, tous plus ou moins rivaux et antagonistes. Chez les autochtones, il y a les Talibans et des populations partagées en un écheveau inextricable de nationalités, d'ethnies, de tribus, de clans, de pratiques religieuses. En arrière-plan, infiltrés de part et d'autre, des réseaux de trafics et de corruption dont les ramifications s'étendent jusqu'aux quatre coins du monde.
Une guerre polymorphe où les motivations des uns et des autres sont diverses, changeantes, parfois surprenantes : défense d'une cause, allégeance identitaire, fanatisme religieux, culte de l'honneur, sens de la discipline, goût de l'aventure, vénalité, préservation de sa sécurité personnelle... Les affinités et les alliances basculent d'un jour à l'autre.
La complexité est parfaitement maîtrisée par l'auteur, dans un ensemble très documenté et d'une grande cohérence. L'ouvrage est toutefois difficile à suivre pour le lecteur. Tout au long des huit cents pages, il faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil. le recours au glossaire final est utile mais pas suffisant ; pour ma part, j'ai utilisé à plein les possibilités de recherche en arrière de ma liseuse.
Le récit est terrifiant, car là-bas, nul – homme, femme, enfant – n'est certain d'être vivant ou indemne le lendemain. La menace est partout, pour tous, à chaque instant. Combattant ou neutre, chacun doit affronter la violence de l'autre, absolue, mortifère, sans merci. Comment vivre avec la probabilité de faire partie un jour ou l'autre des dommages collatéraux d'un acte aveugle, attentat suicide ou bombardement d'un drone ?
Des passages atroces, des scènes insoutenables. Aucun détail réaliste n'est épargné des ravages causés par les lames, les fusils mitrailleurs, les explosifs, les bombes.
Des développements révoltants, du fait des ignominies commises au nom d'Allah, mais aussi parce que des prétextes nobles et humanistes, pour lesquels certains déclarent combattre, masquent des intérêts financiers fondés sur des trafics de drogue et d'armes à une échelle invraisemblable.
Désespérant, le dédain des meneurs islamistes pour les jeunes imbéciles candidats à la mort en kamikazes. Désespérant, l'enfermement des occidentaux dans leur certitude naïve d'être les sauveurs de la civilisation. Désespérante, la corruption, véritable cancer généralisé. Désespérante, la haine qui, dans chaque camp, se nourrit de la peur et de la paranoïa.
Passionnant, Puthku m'a tenu en haleine de bout en bout. Les événements, très réalistes, sont narrés comme de véritables chroniques de guerre. L'auteur sait maîtriser ses effets. le détail de chaque péripétie est dévoilé graduellement, comme une mosaïque d'écrans qui s'allumeraient l'un après l'autre, démasquant chacun une partie de l'image, jusqu'à en pouvoir saisir toute la signification.
Le développement romanesque s'appuie sur le parcours de quelques personnages. Un contrebandier, chef de clan patchoune, devenu un moudjahidine acharné après un bombardement tragique pour les siens. Un paramilitaire de la coalition, français fils de harki, en rupture de ban et tenu par la CIA, tourmenté par les notions du Bien et du Mal. Un journaliste canadien sur la piste d'un immense trafic impliquant des officiers américains et des dirigeants occidentaux.
J'ai souvent dit qu'un livre qu'on aime est un livre dont on regrette qu'il se termine. En l'occurrence, mon regret à été proche de la frustration, car Puthku – en fait Puthku primo – s'achève sans réelle conclusion. Il me faut attendre la suite, Puthku secondo, pour aller au bout des aventures des trois personnages que je viens d'évoquer. Et en savoir plus sur d'autres, des Français, dont deux jeunes femmes très sexy et sur une mauvaise pente. Ces Français, semble-t-il présents dans des romans précédents de l'auteur, pourraient être impliqués dans les trafics...
Puthku primo, formidable chronique romanesque qui peut quasiment se suffire à elle-même, est aussi l'élément central d'une vaste fresque regroupant plusieurs ouvrages. Mais n'ayons pas trop d'illusions sur la fin. Ce n'est pas sans raison que l'auteur, qui préserve son anonymat, à choisi comme pseudonyme DOA, pour Death On Arrival.
(*) Puthku est un être mythologique, père spirituel du peuple patchoune, établi en Afghanistan et au Pakistan.
Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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SMadJ
  09 juin 2015
Un livre-somme, un livre dense mais un livre passionnant.
Petite précision : cette chronique s'appuiera aussi sur les informations récoltées lors de la rencontre avec DOA organisée par l'excellent site Babelio le 5/05/15.
Difficile d'accès au début, presque hermétique, ce n'est pas du fast ou de l'easy reading, il faudra une bonne dose de concentration pour se plonger dedans et s'enivrer de sa richesse. Car ce bouquin est assez phénoménal. Une réussite tant il nous embarque dans son univers âpre.
Même si l'auteur s'en défend, on ressent l'influence d'un Ellroy (trilogie America Underworld) voire d'un Dantec (période Babylon Babies) si on tire la ligne. Lui parle plus volontiers de "Guerre et Paix" de Tolstoï et de Dominique Manotti pour ses références.
Ce livre est une merveille. Riche de mots et d'actions. Pas seulement un livre sur la guerre ou de géopolitique. Plutôt un livre sur l'espèce humaine. Ses démons, ses doutes, ses tourments. Son besoin d'amour. Sa difficulté à trouver paix et sérénité. Quand l'argent et la course au pouvoir ruinent tout sur leur passage. Rien de nouveau bien sûr. Mais quand c'est aussi brillamment expliqué, quand on sent une telle acuité sur le sujet, quand les lignes qui se déroulent alimentent votre imaginaire et votre conscience, on ne peut que plébisciter ce formidable travail de recherche, cette investigation aux limites du journalisme. Et ce réel talent d'écriture.
D'ailleurs on retiendra les atermoiements de l'un des personnages, journaliste de terrain par rapport à l'inutilité de sa mission : à quoi sert-il de rapporter les pires atrocités commises dans le monde puisque personne, citoyen comme politique, ne se soucie de les changer ?
Même si ce livre se déroule principalement en Afghanistan, les conséquences sont worldwide, on suit l'action de personnages secondaires et les répercutions internationales qui en découlent. Car la guerre est un business et le business est bon. Édifiant.
DOA saute d'un personnage à l'autre comme une fuite en avant dans une nuit gorgée de brouillard.
En multipliant les points de vue, l'auteur nous permet d'avoir une vision, un regard, une opinion acérés. Une vraie claque salvatrice au manichéisme.
Les personnages sont nombreux mais fouillés. L'auteur leur a donné corps et vie et beaucoup d'épaisseur. Il n'y a ni bon ni mauvais. Il y a des survivants...
"La guerre est mère de toutes les commémorations mais c'est une mauvaise mère, elle ne respecte rien, ni les grandes idées, ni les hommes, elle les dévore et leur survit. Toujours."
Les personnages féminins sont maltraités. Vous me direz normal c'est l'Afghanistan. Et vous aurez tort car les femmes occidentales sont aussi mal traitées que leurs consoeurs orientales dans le livre et dans la "vraie vie". L'auteur a insisté là-dessus lors de la conférence. Nous n'avons pas de leçon à donner sur notre rapport à la femme dans nos pays "civilisés". Il est triste qu'au vingt-et-unième siècle, les choses aient aussi peu changé. On n'ira évidemment pas jusqu'à considérer le livre comme féministe. Il ne l'est pas. Et ce n'est pas le propos. Mais quand le propos est intelligent, il faut le souligner.
DOA réussit le tour de force de nous livrer un roman d'aventure captivant. L'auteur a prévu un diptyque, le second tome encore en cours d'écriture ne sortira que dans un an.
Livre d'action donc mais aussi de réflexions et de questionnements sur l'état du monde. Ce livre à autant de facettes qu'un diamant brut.
Et alors comment se porte la guerre ? Hé bien elle se porte bien et elle vous remercie.
Ps : un grand merci à Babelio et aux Editions Gallimard d'avoir mis entre mes mains ce magnifique ouvrage !
Lien : http://cestcontagieux.com/20..
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critiques presse (2)
Telerama   27 mai 2015
Immersion virtuose et sous tension dans le bourbier afghan de 2008.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro   27 mars 2015
DOA entremêle les récits, les scènes d'action, les rapports militaires, avec une habileté de vieux roublard, aidé par des «professionnels silencieux» remerciés en fin d'ouvrage.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
Didier_TrDidier_Tr   12 novembre 2017
Au loin, les montagnes semblent infranchissables.
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gteisseiregteisseire   09 mars 2015
Peter n’entend pas la dernière remarque, déjà emporté par ses cogitations. La CIA et Longhouse seraient donc organiquement très proches, consanguines sur le plan financier et leurs liens renforcés par l’existence, parmi leurs dirigeants, d’un réseau d’anciens allègrement passés du public au privé sans déceler dans ces changements de casquette intempestifs le moindre conflit d’intérêts. Ou en ne le voyant que trop bien, mais pourquoi s’emmerder. Vieille histoire. L’aveuglement sur son propre modus operandi d’un système désormais en roue libre, la disparition de toute forme d’honorabilité en faveur du fric roi et le traumatisme d’un 11-Septembre autorisant les réactions expéditives sont autant de conditions ayant permis, en Amérique, l’élan de privatisation de la chose militaire sans précédent constaté à l’occasion des invasions de l’Afghanistan et de l’Irak. Pour les hérauts du capitalisme, l’enjeu commercial premier de ces deux guerres n’a jamais été la captation des richesses des pays en question mais la guerre elle-même, source d’immenses profits.
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michfredmichfred   06 avril 2015
Peter a adhéré un temps à cette vision des choses, elle faisait sens. Mais sa réalité le rattrape. Tout le papier noirci, tous ces octets balancés à travers le Net ne changent rien à rien. Qu'en font ceux qui les reçoivent? Pour peu qu'il faille en faire quelque chose. Pas un seul de ses articles n'a eu le moindre effet durable et réellement positif, une notion toute relative il faut en être conscient, sur la marche du monde. Certains ont réussi à provoquer de petites secousses temporaires mais celles-ci ont été amorties très vite. De plus en plus, Peter se sent réduit à l'état de minuscule rouage d'une immense machine, sa vocation étant de produire de l'info quand d'autres produisent des légumes ou des appareils électriques. Info dont la valeur fluctue. La sienne aussi par conséquent. Et en ce moment , c'est plutôt à la baisse. Trop de plumes pour se penser incontournables, de moins en moins de gens pour lire, ou écouter. On comprendra qui a raison. Si raison il y a.
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BMRBMR   05 mai 2015
[...] Ces connards d'Anglais ont été les premiers à participer massivement au foutoir actuel. Obsédés par leur Grand Jeu contre les Russes, ils établissent à la fin du XIXe siècle une frontière artificielle entre le Raj, les Indes britanniques, et l'Afghanistan, rabaissé au rang d'État tampon. Appelée ligne Durand, du nom du diplomate qui en négocia le tracé, cette démarcation coupe alors en deux le monde pachtoune, jusque-là naturellement réparti le long de l'Hindou Kouch, la Montagne qui tue les Hindous, et de la chaîne de Soulaïman, son prolongement méridional. Elle s'accompagne de l'annexion de six régions montagneuses déclarées zones tribales, par opposition aux zones pacifiées, c'est-à-dire le reste du Pakistan, l'Inde, le Bangladesh et une partie de la Birmanie. Dans chacune de ces six enclaves, l'Empire dépêche un administrateur dont le pouvoir repose sur un système de règles exclusives, simplistes, et de punitions collectives.
[...] Lorsque le Pakistan obtient son indépendance en 1947, il ne change pas le statut des zones tribales. La nouvelle constitution ne s'y applique pas et le droit de participer aux élections nationales n'est pas accordé aux populations locales.
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Charybde2Charybde2   11 mai 2015
Voodoo et Ghost arrivent sur place quarante minutes plus tard, au milieu d’un ballet aérien chaotique dans lequel tout ce que l’ingénierie belligérante est capable de faire voler se côtoie, se frôle, se rate de peu. Bagram, c’est un réceptacle à gros-porteurs construit, à presque deux mille mètres d’altitude, par les Soviétiques période realpolitik, âprement disputé par les seigneurs de guerre version pilleurs fratricides puis arraché aux talibans à grand renfort de mégatonnes à guidage laser dans les premiers jours de l’offensive de 2001. C’est un chancre désormais bien mûr au milieu de la plaine de Shomali, autrefois qualifiée de Jardin de Kaboul tant elle était fertile, et aujourd’hui déserte, labourée jusqu’à l’os par trente années de bombes, d’obus et de mines. Quartier général de la RC-Est, plus grosse installation guerrière de tout l’Afghanistan, c’est le croisement bâtard entre la démesure du génie militaire et l’urbanisme banlieusard made in USA, avec ses artères droites, perpendiculaires, ses incontournables Hesco, ses tentes XXL, ses engins de mort, ses terrains de sport, ses centres commerciaux et ses chaînes de fast-foods. Dix à quinze mille troufions poireautent ici en permanence, en partance pour l’enfer ou pour le paradis, le home sweet home, le conflit ou le cimetière.
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