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EAN : 9782072732409
240 pages
Éditeur : Gallimard (04/05/2017)

Note moyenne : 2.83/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture;
C'est quoi, une civilisation ? Comment ça naît, comment ça meurt ? L'effacement de la nôtre nous aide à répondre à ces questions vieilles comme le monde.
De la CIA au rap, de House of Cards à Baron noir, des primaries à nos primaires, c'est cette imprégnation de notre culture nationale par la civilisation américaine que Régis Debray dévoile avec une gaieté frondeuse, en reliant les menus faits de notre quotidien à l'histoire l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  17 octobre 2019
Je n'y croyais pas trop, à l'américanisation. Et puis j'ai déménagé à Lyon. Et puis j'ai été embauchée à top chatouilles, une entreprise qui moulinait des hélices dans le domaine du web marchandising. le nom ne fait pas le moine - que certains veuillent se donner de grands airs en s'affublant de titres honorifiques à consonance anglophone, ça m'en touche une sans bouger l'autre. le temps passant, je réalisai toutefois que le phénomène, de par ses attributs grégaires, entraînait une véritable hypostase du titre qui, tout imaginaire qu'il puisse l'être, trouva alors une force d'application réelle. C'est ainsi que l'on vit les descendants de braves paysans se mettre à ingurgiter des manuels de développement personnel pour self made man ; que l'on décida d'évaluer le leadership de tous les employés, même ceux situés au plus bas de l'échelle ; que l'on en vint à organiser des gaming weeks ; à pricer les produits phares ; à crosser les petits accessoires dont personne ne veut ; à évaluer d'un regard critique le reporting quotidien des ventes ; à commander des lunch box pleines de burgers et de milk shakes pour le midi. Les succès marketing virtuels se célébraient régulièrement par l'organisation d'afterworks dont la date aura été discutée longtemps à l'avance, en conciliabules interminables sur l'agenda en ligne. Dans cette pagaille d'enthousiasme et de convivialité, exaltée par le petit apéro de fête, la hiérarchie n'a plus d'autre justification que celle qui implique des différences salariales. Ainsi, le jeune homme qui a été embauché le mois dernier, pour peu qu'il tienne mal l'alcool et qu'il soit naturellement peu porté à l'inhibition, ne ressent aucune gêne à sortir sa bite pour s'en servir de raquette de ping-pong devant son chef qui, sans doute, regrette de ne pas en avoir une pareille, puisqu'il garde la sienne dans son sac.

L'entreprise devient un nouveau lieu de vie. Certains se pacsent entre eux. On les voit arriver ensemble le matin, dans leur petite citadine, et ils attendent que le portail automatique s'ouvre pour les laisser entrer dans le parking privé, tandis que les autres descendent piteusement du bus des heures de pointe. Certains partagent leurs jouets. Il y avait cette mode des figurines en plastique avec des têtes hydrocéphales, que certaines s'échangeaient à l'heure de la récréation. le facteur se pointe tous les jours avec des brouettes de colis amazon premium : j'ai des livraisons pour truc, pour machin, pour bidule ! les heureux élus se précipitent, ils déballent leurs colis à même le sol et rigolent en essayant leur nouveau iphone ou leurs nouveaux éclairages LED pour tuning pc. Les petits chiots ne finissent-ils jamais par grandir et à s'intéresser à autre chose qu'à leurs jouets ? Certains parlent des dernières séries netflic et, non contents de les avoir gobées sans avoir eu envie de gerber, ils se demandent s'ils ne pourraient pas faire des créations graphiques pour les mettre à l'honneur sur le site. Certains proposent qu'après le boulot, on se retrouve pour faire du kitesurf, des pilates, des cours de pâtisserie ou du bénévolat à la spa. A la place, je vais rendre mes livres à la bibliothèque mais quand je traîne en travers des rayons, il n'y a plus que des films, des peintures ouvertes au prêt, et des livres avec des images dedans. Un animateur de la bibliothèque fait une visite guidée pour un groupe de femmes voilées qui pépient entre elles dans une langue inconnue. Alors je rentre chez moi en prenant le tram et, tandis qu'il chemine sur ses rails, je regarde les petits films diffusés sur les écrans disposés à l'intérieur de chaque wagon : la météo, l'horoscope, les attractions lyonnaises. Mon livre est au fond du sac, je ne sais même plus de quoi il parle.

J'ignore sûrement que « l'Amérique est entrée dans l'histoire et dans nos coeurs par l'image ». De Gaulle et Napoléon ne seraient rien sans leur correspondance et leurs mémoires mais ils datent du siècle dernier. Les présidents américains, quant à eux, peuvent mourir tranquillement sans avoir marqué la moindre page de leur singularité. Il leur suffit de se laisser photographier, d'apparaître à la télé ou d'avoir eu des histoires avec des putes. « Une image est positive : l'absence, le projet, le possible, le programme, tout ce qui dépasse, anticipe ou interroge le donné effectif, ne sont pas photographiables et encore moins photogéniques ». Conséquence : « il nous faudra donc “positiver”, en oubliant l'ancien travail du négatif. Adieu la dialectique ou la contradiction, bonjour la soumission à ce qui est et le respect du fait accompli ». L'image ne tromperait pas, selon les dernières nouvelles. L'image se doit donc de refléter les qualités les plus prisées – les plus rares – de l'humanité : joie, beauté, positivité.

« Quel est l'âge par excellence du bonheur et de l'innocence (dans la doxa) ? L'enfance. L'américanité, qui sacralise cet âge, invente pour elle les plus beaux jouets et jeux, les parcs d'attractions, la bûche de Noël, Mickey Mouse et Bugs Bunny. N'est-ce pas aux enfants qu'est promis le royaume de Dieu ? Quand l'adulte est-il le plus heureux ? Quand il redevient enfant. Comment l'y aider pratiquement ? En le comblant d'ice cream, de produits lactés et de bonbons. En mettant beaucoup de glucides dans ses boissons et ses aliments, au risque de le rendre obèse, mais c'est le prix du bonheur sans peine, l'édulcorant. Soda, burger and donut. Il y a bien encore quelques activités fastidieuses dans l'existence, aller à l'école par exemple. Tout sera fait pour y éviter l'ennui, faire du professeur un animateur, du manuel scolaire, un programme télé (la double page maquettée à l'écran), et du cours lui-même, une récréation. Ecouter une conférence ? Barbant mais starting joke préventive. Lire un pavé ? Se reporter au Reader's Digest. Enterrer un proche ? Confier son corps à un thanatopracteur, qui vous le rendra, dans la funeral room, pomponné, maquillé et pimpant. S'informer sur le triste état du monde ? Infotainment, les nouvelles comme un jeu, ou la feel good TV. Les handicapés sont rebaptisés personnes à mobilité réduite ; et les guerres, opérations extérieures. On ne meurt plus, on vous quitte ou on s'en va. »
Ceci n'est pas sans rappeler quelques belles pages de Philippe Muray.

A top chatouilles, nous avions l'habitude de nous exprimer pendant nos heures de « travail » par l'intermédiaire d'un logiciel de messagerie instantanée qui remplaçait ce que nous appelions autrefois « la place du village ». Un jour, un employé, la trentaine passée, nous raconta ses déboires sentimentaux : sa petite amie ne partageait pas sa passion pour les jeux vidéo. Elle aurait aimé qu'il passe plus de temps à s'occuper de leur fille. le jeune homme se lamentait : arriverait-il un jour à rencontrer la geekette de ses rêves avec qui il pourrait passer des journées et des nuits entières à titiller le gamepad ? le roman de cette génération s'appellera : « on baisera quand il y aura une coupure d'électricité ».

Mon ton peut sembler amer. Toutefois, je n'ai jamais ressenti d'amertume au cours de mes dix mois de travail chez top chatouilles. J'allais chaque jour travailler là-bas avec l'assurance de découvrir une nouvelle parcelle de la réalité de ce monde. La surprise sans cesse renouvelée m'épargnait la dépression. Je pensais en outre que la folie qui imprégnait les bureaux de top chatouilles n'était qu'une sorte d'épidémie locale. Après tout, l'instinct grégaire est asservissant, et chacun s'adapte comme il le peut. Il en est qui se soumettent sans même avoir l'impression d'un effort, n'affichant que la bonne humeur que l'on attend d'eux (hérodiens), tandis que d'autres préfèrent se sacrifier pour ne pas suivre le troupeau bêlant, et cela sans raison autre qu'ils n'aiment pas se voir comme bêlants, quand bien même ils en auraient par ailleurs toutes les caractéristiques (zélotes).

Régis Debray, je crois, ne fais pas l'unanimité. Je n'ai pas essayé de chercher pourquoi. Tout ce que je sais de lui, c'est qu'il a composé un opéra sur Walter Benjamin, ce qui d'assez bon goût. Pour poursuivre mon étude sur notre civilisation, j'ai décidé de lire René Guénon. Faites pareil ou pas.
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BonoChamrousse
  24 juillet 2018
J'ai reçu ce livre dans le cadre d'une masse critique et je remercie BABELIO et GALLIMARD pour cette lecture.
Jusque là, je n'avais jamais rien lu de Régis Debray et je me faisais une joie de découvrir ses écrits. Car la réputation de Mr Debray n'est plus à faire. Il a, entre autres, combattu aux côtés du Che Guevara, il a été fait prisonnier et a été torturé en Amérique du Sud dans les années 60, il est philosophe et a fait partie de l'académie Goncourt. Bref, c'est un grand bonhomme !
Comme j'ai lu Lévi-Strauss, Sartre, Beauvoir, Malraux, Proust et bien d'autres, naïvement, je pensais que "Civilisation" allait être à ma portée...
...alors inutile de vous dire que j'ai été très déçue par ce livre. Je n'y ai rien compris et pourtant je me suis acharnée à le relire plusieures fois. Oui, Mr Debray est un homme très cultivé et il nous le fait bien sentir avec tous les grands mots qu'il utilise et ses phrases compliquées, mais son style est hermétique et confus ...en tout cas pour moi.
Alors peut-être que ça vient de moi et de mon niveau d'étude insuffisant pour un tel livre ? Mais personnellement, je ne le recommande pas du tout.
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Bouteyalamer
  04 mai 2018
Le hasard, la curiosité — je n'ai rien lu de Debray — et les références à Valéry m'ont fait entreprendre cette lecture. Elle est agréable mais le plaisir est un peu court.
Première question, chapitre I : « Que veut dire civilisation ? » Pas de réponse claire, mais une approche dans la sous-question « Comment distinguer culture et civilisation ? ». « D'abord par l'espace, par l'aire de diffusion — l'islam avec un petit “i” va de Dakar à Djakarta. Les fondations sont plus larges que le bâti. Ensuite dans le temps, par la longévité : Rome a duré mille ans et la Chine aborde son troisième millénaire » (p 20). Deuxième question, chapitre II : « Quand l'Europe a-t-elle cessé de faire civilisation ? ». Entre 1919 et 1996 au profit de l'Amérique, nous apprend l'apôtre de l'antiaméricanisme. La suite à l'avenant : « Avouons-le : en 1900, un Américain de bon ton est un Européen exilé ; en 2000, un Européen dans le vent est un Américain frustré — ou qui attend son visa » (p 46).
Bon, on peut arguer que l'Europe sans la Russie fait 10,2 millions de km2 (9,8 pour les États-Unis) et qu'elle compte un peu plus de millénaires, qu'une seule langue ne peut suffire car nous vivons dans un monde moderne comme dit l'autre, que notre langue évolue (pardon à Étiemble), et qu'on ne peut reprocher sa force d'attraction à l'anglais (Étiemble était anglophile et anglophone mais séparait les genres), mais ce n'est pas la question. Un pamphlet doit être excessif et roboratif. Mais celui-ci est indigeste et Debray n'est pas Valéry, il a oublié l'auto-ironie de Monsieur Teste. Alors on saute des pages (est-ce ce qu'on appelle un page turner ?). Je me suis arrêté page 135 à cette belle séquence : « Parfois hystérico-fusionnels, les barnums néoévangéliques tournent le dos aux monastères et aux catacombes. C'est grand. C'est visuel. C'est musical. C'est marketing. C'est fun. C'est fou. C'est sanitaire. C'est utilitaire. C'est lucratif. C'est tout. ».
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Kjeld
  18 juin 2017
Un livre qui peut paraître un peu fouillis de prime abord mais il a le mérite de soulever de nombreuses questions. L'axe principal est le phénomène d'acculturation des sociétés européennes par l'impérialisme culturel des Etats-Unis. Regis Debray l'explique par le statut de civilisation revêtu par le pays de l'oncle Sam. C'est à dire qui a la capacité d'imposer une vision et un mode de vie. Une civilisation héritière de l'Europe mais qui dispose de ses propres spécificités, comme celle de placer au centre de tout l'économie.

Un ouvrage assez plaisant mais qui nécessite d'avoir quelques références en histoire politique et culturelle pour saisir les innombrables allusions de l'auteur. Le sujet concerne tout le monde et mérite d'être discuté.
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fga1068820
  08 juin 2017
Régis Debray Civilisation
Comment sommes-nous devenus américains
C'est quoi, une civilisation ? Comment ça naît, comment ça meurt? L'effacement de la nôtre nous aide à répondre à ces questions vieilles comme le monde.
De la CIA au rap, de House of Cards à Baron noir, des primaries à nos primaires, c'est cette imprégnation de notre culture nationale par la civilisation américaine que Régis Debray dévoile avec une gaieté frondeuse, en reliant les menus faits de notre quotidien à l'histoire longue de l'humanité. Illustré par l'exemple de la Grèce antique face à l'empire romain, l'invariable grammaire des transferts d'hégémonie éclaire notre présent d'une façon insolite et pénétrante. Une prise de recul qui, tout en absorbant de plein fouet l'actualité, surprendra également pro- et anti- américains
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critiques presse (2)
LaCroix   07 août 2017
Comment des cultures finissent-elles par s’effacer ? C’est sur cette épineuse question que se penche le philosophe. Sans en faire un drame.
Lire la critique sur le site : LaCroix
NonFiction   26 juillet 2017
Par une prose simple, sans simplisme, Debray montre qu’une civilisation est d’abord une propagation inconsciente ; et qu’une décadence consiste en une transmission, en un rebond et donc en une survie.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
hupomnematahupomnemata   12 juin 2018
Mais le plus bel exemple de floraisons d'automne, de ces bouillonnements créateurs du grand âge, c'est Vienne, entre 1870 et 1830, la tête d'un empire austro-hongrois décati, le dernier successeur de l'Empire romain d'Occident , cinq siècles d'existence. Tout allait au plus mal dans ce pays battu par la Prusse à Sadowa, écartelé par les nationalismes internes, avec une cour accablée de drames et de suicides, et un empereur tournant fantôme, quand Vienne devint la capitale de l'esprit objectif du monde occidental. Sous les marques de l'opérette et des valses, de Mayerling et de Sisi, la haute culture viennaise a jeté les bases de toutes les inventions du siècle. Et cette grande époque débute curieusement en 1871, quand le centre politique et militaire de l'Europe continentale passe de Vienne à Berlin, forçant la Couronne à abdiquer tout rôle dominant à l'international. La finis Autriae dans l'arène européenne préfigurait la finis Europae dans l'arène mondial, et cette répétition générale pourrait nous faire envie, tant cette Joyeuse Apocalypse n'a pas seulement illuminé son siècle, mais féconde le suivant. Nous sommes tous les enfants, sinon les parasites, encore maintenant, du ring, du cercle de Vienne, des cafés, galeries, clubs, revues, cabarets, agences de cette irremplaçable "décadence". Le Who's Who viennois de la Belle époque, c'est la moitié du panthéon de l'an 2000. Peinture : Klimt, Kokoschka, Schiele. Architecture : Adolf Loos, Otto Wagner. Musique : Alban Ber, Gustav Mahler, Arnold Schoenberg, Anton Webern. Sciences humaines : Sigmund Freud, Ludwig Wittgenstein, Joseph Schumpeter, Wilhelm Reich. Littérature : Robert Musil, Stephan Zsweig, Hermann Broch, Karl Kraus, Manès Sperber. Cinema : Fritz Lang, Joseph von Sternberg, Erich von Stroheim, Michael Curtiz. Hollywood ne serait pas ce qu'il est s'il n'avait accueilli ces civilisateurs, non plus que Londres, Harvard et Paris. Quel isme ne devrait-on faire précéder du préfixe austro? Sionisme, marxisme, positivisme, expressionisme, etc. Qui a dit que sortir de l'histoire oblige à broyer du noir? Bien au contraire : ces périodes faste et conclusives sont celles où la mélancolie au coeur n'empêche pas la gaieté dans l'esprit ; où l'art de vivre est si loin poussé que certains peuvent vivre de l'art, et pour lui ; où il n'est plus nécessaire d'espérer pour entreprendre ni même d'entreprendre pour dire merci ; où les convictions perdant de leur force aveugle, le réel se découvre aux esprits, sans ajout ni déguisement ; où les corsets se délacent et les bonnets volent par-dessus les interdits. Le collectif y perd, l'individu y gagne. Décadence, dira l'un, libération, dira l'autre. Et pourquoi pas les deux?
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lilianelafondlilianelafond   10 décembre 2017
Qu’a-t-elle d’européen notre Europe alignée, recouverte d’un bleu manteau de supermarkets, le successeur du blanc manteau d’églises, avec, çà et là, et en supplément d’âme, des musées aux formes avantageuses, où venir remplir en bâillant ses obligations culturelles ? Il y avait plus d’Europe à l’âge des monastères, quand l’Irlandais Colomban venait semer ses abbayes aux quatre coins du continent. Plus, à la bataille de Lépante, quand Savoyards, Génois, Romains, Vénitiens et Espagnols se ruèrent au combat contre la flotte du Grand Turc, sous la houlette de Don Juan d’Autriche. Plus à l’âge pacifique des Lumières, quand Voltaire venait battre le carton à Sans-Souci avec Frédéric II, ou quand Diderot tapait sur l’épaule de Catherine II à Saint-Pétersbourg. Plus, à l’âge des Voyageurs de l’impériale, quand Clara Zetkin remuait le coeur des ouvriers français, et Jaurès, les congrès socialistes allemands. Le russe et l’allemand s’enseignaient cinq fois plus dans nos lycées en 1950 qu’aujourd’hui ; il y avait alors plus d’Italie en France et de France en Italie qu’il n’y en a à présent. Nous suivons de jour en jour les péripéties de la politique intérieure américaine, et une quinte de toux de Mme Clinton en campagne fait l’ouverture de nos journaux télévisés, mais nous n’avons pas dix secondes pour un changement de paysage en Roumanie ou en Tchéquie. Les satellites de diffusion et notre paresse intellectuelle mettent New York sur notre palier, Varsovie dans la steppe et Moscou au Kamtchatka.
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AntonyMAntonyM   17 mai 2017
1919, traité de Versailles. Pour la première fois depuis deux siècles , le texte français d'un accord internationale fait plus loi. Le président Wilson exige une version en anglais. Le français cesse d'être la langue de la diplomatie.

1920, fondation à New York, par Duchamp et Man ray, de la société anonyme, un lieu pour exposer de l'art "moderne". "L'homme le plus intelligent et pour beaucoup le plus gênant de cette première partie du XXe siècle (André Breton sur Duchamp) s'est installé aux États-unis dès 1915. L'urinoir signé R.Mutt, le célèbre ready-made, est exposé à New York en 1917. (derrière un écran).

1925, la Métro Goldwyn Mayer rachète les parts du Crédit commercial de France de la société anonyme de la société Gaumont. Confirmation du transfert de l'usine à rêves de Paris à Hollywood.

1926, Charles Pathé abandonne à Kodak (USA) le monopole de la fabrication du film vierge, qu'il avait arraché à Georges Eastman avant la guerre.

1927, Warner Bros produit le premier film parlant. Le Chanteur de jazz. "Si cela marche, a dit le producteur, le monde entier parlera anglais. (L'image sonore n'arrivera en France qu'en 1930.)

1943, création de l'Amgot (Allied Military Government of Occupied Territories). Confondant libération et occupation, le président Roosevelt signe un projet d'administration de la France libérée donnant au commandement suprême allié toute autorité sur l'ensemble du territoire et prévoyant une monnaie imprimée aux États-Unis et distribuée par l'administration américaine à la population. Plan déjoué au printemps 1944 par de Gaulle ,avec l'appui sur place du général Eisenhower.

1946, signature de l'accord Blum-Byrnes. Vichy avait interdit les films américains. Une fraction de la dette française effacée, en contrepartie de quoi les États-Unis, sous l'égide d'une maxime perspicace, trade follows the film, exigent l'abandon du quota pour les productions américaines et une sévère réduction des exclusivités pour les films français (de sept à quatre semaines). Se créera en réaction un comité de défense du cinéma français (Jean Marais et Simone Signoret), et le centre national du cinéma viendra au secours des films français, leur production ayant chuté de moitié. En Allemagne, après guerre, la diffusion des films américains n'est pas réglementée.

1946, parallèlement au plan Marshall, les États-Unis lancent le programme Fullbright "pour la reconstruction intellectuelle de l'Europe".

1948, promulgation de la Déclaration universelle des droits de l'homme, "l'homme moral de notre temps". Votée par l'assemblée générale des Nations unies à Paris, au palais de Chaillot, mais rédigée à Lake Success en 1947, sous l'égide de la grande Eleanore Roosevelt, veuve du président, elle représente à double titre, par son caractère d'universalité, une considérable avancée sur la déclaration de 1789. C'est l'individu en tant que tel, qu'il soit apatride, réfugié , migrant ou demandeur d'asile, qui devient sujet des droits imprescriptible et les principes énoncés, quoique dépourvus de caractère obligatoire, s'imposent à tous les pays.
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AntonyMAntonyM   09 mai 2017
L'image d'abord
L’Amérique est entrée dans l'histoire et dans nos cœurs par l'image; elle a la fibre optique. L'Europe dans l'histoire et nos cerveaux par des écrits ; elle a la fibre optique. Les héros du Nouveau Monde ne sentent ni l'encre ni la térébenthine. Ils sont sur pellicule. Buffalo Bill ne s'est pas distingué par son autobiographie, mais pas ses exhibitions. On ne connait pas d'essais politiques signés Franklin Roosevelt. Le président Kennedy n'a pas laissé de journal ni de correspondance; et ne parlons pas de ses successeurs. Enlevez à de Gaulle ses mémoires de guerre et à Napoléon le Mémoriel de Saint-Hélène, le mythe sera incomplet, et la transfiguration boiteuse. Enlevez Jean Gabin et Michèle Morgan à la France du Front Populaire, à l'Amérique de la nouvelle Frontière, vous lui coupez les jambes. Un album, à tout prendre, pourrait résumer le siècle américain en cent photos (dont un bon tiers de stars); une anthologie, l'Europe du XXe siècle en cent textes (dont un bon tiers de poèmes, manifestes ou nouvelles). On trouvera dans le premier des photos légendaires, et dans la seconde des textes illustrés. L'auteur de l'album aura visionné en vidéothèque, l'auteur de l'anthologie compulsé en bibliothèque. On durcit le trait, pour sûr, mais la mise à l'écart de l'Europe aurait été impossible sans celle de la culture écrite par la culture visuelle.Le cinéma a crée les États-Unis, pour lesquels c'est beaucoup plus qu'un moyen d'influence. C'est l’origine de leur puissance. Trump, comme naguère Reagan, est le shérif du film. John Wayne aux manettes.
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lilianelafondlilianelafond   10 décembre 2017
Nous n’avons pas à prêter serment aux enseignes des légions, encore moins à baiser la pantoufle. Nous ne sommes pas des supplétifs ni des larbins, mais des utilisateurs. Nos appareils sont des maîtres à penser. En quoi le gouvernement par les normes, autrement plus indolore et moins coûteux que par les blocus et les amendes, est un modèle d’économie des forces. C’est une mise à l’équerre (le sens de norma en latin) plutôt qu’une mise au pas. On dresse et on redresse, par le seul mode d’emploi. La normalisation préemptive des systèmes techniques — éducation, santé, transports, médias — produit une dynamique qui ne se présente pas comme polémique. Elle instaure la référence par capillarité. Elle met de l’ordre, son ordre, dans du disparate, et le rouleau compresseur normatif fait apparaître tout « ce qui résiste à son application comme quelque chose de tordu, de tortueux ou de gauche » (Georges Canguilhem, Le Normal et le Pathologique). L’écart devient faute, et il arrive qu’une négligence ou un hors-piste soit passible de graves sanctions. Cela vaut pour les normes comptables comme pour le droit fiscal.
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