AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070322955
Éditeur : Gallimard (01/01/1985)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 78 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture : Ce dimanche-là, dans la plaine de Bouvines, le roi de France Philippe-Auguste avait affronté malgré lui la coalition redoutable de l'empereur Otton, du comte de Flandre Ferrand et du comte de Boulogne Renaud ; il était, grâce à Dieu, resté le soir maître du champ. L'empereur avait détalé ; les deux comtes rebelles étaient pris. Victoire, comme on l'a dit et répété, fondatrice : les assises de la monarchie française en furent décidément raff... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Sarindar
  21 juin 2014
Georges Duby n'était évidemment pas attendu dans le genre histoire événementielle. Il s'était plutôt fait remarquer dans l'histoire de la France rurale et commençait d'aborder une analyse de la société organisée selon ses stratifications sociales et les symboles vivants de celles-ci : le paysan, le chevalier et le prêtre (régulier ou séculier). Il était aussi passionné par les questions liées à la création artistique alors encore enfermée dans le moule religieux et l'histoire sainte (l'émancipation réelle ne viendra qu'au quinzième siècle).
Et pourtant attiré plutôt par ces problématiques, ce qui était sans doute dû à sa tendance initiale à lire les aspects sociaux, culturels et religieux selon la grille de lecture marxiste des questions historiques, et influencé qu'il était par la pensée de Marc Bloch et par les orientations nouvelles de l'Ecole des Chartes, qui privilégiaient le fait social plutôt que la focalisation sur un fait historique, Georges Duby accepta la proposition que lui fit Pierre Nora en octobre 1968 d'écrire le volume consacré à la bataille de Bouvines dans la collection : Les trente journées qui ont fait la France, publiée par NRF Gallimard. La bataille s'est livrée le 27 juillet 1214, aux lisières des frontières de la Francia d'alors, et elle a opposé l'empereur germanique Otton IV et quelques-uns de ses alliés au roi capétien Philippe II dit Philippe Auguste. Ce dernier avait alors affaire à une véritable coalition, et le fils de Philippe Auguste, le futur Louis VIII le Lion, devait lui-même stopper les forces anglaises débarquées à La Rochelle et lancées dans une attaque vers le Maine et l'Anjou ; en réalité, le roi Plantagenêt Jean, que l'on surnomme Jean Sans Terre, frère de feu Richard Coeur de Lion, n'ira pas plus loin que La Roche-aux-Moines, qu'il assiègera en juin, et dont il s'éloignera dès le 2 juillet devant l'arrivée des troupes de Louis. Libéré de cette menace, Philippe Auguste allait pouvoir livrer bataille aux forces d'Otton IV, ancien duc de Brunswick et à celles de Ferrand de Portugal, comte de Flandre, qui constituaient l'aile gauche de l'armée ennemie et Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, lui-même flanqué de Guillaume de Salisbury à l'aile droite. Côté français, Robert de Dreux à gauche et Eudes de Bourgogne ainsi que le Frère Guerin (un évêque ! celui de Senlis) encadraient le roi. La bataille se joua d'abord au centre, et la mêlée fut d'abord confuse. Philippe Auguste s'aventura un peu trop en tête et fut mis à terre par l'ennemi, mais un groupe de chevaliers vint à sa rescousse et Philippe ne voulut lâcher aucun pouce de terrain. Les Français montrèrent tant d'opiniâtreté que les troupes allemandes finirent par lâcher prise. Aux ailes, les derniers contingents germaniques engagés ne tardèrent pas à se replier, laissant le comte de Flandre et le comte de Boulogne seuls aux prises avec les Français. Malgré une résistance acharnée, les alliés français de l'Empereur allemand ne purent tenir tête à nos troupes et durent finalement accepter de se constituer prisonniers. Ces captifs furent évidemment des trophées de choix dans la marche triomphale qui ramena Philippe Auguste vers Paris. le roi n'avait pas particulièrement souhaité croiser le fer avec l'ennemi, surtout que le 27 juillet tombait un dimanche en 1214, et que de bons chrétiens se devaient d'éviter de répandre le sang d'autres croyants ce jour-là, car c'était tout de même le jour du Seigneur (le jour du repos divin dans le mythe de la création et celui où l'on doit se recueillir et communier). La propagande royale s'arrangea donc pour que l'on comprît bien que Philippe Auguste avait été contraint au combat.
Georges Duby traita bien sûr le sujet sur le plan événementiel, mais, comme il était prévisible, il en fit un prétexte pour vite revenir à une relecture des faits sous l'angle des rôles sociaux et hiérarchiques joués par chacun des acteurs en fonction de leur place dans la société médiévale. Il y a tout un discours autour de la place et de l'action qui reviennent au chevalier dans le fait militaire. Les milices urbaines ont beau avoir elles aussi pris leur part du succès ce 27 juillet 1214, elles ne peuvent avoir la vedette au Moyen Âge. Elles n'en ont acquis qu'à la suite des révolutions de 1789, 1830, 1848, puis de l'instauration d'un régime républicain au lendemain de la défaite de Napoléon III face aux Prussiens en 1870. Bouvines aura une autre dimension entre 1870 et 1914 : il s'agira pour les Français de réinterpréter les faits dans le cadre d'une logique collective, celle de la revanche de tout un peuple sur l'adversaire allemand, après l'annexion au Reich par celui-ci de l'Alsace et de la Moselle. On mettra alors l'accent sur le rôle joué par les milices communales lors de la bataille de Bouvines. Il n'est que de lire l'Histoire de France d'Ernest Lavisse pour s'en convaincre.
Duby a bien sûr rompu avec cette présentation des faits, et il a élargi la réflexion en replaçant l'événement dans le processus d'une affirmation du pouvoir monarchique sous l'égide des Capétiens doublé par un effort incessant en vue de l'unification du royaume et d'une volonté de centralisation de ce même pouvoir "rassembleur" et en réalité pré-étatique.
Le discours n'a rien perdu de sa pertinence.
Mais il faudrait à présent le réactualiser.
Nous avançons dans la construction européenne et il est maintenant inévitable que nous présentions la bataille de Bouvines comme un événement qui prend sens à l'échelle de l'Europe continentale, car il y eut tout de même ce jour-là une forte concentration de représentants des grandes puissances de l'époque.
François Sarindar, auteur de : Lawrence d'Arabie. Thomas Edward, cet inconnu (2010).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
brumaire
  15 juillet 2017
Un livre que je possédais depuis longtemps et qui prenait la poussière sur mes étagères.
Ce livre fait partie de la série des "Trente journées qui ont fait la France". Georges Duby a un style fluide. Ce n'est pas le genre d'historien a noyer le poisson dans le pinaillage d'une date ou d'un mot. Son étude est divisée en deux parties : les faits, les tenants et les aboutissants, la bataille proprement dite, puis l'interprétation faite à travers les siècles des sources de l'époque dont la plus connue est due à un moine de Saint-Denis présent à la bataille : Guillaume le Breton.
Ce qu'il y a de bien avec ce genre d'historien c'est qu'il n'a aucune théorie fumeuse à vous proposer. Il montre c'est tout. Il montre par exemple comment la Paix de Dieu instituée à l'orée de l'an mille par le Clergé afin de canaliser la violence endémique de la chevalerie et la détourner vers la Croisade en Orient, a changé les affrontements entre féaux. Il montre encore comment les batailles, loin de l'idée qu'on s'en fait aujourd'hui , n'étaient que des jeux de tournois un peu plus violents dont le vainqueur était l'élu de Dieu. Si Philippe a vaincu à Bouvines c'est par la décision de Dieu. La bataille est une ordalie. le vainqueur a toujours raison.
Rappelons qu'en 1214 le Roi de France, Philippe Auguste a un tout petit royaume qu'il cherche à agrandir aux dépens du Roi d'Angleterre et Duc d'Aquitaine par sa mère : Richard Coeur de Lion. Au moment qui nous intéresse c'est Jean sans Terre, le frère de Richard , qui est Roi d'Angleterre. Il débarque sur les côtes du Poitou et entend bien prendre Philippe à revers.Le Capétien qui n'a pu embarquer pour Albion et qui, de dépit, ravage les terres flamandes : coutumes de l'époque....
Pour corser l'affaire L'Empire germanique est en proie aux dissensions : deux empereurs prétendent à la Couronne de Charlemagne : Otton de Brunswick et Frédéric de Hohenstauffen....Le Pape innocent III , rien d'un agneau de Dieu, en rajoute excommuniant à tour de bras.....ambiance.
Les forces en présence se retrouveront donc le 27 juillet 1214 sur le champ de bataille de Bouvines à la limite de la Flandre et de l'Artois. Philippe Auguste vainqueur (ce qui veut dire pour les gens de l'époque que Dieu est avec lui, lui a donné raison...) la victoire de Bouvines va , au fil des siècles, devenir l'exemple de la résistance "française" aux menées anglaises et "allemandes". C'est surtout la 3e République qui en fera le symbole de la "Nation" en armes repoussant l'envahisseur teuton. Anachronisme certes ,mais qui perdure un peu dans l'esprit de ces gens qui ont tété le lait patriotique des Malet-Isaac :-). Aujourd'hui nos collégiens n'ont que faire de ces antiquités....on leur apprend que le Monde est une grande famille et que la guerre "c'est pas bien" , elle doit être mise au ban de l'Humanité.
Mais chassez le naturel , il revient au galop comme disait...je ne sais plus qui....
"....la guerre se fait plus facilement quand on a Dieu pour allié".
"Dieu. Celui des holocaustes et des défilés militaires. le dieu de l'ordre rétabli. Ce grand cheval blême qui planait sur le champ des morts, un soir, à Brunete, avait autrefois plané sur Bouvines. Il plane aussi sur Guernica, sur Auschwitz, sur Hiroshima, sur Hanoï et sur tous les hôpitaux après toutes les émeutes. Ce dieu-là non plus n'est pas près de mourir. Il reconnait toujours les siens " .
(page 300/301 édition Folio)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
mediatheque_lisieux
  12 juillet 2014
Ce livre consacré à la bataille de Bouvines est en fait un prétexte pour comprendre la société médiévale du début des XIIe-XIIIe siècles : la chevalerie, la guerre, la paix. le dernier chapitre essaie de voir comme l'événement a été interprété, déformé, manipulé au fil des siècles jusqu'à nos jours.
L'auteur, Georges Duby, a beau être un universitaire ; le livre a beau être consacré à un sujet spécialisé (une bataille médiévale), il n'en demeure pas moins accessible et léger à lire. Aucune note de bas de page ne vient troubler la lecture. L'auteur évite le jargon de l'historien. Surtout l'écriture est flamboyante.
Commenter  J’apprécie          60
H-mb
  15 août 2012
Du point de vue historique, c'est passionnant de voir comment Duby déroule le fil des événements et nous montre l'ensemble du panorama dans lequel s'inscrit la bataille. Et en plus, c'est magnifiquement écrit !
Commenter  J’apprécie          71
Astroploukos
  20 novembre 2016
Dans le cadre d'une collection intitulée "trente journées qui ont fait la France", George Duby s'est investit dans l'histoire bataille avec l'ensemble de ces connaissances sur un Moyen Age qu'il avait fait sien. Adepte de l'analyse sociale des faits historiques, Georges Duby réussit à captiver le lecteur durant toute cette journée que dure les événements qui marquèrent l'histoire de France, notamment grâce à sa vison globale mais aussi au soucis du détail qu'il apporte généralement dans l'ensemble de ses oeuvres.
Un ouvrage richement complété par des documents contemporains ainsi qu'une iconographie noire et blanc sur le sujet. Une leçon d'histoire agréable pour qui voudrait s'initier à la chose.
Commenter  J’apprécie          10
Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
TatooaTatooa   14 avril 2015
L'année 1214, le 27 Juillet tombait un dimanche. Le dimanche est le jour du Seigneur. On le lui doit tout entier. J'ai connu des paysans qui tremblaient encore un peu lorsque le mauvais temps les forçait à moissonner un dimanche ; ils sentaient sur eux la colère du ciel. Les paroissiens du XIIIème siècle la sentaient beaucoup plus menaçante. Et le prêtre de leur église ne prohibait pas seulement, ce jour-là, le travail manuel. Il essayait de les convaincre de purifier tout à fait le temps dominical, de le garder des trois souillures, celles de l'argent, du sexe et du sang répandu. C'est pourquoi, en ce temps, nul ne maniait volontiers les deniers le dimanche. C'est pourquoi les maris évitaient, s'ils étaient pieux, d'approcher de trop près leur femme, et les hommes d'armes, s'ils étaient pieux, de tirer l'épée. Or, le dimanche 27 juillet 1214, des milliers de guerriers transgressèrent l'interdit. Ils se battirent, et furieusement, près du pont de Bouvines, en Flandre. Des rois les conduisaient, celui d'Allemagne et celui de France. Chargés par Dieu de maintenir l'ordre du monde, sacrés par les évêques, à demi prêtres eux-mêmes, ils auraient dû mieux que personne respecter les prescriptions de l'Eglise. Ils osèrent pourtant s'affronter ce jour-là, appeler aux armes leurs compagnons, engager un combat.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
PilingPiling   10 août 2008
incipit :
L'année 1214, le 27 juillet tombait un dimanche. Le dimanche est le jour du Seigneur. On le lui doit tout entier. J'ai connu des paysans qui tremblaient encore un peu lorsque le mauvais temps les forçait à moissonner un dimanche : ils sentaient sur eux la cooère du ciel. Les paroissiens du XIII° siècle la sentaient beaucoup plus menaçante. Et le prêtre de leur église ne prohibait pas seulement, ce jour-là, le travail manuel. Il essayait de les convaincre de purifier tout à fait le temps dominical, de le garder des trois souillures, celles de l'argent, du sexe et du sang répandu. C'est pourquoi, en ce temps, nul ne maniait volontiers les deniers le dimanche. C'est pourquoi les maris, le dimanche, évitaient, s'ils étaient pieux, d'approcher de trop près leur femme, et les hommes d'armes, s'ils étaient pieux, de tirer l'épée. Or, le dimanche 27 juillet 1214, des milliers de guerriers transgressèrent l'interdit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
michel.carlier15michel.carlier15   26 février 2013
Un conglomérat de noyaux durs que soude les uns aux autres l'amitié de leurs chefs , des hommes du même âge et souvent du même sang : telle est l'ost du roi de France . Les guerriers qui la forment viennent , pour leur plus grande part , des contrées voisines du lieu de bataille , l'Artois , la Picardie , le Soissonnais , le Laonnais , la Thiérache .
De l'Ile-de-France et du Vexin , aucune commune, car il ne fallait pas laisser Paris sans défense , et peu de chevaliers : beaucoup d'entre eux guerroient à ce moment dans le Midi , derrière Simon de Montfort en zone albigeoise , derrière le prince Louis aux lisières de l'Anjou . La chevalerie de Bourgogne est ici , suivant son duc . Celle de Champagne est également présente ; mais son comte ne la conduit pas lui-même : c'est alors un enfant de douze ans .
Les Normands sont peu nombreux , parce que le duché , annexé depuis peu au domaine royal , est encore mal sûr et que ses hommes de guerre pourraient bien tourner bride . Pas un chevalier , pas un sergent , pas un piéton qui soit du Sud de la Loire : ce pays est un autre monde . L'armée royale , à Bouvines , est d'abord celle de la vieille Francia : de fait , c'est l'armée franque .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
TatooaTatooa   18 avril 2015
Les événements sont comme l'écume de l'histoire, des bulles, grosses ou menues, qui crèvent en surface, et dont l'éclatement suscite des remous qui plus ou moins loin se propagent. Celui-ci a laissé des traces très durables : elles ne sont pas aujourd'hui tout à fait effacées. Ces traces seules lui confèrent existence. En dehors d'elles, l'événement n'est rien. Donc c'est d'elles, essentiellement, que ce livre entend parler.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
TatooaTatooa   21 avril 2015
Rarissimes sont les vestiges d'équipement militaire qui datent de ce temps. Car depuis très longtemps les morts n'emportaient plus avec eux leur harnois dans la tombe, ce lieu privilégié des trouvailles archéologiques. Et l'on ne conservait guère au rancart, dans la demeure des seigneurs, les armes vieillies. Elles servaient aussitôt à en forger de neuves, tant le fer, à l'époque, demeurait rare.
Commenter  J’apprécie          60
Videos de Georges Duby (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Duby
01 Le Temps des Cathédrales - L'Europe de l'an Mil - (G Duby) 1978
autres livres classés : histoireVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1021 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre