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EAN : 9782070384525
253 pages
Éditeur : Gallimard (31/03/1998)
3.76/5   93 notes
Résumé :
« Il mesurait un mètre quatre-vingt-huit, était blond, et on lui avait souvent dit qu'il ressemblait à un très jeune Gary Cooper. C'était le seul gars qui lui faisait quelque chose. Il avait même une photo de lui, qu'il regardait souvent. Les gars chez Bug Moran rigolaient, ils trouvaient ça marrant. "Qu'est-ce que ça peut te foutre, Gary Cooper ?" Lenny ne répondait pas et rangeait soigneusement la photo. "Tu veux que je te dise, Lenny ? C'est fini, Gary Cooper. Fi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
meeva
  14 mai 2014
Dans ce roman, nous suivons Lenny, américain qui, pour échapper à la guerre du Vietnam, devient ski bum en Suisse, un vaurien traînant dans et autour des stations de ski.
En fait sa conscience semble avoir été effrayée par le slogan « ne vous demandez pas ce que l'Amérique fait pour vous, mais demandez-vous ce que vous faite pour elle ».
Ce roman est en partie intimiste car nous nous voyons souvent l'action à travers les yeux de Lenny.
C'est aussi un roman d'aventure, avec une partie de l'action qui concerne le trafic d'or et de devises entre la France et la Suisse.
Lenny est un personnage complexe. Il refuse de faire partie de la société, il est très désabusé, parfois cynique. Il revendique son aliénation, sans dire au profit de qui. Il passe même un peu pour un demeuré (« Il paraît même que c'est inscrit dans la Déclaration d'Indépendance, l'aliénation, mais jusqu'à présent, il y a que les Noirs qui en ont bénéficié. Je savais même pas que ça existait. le mot, je veux dire. », il veut aller en « euthanasie »). Il a des réflexions assez brut de décoffrage (« Toujours cette pute de psychologie, on n'a pas idée de ce que ça peut faire à un type, la psychologie. Ça pardonne pas. »).
Cependant, il a une personnalité un peu double : ce qui se passe en-dessous d'une certaine altitude ne compte pas, il s'adapte donc au monde et à la société qui l'entoure dans ce cas ; mais au-dessus de cette altitude, il est alors atteint par la pureté de la neige.
Il peut en effet faire preuve d'une grande candeur et d'une grande tendresse, avec les femmes notamment. Il y a une sorte d'animalité dans ce personnage, qui a besoin de contact physique, et qui aimerait réussir à ne pas trop réfléchir.
Il y échoue en partie car il a de superbes réflexions (« Sûr. Les plus beaux gâteaux, Bug, ce sont ceux qui n'existent pas. Dieu. le communisme. La fraternité. L'Homme, avec un H grand comme ça. »)
Jessie, elle, est bien plus intelligente et très complexe aussi. C'est une étudiante, la fille d'un diplomate, alcoolique, avec qui elle a une relation certes platonique mais tout de même un peu incestueuse. Elle est entourée d'autres étudiants, prétextes à des réflexions politiques sur le monde, sur les sociétés, avec par exemple une superbe déclamation de Chuck, étudiant noir, sur la condition des Noirs (que je verrais très bien dite par Samuel L. Jackson, comme il s'exprime dans Pulp Fiction) :
« […] Et ne venez pas parler aux Noirs américains de communisme, parce que nous ne voulons pas être intégrés. Ni dans le prolétariat, ni dans rien. Et autre chose. Nous n'avons aucune intention de renverser le capitalisme américain, bien au contraire. Nous voulons nous faire rembourser. […]
Il faut absolument lire ce passage en entier.
Ce livre est donc bien sûr rempli de réflexions sur de grands sujet : la connerie, « la barrière du langage » quand les gens ne se comprennent plus alors qu'ils parlent la même langue, la psychologie qui je crois est ici « la conscience d'être » et la mauvaise conscience entre autres, la démographie ( « la procréation indiscriminée »), la beauté des idées avec le gâteau qui n'existe pas dans la boîte, l'individualisme, l'aliénation, la condition des Noirs américains, l'importance des minorités…
Toutes ces réflexions ne sont pas du tout assommantes, car elles sont disséminées au gré des personnages ou des pensées de ceux-ci, à travers le narrateur.
Ce narrateur est très intéressant. Il est proche des personnages. Son ton varie suivant les passages où l'on s'intéresse à Lenny ou à Jess. Il permet donc très bien de se mettre dans la peau des personnages et de passer de l'un à l'autre.
A noter une apparition du Baron, toujours dans son état de stupeur alcoolique et dans toute sa « splendeur ».
J'ai adoré ce livre, j'aurais voulu qu'il dure plus longtemps.
J'ai essayé de ne pas me livrer à la citationnite aigue que m'inspire toujours Romain Gary (c'est formidable de savoir dire tant de choses, et de grandes choses, en si peu de mots ou de phrases), mais je vais quand même ajouter encore cet extrait dit par Lenny :
« - Je connais un type à Zermatt, qui dit : « C'est pas au point, tout ça. Il faut changer le monde. Il faut qu'on se mette tous ensemble et qu'on change le monde. » Mais si on pouvait se mettre tous ensemble, le monde, on aurait plus besoin de le changer. Il serait déjà complètement différent. Seul, tu peux faire quelque chose. Tu peux changer ton monde à toi, tu peux pas changer celui des autres. »
Toujours trop de lucidité chez Romain Gary.
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andras
  04 décembre 2020
Avec ce roman paru en 1969 pour la version française, soit sept ans après la naissance de son fils Diego, un an avant son divorce de Jean Seberg et cinq ans avant la parution du premier "Ajar", je poursuis ma découverte de la partie méconnue de la bibliographie de Romain Gary, après la lecture cette année de Lady L. et de la danse de Gengis Cohn. Sur le plan de la narration, on peut dire que "Adieu Gary Cooper" se situe à mi-chemin entre ces deux romans, avec un certain romanesque empruntant aux codes du polar d'un côté et une loufoquerie dans le ton de l'ouvrage, les dialogues et les situations qui le rapproche du "Gengis Cohn" de l'autre.
Le roman se situe en Suisse où un jeune américain, Lenny, s'est réfugié pour ne pas être enrôlé dans la guerre du Vietnam. Il y côtoie d'autres "vagabonds des neiges" comme les appelle Gary (en anglais "sky bum", qui est le titre de la version américaine du roman, parue en 1965, que Gary a beaucoup remaniée pour sa parution en France), jeunes gens en rupture de ban avec la société occidentale qui répugnent à descendre en dessous de 2000 mètres d'altitude car l'air y est "irrespirable".
Pourtant c'est lors d'un passage à Genève que Lenny va faire la connaissance de Jess, la fille d'un diplomate américain qui n'est pas très à l'aise avec le rôle qu'il est sensé tenir auprès de ses alter egos. Jess et Lenny vont alors être mêlés à une histoire plutôt louche...
La trame du roman n'est qu'un prétexte dont se sert Gary pour nous parler de l'état du monde, encore largement dominé par les Etats-Unis à cette époque mais alors en proie à une tenace résistance de mouvements d'indépendance, le plus souvent d'obédience communiste (Chine, Vietnam, Cuba, Algérie...) et au développement d'une vigoureuse contestation dans la jeunesse occidentale (USA, Allemagne, France...). Gary nous laisse deviner sa sympathie pour les jeunes contestataires mais c'est aussi sans aucune illusion pour les causes qu'ils défendent. Il se range par principe dans le camp des faibles, des vaincus et n'exprime aucune sorte de complaisance envers les détenteurs du pouvoir et de la force armée, qu'elle que soit la couleur de leur drapeau.
C'est bien-sûr avec le langage que Gary entend résister, pour sa part, aux nouvelles terreurs qui menacent le monde. Un langage dont il joue en tordant les expressions, en télescopant les sens des mots avec la réalité dans un chemin qui le mènera jusqu'à l'invention d'Emile Ajar. Pour qui connaît les romans d'Ajar, il semble évident – a posteriori – de voir dans "Adieu Gary Cooper" un jeune frère de "Gros Câlin" et de "La vie devant soi". Un jeune frère peut-être encore un peu maladroit par moment, mais déjà d'un inventivité fabuleuse.
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MarcelP
  13 octobre 2020
"La barrière du langage, c'est lorsque deux types parlent la même langue. Plus moyen de se comprendre."
Romain Gary, en pondant ces lignes dès la première page de son roman, nous prévient : hors de question pour lui de se coltiner avec une phraséologie éculée. Il va donc mettre des étoiles sur ses "i" en subornant sa plume.
Dans cette histoire qui brasse romance et polar, l'écrivain cinquantenaire joue les ventriloques et prête sa voix à une jeunesse désespérée. Nous sommes en 1969, Kennedy est mort, le Vietnam n'en finit pas de s'enliser dans la boue et le sang, les démocraties vacillent, les révolutions couvent des dictatures et les minorités explosent...
Lenny, "ski bum" flaccide (glandeur des neiges, autrement dit) promène sa flemme de déserteur -il a fui la conscription- dans les montagnes suisses. Sa beauté ravageuse de blond yankee trouble l'indocile Jess, fille d'un diplomate éthylique, qu'il entraîne dans un obscur trafic de devises. Amour et pastaga !
Exercice de style souvent drôle, "Adieu Gary Cooper" compile les récriminations d'une jeunesse suicidaire et les protestations d'un écrivain désenchanté. le roman dégondé abonde d'à-peu-près rigolards, de blagues faciles et d'avis définitifs. On s'attendrit aux rapprochements des deux héros mais on grince des quenottes quand l'action se dilue, le propos se disperse ou lorsque l'auteur, fieffé Narcisse, se délecte de ses propres tours.
En mélangeant discours direct et indirect avec changements brutaux de personnes, Gary donne d'une main au lecteur réjoui ce qu'il lui reprend aussitôt en enfilant provocations puériles (déjà démodées en 69) et cynisme feint.
Attachant et agaçant, ce chromo d'une certaine jeunesse au bord du gouffre -mi visionnaire, mi bonimenteur- aurait gagné à plus de sincérité.
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
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pingupingu
  18 avril 2020
'Adieu Gary Cooper' est un court roman de Romain Gary.
On y trouve deux associaux : Un , Lenny, qui veut rester dans le passé du 'bon américain' symbolisé par Gary cooper et qui se trouve écarté d'un monde qui va trop vite pour lui et qui change ,sinon de valeurs (la violence est toujours là) , au moins d'époque .. Une , Jessie, associale elle aussi, mais à l'autre extrême de la société, qui symbolise les nouvelles fractures (morales, matérielles) et le futur de la société occidentale à travers ses liaisons avec le mode terroriste qu'elle finance. Et pourtant il s'aiment, sans doute parce qu'ils sont complémentaires. Leur point d'équilibre est au présent mais reste instable .
On y voit forcément un parallèle avec la vie de Romain Gary et son couple battant de l'aile avec Jean Seberg, qui fréquente les milieux révolutionnaires noirs-américain tandis que Gary reste dans son monde du "bon" de la dernière guerre.
On retrouve en filigrane des leitmotiv et gimmick de l'oeuvre de Gary : le rapport compliqué père-fille ( voir 'Europa' ) , des flash traumatiques relatifs au destin de la judéité et à la shoah ( Madagascar qui était un des projets Nazis pour les juifs d'Europe, l'Euthanasie ....), le baron . ...
Comme pour beaucoup de Romans de Gary il faut (pour moi en tous cas) une première réflexion mettre au point une grille de lecture avant de s'aventurer dans une relecture .....
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NatRenard
  30 mai 2016
Le livre qui m'a fait aimer Gary, pourtant le moins connu peut-être. Après Adieu Gary Cooper, la lecture des autres m'a en général hélas laissée déçue, et je n'ai - un peu - retrouvé cette écriture jubilatoire que dans ce qu'il a écrit sous le pseudo d'Ajar (Gary reste cependant un de mes écrivain·e·s français·e·s préféré·e·s, de loin).
Peu importe l'histoire, qui pour moi n'a ici que peu d'intérêt, sauf dans sa résolution , le fond est là. Drôle, et noir, et d'une intelligence réjouissante.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
markko31markko31   16 mars 2015
Les hommes étaient tous absolument surréalistes. Lenny n'avait pas très bien compris ce que c'était, le surréalisme, mais Bug lui avait confirmé que c'était justement cela, le surréalisme: il fallait pas essayer de comprendre. Les hommes, c'était tout à fait ça.
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meevameeva   14 janvier 2015
- Je connais un type à Zermatt, qui dit : « C’est pas au point, tout ça. Il faut changer le monde. Il faut qu’on se mette tous ensemble et qu’on change le monde. » Mais si on pouvait se mettre tous ensemble, le monde, on aurait plus besoin de le changer. Il serait déjà complètement différent. Seul, tu peux faire quelque chose. Tu peux changer ton monde à toi, tu peux pas changer celui des autres.
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Polaris87Polaris87   14 décembre 2019
Quelques mois auparavant, il avait fait l'amour avec une petite Française dans un chalet à Wengen, et le matin, alors qu'il essayait de sortir sur la pointe des pieds, ses chaussures à la main, il était tombé sur la mère. Il n'y avait pas moyen de nier, alors, il avait essayé de s'en tirer par la politesse, en disant à la vieille quelque chose de gentil, en français, mais tout ce qu'il était arrivé à trouver fut "merci beaucoup", à peu près les seuls mots qu'il connaissait. Apparemment c'était pas des choses à dire à une mère, vu les circonstances, seulement, c'était trop tard, il l'avait déjà dit, et la vieille s'était mise à hurler, il ne savait plus comment s'en tirer, mais finalement, il lui dit encore "à votre santé", l'autre phrase en français qu'il connaissait, et attendit, très fier de lui, en lui faisant un de ces grands sourires innocents bien américains, qui sont censés vous aller doit au coeur. Mais pas du tout, la bonne femme était devenue vraiment furieuse et elle avait appelé son mari.
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markko31markko31   16 mars 2015
Elle se mit à rire. Il en eut le souffle coupé. Quand elle riait, c'était comme si on était soudain remonté là-haut, d'un seul coup, deux mille mètres au-dessus du niveau de la merde.
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rkhettaouirkhettaoui   11 septembre 2015
La première chose qu'une femme en France exige de vous quand elle s'est laissé baiser, c'est de la respecter. Les Françaises font ça aussi bien que n'importe qui, mais elles vous disent après, « qu'est-ce que vous allez penser de moi », comme si vous aviez des critiques à formuler sur leur façon de faire l'amour. Dès qu'elles ont fini de faire l'amour, les Françaises se lèvent et courent se laver, ça doit être religieux, la France est un pays catholique. Elles n'ont pas de préjugés raciaux.
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Videos de Romain Gary (38) Voir plusAjouter une vidéo
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"Je préférerais pas…" : avec cette petite phrase apparemment inoffensive de Bartleby, c'est toute la logique productiviste du XIXe siècle qui vacille. Une phrase qui résonne encore aujourd'hui. Voici une version graphique immersive : le dessinateur Stefano Ricci s'empare de cette oeuvre majeure d'Herman Melville de 1853 et la transpose dans notre monde du XXIe siècle.
Après Céline par Tardi, Albert Camus par José Muñoz, Romain Gary par Sfar, la collection Futuropolis/Gallimard confirme sa place exceptionnelle pour proposer les plus grands écrits littéraires illustrés de la plus belle et artistique des manières.
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