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Daniel Guérin (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070325334
Éditeur : Gallimard (01/01/1989)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 17 notes)
Résumé :
" Je suis un grand artiste et je le sais. C'est parce que je le suis que j'ai tellement enduré de souffrances. Pour poursuivre ma voie, sinon je me considérerai comme un brigand. Ce que je suis du reste pour beaucoup de personnes (...) Ce qui me chagrine le plus c'est moins la misère que les empêchements perpétuels à mon art que je ne puis faire comme je le sens (...) Je sais depuis longtemps ce que je fais et pourquoi je le fais. Mon centre artistique est dans mon ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
ATOS
  22 octobre 2013
«  Écrivain faisant flèche de tout bois, polyvalent, autobiographie, critique et théoricien d'art, pourfendeur d'académisme pamphlétaire non conformiste et, plus il avança dans la vie, anticlérical, anticolonialiste, pacifiste, antimilitariste, anti-versaillais, chantre de l'amour libre et de l'émancipation féminine, voire, à l'occasion de l'androgynie et de la bissexualité, d'humeur anarchiste, en lutte sur tous tes terrains avec l'ordre établi, donc sur ce chapitre, toujours révolutionnaire pour notre temps. ».
Voilà Gauguin en son jardin.
On l'aura compris Gauguin n'était pas l'adepte du demi ton.
Oviri nous le dit : ce sont les écrits d'un sauvage !

N'y tenant plus, Il plantera femme et enfants au Danemark et choisira son monde.
Un monde où pression familale, sociale et académique lui ficheront une bonne fois pour toute la paix.
«  Voilà six mois que je ne parle. L'isolement le plus complet. Naturellement pour la famille je suis un monstre de ne pas gagner d'argent. A notre époque on n'estime que celui qui réussit ».
Gauguin assume . Il assume tout.
Il sait son état de crève faim, de traîne misère mais il sait son chemin.
Rien ne l'arrêtera. «  Je suis un grand artiste et je le sais ».

Gauguin assume, c'est décidé il ne s'excusera jamais de rien. Il doute parfois. « Il me semble que je suis fou », il doute mais se souvient toujours de sa raison.

Il est hors norme. Et cela on lui ne pardonne pas.

Il aura connu le bel amour des Marquises mais aussi la haine et la bave des colonies.
Bel homme est celui qui sait faire de vilains corbeaux ses ennemis !
Procureurs, gendarmes, bourgeois, curés, il ne les « démordera » jamais.
Il est un sauvage peut être, mais un vrai sauvage de qui donne la chasse aux chiens de méchante compagnie.
Il respecte la beauté, la vérité, la bonté et ses amis, ses maîtres au delà du temps : Manet, Delacroix dont il explique magnifiquement ses sublimes « défauts » de dessin, , Degas, Ingres. Velasquez, Rembrandt, le céramiste Chaplet., Boticelli, Cranach, Courbet, Giotto, Hosukaï, Michel-Ange, Raphaël, Cézanne, Pissaro, Renoir, et son voisin de case, ce bon vieux cannibale.
Il ne les suit pas, il se reconnaît en leur compagnie, lui qui se traite de raté lorsque la vie devient chienne.
Il envoie dans le décor l'Académie, les critiques d'Art.
«  Vous êtes juges déjà corrompus ; vous avez d'avance une idée toute faite, celle du littérateur, et vous vous croyez trop de valeur pour regarder la pensée d'un autre. »
Grand organiste des couleurs, à ceux qui lui reprochent ses aplats, il répond harmonie naturelle et devant leur surdité il leur crie : bêtise !
Il a toujours gardé confiance en ses choix, et il enrageait de se connaître sans argent car cela l'obligeait à faire moins vite et à perdre son énergie pour sa survie.
«  Tu perds un siècle lorsque tu restes dix minutes dans la société d'un sot ».

Se vêtir,se blanchir, manger, se chauffer : occupations d'animal domestique.
Sauvage  Gauguin ! Oui ! Homme sauvage ! Travail et non labour ! L'écume du plaisir sur les flancs : oui ! sueur de labour sur l'échine : non !

Rêveur... «  comme l'infini nous paraît plus tangible, devant une chose non définie »...

Conscient .. « Je sais bien que l'on me comprendra de moins en moins. Qu'importe si je m'éloigne des autres : pour la masse je serai un rébus, pour quelques uns je serai un poète, et tôt ou tard le bon prend sa place. »

Amical.... « Mon Vincent » , ce « zouave » de van Gogh !
« Je suis primitif, il est romantique »...
...Odilon Redon et le coeur de ses êtres embryonnaires dans lesquels il rencontrera visage humain. .

Libre ! «  ce que l'Etat encourage languit, ce qu'il protège meurt ».
«  En Europe l'accouplement humain est une conséquence de l'Amour. En Océanie l'Amour est la conséquence du coït »,

Volcanique  alchimiste ! «  la matière sortie du feu revêt donc le caractère de la fournaise et devient donc plus grave, plus sérieuse à mesure qu'elle passe par l'enfer. »

Explorateur … «  Ce que je désire c'est un coin de moi même encore inconnu ».
Il lutte, il se bat, se démène, s'écorche aux ronces. Il avance , il est vivant.
Commissaires, fonctionnaires, missionnaires, il les sabrent tous à grand coup de palette !
Il ose. Il dit. Il leur écrit : lettre, journal, jusqu'à la porte de sa maison du jouir.
Il a l'honneur d'être, d'être.... Paul Gauguin !

Autorisé... Autorisé au seul plaisir de vivre comme il le doit .
Il connaît l'académie, les salons, les antichambres, il les a fréquenté.
Il connaît l'esprit bourgeois, il s'y est frotté. l'esprit marchand, la finance, les affaires.
Il connaît le prix guerre : Il l'a faite !
«  Une terrible époque se prépare en Europe pour la génération qui vient : le royaume de l'or ».
L' Histoire lui donne raison...
Il sait la famille : marié, cinq enfants. Il sait la faim, l'affront, l'humiliation.
Alors il ose puisqu'il sait.
Il sait le Bordel colonial , l'hypocrisie du clergé ( il a fait le petit séminaire) , la petitesse des grandes nations, le mensonge bien pensant, les fausses vertus, la délation.

Sa grand mère Flora Tristan n'aurait jamais pas pu le renier !

«  Tout gouvernement me paraît absurde, tout culte est une idolaterie. Si l'homme est libre d'être un sot, son devoir est de ne plus l'être ».

Dépassé.. Par lui même parce qu'il produit, parce qu'il ressort de lui.
Son oeuvre aiguise son appétit.

Epuisé souvent, mais toujours renaissant :
«  Ici, près de ma case, en plein silence, je rêve à, des harmonies violentes dans les parfums naturels qui me grisent ».

Gauguin se concentre, respire, il peint.
Et se fout bien du passé comme du reste.

«  Tas d'imbéciles qui veulent analyser nos jouissances ! A moins qu'il se figurent que nous sommes obligés de les faire jouir ».

Il peint ! Il n'est pas un singe savant ! Il est là par et pour son plaisir.
Il le dit, le peint, l'écrit.
«  J'estime que la vie n'a de sens que quand on la pratique volontairement. »

Quelle belle et pure volonté il lui aura fallu pour sauvegarder cette grande sauvagerie !
Respirer et écouter les oeuvres de Gauguin c'est se souvenir d'un temps qui ne connaissait pas la cruauté.

Astrid Shriqui Garain
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ericbo
  24 décembre 2016
Je viens de relire Oviri, recueil de textes et de lettres, incluant Avant et Après. Ce qui m'intéresse dans ce recueil, c'est la volonté du peintre de fuir le monde dit "civilisé" et la relation qu'il entretiendra avec la Polynésie. Il voulait trouver un lieu qui ne soit pas contaminé par le conformisme et contrôlé par l'Eglise et le Gendarme. On voit à travers ces écrits qu'à peine posé le pied à Tahiti, il a été obligé de soumettre à l'un et à l'autre. Ses relations avec les Polynésiens seront globalement à la hauteur de ses espérances. Mais il retrouvera l'hypocrisie chez les colons et fonctionnaires et sera très vite ostracisé. Malade, il vivra souvent dans la misère.
Par ailleurs concernant ses peintures, il devra sans cesse être en relation avec ses amis de Paris pour vendre ses toiles. Sachant qu'il fallait plusieurs mois pour aller de la métropole à Tahiti, il était souvent dans l'expectative et ne savait jamais ce qu'il allait faire.
Ces textes et cette correspondance pourront paraître parfois redondants et manquer d'interêt. On pourra alors se raccrocher aux avis du peintre sur la société, sa correspondance avec son épouse et ses amis et sur son idée de la peinture.
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Arletyna
  23 décembre 2017
Je n'ai pas un souvenir précis de ce livre, mais j'ai le souvenir d'une écriture forte, le souvenir d'avoir découvert un homme au delà du peintre. Son écriture est restée comme une imprégnation en moi et je recommande à ceux qui ont envie de découvrir Paul Gauguin de le lire.
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Duluoz
  06 février 2015
Un ensemble plutôt hétéroclite de divers textes parus dans des revues et des correspondances. Anecdotique en somme quand à la vie de Gaugin.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
ericboericbo   21 décembre 2016
Chaque jour se fait meilleur pour moi. Je finis par comprendre la langue tahitienne assez bien. Mes voisins, trois d'à côté, les autres de distance en distance, me regardent presque comme un des leurs ; mes pieds nus au contact quotidien du caillou se sont familiarisés avec le sol, mon corps presque toujours nu ne craint plus le soleil ; la civilisation s'en va petit à petit de moi et je commence à penser simplement, n'avoir que peu de haine pour mon prochain et je fonctionne animalement, librement, avec la certitude du lendemain pareil au jour présent ; tous les matins le soleil se lève pour moi comme pour tout le monde, serein ; je deviens insouciant, tranquille et aimant.
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ericboericbo   21 décembre 2016
Ce silence la nuit à Tahiti est encore plus étrange que le reste. Il n'existe que là, sans un cri d'oiseau pour troubler le repos. Par-ci, par-là, une grande feuille sèche qui tombe mais qui ne donne pas l'idée du bruit. C'est plutôt comme un frôlement d'esprit. Les indigènes circulent souvent la nuit mais pieds nus et silencieux. Toujours ce silence. Je comprends pourquoi ces individus peuvent rester des heures, des journées sans dire un mot et regarder le ciel avec mélancolie. Je sens tout cela qui va m'envahir et je me repose extraoridinairement en ce moment.
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ericboericbo   24 décembre 2016
Je suis à terre aujourd'hui, vaincu par la misère et surtout la maladie d'une vieillesse tout à fait prématurée. Aurais-je quelque répis pour terminer mon oeuvre ? Je n'ose l'espèrer : en tout cas je fais un dernier effort en allant le mois prochain m'installler à Fatu-iva, île des Marquises presque encore antropophage. Je crois que là, cet élément tout à fait sauvage, cette solitude complète me donnera avant de mourir un dernier feu d'enthousiasme qui rajeunira mon imagination et fera la conclusion de mon talent.
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AlzieAlzie   03 décembre 2017
Depuis que j'ai connu la vie simple d'Océanie, je ne songe qu'à me retirer loin des hommes, par conséquent loin de la gloire : aussitôt que possible j'irai enfouir mon talent chez les sauvages et on n'entendra plus parler de moi. Pour beaucoup ce sera un crime. Que m'importe ! Le crime est souvent bien près de la vertu. Vivre simplement, sans vanité. Et cela je le ferai coûte que coûte, ma raison et mon tempérament le commandent.

Paul Gauguin, Oviri. Écrits d'un sauvage, Gallimard, 1974.
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DuluozDuluoz   06 février 2015
La lecture me met en communion avec les autres sans être mêlé à la foule dont j'ai toujours peur. C'est un des ornements de ma solitude.
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Videos de Paul Gauguin (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Gauguin
Paul Gauguin Belles Marquises.
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