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Jérôme Picon (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080712523
476 pages
Éditeur : Flammarion (15/09/2008)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 15 notes)
Résumé :

Huysmans a publié trois ouvrages de critique d'art: L'Art moderne (1883), Certains (1889) et Trois Primitifs (1905), composés à partir d'articles parus dans la presse. Après s'être essayé, dans L'Art moderne, au compte rendu de la visite des salons officiels et des expositions impressionnistes, il propose, dans Certains, l'inventaire de ses goûts personnels, en s'attachant à l'étude de peintres - Pierre Puvis d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
NMTB
  20 décembre 2014
Trois livres sont réunis dans ces Ecrits sur l'art : L'art moderne publié en 1883, Certains en 1889 et Trois primitifs en 1905. On peut y suivre l'évolution de Huysmans durant cette fin de siècle. Dans L'art moderne, Huysmans est en pleine période naturaliste. Il admire Zola et, à sa suite, est soucieux de rendre avec le plus de vérité possible la vie ouvrière et parisienne. L'ensemble des comptes-rendus des salons de 1879 à 1882 (le contenu de ce premier ouvrage) reflète principalement cette préoccupation. Ceci, amalgamé aux théories de Baudelaire sur l'art comme expression de la vie moderne, explique presque toutes les critiques de Huysmans. La lutte entre les peintres officiels et les indépendants est à son paroxysme. Huysmans prend parti pour les indépendants qu'il confond avec les impressionnistes et les peintres de la vie moderne. Aussi, c'est au pas de charge qu'il parcourt les travées du salon officiel et c'est très succinctement qu'il juge ce brouillamini inepte et non-inventif de peintures mythologiques, historiques ou militaires ; à part Gustave Moreau (mystique égaré dans le Paris moderne), Fantin-Latour et Manet, bien peu retiennent son attention. C'est dans le salon des refusés ou des indépendants qu'il trouve davantage son bonheur. Les impressionnistes d'abord, qui se sont libérés des conventions coloristes pour rendre la vérité des paysages, tels qu'ils les voient ; même s'il regrette leur tendance à trop s'attacher, justement, à l'impression et qu'il les compare, parfois, aux hystériques de Charcot dans leur obsession à vouloir tout colorer en bleu et en lilas, quitte à oublier la vérité du paysage. Plus encore, Degas ou le négligé Raffaëlli, l'enthousiasment. Ils sont, selon lui, les dignes représentants des peintres de la vie moderne qu'appelait de ses voeux Baudelaire. Les ouvriers, les banlieusards, les danseuses, les parisiennes, leurs carnations, leurs mouvements, leur trivialité, leur vivacité, tout cela Degas et Raffaëlli ont réussi à le rendre parfaitement. Mais son intérêt pour des peintres comme Gustave Moreau ou Redon dénote déjà des préoccupations nouvelles où la mysticité et le rêve auront une grande importance. Dans Certains qui est un recueil de divers commentaires sur l'art, en majorité sur des peintres contemporains, publié en 1889 (c'est-à-dire après A rebours et avant Là-bas) commence à se faire jour sa future conversion ; la religion catholique est envisagé sous son aspect lumineux et miséricordieux, à jamais perdu, de l'art primitif flamand, du gothique et du moyen-âge en général, mais surtout son envers, le côté noir, satanique de l'époque moderne. Deux articles ont explicitement pour sujet le Mal : un sur les représentations des monstres à travers les âges et un autre consacré à Félicien Rops. Particulièrement éclairant sur ce que fut sa parenthèse sataniste, cet article nous montre bien le cheminement étrange par lequel il a abordé le catholicisme. de nouveau, Huysmans se trouve dans la tortueuse lignée d'un Baudelaire ; il subodore que le versant noir du christianisme, dans une époque on ne peut plus exécrable, est la seule voie praticable vers la spiritualité. Ainsi, on ne peut pas parler d'une véritable rupture avec le naturalisme mais d'une continuité non dépourvue de logique. L'époque est laide, le mal y suinte de toute part et c'est ainsi qu'il faut la représenter, dans toute sa vérité. Selon Huysmans, Rops a fourragé l'ordure, non pas pour la laisser macérer dans un matérialisme d'une vulgaire et tépide obscénité mais pour la spiritualiser. Cette spiritualisation, Huysmans la nomme hystérie mentale à la suite des scientifiques ou délectation morose comme les catholiques. Il y a donc conscience du péché, tristesse, mais qui tragiquement s'amplifie encore dans sa délectation. Rops fut le peintre de la luxure de l'âme, des corps extranaturels, du Mal intemporel, personnifié par l'allégorie de la femme démoniaque, et en cela il a fait une véritable oeuvre catholique. C'est en tout cas le point de vue, à peu de chose près, de Huysmans, dont la misogynie, par ailleurs et entre autre, le rapproche de plus en plus de l'Eglise. À la suite de cet article, et sans transition, Huysmans a écrit une de ces réjouissantes diatribes dont il avait le secret contre le monde contemporain. Il y commente les prix atteints par de piètres peintures lors d'une vente commise dans l'honnie et négociante Amérique et réinvente la question, plus chinoise dans son raffinement que moyenâgeuse, à laquelle on pourrait soumettre encore aujourd'hui les indigentes crapules du marché de l'art contemporain, trop occupées par d'étroites vues spéculatives pour stimuler ce dont elles sont de toute façon dépourvues, esprit et imagination. Partout, disséminée dans ce livre, on retrouve cette haine de la laideur contemporaine, en particulier dans l'architecture. Tout Paris est laid, ses larges avenues où l'on étouffe, sa grise mine, ses bâtiments faits de bric et de broc et Huysmans, dans sa pondération habituelle, préconise en toute simplicité de brûler Paris, pour rendre enfin cette ville à peu près vivable… Que les ruines ne soient plus médiévales mais modernes ! La dernière étude sur Trois primitifs relève plus d'un travail d'historien de l'art que de la critique. On est maintenant bien loin des impressionnistes et des indépendants, c'est de peinture religieuse dont il s'agit, mais lorsque Huysmans encense Grünewald, peintre « à la fois naturaliste et mystique, sauvage et civilisé, franc et retors » il le fait non seulement pour l'impression de tumultueuse violence qui rejaillit de ses crucifixions, mais aussi parce que Grünewald a peint les allemands de son temps et les paysages souabes qu'il avait sous les yeux, comme il sied à tout peintre de la vie moderne, sans imiter les autres maîtres et les vieilleries antiques ou italiennes. Cependant, on sent bien que Huysmans est maintenant acquit à la cause catholique et pas la moins traditionnaliste qui soit, notamment quand il relate sa visite d'un musée de Francfort-sur-le-Main, « capitale des banques », « métropole de la franc-maçonnerie », « douaire des juifs », où il fait preuve d'un antisémitisme du plus bas étage, avec cheveux crépus, nez crochus et tout le tintouin usité habituellement par les personnes qui cultivent ce genre de marottes. Mieux vaut s'en tenir à sa description du musée où se côtoient un portrait de Lucrèce Borgia et la madone d'un maître flamand ; « elles magnifient, à elles deux, l'institut Staedel devenu, grâce à leur présence, unique, en ce sens que nulle collection ne recèle ainsi les deux antipodes de l'âme, les deux contreparties de la mystique, les deux extrêmes de la peinture, le ciel et l'enfer de l'art. » Des descriptions qui tout le long de ces trois livres sont écrites dans une langue savante, précise, innovante. L'une des plus belles écritures françaises de la fin du dix-neuvième siècle.
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papillon_livres30
  17 août 2020
Dans ces Ecrits sur l'Art, Huysmans, critique avec une plume parfois acérée, les oeuvres d'art de son époque, dans lesquelles il recherche la vérité, la vie, et la modernité et parle également de ses préférences en peinture.
On croise dans ces expositions et Salons officiels: Degas, Renoir, Monet, Manet, Redon, Caillebotte, Cézanne... ainsi que d'autres peintres moins connus.

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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Marthe2Marthe2   25 août 2017
La symbolique, qui est la science d’employer une figure ou une image comme signe d’une autre chose, a été la grande idée du moyen âge, et, sans elle, rien de ces époques lointaines ne s’explique. Sachant très bien qu’ici-bas tout est figuré, que les êtres et que les objets visibles sont, suivant l’expression de Saint Denys l’Aréopagite, les images lumineuses des invisibles, l’art du moyen âge s’assigna le but d’exprimer des sentiments et des pensées avec les formes matérielles, variées, de la vitre et de la pierre et il créa un alphabet à son usage. Une statue, une peinture, purent être un mot et des groupes, des alinéas et des phrases ; la difficulté est de les lire, mais le grimoire se déchiffre. Des livres tels que le « Miroir du Monde » de Vincent de Beauvais, le « Speculum Ecclesiae » d’Honorius d’Autun, si bien mis en valeur par M. Male, le Spicilège de Solesmes, les apocryphes, la Légende dorée, nous donnent la clef des énigmes.

L’on comprendra cette importance attribuée à la symbolique, par le clergé, par les moines, par les imagiers, par le peuple même au XIIIe siècle, si l’on tient compte de ce fait que la symbolique provient d’une source divine, qu’elle est la langue parlée par Dieu même.

Elle a, en effet, jailli comme un arbre touffu du sol même de la Bible. Le tronc est la Symbolique des Écritures, les branches sont les allégories de l’architecture, des couleurs, des pierreries, de la flore et de la faune, les hiéroglyphes des Nombres.

Si ces diverses branches peuvent donner lieu à des interprétations plus ou moins sûres, il n’en est pas de même de la partie essentielle de la symbolique des Écritures, qui, elle, est claire et tenue pour exacte par tous les temps. Qui ne sait, en effet, nous déclare Saint Grégoire le Grand, que « l’Ancien Testament est la prophétie du Nouveau et le Nouveau la manifestation de l’Ancien », que, par conséquent, la religion Mosaïque contient en emblèmes ce que la religion catholique nous divulgue en réalité ? L’histoire sainte est une somme d’images ; tout arrivait aux Hébreux en figures affirme Saint Paul ; le Christ l’a rappelé maintes fois à ses disciples et lui-même s’est presque toujours servi, lorsqu’il haranguait les foules, de paraboles ou, si l’on aime mieux, de récits allégoriques qui lui permettaient, en montrant une chose, d’en dévoiler une autre.

Il n’est donc point surprenant que le moyen âge ait suivi la tradition que lui avaient, après les enseignements du Messie, transmise les Pères de l’Église et appliqué à la maison du Seigneur leurs procédés.
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papillon_livres30papillon_livres30   17 août 2020
Qui a vu l'une a vu l'autre; les expositions officielles se suivent et se ressemblent; un artiste obtient un succès, une année: vous pouvez être sûr que tous les peintres, à la queue leu leu, imiteront le tableau de cet artiste, l'année suivante.
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Vidéo de Joris-Karl Huysmans
Joris-Karl Huysmans, du naturalisme au mysticisme : Analyse spectrale de l'Occident (1968 / France Culture). Diffusion sur France Culture le 16 mars 1968. Portrait de Joris-Karl Huysmans par Jean-Louis Forain, en 1878. Une émission préparée par René Louis. Assistante à la réalisation : Annie Cœurdevey. Avec le concours de Pierre Cogny (maître-assistant à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Caen), Jacques Lethève (conservateur au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale), René Rancœur (conservateur au département des Imprimés), Marcel Thomas (conservateur en chef du département des Manuscrits) et Pierre Waldner (chargé d'enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Poitiers). Et avec les voix de René Dumesnil et de l'abbé Jean Steinmann. Textes de Joris-Karl Huysmans lus par Édith Scob, Michel Bouquet et Jean Topart. Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français, né le 5 février 1848 à Paris et mort dans la même ville le 12 mai 1907. Huysmans naît le 5 février 1848 au 11 (actuel n° 9), rue Suger dans le 6e arrondissement de Paris, d'un père néerlandais du nom de Godfried Huysmans, lithographe de profession, et d'une mère française, Malvina Badin, maîtresse d'école. Il passe toute son enfance dans cette maison. Il fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866. En 1880, il collabore au journal "Le Gaulois", hostile à l'expulsion des jésuites décrétée par le gouvernement. Sous la pression de ses supérieurs hiérarchiques, il cesse sa collaboration. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort, en 1907. Défenseur du naturalisme à ses débuts, il rompit avec cette école pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le symbolisme, et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme, renoua avec la tradition de la littérature mystique et fut un ami proche de l'abbé Mugnier. Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans mourut à son domicile parisien du 31, rue Saint-Placide le 12 mai 1907, et fut inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse. En 1876, Huysmans publie son premier roman, d'inspiration ouvertement naturaliste, "Marthe, histoire d'une fille", qui a pour thème la vie et les déboires d’une jeune parisienne contrainte par une société cupide et sans scrupules à aller jusqu'à se prostituer pour survivre. Craignant la censure qui sévit alors en France, Huysmans fit d’abord éditer ce roman à Bruxelles. La même année, il se lie d'amitié avec Émile Zola, dont il prend ouvertement la défense dans un vibrant article consacré à son dernier roman, "L'Assommoir". Cet article restera dans l'histoire de la littérature comme un des tout premiers manifestes en faveur du naturalisme. Son deuxième roman, "Les Sœurs Vatard", qui suit également la veine naturaliste, paraît en 1879, accompagné d'une dédicace à Zola, qu’il reconnaît comme son maître en littérature. Dès lors, Huysmans appartient au petit groupe des jeunes écrivains reçus par Zola dans sa villa de Médan. Il y fréquente Guy de Maupassant, Léon Hennique, Henry Céard et Paul Alexis avec lesquels il collabore, en 1880, à la publication, sous l’égide de Zola, du recueil collectif de nouvelles naturalistes intitulé "Les Soirées de Médan", dans lequel il insère "Sac au dos", un récit ironique et antipatriotique de son expérience de civil mobilisé durant la Guerre de 1870. "En Ménage", roman publié l’année suivante, et surtout "À vau-l'eau", une longue nouvelle parue en 1882, peignent les existences ternes et sans saveur d’anti-héros usés par « cette vie moderne atroce », et dont les idées noires sont imbibées des préceptes pessimistes de Schopenhauer. Huysmans développe dans ses romans une « philosophie existentielle de la vie ». Huysmans gardera de cette période une puissance d'évocation exceptionnelle dans ses descriptions architecturales, comme le Cycle de Durtal en témoigne dans les nombreuses pages consacrées aux édifices religieux.
Sources : France Culture et Wikipédia
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