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EAN : 9782702135969
278 pages
Calmann-Lévy (18/05/2005)
3.5/5   6 notes
Résumé :
4° de couverture :
(Edition source : Calmann-Lévy - 05/2005)


La crise en Côte d'Ivoire est à la présence française en Afrique ce que la prise de la Bastille fut à l'Ancien Régime : le symbole de la fin. Insensiblement d'abord, puis à un rythme qui est allé s'accélérant pour culminer en cette funeste nuit de novembre 2004, quand l'armée française ouvrit le feu sur une foule de « patriotes » à Abidjan, la France a perdu « Son » Afrique, c... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Stephen Smith avait obtenu avec "Négrologie", couronné par le prix France Télévision 2004, un succès inespéré pour un essai traitant de l'Afrique. Il avait aussi suscité la polémique en accusant les Africains de rechercher à s'exonérer d'un échec collectif dont ils seraient, selon lui, seuls responsables. le reproche lui avait été fait d'ignorer la part de la France dans les maux du continent noir. En réponse à cette critique, le journaliste du Monde a retrouvé Antoine Glaser, directeur de la Lettre du Continent - avec lequel il avait déjà écrit "Ces messieurs Afrique" - pour évoquer cette Françafrique dont l'association Survie hier présidée par François-Xavier Verschave s'est fait une spécialité du procès.

Leur ouvrage, divisé en trois parties, suit un plan chronologique. La première est consacrée à la Guerre froide, la dernière à l'après 11-septembre. Entre les deux, 1994 constitue une date charnière : la dévaluation du franc CFA en janvier, les obsèques du "Vieux" Houphouët-Boigny en février et le génocide rwandais au printemps sonnent le glas de cette "Françafrique" née au lendemain des indépendances. La période qui se clôt alors ne fut pas glorieuse pour la France. Stephen Smith le reconnaît volontiers, prenant à contre-pied ceux qui l'accusaient de néo-colonialisme voire de négationnisme. de 1945 à 1989, sans que les indépendances de 1960 n'y aient rien changé, la France a gouverné ses ancienne colonies. Elle en tirait un prestige politique, profitant de sa clientèle africaine, à l'Onu notamment, pour maintenir son "rang". Elle en tirait un avantage économique, réalisant en Afrique ses excédents commerciaux les plus importants. La fin justifiait les moyens et l'aide généreusement distribuée aux régimes amis visait moins à aider l'Afrique à sortir du sous-développement qu'elle ne constituait un "loyer géopolitique" (p. 55). Pour gérer ce système un "Etat franco-français" s'était mis en place, gouverné directement par l'Elysée. Sans ignorer ses coups bas ni ses "barbouzeries" voire ses crimes, les auteurs refusent de résumer la politique africaine de la France aux seuls réseaux Foccart, livrant de l'historique "monsieur Afrique" une image plus subtile que celle d'un ""la Foque" nourrissant dans un cabinet noir de la République d'inavouables desseins pour l'Afrique" (p. 59).

Avec la fin de la guerre froide, tout change. Les régimes autoritaires soutenus par la France perdent leur prétexte géopolitique. Alors que l'Afrique du Sud tourne la page de l'apartheid, l'Afrique rêve de démocratie, de gouvernance, de développement. D'autres puissances internationales apparaissent : les Etats-Unis, la Chine ... Paralysée par une double cohabitation, la France tarde à réagir, sinon en retirant ses coopérants, en fermant ses bases et en amputant son aide. En soutenant Mobtu au Zaïre ou Eyadéma au Togo, elle "s'est enfermée dans la vaine défense du statu quo" (p. 133). Tandis que les générations des indépendances quittent la scène, les nouveaux leaders, en France comme en Afrique, ne font plus de la relation franco-africaine une priorité. Côté français, on réalise que l'Afrique ne pèse guère dans le commerce mondial et que sa situation géopolitique s'est démonétisée depuis la fin de la guerre froide. Si, vu de Paris, l'Afrique mérite encore qu'on s'y intéresse, c'est tout au plus pour la pression migratoire qu'elle exerce, les risques sanitaires qu'elle suscite ou la mauvaise conscience humanitaire qu'elle provoque.

Dans ces conditions, la France, telle l'âne de Buridan, est écartelée : partir ou rester ? Sous le gouvernement Jospin, la non-ingérence était censée se combiner à la non-indifférence. La France laissait faire à Bangui ou à Brazzaville ; mais, l'aide publique au développement (APD) ne suivait pas. Avec Dominique de Villepin, le volontarisme semble de retour. La France intervient en Côte d'Ivoire ; elle promet une augmentation substantielle de l'APD. Mais quoi qu'elle fasse, la France s'attire des critiques en Afrique : "Paris intervient, et on dénonce son "ingérence", voire son "néocolonialisme" ; Paris s'abstient, et on lui reproche son "indifférence", on lui rappelle sa "responsabilité historique" (p. 9). Comment sortir du gué ? Par une "politique française en Afrique" (p. 268) qui se substituerait à la politique africaine de la France, plaident les auteurs. Reste à espérer qu'ils consacrent un troisième ouvrage à sa définition.

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Une simple transition entre "Négrologie" et "Voyage en postcolonie"...

Spécialiste des politiques africaines à Libération puis au Monde avant de devenir journaliste indépendant, Stephen Smith est l'auteur du controversé et captivant "Négrologie - Pourquoi l'Afrique meurt", paru en 2003.

Ce livre-ci, paru en 2005 et essentiellement consacré aux politiques africaines de la France, depuis 1960, mais surtout depuis 1989, au-delà de l'utile mise en perspective historique, se révèle quelque peu décevant. La dénonciation du manque de ligne directrice et des incessantes hésitations ayant succédé au système Foccart est certes convaincante, mais donne une forte impression de "déjà lu" au regard de l'ouvrage précédent.

La perspective démographique, froide et glaçante, en un sens, ouverte en fin d'ouvrage, est toutefois particulièrement intéressante. Et la conclusion retrouve des accents provocateurs, que l'on y acquiesce ou non : "Le jour où, au lieu de se targuer d'une "politique africaine" censée faire le bonheur du continent noir, il existera une politique française en Afrique, qu'on pourra présenter aux citoyens-électeurs-contribuables français comme étant de LEUR intérêt, la France aura tourné la page de son passé colonial."

Une lecture utile donc, mais pas essentielle. L'ouvrage suivant, "Voyage en postcolonie", paru en 2010, retrouvera-t-il la puissance de son premier essai ? C'est à vérifier.

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La Francafrique, vous connaissez ?

La disparition d'Omar Bongo au Gabon m'a amené à me repencher sur le système mis en place, après la décolonisation, entre l'Etat Français et les différents états de l'Afrique francophones.

J'ai donc ressorti “Comment la France a perdu l'Afrique” d'Antoine Glaser et Stephen Smith (Calman Lévy - 2005).

Les auteurs, tous deux journalistes, semblent très bien connaître l'Afrique. Leur propos est d'illustrer les relations francoafricaines dans la “francafrique” depuis les décolonisations jusqu'au début 2005.

Leur connaissance du sujet est indéniable - mon seul vrai regret: le style d'écriture journalistique qui crée plus de la confusion que de la compréhension. Défaut d'écriture, facilité du verbe ? Parfois on se perd dans leur réflexion certes intéressante mais trop mal mise en valeur. Quant à leur analyse “post 11 septembre” et à leur vision de l'engagement américain en Afrique, les arguments restent réellement bien sommaires sur le sujet. Et le rôle croissant de la Chine est abordé sommairement.

Donc pour résumer je conseille cet ouvrage pour la rareté et l'intérêt du sujet qui fera accepter les défauts inhérents à l'écriture journalistique.

Je conseille encore et toujours de lire ou relire: A Adler, D. Chaliand, F. Encel sur ce type de sujets.


Lien : http://www.bir-hacheim.com/l..
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Antoine Glaser. Tchad, France, des liens particuliers.
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