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ISBN : 2070196895
Éditeur : Gallimard (02/06/2016)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 11 notes)
Résumé :
"Les grands sentiments qui marquent la mémoire collective nous donnent le sentiment de vivre au-dessus de notre taille, de sortir de notre condition un moment. C'est une illusion. La poésie, qui souffle où et quand elle veut, se nourrit de détails de l'existence, tous ces petits riens où l'émotion a fait son nid et qui restent à fleur de peau longtemps. C'est à peine un battement d'ailes, un rayon de soleil dans une chevelure, l'arrivée de la neige, un cri de joie, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
ninachevalier
  10 juillet 2016
Guy Goffette Petits riens pour jours absolus poèmes
nrf Gallimard ( 113 pages – 14€)

Il était vivement attendu ce recueil que Guy Goffette, Goncourt de la poeésie 2010,nous livre. Quand on prend connaissance de la richesse et de l'éclectisme de la table des matières , on comprend facilement les sept années de labeur nécessaire.
Le magnifique poème d'ouverture évoque la genèse d'un texte, comment on puise son inspiration. Comme le déclare Guy Goffette dans une interview : «  Il n'y a pas de recette. Il faut se mettre dans des dispositions d'écoute, de réception, d'attente, de silence ». Il faut aussi l'avoir vu et vécu avant de secouer le «  grand sac de voyelles » et enfin semer «  sur la page un peu de poussière d'oubli ». Ainsi les riens somptueux se cristallisent. Les poèmes servent à nous donner les yeux qui nous manquent.
Le poète propose dans la première partie du recueil, un divertissement à son lecteur, qu'il peut pratiquer à son tour entre amis. Il s'agit de finir la comparaison du premier vers : «  On dit la vie passe comme une... » ?
Guy Goffette rend hommage à une série de figures tutélaires : Rimbaud, Max Jacob.
Il revisite le bestiaire d'Apollinaire, célèbre Robert Frost.

Dans chaque recueil, le poète confie remercier «  ceux qui lui ont apporté un second souffle, qui l'ont accompagné qui le soutiennent dans le difficile chemin des poètes qui restent des cowboys ».
Le chapitre La couleur des larmes, empreint de mélancolie et de pudeur irrigue un linceul d'émotion. La figure paternelle évoquée par Guy Goffette entre en résonance avec son roman si poignant : Géronimo a mal au dos.
Il se remémore ses jeux d'enfant, «  juché sur ses épaules », d'où il pensait pouvoir tutoyer le ciel et «  attraper un nuage par la queue », le temps des roulées pascales.
Il ressuscite aussi sa mère aux mains toujours actives dans Mater Dolorosa, évoque la visite dominicale au cimetière parmi des «  bouquets fanés, des herbes folles.. ».
Tout aussi émouvant le poème adressé à Jean-Claude Pirotte, ce «  marcheur lyrique », qui fuyait les honneurs. Guy Goffette retrace en vingt vers, le parcours de cette « âme insoumise », qui savait « sauter du poème au roman ». Vaincu par la camarde, comme le noyer à l'automne.
La finitude des choses, de la nature ( des roses) est déclinée avec les saisons, parfois déréglées : «  L'été dans le brouillard /a perdu ses oiseaux ». Celles des «  corps lisses et fermes », de ces belles peaux bronzées qui se prélassent sur les plages, le poète l'anticipe : «  tous mourront », car « La mort seule avance /qui ne se retourne pas ».
Et s'interroge : «  où seras-tu ? Sinon, « seule en piste/serrant contre ton coeur mon feutre mou ».
Guy Goffette nous fait voyager.
Dans ces pages flottent une fragrance de lilas dans une cour, un parfum d'été , de bonheur. Souvenirs de l'Andalousie et ses villages blancs à flanc de collines,de
Frigiliana , d'une « terrasse cisaillée de cigales » où l'auteur se ressource et puise son inspiration.
L'été, le poète aime suivre « les lacets furieux des collines » ou longer des champs de colza et y capter la beauté des coquelicots. Ceux-ci pressés sous un livre exhalent une «  âcre odeur ». Il s'abîme dans la contemplation de la mer, préfère s'émerveiller devant « un colchique rose ou un brin de bruyère » plutôt que de « jeter un oeil sous les jupons métallifères » de la tour Eiffel.

L'incursion polonaise montre deux visages de la ville. le premier sinistre, Gdansk et son passé . le second Dantzig , une terre qui a pansé ses plaies, des façades colorées
« qui rient jaune ou rose ».
Guy Goffette, l'épistolier, nous dévoile une part plus intime,une page de ses nombreuses correspondances en vers, avec Jacques Reda. Sur cette carte postale, datée du 9 août 2014, il joue avec les mots : Artaud / Réro/ tauréo.
Guy Goffette habille sa plume de sensualité quand il évoque la femme aimée : «  Mon amour/assigne-moi à résidence/dans la fraîcheur du linge ».
La fuite du temps, thème récurrent, dans ce recueil conduit Guy Goffette à nous inviter à prendre le temps, comme les adeptes du «  slow life ». Il déplore ces tablettes, le numérique, une catastrophe pour la poésie. On y perd son âme, confie le poète. Il faut garder son âme d'enfant dans l'âge adulte afin d'être capable d'aimer.
Savoir s'émerveiller, et vivre le présent, le viatique véhiculé par l 'auteur, rappelant,
comme Jérôme Attal dans Les jonquilles de Green Park que «  la vie n'est qu'un court séjour et qu'il faut se réjouir de chaque instant ». Et Guy Goffette d' affirmer : «  Chaque jour je renais ». N'est-ce-pas la magie de la poésie ?

Ce recueil , ancré dans l'histoire, offre un mélange d'intime, d'hommages, de géopolitique, une ouverture sur les influences, les inspirations.Lumière et obscurité.
Il se clôt par une prière de fraternité à l'encontre des citadins : « donnez à tous ceux qui vont vivre d'un coin de trottoir..un peu de chaleur... ».
Guy Goffette, par son recueil, rejoint Dany Laferrière pour qui la « confiance dans la poésie est sans limite. Elle seule console de l'horreur du monde ».
Saluons la passion de Guy Goffette, chevillée au corps et son infatigable résistance.

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Readlove17
  24 février 2017
Ecrivain et poète belge reconnu (Grand Prix de Poésie de l'Académie Française reçu en 2001 pour l'ensemble de son oeuvre – Goncourt de la poésie reçu en 2010), Guy GOFFETTE nous offre un petit bijou de poésie contemporaine avec sa dernière oeuvre parue chez Gallimard : Petits riens pour jours absolus.
Ce recueil, véritable manège de vers plus délicats les uns que les autres, nous invite à contempler le quotidien. Laissez place à ces petits riens qui embellissent une journée ! C'est le monde finalement que revisite le poète : des titres simples, de l'émotion, du questionnement, etc. invitent à lire ces poèmes avec délectation.
Ainsi, vous serez mené à (re)découvrir d'illustres poètes dont l'auteur s'est inspiré : Paul Verlaine, Robert Walser ou encore Guillaume Apollinaire. Prenez le temps de lire à voix haute le recueil, l'émotion ressentie sera décuplée. Bonne lecture à tous !
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MasterBook
  09 avril 2017
Petits riens pour jours absolus est un hommage à toutes ces petites choses qui composent notre vie et à côté desquelles nous passons très souvent sans les voir. le poète nous invite à porter un nouveau regard sur ce qui nous entoure, à remarquer l'importance des gens auxquels on tient, la beauté d'une feuille qui tombe, ou le regard d'un inconnu. Loin de l'effervescence du monde d'aujourd'hui, ce recueil nous montre combien il est important de profiter de la vie jusque dans les plus petits moments qui la construisent.
Le recueil est toutefois marqué par une certaine nostalgie, le sentiment de la fuite irrémédiable du temps le traversant de part en part à la manière d'un fil conducteur. On le retrouve dans l'évocation symbolique des saisons, le printemps encore prisonnier du froid hivernal laissant la place à un été marqué par les souvenirs de voyage.
Cette esthétique n'est pas sans rappeler celle des haïkus, une forme poétique courte venue du Japon. Guy Goffette n'y est en effet pas étranger, mais ses poèmes ne sont pas des haïkus et ne sont jamais revendiqués comme tels. S'inspirant de cette forme poétique, ils conservent cependant leur singularité. On se laisse séduire par sa poésie contemplative, sans abstraction ni grandiloquence, portée par un art du silence et du contretemps.
Si vous appréciez les poètes de la Modernité, la partie « Dilectures et compagnie », qui revisite l'oeuvre de certains, fera votre bonheur. Sinon, cela peut être l'occasion d'une belle découverte !
Pour décider si l'aventure vous tente, nous vous quittons sur un court poème :
« L'été dans le brouillard
a perdu ses oiseaux
ses arbres ses fontaines
Le silence lui parle
un langage de neige
qui fond tout doucement
et nous ouvre les yeux »
Lien : https://mastereditionstrasbo..
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   07 mai 2016
Ce que je voulais toujours avec toi, c’est partir
et que la terre recommence

sous un autre jour, avec une herbe encore nubile,
un soleil qui n’appuie pas trop

sur le coeur et puis du bleu tout autour comme
un chagrin qui se serait lavé

les yeux dans un reste d’enfance, et que le temps
s’arrête comme quand tout

allait de soi, tout, quand partir n’était encore
qu’une autre façon de rester

comme l’eau dans la rivière, les mots dans le poème
et moi, toujours en partance

entre l’encre et les étoiles, à rebrousser sans fin
le chemin de tes larmes.
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coco4649coco4649   06 novembre 2016
La couleur des larmes


                    I
J'ai dit toutes les paroles que je savais, toutes.
J'ai prononcé ton nom pour moi et pour

ce que nous avons été ensemble, ce grand corps
balancé entre la mer promise et la terre d'habitude

à chercher une route vivante et qui parle pour nous.
Mais nous avons épuisé l'eau du désert avant même

que le soleil nous touche les lèvres, et cet hiver
qui n'en finissait pas de tendre ses pièges

entre nos bras, nous l'avons assez poursuivi
pour savoir qu'il séparait nos traces

et nous perdait dans la neige des jours.
À présent, face à face, nous attendons la nuit.

Je dis des mots qui ne passent pas par ma gorge
et toi, tu redemandes un café très fort

pour changer la couleur des larmes.

p.83-84
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ninachevalierninachevalier   29 juin 2016
J'ai cru longtemps comme toi qu'il suffisait de toucher
le bois d'une table pour marcher avec la forêt,

de caresser le galbe d'une statue pour donner
un corps tout neuf à l'amour, de croquer

un fruit vert pour que s'ouvre à nouveau
le jardin de l'enfance et que la mer appareille
qui était blanche comme tout ce qui endure
sans parler le feu des longs désirs.
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coco4649coco4649   11 novembre 2016
 
 
Ne dis rien : laisse-moi
entrer nu sous ta paupière
avant que le jour
me couvre
de ton ombre

p.79
Petits riens pour jours absolus/XV
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NievaNieva   29 décembre 2016
ONZE HEURES EN MARS

Rien encore, rien, sinon le forsythia pour tenir
le jour en flamme au beau milieu de la cour
cuvant les pluies et les ombres de mars
comme un ivrogne
 
entre les quatre murs de sa détresse, rien d’autre,
contre la grisaille et le froid, que l’exaltation
de l’amour au bord du gouffre : ce bouquet
d’abeilles en fleurs
 
dans le vent, rien de plus chaud entre les tempes
pour défroisser dans mes doigts engourdis
la lettre obscure du silence, y déposer
le pollen des mots
 
réchappés du vieil hiver et de la boue des songes.
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Videos de Guy Goffette (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Guy Goffette
Ventre des écrivains : Guy Goffette – lecture 01
Ventre des écrivains du 22 Février 2013 aux Poème2 A l'honneur : Guy Goffette Musicien : André Mergenthaler
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