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EAN : 9782021468663
352 pages
Éditeur : Seuil (07/01/2021)

Note moyenne : 2.98/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Milos vit sa jeunesse, ses études de paléontologie et ses amours à Antibes, sous l’emprise de deux peintres mythiques, Pablo Picasso et Nicolas de Staël, réunis au musée Picasso, dans le château érigé face à la Méditerranée.

Picasso a connu à Antibes des moments paradisiaques avec la jeune Françoise Gilot, alors que Nicolas de Staël se suicidera en sautant de la terrasse de son atelier, à deux pas du musée. Ces deux destins opposés – la tragédie préco... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Fandol
  31 décembre 2020
Ça foisonne, ça pullule, ça déborde… Patrick Grainville que je lis pour la première fois, s'est déchaîné, réalisant une peu ordinaire avalanche littéraire avec Les yeux de Milos.
En fait, si Milos s'exprime beaucoup en étant le porte-parole de l'auteur, c'est la peinture la vedette du roman et avant tout, Pablo Picasso.
Les yeux de Milos sont d'un bleu si profond, si unique que le pauvre garçon est obligé de les cacher derrière des lunettes noires car, en plus, le soleil le fait beaucoup souffrir. Zoé, sa toute première amoureuse, n'a pas eu d'autre idée que de lui jeter une poignée de sable au visage, déclenchant d'atroces douleurs. Suite à cette agression, le garçon doit changer d'école, à Antibes où il habite, et c'est Marine, sa nouvelle petite amoureuse qui entre dans sa vie.
À ce moment précis du récit, je crois être lancé dans une histoire familiale. Mais c'est alors que la peinture et les peintres entrent en scène. L'auteur commence à parler du musée Picasso d'Antibes puis de Nicolas de Staël qui s'est suicidé, dans cette même ville, en se jetant du haut d'une terrasse surplombant la mer, le 16 mars 1955. Il avait 41 ans.
Ces deux grands artistes sont alors les deux stars du roman avec, quand même, un net avantage à celui qui a vu le jour à Málaga, en 1881. Bien sûr, il y a l'abbé Breuil en « vedette anglaise », ce passionné de préhistoire qui inspire beaucoup Milos travaillant au Musée de l'Homme à Paris puis effectuant des recherches ou visitant des lieux préhistoriques mythiques un peu partout dans le monde.
Enfin, l'amour et le sexe sont omniprésents avec des scènes souvent torrides, Patrick Grainville démontrant un talent certain pour exciter son lecteur. Hélas, avec les femmes de la vie de Milos, le drame est toujours imminent après des mois de fol amour.
Imbriquez tout cela avec les femmes de Picasso que je renonce à citer et vous obtenez un récit souvent lassant fait de beaucoup de répétitions, de redites. L'histoire de Milos devient vite accessoire même si l'auteur sait la relancer habilement de temps à autre.
Le tableau de la jaquette – portrait de Marie-Thérèse Walter, 1937, Musée Picasso à Paris – mis à part, j'ai été souvent frustré de ne pas avoir à portée de main le catalogue des oeuvres évoquées, parfois disséquées. Qu'elles soient de Pablo Picasso, de Nicolas de Staël ou d'un autre – beaucoup d'artistes sont cités - les oeuvres d'art déferlent et donnent envie de les voir ou de les revoir.
Au style soyeux, précieux parfois, des première pages, a succédé une écriture percutante, très crue, nommant les organes sexuels par leur nom – vulve arrive largement en tête devant couilles et trou du cul… -, suivant l'oeuvre de celui qui s'éteignit à Mougins en 1973, à 91 ans. de plus, les mises au point politiques ou sociétales de l'auteur sont toujours bien senties.
Si Les yeux de Milos n'est pas une biographie de Picasso, le roman s'en rapproche beaucoup. L'auteur termine d'ailleurs par un rêve extraordinaire conté par Milos. Il retrace un enterrement fantastique du plus grand artiste du XXe siècle, une fresque formidable, pleine de surprises et de scènes surréalistes vraiment réussies.
Avec Les yeux de Milos, Patrick Grainville a réussi un grand roman mais, à mon avis, il a voulu plaquer trop de choses, mettre en scène beaucoup trop de personnages et de lieux divers. C'est à la fois la richesse et le trop-plein du roman. Si, tout ce qu'il apporte dans son récit vise un même but, cela a embrouillé ma lecture, la rendant parfois pénible, ce que je regrette, tant le talent d'écriture de l'auteur est certain. En tout cas, je remercie Babelio et les éditions du Seuil pour cette belle découverte.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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ODP31
  20 janvier 2021
Pensum coquin.
Mes paupières sont lourdes, oscillent et cillent entre hypnose et gros roupillon. C'est beau la mer à travers les yeux d'artistes, la méditerranée attirent autant les peintres que les retraités, mais à la longue, comme dit Benabar, cela doit quand même être un peu chiant d'être une mouette.
Deux semaines pour venir à bout de ce roman de Patrick Grainville. L'impression que ma montre retardait après chaque page. J'avais déjà failli sauter de la « Falaise des fous », son précédent livre. Amères impressions. Et bien la transhumance de l'académicien sur la côte d'azur m'a valu une bonne insolation. Pas de bronzette sur la serviette. Musée le matin, expo le midi et sites archéologiques le soir. A l'ombre du guide vert.
Pour autant, Patrick Grainville prouve encore dans ce roman qu'il reste un incroyable écrivain de scènes de sexe. Il métaphorise bien la chose. Si l'époque est au minimalisme, à la phrase stringuée, notre académicien très vert verse toujours dans l'opulence charnelle, pas d'économie d'énergie ou de mots. Ces passages, nombreux, ont le mérite de tirer le lecteur que je suis de sa somnolence face à tant d'érudition.
Obsédé aussi d'art, chaque phrase savante de Patrick Grainville interroge la création artistique à travers les destins opposés du Minotaure Picasso et du romantique suicidaire Nicolas de Staël, les deux commandeurs de cette oeuvre exigeante. La fureur de peindre réunit les deux artistes mais pendant que l'un capte la lumière, l'autre la reflète.
Le récit suit Milos, prénom d'héros mythologique ou de guide sur une ile grecque, et ses amours contrariés. le jeune homme est un Apollon insatisfait chronique, apprenti paléontologue qui cache sous ses lunettes de soleil des yeux d'un bleu absolu qui charment et terrorisent toutes les femmes. Les bras m'en tombent, pourrait commenter les Vénus de Milos, prénommées ici Marine, Samantha ou Vivie. Overdose d'états d'âmes qui ont saboté mon plaisir de lecture, Caliméro agaçant qui ne choisit jamais son camp, slalomant entre l'ombre et la lumière, la vie et la mort, l'euphorie et le désespoir. Toujours à se plaindre, à geindre entre deux gémissements érotiques qui le maintiennent à la vie.
Milos vit à Antibes et raconte le Château Grimaldi, bâti sur l'ancienne acropole de la Ville grecque d'Antipolis devenu le musée Picasso. C'est l'occasion de remonter le temps, de suivre le destin de Pablo P, génie narcissique qui vampirisa les femmes de sa vie et de ressentir l'insatisfaction chronique de Nicolas de Stael, cet écorché vif qui fit le grand saut sur les remparts de la ville. Grainville décrit les oeuvres majeures des deux peintres comme les poètes racontent les rêves. C'est plus charnel que figuratif.
Milos suit ensuite les traces de l'abbé Breuil, le prêtre préhistorien, Champollion de la grotte de Lascaux, jusqu'en Namibie, fasciné par l'art pariétal et nos ancêtres les tagueurs de grottes. Sauvageons.
Il séjourne aussi à Paris et à Londres, pour fuir ses chagrins d'amour et pour se perdre dans les plus grands musées.
Roman au style baroque sauvé par ses siestes crapuleuses mais au propos trop répétitif à mes yeux, moins bleus que ceux de Milos mais devenus vitreux par ennui. Merci quand même à Babelio pour cette masse critique car je sors de cette lecture avec une meilleure compréhension de certaines oeuvres majeures, de « Guernica » à « la Pisseuse », « des Footballeurs » au « Concert ».
Habité, Je me sens capable de repeindre... la girafe.
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berni_29
  30 décembre 2020
C'est un portrait de Marie-Thérèse Walter peinte en 1937 par Picasso qui orne la première de couverture de ce dernier roman de Patrick Grainville.
Les yeux de Milos est ma première incursion dans l'univers de cet écrivain.
Aux premières pages inondées du soleil de la Méditerranée, j'ai découvert ce personnage de Milos qui grandit dans une sorte d'enfance baignée dans l'art.
Nous sommes à Antibes. Milos grandit, devient un jeune homme, étudie la paléontologie. Milos a cette particularité de posséder un regard envoûtant, d'un bleu mystérieux, quasi surnaturel, qu'il cache derrière des lunettes épaisses.
Bleu lumineux, bleu excessif, bleu perdu qui résonne avec le bleu de la mer, le bleu du ciel au-dessus de la Méditerranée.
Découvrant les gestes d'amour, et les sentiments peut-être, tour à tour par son amie Marine et son amante Samantha, Milos entrevoit à travers l'érotisme que suscitent ces deux rencontres, un chemin d'apprentissage non seulement pour mieux comprendre l'art, mais creusant un peu plus loin vers l'origine de l'Homme, puisque tel est le sujet qu'étudie Milos, et peut-être plus largement en quête du mystère de l'être.
C'est Samantha qui va l'initier à la découverte de Picasso, elle écrit un essai sur l'artiste. Derrière le génie du grand artiste, elle soulève devant les yeux bleus de Milos le rideau scintillant et montre un spectacle bien moins reluisant : un "nabot grotesque", un sorcier, un ogre, un chaman, un Minotaure, un tueur en série...
Le lieu, Antibes, mais aussi la rencontre avec Samantha, femme expérimentée en amour, érudite en art, sont l'occasion pour Milos de rendre visite aux deux peintres fantômes que sont Pablo Picasso et Nicolas de Staël, visiter aussi d'autres territoires plus intimes... Deux peintres, deux artistes antithétiques, qui n'ont rien en commun sauf ce lieu géographique qui les unit un moment donné et désormais un autre lieu, un musée,- tiens donc dénommé Musée Picasso, dans le château érigé face à la Méditerranée, qui expose notamment le Concert, dernière oeuvre inachevée de Nicolas de Staël et La Joie de vivre de Picasso.
Ce roman initiatique réhabilite la mémoire de Nicolas de Staël ; Milos et son amie Marine vont sur ses traces, cherchent à entendre les démons intérieurs qui l'ont dévoré, rencontrent celui qui l'a vu peut-être pour la dernière fois...
L'écriture de Patrick Grainville est flamboyante, elle est solaire, charnelle, exigeante aussi ; elle affolera sans doute les âmes les plus chastes, mais éveillera la curiosité et le désir d'autres lecteurs, le désir d'en savoir plus...
Cela dit, le sexe écrit de cette manière si échevelée, si follement incandescente, rend toutes images vaines...
Les pages promènent l'idée de l'amour et de la mort tout au long du récit dans une quête, à force de chercher, qui s'avère ressembler à la recherche du sens même de la vie...
À ce moment-là, Picasso vivait à Antibes des moments paradisiaques avec la jeune Françoise Gilot, alors que Nicolas de Staël, esseulé, ne parvenait pas à achever son ultime oeuvre, le Concert , en proie au doute, enjambant son corps par-dessus le vide depuis la terrasse de son atelier. Ces deux destins opposés – la tragédie précoce d'un côté, la longévité triomphante de l'autre – obsèdent Milos. Il veut comprendre. Il met brusquement sa vie et,- notamment sa vie amoureuse, sous l'emprise de ces deux artistes mythiques. Tout le récit, tissé de chassés-croisés, se tient à cette recherche, comme une quête parfois douloureuse, dont certains n'en reviendront pas indemnes...
Au premier abord, on pourrait croire que les personnages principaux s'appellent Milos, Myriam, Loïc, Zoé, Marine, Samantha, Jeanne ou Vivie... Et puis brusquement, d'autres personnages surgissent comme des fantômes, faisant revenir l'été 1937 à la Garoupe, tout près de là, tout près de sa maison de Mougins. Alors d'autres noms viennent : Dora Maar, Nusch la femme de Paul Éluard, Ady Finelin, Man Ray qui les photographie dans des poses lascives et libertines, les saisissant dans cet amour libre...
D'autres femmes peuplent ce livre : Marie-Thérèse Walter, Françoise Gilot, Geneviève Laporte, Jacqueline Roque, icônes brûlées au soleil du dieu artiste et vampire... J'en oublie forcément.
C'est un livre envahi de fantômes. Des fantômes féminins au destin tragique pour certaines... Pas une ne semble en avoir réchappé, même celles encore vivantes... Il semble qu'elles aient fait comme Nicolas de Staël, enjamber un parapet pour se perdre dans le vide, tandis qu'un "nabot grotesque", adorateur de soleil, de sexe et de corridas, qui leur avait fait croire au rêve et à la gloire, et peut-être même à l'amour tant qu'à faire, "mufle à faire peur", continuait de barbouiller dans son antre de manière frénétique.
Même Samantha se laisse doucement prendre dans la nasse du génie cannibale... "Je suis le Minotaure d'un été de bonheur, l'été de Guernica".
Été 1937 à la Garoupe, ce fut l'été qui suivit Guernica. On assimile à tort la dimension sacrée de ce tableau au personnage de Pablo Picasso. Oui c'est bien Picasso qui a peint ce tableau entré dans la postérité. Mais Picasso était loin d'être un humanitaire, il n'avait rien d'un militant, ni d'un partisan. Encore moins d'un rebelle. Il ne pensait pas. Il peignait de manière convulsive. Il baisait. Il vivait dans la joie. Il prenait le soleil. Il ne pensait qu'à lui. Malgré ses accointances avec le régime nazi, tandis que ses proches le priaient d'intervenir, il ne fit rien pour sauver son ami le poète quimpérois Max Jacob qui mourut à Drancy dans d'horribles souffrances, se contentant d'ironiser, en lançant cette blague que "Max était un malin, qu'il filerait à travers les barreaux"...
Le texte de Patrick Grainville est érudit. Il est nourri de sources historiques très riches et d'anecdotes foisonnantes. Il remet en abyme au travers des yeux de Milos les deux fantômes d'un lieu, aux destins contraires.
C'est le regard de Milos qui se voile et se dévoile à travers ses yeux particuliers, de manière hallucinante. S'aveugle aussi à la lumière du désir, posant ses yeux sur la courbe des femmes qu'il étreint, sur des Vénus impudiques et rieuses, sur le ciel de Méditerranée ou de Deauville dont la lumière est aussi éblouissante, mais d'un éclat différent...
Le regard de Milos, c'est un regard hors du commun, qui suscite tour à tour amours et inimitiés. Dans cette quête effrénée, Milos a l'impression de perdre ses amours, les unes après les autres...
J'ai aimé les pérégrinations de Milos et de Marine pour suivre et découvrir en Namibie les traces de l'abbé Breuil, surnommé le « pape de la Préhistoire ». Ce fut pour moi ici une magnifique découverte.
Ce roman est l'aventure d'un regard...
Au bord de la nuit, ce texte m'a bousculé dans ses folles et riches digressions, tandis que certains personnages sombrent dans l'obscurité.
Au printemps 1955, à Antibes, Nicolas de Staël s'est suicidé, précisément un seize mars, tandis qu'à quelques lieux de là, Pablo Picasso peignait sans doute ce jour-là dans une joie totalement débridée, insouciante, avachi dans son art et sa personne.
Au final, je me suis attaché aux personnages qui émergent du second plan, fantômes d'un passé encore récent : Dora Maar, Marie-Thérèse Walter, Françoise Gilot, Jacqueline Roque...
Les yeux de Milos m'ont fait entrevoir l'insondable de l'art, Éros et Thanatos, tenter de comprendre ce qui ne peut être compris, le mystère du génie, "l'injustice fabuleuse"...
Je remercie Babelio à l'occasion de son opération Masse Critique ainsi que les éditions du Seuil, pour m'avoir permis ces rencontres multiples.
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hcdahlem
  11 janvier 2021
«L' Oeil, c'est l'imagination»
Avec la même écriture sensuelle que dans Falaise des fous, Patrick Grainville a suivi la trace de Picasso et Nicolas de Staël. Deux peintres qui vont bouleverser le jeune Milos du côté d'Antibes.
Il n'y a pas à chercher très loin pour trouver la genèse de ce roman flamboyant. À l'été 2016, Patrick Grainville publie une nouvelle dans le magazine 1 d'Éric Fottorino intitulée «Balcon du bleu absolu», elle met en scène Picasso et Nicolas de Staël à travers deux de leurs oeuvres exposées au Musée d'Antibes: La joie de vivre et le Concert. Un lieu et des oeuvres que nous allons retrouver dans Les yeux de Milos, ce roman qui fait suite à Falaise des fous qui nous faisait découvrir Monet, Courbet, Boudin du côté d'Étretat.
Cette fois, c'est le soleil du sud et la Méditerranée qui servent de décor à un roman toujours aussi riche de beauté, de sensualité, de passion. Et qui dit passion, dit souvent tragédie.
Quand Milos naît, son entourage découvre avec fascination son regard étonnant, ses yeux d'un bleu à nul autre pareil. Des yeux qui vont envoûter la petite Zoé, première amoureuse du garçon, lui aussi prêt à partager avec elle ses premiers émois. Mais un jour se produit l'impensable. Zoé jette du sable sur les yeux de Milos, un geste fou qui mettra fin à leur relation. Ce n'est que bien plus tard qu'il en comprendra la signification: «Le bleu lumineux, le bleu perdu, le bleu qu'elle avait attaqué, parce qu'il était d'une excessive, insupportable pureté, qu'elle le désirait et que la seule façon pour elle de s'en saisir, alors, avait été de tenter de le détruire, de le tuer, de l'enfouir sous le sable de la plage. Deux yeux crevés sur lesquels des enfants viendraient dresser un château de sable que le bleu de la mer emporterait, ravissant dans son reflux les yeux éteints.» Frustré, Milos doit cacher son regard derrière des lunettes des soleil, change d'école et part avec ses parents à la découverte d'Antibes, le château-musée Picasso sur la corniche et à côté le dernier atelier de Nicolas de Staël d'où il s'était jeté pour se suicider. «Alors Picasso et De Staël établirent dans son imaginaire une figure double, antagoniste et presque sacrée, inhérente à Antibes où il était né, au génie de la cité dont il ne savait s'il était bienfaisant ou secrètement maléfique. C'était une sorte d'envoûtement des possibles.»
Avec Marine, sa nouvelle conquête, il va tenter d'en tenter d'en savoir davantage sur les deux peintres. Mais c'est Samantha, l'amie de sa mère, qui va lui permettre de mieux connaître Picasso, sa «grande affaire». Pour les besoins d'un livre, elle rassemble en effet anecdotes et documentation, fascinée par l'artiste autant que par l'homme et ses multiples conquêtes. Une fascination qui va rapprocher Milos et Samantha au point de coucher ensemble, même si pour Milos il ne saurait être question d'infidélité, mais plutôt d'un marché passé avec son amante, le plaisir contre son savoir.
Visitant des grottes avec Marine, il va trouver sa vocation et son futur métier: la paléontologie. Pour de ses études, il va suivre les pas de l'Abbé Breuil, le «pape de la préhistoire», et partir pour Paris où il ne va pas tarder à trouver un nouvel amour avec Vivie. Même s'il ne peut oublier Marine à Antibes. «La belle Vivie l'a arraché à sa solitude, au sentiment de l'exil. C'était une surprise du désir. Mais Vivie n'est plus la même. Ce qui l'a séduit, en elle, est son autonomie, son chic, son toupet devant la vie. Sa manière de mener son affaire avec agilité, de compartimenter deux amours, de masquer son délit de volupté. Milos l'a d'abord admirée. Puis la loi du plaisir s'est imposée. Mais voilà qu'il se sent indisponible pour une autre dimension. Ses yeux l'ont piégé une fois de plus.» Dès lors, le parallèle entre sa vie amoureuse mouvementée et celle de Picasso saute aux yeux, si je puis dire.
Patrick Grainville a fort habilement construit son roman autour des passions. Celles qui font prendre des risques et celles qui donnent des chefs d'oeuvre, celles qui conduisent à un bonheur intense, mais peuvent aussi vous plonger dans un abîme de souffrance. Une mise en perspective qui, mieux qu'une biographie, nous livre les clés permettant de mieux comprendre la vie et l'oeuvre de Picasso et de Nicolas de Staël, parce qu'il est enrichi du regard du romancier qui sait qu'«un récit privé du pouvoir de l'imagination ne peut scruter la profondeur et le diversité du réel. L'oeil, c'est l'imagination.»

Lien : https://collectiondelivres.w..
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ninachevalier
  13 janvier 2021

Ceux qui ont lu Falaise de fous de Patrick Grainville ont déjà été séduits par son écriture flamboyante et connaissent son goût pour la peinture, la mer et les mots, «  ses seules armoiries ».
Dans ce roman on change de cadre, on quitte la Normandie pour la côte d'Azur, Antibes, cette ville dominée par le château Grimaldi, qui abrite le Musée Picasso, et où on peut admirer des sculptures de Germaine Richier.Sa terrasse ouverte offre une vue panoramique sur « La corne d'abondance de la Méditerranée qui dégorge sa jarre de lumière ». Éblouis, nous sommes, aveuglés même par ce « bleu de démiurge, bleu de Cyclades... ». Quoi de plus naturel de s'intéresser aux sommités de sa ville natale pour les protagonistes du roman.
L'Académicien met en scène Milos qui doit son prénom à une île des Cyclades où sa mère Myriam a vécu sa première aventure amoureuse initiatique. le titre met en exergue les yeux du protagoniste, car à 10 ans, il était considéré comme « un phénomène » à cause de ses yeux bleus d'une beauté absolue, de son regard foudroyant «  d'un bleu royal, d'azur irréel « qui «  happait l'attention ».
On suit sa scolarité, il est placé en établissement privé à la suite d'une agression. Excellent élève.
Le bac en poche, il s'oriente vers des études d'archéologie et de paléontologie. Marine choisit des études d'anglais.
Beaucoup de mystère quant à l'impact de son regard, à son port de lunettes fumées. Il prend conscience de son rayonnement lors d'une chute/glissade et croise le sourire d'une douceur angélique de Marine dont il tombe amoureux.Marine qui devra s'accommoder d'être «flanquée de ce mystère d'homme masqué » ou parfois se résoudre à porter elle-même un masque.
Milos est présenté par sa mère comme doté d' un caractère intempestif, susceptible. Les séances de psy sont un échec.
On accompagne le jeune couple dans ses baignades, dans ses promenades et visites au château Grimaldi, au fort. Lieux associés aux deux peintres que Patrick Grainville évoque en les opposant : Picasso ( 1881- 1973 ) , «  nain et trapu, chauve, narcissique , des yeux injectés d'une énergie frénétique », Nicolas de Staël (1913-1955), grand, très beau, «  fort comme un batelier ».
Pour Milos, ils forment « une figure double, antagoniste et presque sacrée, inhérente à Antibes ».
Selon les connaissances du lecteur sur ces artistes, ce roman lui permet d'approfondir leur biographie et de mieux cerner leur oeuvre, leur style. La curiosité est éveillée par les descriptions minutieuses, évocatrices de certains tableaux. Celui qui est omniprésent, c'est Guernica, cet été 37 , alors que la guerre gronde en Espagne. Un été où Picasso convie plusieurs couples célèbres dont Eluard, adepte de l'échangisme pour un pique-nique sur l'île Sainte-Marguerite.Roland Penrose et Dora Maar immortalisent la bande, Picasso réalise des portraits de Nusch , l'égérie des surréalistes.

Le coeur de Milos, aux lunettes d'aveugle, est écartelé entre deux femmes, l'amie d'enfance Marine et Samantha, amie de sa mère. Samantha, qui a rédigé une thèse d'histoire de l'art sur Picasso, nous dévoile une facette peu sympathique du Minotaure, amateur de femmes, au nombre pantagruélique de maîtresses . Elle cherche à débusquer une histoire secrète sur cet « Andalou ithyphallique ». Elle relate ses frasques, « les cages dorées de ces héros de la libido ». C'est une galerie d'inconnues qu'elle a rassemblée dans un album qu'elle commente à Milos. Elle présente Picasso comme « un monstre, un démiurge, un vampire tentaculaire, mais aussi comme un génie ». Génie dans la cruauté, note le narrateur. On croise ses épouses et ses amantes et Muses les plus célèbres : Dora Maar qui partage «  le grand Pan » avec la sensuelle Marie-Thérèse. La couverture du roman représente le portrait de Marie-Thérèse Walter que l'on peut voir au Musée Picasso de Paris.
Le mouvement #metoo aurait eu de quoi réagir quant aux différences d'âge (70 ans pour lui , 20 , 19 ans pour elles). Femmes que le prédateur irrévérencieux a souvent broyées, poussées au suicide.
Milos, qui se soumet aux désirs sexuels de Samantha a peur de perdre Marine ! Celle-ci, fatiguée par les incartades de son amant, le somme de choisir et décide d'aller enseigner Outre -Manche.
Son job au musée de l'Homme, lui permet de découvrir où Picasso et Nicolas de Staël ont vécu et peint et où ils sont exposés. «  La tour Eiffel lui fait du bien », tout comme la Vénus de Lespugne.
L'éloignement de Marine avait d'abord provoqué chez Milos un grand tsunami,mélancolie, dépression. Mais très vite il se laissera envoûter par Vivie , «  Minoenne de charme », qui le blessera gravement par jalousie une fois Marine revenue vers son cher Milos.
Certains peuvent être mal à l'aise devant la pléthore de scènes d'alcôve. Patrick Grainville n'a-t-il pas été catalogué comme «  l'Académicien le plus priapique » par les critiques du Masque et la Plume ?!
Le romancier excelle dans la peinture /la poétique des paysages. : « La corne d'abondance de la Méditerranée dégorgeait sa jarre de lumière ». Il y a des lieux où on aimerait se poser, comme sur la terrasse ouverte du château Grimaldi. Pour Serge Joncour « il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu'on s'y reconnaît. »
Suivre Milos sur les traces des peintres, «  Pic et Nic », c'est s'éloigner d'Antibes pour faire halte à la plage de Garoupe, à Mougins, à Vallauris, Nice, passer par Paris. Milos et Marine enquêtent pour connaître le lieu exact où Nicolas de Staël a peint Concert, l'ultime tableau avant son suicide.
Ils nous embarquent à Londres, dans les musées de la capitale comme la Tate Britain et le colossal British Museum , se prélassent dans St James's park , longent la Tamise et partagent leur bonheur. Nouvel éblouissement devant les toiles de Turner, «  le roi des peintres modernes » aux « paysages hallucinatoires ».
En tant que futur archéologue Milos explore le Périgord, les grottes, s'envole jusqu'en Namibie sur les traces de l'abbé Breuil pour voir « l'archive brute de la fresque de la Dame Blanche » dont il relate le mythe,il participe également à des fouilles à Monaco. En Espagne, il visite Altamira.

Dans cet ouvrage qui sent bon le midi s'exhalent des odeurs citronnées, de menthe, d'eucalyptus.
Pour profiter pleinement de ce roman foisonnant, truffé de descriptions de tableaux de deux maîtres, des lieux qu'ils ont fréquentés, il est vivement conseillé de se procurer des livres sur les oeuvres des deux peintres, afin de les voir de visu et de faire une escapade en images à Antibes et dans les autres lieux évoqués. Si vous nourrissez , comme Milos et Marine, « une fringale d'échappées, d'espace, d'extases inédites », vous serez comblés. Ils nous entraînent même à Java !
L'auteur multiplie les références artistiques, mythologiques et littéraires , il glisse du Baudelaire ( Ordre et beauté luxe calme et volupté ») et du F.Scott Fitzgerald ( « Tendre est la nuit »).
Le récit se termine par le rêve «  farfelu » et délirant de Milos, qu'il a consigné « pour le fixer ».
Patrick Grainville signe un roman érudit où sont déclinés les portraits et destins de Picasso et de Nicolas de Staël de façon chorale, où se mêlent érotisme et lyrisme, servi par une langue recherchée et une écriture riche. Beaucoup de phrases nominales.Profusion de couleurs. Prodigieux.Lumineux !
On connaît le bleu Klein, il y a maintenant le bleu « séraphique » de Milos et le bleu De Staël !
Une invitation à déambuler dans les Musées. Un appel urgent à les voir nous ouvrir leurs portes !

Last not least, un immense merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour m'avoir permis de m'évader, de m'immerger dans les tableaux de «  Pic et Nic » et d'accompagner Milos dans ses multiples pérégrinations, ainsi que Marine, «  thérapeute de son errant hypersensible ».
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critiques presse (4)
LeSoir   18 janvier 2021
«Les yeux de Milos», son nouveau roman, plonge dans le bleu de ce regard pour mieux parler des deux artistes.

Lire la critique sur le site : LeSoir
Bibliobs   15 janvier 2021
« Les Yeux de Milos » suit un couple d’Antibes sous l’emprise des deux peintres. Un formidable voyage dans le temps et l’espace.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix   15 janvier 2021
Le nouvel Immortel se lance, avec fougue, dans les années de chassés-croisés entre Picasso et Nicolas de Staël.


Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   07 janvier 2021
Un roman foisonnant sur la création, le regard et le désir.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   20 janvier 2021
il entendit aussi Myriam évoquer le Minotaure, qu'elle reliait à Picasso, dont le château-musée était sis sur la corniche d'Antibes. Milos trouvait ce nom de peintre à la fois comique et mystérieux. Myriam l'admirait avec passion. Une autre fois, avec ses parents, ils passèrent le long de la même promenade qui dominait les murailles de la ville. Et, à côté du musée Picasso, ils regardèrent le dernier atelier de Nicolas de Staël, cette terrasse d'où il s'était jeté pour se tuer. Ils lui expliquèrent la chose avec le maximum de tact. Mais leurs mots ne parvinrent pas à réduire l'impact du fait brut. Alors Picasso et de Staël établirent dans son imaginaire une figure double, antagoniste et presque sacrée, inhérente à Antibes où il était né, au génie de la cité dont il ne savait s'il était bienfaisant ou secrètement maléfique. C'était une sorte d'envoûtement des possibles. (p. 11)
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fanfanouche24fanfanouche24   20 janvier 2021
Marine et Milos vénéraient la corniche de la ville qui les menait à la cathédrale et au château Grimaldi, où était installé le musée Picasso. C'était toujours la même surprise, le même bonheur de marcher en plongeant le regard loin sur la mer. (...)Là, une autre planète commençait. Le cercle de la Méditerranée, la boucle du rivage ébloui vers la presqu'île. La belle cathédrale ocrée avec ses lignes qui évoquaient une architecture de De Chirico. Cette brèche de bleu pur et géométrique entre le corps de l'église et la muraille du château. Comme un passage surnaturel vers l'au-delà. (p. 25)
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fanfanouche24fanfanouche24   20 janvier 2021
J'ai fait ma thèse d'histoire de l'art sur Picasso.
Cet été 1937 m'obsède d'autant plus que c'est l'été de Guernica. Il avait peint le tableau au printemps, juste après le bombardement de la ville, en pleine guerre civile. La tuerie continuait, son pays était détruit, martyrisé. Et lui, monstrueux comme toujours, loin de s'engager dans les Brigades internationales, passait un été de plaisir à Mougins, Antibes, Juan-les-Pins. (...)
L'été du fascisme et de la mort fut sans doute le plus bel été de sa vie. (p. 30)
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MFARBONMFARBON   20 janvier 2021
Fantastique torsade jumelant fesses,seins, sexe dans leur bouche charnue. Sorte de fille-poulpe à pulpes multiples et fentes en proue et poupe, dans le même lacis
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AlzieAlzie   14 janvier 2021
L'immensité, on ne peut pas l'imaginer. Il faut la voir se déployer en une succession d'infinis. On sait que derrière la montagne il y a une vallée de rocaille où se dresse une nouvelle montagne mauve. Et si l'on vole vers l'ouest s'ouvre le désert du Namib. Des enfilades de dunes rousses et dorées. A l'est, le Kalahari sans limites.
A Antibes, la mer, seule, semble sans horizons. Mais c'est particulier. C'est fluide, tout bleu. Le vide lumineux. Ce n'est pas la matière tellurique. L'écorce cabossée de la terre rugueuse. Ce Hoggar barbare. L'infini matériel est plus vertigineux, plus bouleversant que l'infini fluide. Car subsistent des repères qui scandent le déroulement fantastique et donnent une échelle. L'au-delà est toujours marqué par un jalon lointain, roc massif, barre, surplomb violine, crête sanglante tel un poignard dressé qui, lui-même, signale des étendues solides nouvelles. Alors on sent la démesure. Tout s'ouvre. L'échine terrestre est la promesse d'une fuite sans fin à travers le corps de la planète. La chaleur est fixe. Une masse ardente. On est dedans. C'est de la matière aussi. Torride. Le ciel brut de bleu.
Un pays pour Nicolas de Staël, dirent Marine et Milos. Il y aurait peint des bleus, des rouges, des sédiments superposés, sans nuances intermédiaires. Dunes ocres et azur dessus. Front d'un plateau violet et strate jaune. Abrupts de couleurs, bloc à bloc. Sa grande période victorieuse.
L'aventure d'un paysage neuf sans bornes peut-elle sauver de la mort ? [...]

(p. 84 - 85)
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Je suis né à Paris en 1848. Chef de file de l'Ecole de Pont-Aven, inspirateur du mouvement nabi, j'ai vécu de nombreuses années en Polynésie où je suis décédé en 1903. Je suis Paul...

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