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EAN : 9782081411029
243 pages
Flammarion (07/02/2018)
3.54/5   40 notes
Résumé :
C’est un conte, un conte bien réel. Une jeune femme ouvre les archives du tribunal d’Annecy pour revenir sur le fait divers qui a détruit sa famille, trente ans auparavant. Pourquoi ne lui a-t-on jamais parlé de sa cousine Sophie, victime à 9 ans du « monstre d’Annemasse » ? Elle plonge dans son histoire comme on plonge dans la gueule du loup. Le loup qui la guette depuis l’enfance. Le loup qui a tué, jeune assassin dont la vie a été pulvérisée par un drame. Le loup... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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En 1986, la cousine de l'auteur a été kidnappée et assassinée.
La petite victime avait neuf ans, Héloïse, cinq.
Les parents ont estimé qu'Héloïse était trop jeune pour qu'on lui parle du drame. Sujet tabou, à jamais. Chacun gère le deuil à sa façon, et comme il peut, surtout.

C'est en voyant l'émission 'Faites entrer l'accusé' consacrée à cette affaire que l'auteur a eu connaissance des faits, en 2015, et éprouvé le besoin d'en savoir davantage. Ce travail de recherche et de mémoire s'est imposé pour éclairer la zone d'ombre familiale, et pour mettre des mots sur un malaise diffus.

D'après Bruno Bettelheim, le loup (et l'anthropophagie en général) dans les contes traditionnels symbolise la prédation sexuelle*.
En vertu de ce principe et sur un mode psychanalytique, l'auteur illustre le drame subi par sa famille en se référant à cette littérature. Elle place ainsi à la fin de chaque chapitre un court extrait de conte, le plus souvent 'Le petit Chaperon rouge'.
De cette façon, les notions de peur, traque, danger, dévoration, emprise, mensonge, ruse, lutte inégale entre faible et fort (enfant vs adulte, humain vs animal) reviennent de manière lancinante.
Légende, histoire réelle et ressenti(ment) de l'auteur sont ainsi parfaitement tissés dans ce récit.

J'ai d'abord trouvé le procédé narratif absolument génial. Eblouie par la forme, j'ai oublié que les proches des victimes n'ont pas forcément envie de voir 'leur' tragique histoire publiée (comme le déplore un lecteur sur Babelio, dans sa critique sur cet ouvrage). La prise de conscience de cette réalité a terni mon enthousiasme, et je me suis focalisée sur la question 'A qui appartient une histoire ?' - c'est le problème de l'autofiction...

Je me contente donc pour conclure de saluer la forme, le style, les couvertures des deux éditions (Flammarion et Pocket), et la bibliographie alléchante en fin d'ouvrage, notamment sur les contes.

* cf. 'Psychanalyse des Contes de fées', 1976
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Subjugué. Raide dingue. Foudroyé.

Aux premières pages, j'haletais déjà de superlatifs. Je ne vais pas mentir. Ça m'arrive quoi, une fois, deux fois par an. Des bons, et même des très bons bouquins il y en a des dizaines. Des qui prennent le pouvoir, vous ôtent vos obligations, tout ce qui était annoncé, tout ce qui était prévu, qui s'immiscent dans vos chemins tout tracés pour les bouleverser, pour vous inviter dans leur égarement, ça n'arrive presque jamais. Des bouquins pour qui on lâche tout pour les suivre comme des coups de foudre. Ceux qui éclipsent tout, ceux qui deviennent la chose la plus importante de votre vie quand vous les découvrez.

Ça déborde. J'ai beau tenter d'attendre, de digérer, ça déborde. Alors tant pis, je me rends. C'est comme ça quand c'est beau. Quand c'est intense et quand c'est vrai. Quand c'est l'âme le sang et les larmes de quelqu'un sur la page et quand ça vibre en vous.

J'aime Héloïse Guay de Bellissen depuis son premier livre, le Roman de Boddah, qui a été une émotion assez forte pour décider de ma vocation. Une oeuvre qui m'a réconcilié avec moi-même et avec mes temps jadis et décidé de la trajectoire de mon Albatros. Je n'oublierai jamais la conversation glorieuse d'une après-midi chez elle, à la sortie des Enfants de choeur de l'Amérique. Cette impression de rencontrer une héroïne et une semblable. C'est fugitif et fébrile, les rencontres. C'était beau. Elle m'avait fait la confidence à l'époque de ce crime qui hantait sa famille et sur lequel elle se penchait. Elle allait alors partir dans le sud pour en consulter les archives. Je ne savais quoi penser de cette confidence. J'étais obnubilé par les questions que j'avais prévues, par mes preuves d'admiration. Je ne savais pas qu'elle m'avait dévoilé là la promesse d'un chef d'oeuvre. Dans le ventre du loup, qui sort aujourd'hui chez Flammarion.




J'ai ouvert le livre ce matin. Il a fait bien plus que me captiver. Il m'a kidnappé. On la suit, revisitant son passé dans ce tribunal. Laissant deviner les traits de Sophie, sa cousine, dont le meurtre par le tueur d'Annemasse en 1986 la hante. Au coeur du souvenir, au plus près des démons de sa famille, de ces sombres secrets qui hantent les placards, de ces tragédies dont l'ombre plane sur les silences. Ceux de toutes les familles et ceux de tous les destins, de ces coins de pénombre que l'on ne ravive pas sans risquer quelque chose.

La plongée est intense et les enfances brisées. Celle de Sophie, bien-sûr. La vie aussi d'Héloïse marquée par ce drame. Et celle du meurtrier, dont l'autrice donne parfois à entendre le dérèglement et les obsessions. J'ai songé aux pauvres gosses sur les rives de la Mystic River de Clint Eastwood, à la quête fiévreuse du Zodiac de David Fincher, à l'innocence perdue des adolescences de Sofia Coppola. Et puis il y a la tendresse, la nostalgie de l'enfance et de la pureté qui irriguait déjà les deux romans précédents d'Héloïse. La hantise des désastres autour de l'innocence. L'âme de son oeuvre.

Je lis le roman. Fasciné, horrifié, le souffle court. Emerveillé par les lumières changeantes et l'élégance de son style, par ses images d'une poésie intense qui saisissent sans prévenir ("Les dépositions que je lis sont des bouches qui parlent et se referment comme des cercueils"). Des extraits des contes de Grimm viennent auréoler sa quête d'une nuance extraordinaire, fantastique et terrifiante. Les monstres de l'enfance, les loups et les petits chaperons rouges ne se trouvent pas que dans les lointains souvenirs enfantins. Ils sont là, à la lisière des regards comme des archétypes. Des mythologies qui conditionnent nos destins. Les cauchemars sous nos insomnies.

L'héritage de l'horreur. Ces images contorsionnées que l'on porte en nous sans qu'on nous les aie racontées toujours, ces massacres qui nous frôlent si on a eu de la chance, mais dont on a eu sans les articuler de curieuses prémonitions dans l'enfance. Les déviances qu'il y a parfois sous les apparences sans histoires.

On plonge dans ce roman comme dans une introspection, noire et hypnotisante. Et ce qu'il y a d'anecdotique dans un fait divers qui vous aurait effleuré comme une rumeur lointaine dans un entrefilet de journal, finit par vous parler de vos démons à vous, de ce qu'il y a sous les masques et derrière les sourires des photos mal cadrées, l'horreur, les chagrins, les non-dits sous les souvenirs vintage. Il s'agit d'exorciser son passé. Trouver en elle les mots pour remplacer les larmes qui n'ont pas pu couler.

C'est sublime. C'est un joyau. C'est d'une intégrité totale. D'une intensité virtuose et avec ce côté risqué qu'il y a parfois dans l'écriture qui réclame un peu de votre âme pour être superbe (ce qu'il y avait par exemple dans la Mésange et l'ogresse de Harold Cobert et dans les enquêtes en profondeur de ce cher Philippe Jaenada). Elle dit à quel point un crime atteint chacun de ses protagonistes, passant d'une époque à l'autre, la seule continuité étant celle de l'émotion, de la sensation, du surgissement des souvenirs. le passé et le présent se mêlent et se confondent, s'écoulent en même temps. On ressent tout avec intensité. Et la plongée dans l'histoire d'Héloïse devient puissante, aussi universelle qu'intime.

Peu à peu, tout cela devient tangible et s'impose à vous. Chaque personnage, même dans son quotidien le plus prosaïque, devient un trésor d'humanité et de profondeur. Tout s'incarne. Tout vous marque au fer rouge. La narratrice vous raconte les traumatismes d'avant votre naissance que vous perpétuez sans le savoir, les endossant comme des malédictions ignorées. Elle écrit pour percer son propre mystère. J'ai songé souvent à la lecture à ces fantômes dont on hérite, à ces secrets qu'il conviendrait de briser pour devenir nous-mêmes. Pour choisir de grandir et s'affranchir enfin des inquiétudes, des stupeurs et des tremblements de l'enfance. le courage et la force qu'il faut pour revisiter sa propre histoire...

Héloïse s'est immergée totalement dans cette écriture cathartique, douloureuse et bouleversante. Et tout, dans ce livre vibre de ses obsessions d'auteur. de cet assassin qui obéit à cet homme en noir imaginaire qui le fait basculer dans le mal, de ces adultes qui ne comprennent rien à l'enfance, de ces adolescences qui se brisent en réalisant ce qu'est le réel. Et à quel point l'abîme est grand sous la quiétude d'un lac. le coeur de son roman, c'est son enfance, la mienne, celle de tous ceux qui ne savent pas que leurs tourments ont une racine dans tout ce qu'on ne leur a pas dit.

Dans le ventre du Loup, c'est l'histoire d'un effarement fondateur. Nul n'est bon ou méchant, même le monstre on l'entend. C'est l'histoire de ces contes d'enfance que l'on édulcore, avec le vernis que le temps nous confère, mais qui nous font finalement toujours si peur. C'est le talent immense d'une écrivaine qui s'affirme et parle de sa voix pleine. Il s'agit ici de son histoire à elle, mais elle la transcende, avec une sincérité et une puissance d'évocation à couper le souffle.

Au bout du livre, j'ai été K.O d'admiration, comme on peut l'être devant les traumatismes transcendés de Guillermo del Toro, comme quand on a pu soutenir le regard de la beauté et du mal en même temps, quand on a été témoin d'une oeuvre d'art fulgurante, exceptionnelle d'intensité.

Et puis j'avoue un petit frisson d'orgueil à avoir vu il y a longtemps qu'Héloïse Guay de Bellissen est simplement une très grande voix de la littérature contemporaine, et d'en avoir trouvé dans ce livre une étincelante confirmation.
Lien : http://www.nicolashouguet.co..
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La mémoire est décidément un phénomène bien mystérieux dont le dernier livre d'Héloïse Guay de Bellissen vient à son tour témoigner.

Un livre qui avait attiré mon attention pour avoir été retenu par quelques jolies plumes averties que je suis et dont, face au présentoir d'une librairie, j'ai lu la quatrième de couverture pour découvrir avec stupeur qu'il avait pour sujet un crime ayant eu lieu à deux pas de chez moi ! le Monstre d'Annemasse, l'assassin aux cordelettes… Pour l'amatrice de littérature s'emparant de faits divers que je suis, il n'en fallait pas moins pour que je le lise… J'ai non seulement découvert une histoire des plus surprenantes mais, surtout, une écriture qui m'a enthousiasmée à plus d'un titre.

C'est au détour d'une conversation anodine avec son père qu'à l'âge de 19 ans, Héloïse découvre par hasard l'existence d'une cousine, Sophie, qui fut assassinée à dix ans alors qu'elle même en avait cinq. Un drame familial qu'on lui a caché de peur de ne pas savoir trouver les mots et la traumatiser. N'ayant plus aucun souvenir de cette époque, Héloïse a donc essayé d'en savoir plus et s'est heurtée à un mutisme général. Seul son père lui a transmis une enveloppe contenant un certain nombre de coupures de presse relatant le procès de Gilles de Vallière en 1993. Quelques années plus tard, alors qu'elle était tranquillement chez elle, la télévision en bruit de fond, c'est toute sa famille qu'elle a vu défiler à l'écran ! Un " Faites entrer l'accusé " consacré à l'affaire ! Alors, pour enfin éclaircir cette histoire qui n'est autre que la sienne, Héloïse s'est rendue au Palais de justice d'Annecy où l'assassin fut jugé et a eu la chance de rencontrer le procureur Éric Maillaud, qui a bien voulu mettre à sa disposition l'ensemble des archives de l'affaire, lesquelles ont permis l'écriture du présent roman, " Dans le ventre du loup ".

Bien sûr, l'un des intérêts du livre est ce fait divers, ce fameux Monstre d'Annemasse dont je n'avais jamais entendu parler bien qu'habitant à Genève, à deux pas d'Annemasse et pour cause, l'affaire remontant à 1986 et le procès à 1993, soit bien des années avant mon installation récente dans la région. En quelques mots, un jeune homme, 18 ans au moment des faits, a agressé plusieurs jeunes filles fin des années 80', jusqu'à commettre l'irréparable sur une petite fille. Véritable prédateur, il repérait ses victimes depuis chez lui, les prenait en photos qu'il collectionnait (plus de 4 000 ont été retrouvées chez lui), les pistait, pour finir par les agresser. C'est à la faveur d'une interpellation lors d'un cambriolage dans lequel il n'était pourtant pas impliqué qu'il fut arrêté et qu'il a tout avoué.

Autre intérêt majeur du roman d'Héloïse Guay de Bellissen, la fine analyse faite de la personne du criminel pour lequel elle n'affiche évidemment aucune empathie mais qu'elle présente intelligemment non comme un monstre mais comme une personne presque banale ayant subi elle aussi des traumatismes importants pouvant expliquer en partie sa perversité et les gestes monstrueux pour le coup qu'il a commis. Je fais le choix ici de ne pas développer davantage ce point, au risque de vous perdre dès maintenant avant même d'avoir abordé ce qui m'a le plus impressionnée dans ce livre (!), mais le ferai très certainement bientôt, en mettant en perspective deux autres livres parus récemment : " La barbarie des hommes ordinaires " de Daniel Zagury (Éditions de l'Observatoire, février 2018) et " Les monstres n'existent pas - Au-delà du fait divers " d'Ondine Millot (Stock, mars 2018).

" Dans le ventre du loup " relate donc ce qui arriva à cette petite Sophie, un jour de mars 1986. Mauvaise rencontre, mauvais endroit, mauvais moment… tous les ingrédients du Petit Chaperon rouge et nombre contes de fées. Un parallèle mis en valeur avec brio par Héloïse Guay de Bellissen qui parvient à retracer les éléments constitutifs de ce drame en ponctuant son récit de références à ces contes illustrant très habilement les événements. Bien loin de l'image des Disney qui nous ont façonnés, les contes de fées sont souvent des histoires affreuses à l'origine, de véritables faits divers… Pourquoi avoir souhaité faire la lumière sur ce drame pourtant soigneusement étouffé au sein de sa famille ? Pourquoi avoir évoqué un crime dont on devine les terribles répercussions sur une famille dévastée (à tel point que la mère de la victime a refusé tout contact avec l'auteur - sa propre nièce - alors même qu'elle avait témoigné dans une émission de télévision) ? Pour une raison essentielle dépassant largement l'intérêt légitime d'un auteur en quête de matière romanesque : la nécessité de retracer sa propre histoire grâce à ce qu'elle nomme une enquête émotionnelle, une recherche de ce qui la constitue elle-même, profondément. " Là, devant moi, à chercher l'intérieur d'un corps que je ne veux pas voir et qui est coincé dans un dossier, un corps archivé, il ignore que c'est mon intérieur que je suis venue sonder, les entrailles familiales ".

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les traumatismes vécus directement ou indirectement dans la petite enfance, si petite soit-elle, nous marquent de manière indélébile. En cela, le livre d'Héloïse Guay de Bellissen m'a immédiatement fait penser à un autre que j'avais lu il y a longtemps et qui m'avait suffisamment troublée pour me convaincre, à vie, qu'aucun événement, même dramatique, ne doit être tu aux enfants. Ce livre a été écrit par Caroline Eliacheff, psychanalyste et pédopsychiatre (fille de Françoise Giroud), " À corps et à cris - Être psychanalyste avec les tout-petits " (Odile Jacob, 2000). Les enfants dont il est question dans ce livre ont été placés dès leur plus jeune âge à l'Aide sociale à l'enfance en raison de drames familiaux ou sociaux et présentent des troubles fonctionnels importants, qu'on ne peut faire disparaître par des médicaments. L'auteur du livre raconte son expérience auprès de ces enfants. Étrangement, le fait de verbaliser leur histoire, de s'adresser à eux même bébés pour leur expliquer la raison pour laquelle ils se retrouvent coupés de leurs familles, permet de réduire et bien souvent supprimer tous les troubles dont ils souffrent et sur lesquels il leur est impossible de poser des mots puisqu'ils ne savent pas encore parler.

Héloïse raconte à son tour dans ce livre de manière extrêmement touchante, le soulagement ressenti à la fin de son écriture, le deuil enfin possible, le sentiment de pouvoir accepter un drame dont elle a été partie prenante, sans nécessairement le comprendre. Elle dit aussi la récompense de pouvoir enfin s'expliquer des peurs du loup viscérales et un certain nombre d'écrits particulièrement glauques auxquels elle s'était livrée jusqu'alors. Il a dû lui en falloir du courage pour affronter de tels démons…

" le ventre du loup " est enfin une réelle réussite littéraire. Au-delà du sujet passionnant qui le constitue, l'auteur a mis en place une magnifique construction au service de l'enquête menée, entraînant avec elle ses lecteurs qui ne peuvent qu'embarquer dans son récit et peut-être percer des secrets enfouis au plus profond d'eux-mêmes. Quand l'intime rejoint l'universel…

Lien : https://www.facebook.com/jul..
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C'est lors d'une banale conversation avec son père qu'Héloïse apprend qu'Alexandre son cousin avait une soeur. Cette cousine Sophie a été assassinée par le « monstre d'Annemasse ». C'est la diffusion d'un épisode de « Faites entrer l'accusé » qui va être l'élément déclencheur pour l'écriture de ce roman.
Dans ce roman très personnel, elle nous montre le pouvoir de destruction des non-dits.
J'ai apprécié le fait qu'elle n'a pas été trash dans le récit des faits, tout est en pudeur, dans le respect de Sophie.
Elle a ponctué ses chapitres pas des références de contes (chaperon rouge). Elle fait le parallèle entre le conte et l'histoire.
Ce roman semble avoir été une thérapie pour elle, on voit son évolution au fil des pages, on l'a sent plus apaisée.
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En ouvrant ce livre, je ne me doutais pas que je serais propulsée dans une vieille affaire criminelle, dans l'abomination. Dans le ventre du loup justement. Et dans celui d'une petite fille innocente.

Héloïse Guay de Bellissen nous raconte son histoire, ou plus exactement celui de sa famille. Elle ouvre les portes d'un secret que tout le monde a tu. Qui a détruit et ravagé l'équilibre. Elle nous parle de sa découverte, adulte, de l'horreur sur une enfant, sa cousine. Dans le ventre du loup est son enquête, son émoi, son cri du coeur.

Marcher dans les décombres de soi et essayer de reconnaître un nom. Aller se balader du côté des ruines de souvenirs, mais rien, que dalle, le cerveau est bousillé. Sensation que de grands arbres sont en train de prendre racine. Une forêt naissante, avec un crépuscule, l'odeur de la terre retournée, une guerre, bon Dieu, où sont les sages-femmes ? On n'accouche pas seule d'un fait divers !

Héloïse Guay de Bellissen m'avait déjà bouleversé et particulièrement étonnée avec son roman Les enfants de choeur de L'Amérique. Elle s'intéresse aux monstres, aux déviances, aux côtés sombres de l'humanité. Aujourd'hui, elle comprend pourquoi ! Elle a mis le doigt sur ce besoin de comprendre et d'assimiler. Tout vient de son enfance, de sa famille, d'un secret.

Résultat de recherche d'images pour "monstre d’Annemasse"

Elle découvre par hasard en regardant l'émission « Faites entrer l'accusé » que sa cousine a été une petite victime du monstre d'Annemasse. Je ne vous raconterai pas le fait divers..Je vous laisse découvrir celui-ci dans le livre ou sur notre ami Google. Toujours est'il que ce roman est difficile à lire.

Des extraits des contes de Grimm, le Petit Chaperon Rouge, du monde entier viennent couronner cette histoire mettant un lien entre la réalité et l'imaginaire. le monstre est le loup. L'enfant reste l'enfant innocent.

La seule chose que je me demande, et c'est comme cela à chaque lecture de ce type de roman où le fait divers n'est pas assez vieux, comment la mère de Sophie et son frère Alexandre ont vécu cette sortie de livre. C'est souvent ouvrir de vieilles blessures qui ne cicatrisent pas vraiment. Je comprends la démarche de l'auteure mais je pense aussi aux autres proches de Sophie. C'est mon seul point négatif car l'écriture de Héloïse Guay de Bellissen est toujours autant enivrante.
Lien : https://lesciblesdunelectric..
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critiques presse (1)
Lexpress
14 mars 2018
Héloïse Guay de Bellissen se met sur la piste de Sophie, sa cousine assassinée à 9 ans et rend compte de son enquête mémorielle.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
Tout le monde est déguisé dans cette histoire-là...
D'ailleurs le 13 mars 1986, j'étais au carnaval de mon école, tandis que mes parents avaient revêtu le costume de la famille idéale, 'middle class'. Lui porte des bateaux aux pieds et un polo Lacoste, et elle, un tailleur en daim aspergé d'Opium d'Yves Saint Laurent. Un jour, ils ont même fait plus de trois cents kilomètres pour aller chercher 'en famille' un sac Vuitton pour ma mère. Parfait pour un déguisement de femme au foyer qui a un peu de blé. En vérité, ils ne roulaient pas sur l'or mais se roulaient sur eux-mêmes.
(p. 73)
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Quand j'y suis arrivée, j'étais à la fois moi maintenant qui cherche à retrouver quelque chose que je ne saurais nommer mais j'étais aussi la gamine qui se rappelait parfaitement le chemin. Et aussi la vieille femme prête à éclater des souvenirs en le faisant cracher au bord des rochers. Quand j'ai descendu le chemin rocailleux, avec un sable presque rouge, l'odeur des pins, les cactus à la peau fripée par le soleil, j'ai pleurée. Et je me suis laissé faire par ces pleurs. Un an que je travaille sur ce livre et j'ai enfin lâché prise. Nous étions en septembre, il faisait encore chaud, on pouvait se baigner, et mes pas ont retrouvé l'endroit comme si je ne l'avais jamais quitté. Rien, absolument rien n'avait changé. La roche ça ne ment pas, ne bouge pas, ne change pas. Je pleurais d'un façon que je ne connaissais pas, ce n'était pas de l'émotion, ce n'était pas de la tristesse, mais quelque chose que j'appelais le bercail. La quête c'est l'accident d'un retour vers soi, et cet accident que je provoquais depuis Annecy venait de m'arriver vraiment. Je suis rentrée dans l'eau, sans enlever mes vêtements. J'ai eu la sensation de boire à la source, une eau noire de tout un tas de monde qui me submergeait. Et j'ai compris que j'étais sans doute cinglée, à être là comme ça, habillée dans l'eau, mais j'ai eu la sensation de nettoyer une plaie de la regarder pour la première fois. La plaie du bercail. Pour la première fois de ma vie, j'avais la sensation d'être en face d'une chose que je ne saurais nommer, d'une chose plus grande que moi, mais dont je n'avais plus peur. Je pouvais même m'y sentir chez moi, m'abriter dans de l'eau, le liquide amniotique de tous les drames qui ont traversé ma vie, et qu'ici, maintenant, je venais de trouver un territoire pour me remettre de tout. Une géographie émotionnelle.
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Nous sortons de la maison où nous attend un grand jardin, les arbres y sont lourds, imposants, des panthéons avec des feuilles. Nous marchons jusqu’à un forage, surplombé d’une tour en bois. Il n’y a pas de vent, le ciel est dégagé, il fait bon, l’herbe est verte et solide sous nos pieds. Je ne suis ni rassurée, ni apeurée, je suis là, dans un instant que je dois vivre et je le sais. Je ne peux pas être ailleurs que là. Il s’avance vers le trou, et sans aucun élan, sans un mot, seulement dans un geste, il jette le corps de Sophie dans le trou. Je suis accrochée à l’acte, je ne bouge pas. Tout à coup, un geyser de sang, noir et rouge, opaque et vaporeux éclate, sort de la bouche de la terre, comme pour combler le vide du paysage. Je regarde le spectacle comme je regarderais un feu d’artifice. Je ne ressens rien. Je vis. Respire. Contemple. Reprends mon droit sur cette terre. Retrouve le sentiment d’appartenance à un mécanisme ancestral.

Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai su que je devais aller lui dire au revoir pour de bon, une dernière fois.
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Et après, c'est reparti pour un tour de manège de non-dits familial, on a tout caché à une autre gamine, jugé trop petite et c'était le cas, en lui faisant croire que tout allait bien. Qu'Alexandre n'avais pas de sœur, que les mauvais rêves où des petites filles montent d'une échelle c'était des conneries, qu'avoir peur d'un homme qui rentre dans la maison et tue tout le monde c'était encore des conneries, et qu'écrire des nouvelles glauques c'était qu'elle aimait trop Edgar Allan Poe. Évidemment, j'ai repassé le film des mes angoisses à l'envers quand j'ai su pour Sophie et tout est parfaitement relié comme du papier à musique.
Cette famille m'a laissé la tête sous l'eau pendant que je me démenais avec de belles angoisses toutes propres, de merveilleuses peurs que personne n'a voulu décrypter. Pourtant c'était simple.
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Il se retourne et la regarde. Sur le seuil de la porte, elle a l'air si petite, un peu voûtée alors qu'elle est encore jeune. Maman, un mot usé par lui et par tous les enfants du monde. Maman, le seul être sur terre qu'on pourrait aimer jusqu'à mettre sous clef ce qu'on est vraiment.
(p. 71)
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